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TISSUS ET VÊTEMENTS

Le recensement professionnel des catalogues officiels de l'Exposition estime à plus de deux millions et demi d'individus le personnel employé par les industries du groupe XllI, abrité dans le palais des Fils et Tissus. L'agriculture exceptée, aucun groupement d'industries n'aurait donc une importance aussi grande que celles qui se rattachent à rhabillement. Après sa subsistance, le second souci de l'homme est en effet de se vêtir, et le luxe est vite venu apporter toutes ses complications aux nécessités primitives.

Le musée rétrospectif du costume et les galeries voisines permettaient de répondre nettement à la question tant de fois posée de savoir si le luxe du vêtement est aujourd'hui moindre ou plus grand qu'autrefois.

Laissant de côté les civilisations disparues, Memphis ou Byzance, et s'en tenant à l'époque moderne, la réponse n'est pas douteuse : le costume des hommes n'existe plus; en revanche, celui de la femme est plus élégant que jamais. Nous ne portons plus, comme les seigneurs des anciennes cours, nos fermes sur nos épaules, par mesure de commodité autant que d'économie, mais nos femmes se chargent de tondre les prés.

La philosophie de la toilette féminine est facilement prolixe ; des pages et des gravures sans nombre s'aligneraient pour la comparaison des époques. On peut dire

L'EXPOSITION DU SIKCLE

KXPOsrrioN dk la couture parisienne (I.c s;ilon de Woiili)-

seulement que la femme d'aujourd'hui est montée en bijou, et légèrement comme le sont les bijoux modernes.

Devant les mannequins habillés de l'exposition collective de la couture parisienne, l'esprit le plus morose ne pouvait se défendre de la joie du spectacle, de cette joie artiste que produisent les jolies choses.

Nulle part peut-être l'art décoratif parisien ne triomphait d'une façon aussi complète. Une guirlande de fleurs peut entourer un buste de cent façons: il y en aura cependant une seule qui conviendra pour telle taille. 11 est un point unique où l'échancrure d'un corsage doit s'arrêter pour lui donner sa vraie note. Ainsi de tout le reste, sans parler du mariage des couleurs. Trouver cela toujours, comme d'intuition, n'est-ce pas l'art décoratif par excellence ? On pourrait même aller plus loin et dire que le coup de pouce qui pare une statue vivante vaut celui qui pétrit la glaise inanimée.

La femme a toujours été le grand moteur de l'art des hommes. Une société où elle se présente en posture de beauté est une société raffinée. La nôtre devrait donc être très délicate. Elle l'est d'ailleurs, qu'on en soit convaincu. Elle l'est infiniment plus qu'au xvir siècle, sans remonter plus loin.

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