‹ L'Exposition du siècleChapitre 162 sur 217 · LES INDUSTRIES CHIMIQUES · texte numérisé non relu

LES INDUSTRIES CHIMIQUES

Au ssi l'exposition allemande, aménagée ' avec une entente de l'effet où triomphait « l'art du bocal », était-elle, au dire des spécialistes, d'une hauteur de science qui ne pouvait être comparée qu'à l'ampleur des applications. Une machine à liquéfier l'air, du système Linde, y fonctionnait sous les yeux du public, d'autant plus émerveillé que l'opération lui paraissait mystérieuse. La Russie avait également présenté de façon très pittoresque ses nombreux produits chimiques, ses cuirs au parfum spécial dû à l'écorce du bouleau, ses papiers d'Etat aux filigranes impeccables.

L'Autriche avait disposé trois salons, dans le style décoratif qu'elle n'abandonne jamais; de jolies peintures représentaient les pittoresques paysages agrestes entourant les principales usines, surtout les papeteries.

La Belgique relevait de tableaux symbolisant le verre, le papier, la teinture, les applications de la soude, une exposition très fournie de ses industries chimiques, qui doivent leur grand développement au voisinage des usines de charbon.

La chimie a commencé d'entrer dans le domaine pharmaceutique, et les simples sont remplacés par leurs principes actifs, glucosides ou alcaloïdes, créés de toutes pièces dans les laboratoires. Si l'on a quelque hésitation à accorder aux préparations chimiques la même douceur de guérison qu'aux plantes de la nature, au moins faut-il reconnaître que les antiseptiques et les appareils de stérilisation ont permis d'économiser bien des vies humaines. L'exposition de ces substances aux couleurs irisées de tous les tons du prisme était présentée dans des vitrines d'un style imprévu, où des fers légers se contournaient en spirales délicates, pour soutenir coupes et bocaux aux formes gracieuses. Remèdes ou poisons ne sauraient être offerts de plus galante façon que ne l'avait fait l'architecte Benouville.

MOTIF ALLEGORIQUE KN SEL G E M W !■: K T KAINIT) P.AR HERMANN HILDINC

c'diflé par la Compagnie de Stassfurt.

La parfumerie aurait pu autrefois revendiquer un emplacement au milieu des produits de l'agriculture; elle ressort bien aujourd'hui du domaine de la chimie.

'EXPOSITION DU SIKCI.E

La vaniline a remplacé la gousse odorante des tropiques, et plus n'est besoin de tuer des chamois pour se procurer du musc. A en juger par la lourdeur de certains parfums, la délicatesse de l'odorat n'y a point gagné. Ils se sont aussi démocratisés au point de vue des prix, et à en user pour un demi-million par an, ainsi que la légende le rapporte de M"" de Pompadour, il faudrait mettre beaucoup de volonté.

Peut-être par reconnaissance posthume envers une semblable cliente, la classe de la parfumerie s'était inspirée du style Louis XV, modernisé toutefois par des artistes tels que Mucha, pour la très riche décoration de son salon, qui n'avait

pas pu trouver place dans son véritable palais et s'était installé dans celui des Fils et Tissus.

Son musée rétrospectif, composé presque cxclusi\'ement par la collection Klotz, était bien amusant par ses bijoux frivoles et ses futilités élégantes. Tous les accessoires de la toilette et les estampes qui les entouraient témoignaient du caractère sérieux de notre époque; les femmes, le croirait-on, consacrent beaucoup moins de temps qu'autrefois aux soins de leur personne!

La supériorité de la parfumerie française se démontre par ce chiffre: sur les "!0 millions de la production annuelle, les deux tiers sont exportés.

L'industrie allemande, toutefois, nous serre de près. Elle avait organisé un petit pavillon collectif vraiment délicieux. Sa gravité habituelle s'était amusée en imaginant un petit théâtre-miniature où les spectateurs étaient remplacés par des boîtes et des llacons du plus coquet effet.

De jolies peintures que nous reproduisons en partie, représentaient dans l'exposition rétrospective les ateliers d'une papeterie au siècle dernier. Comme la guerre, l'industrie s'y faisait en dentelles. Le maître papetier, propriétaire du cours d'eau et des prairies voisines, s'y promenait tranquillement au milieu d'ouvriers placides, tout au moins en apparence, car ils avaient déjà leurs prétentions et leurs grèves. Le travail s'v faisait en famille ; toutes les cuves à papier du royaume n'auraient pas fourni a la consommation d'un journal quotidien de notre époque.

soL'Fi-'i.AGK DU vi:rri:. — Tableau de re\poiition belge de Solvay.

Page 1