DE LA VILLE DE PARIS
Telle une maîtresse de maison qui met de la discrétion à son élégance, la Ville de Paris n'avait pas voulu construire un palais trop somptueux. Elle avait demandé à son architecte, M. Gravigny, d'élever un vaste mais simple pavillon, rappelant par ses toits rapides et ses épis la silhouette de l'Hôtel de Ville.
L'E.xposition qu'il abritait procurait la vive satisfaction que donnent les choses présentées avec méthode et clarté.
Au commencement du siècle, Paris comptait 550.000 habitants et ses ressources étaient de 10 millions 1/2. Aujourd'hui, la population est de 2 millions 1/2 et les ressources atteignent 325 millions. On peut mesurer par ces chiffres l'importance matérielle d'un semblable organisme.
La sécurité étant la première condition de l'existence, les services de la Préfecture de police occupaient les premières salles. Des ordonnances anciennes et récentes, de l'installation confortable des prisons nouvelles, des estampes amusantes, des portraits même des préfets volontiers souriants, .se dégageait l'impression d'une surveillance plus paternelle que sévère, soucieuse de la liberté des gens et ne demandant que le maintien de l'ordre.
LE PAVILLON DE LA VILLE DE PARIS
JARDIN CKNTRAL
(Vasque conlenaiit les eaux de la Vaimc, de l'Avre, de la Seine et de lOurcq.)
Sérieusement armée cependant, ne serait-ce que par les étonnantes ressources du service du signalement anthropométrique, où les mesures et les photogi'aphies constituent un redoutable répertoire d'identification criminelle.
Le service sanitaire, par ses multiples investigations, s'imposait à la reconnaissance publique. C'était le laboratoire municipal et ses appareils subtils permettant de reconnaître les falsifications innombrables des denrées ; — l'inspection vétérinaire des abattoirs écartant les maladies animales dont la contagion s'introduirait quotidiennement dans la cité sans sa vigilance; — le laboratoire de toxicologie et l'inspection des Halles, si attentive et si nécessaire; — la Commission des habitations faisant peu à peu disparaître les locaux insalubres et tenant un casier sanitaire de toutes les maisons. Il faut ajouter un service de vaccination à domicile, des piscines municipales, des systèmes de désinfection gratuite après les maladies contagieuses, les voitures d'ambulance, les travaux de l'observatoire de Montsouris, les nombreux établissements charitables, et enfin les dernières précautions prises pour les inhumations. Le Parisien peut vraiment paver de quelques impôts de semblables mesures protectrices.
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Quant aux hôpitaux et aux hospices, l'Assistance publique en montrait le fonctionnement dans des salles particulières. Elle exposait avec une fierté légitime une installation actuelle d'enfants assistés, à côté d'un ancien tour, et opposait à un lit à quatre places de l'Hôtel-Dieu du xviir siècle le mobilier dernier modèle de ses salles, où tout est combiné pour l'hA^giène et l'antisepsie.
Au milieu du vaste jardin central, où massifs et statues rappelaient la disposition élégante des squares urbains, une quadruple vasque montrait en profondeur et en transparence les eaux jolies de la Vanne et de l'Avre et le répugnant liquide fourni par l'Ourcq et la Seine. La démonstration était franche.
La grande échelle d'une carte au i/sooo'' faisait comprendre nettement combien sera logique et conforme à la nature l'extension prochaine de Paris jusqu'à la Seine, du Point-du-Jour à l'île Saint-Denis. L'emplacement des docks de Paris port de mer n'y était nullement indiqué, mais n'en apparaissait pas moins avec évidence. Dans les salles du pourtour étaient les services de la voirie, les égouts d'au- ■ jourd'hui et ceux d'autrefois, quand il y en avait; les différents pavages susceptibles de supporter une circulation qui atteint sur certains points jusqu'à 40.000 voitures par jour; les systèmes d'éclairage entre lesquels on hésite encore. Des tableaux, des modèles réduits, des coupes même de grandeur naturelle donnaient aux démonstrations la clarté désirable. De jolis panoramas représentaient une voûte de captation d'une des sources de la Vanne et le parc d'épandage d'Achères.
On ne s'arrachait au spectacle de ces fonctions intérieures de Paris que pour en saisir le mouvement extérieur dans une série de vues stéréoscopiques où la vie même de la population avait été prise sur le fait dans ses occupations familières.
La Ville possède un riche domaine qu'elle administre en excellente mère de famille. Elle l'augmente à propos, et le plus souvent par préoccupation artistique, comme les récentes acquisitions des
LIT d'hôpital du XVUI' SIÈCLE, A QUATRE PLACES hOtelS de SCUS Ct dC
LE l'AVILLON DE LA VILLE DE PARIS
Lauzun. La Commission du Vieux Paris recueille avec soin, pour les déposer dans les musées municipaux tels que Carnavalet et bientôt le Petit Palais, les antiquités mises à jour par les fouilles et les pièces à conserver des démolitions nécessaires.
De nombreuses photographies et une superbe reconstitution du plan de tapisserie de IS40 témoignaient d'un zèle qui se poursuivait par des conférences et des projections données gratuitement dans les salles de sous-sol au niveau de la berge.
Montons maintenant au premier étage, où l'intérêt va croître encore. La Direction de l'Enseignement occupait la moitié des galeries de pourtour. Pour se rendre compte de son importance, il faut s'arrêter un instant aux chiffres suivants ;
En 1877 En 1899
Ecoles maternelles 110 écoles,
— primaires de garçons 141 —
— — de filles 144 —
Ecoles primaires supérieures de garçons... 4 —
— — — de filles o —
Ecoles professionnelles de garçons i —
— — de filles o —
Totaux 400 écoles, iij.748 élèves. 577 écoles, 170.360 élèves.
Le budget de l'enseignement était de 31 millions 1/2 pour iSqq.
Ainsi, en vingt ans, le nombre des écoles et des élèves a augmenté de 50 0/0, et cependant, il y a vingt ans, on suppose bien que Paris n'était pas en retard. La Direction déclare avoir encore de grands efforts à accomplir, malgré les 150 millions de ressources extraordinaires dépensés depuis trente ans. Paris veut légitimer son nom de Ville Lumière.
L'enseignement primaire comprend, pour les garçons, des ateliers où ils se
GEORGES BERTRAND : Hvmnc de !a terre au sulcil. (I)Jcoration de IHôtel de Ville.)
familiarisent aux travaux manuels du bois, du fer, et des classes de dessin particulièrement surveillées. L'enfant acquiert ainsi l'habileté nécessaire des mains et peut se rendre compte du métier qui lui convient le mieux.
Les exercices physiques et le dessin sont également en honneur dans les écoles de filles, mais on y enseigne en plus le chant, la cuisine, l'économie domestique et ménagère et tous les métiers de la femme. Au sortir de l'école, une petite fille parisienne peut se suffire à elle-même, elle est armée pour la vie.
HARPiGNiEs : Jardin du Luxembourg.
(Décoration de rHôlel de Ville.)
Les écoles primaires supérieures sont le prolongement de ces études élémentaires. Le Gouvernement les a bien instituées par la loi du 10 octobre i8So, mais en fait il les abandonne aux municipalités. Il a établi une distinction subtile entre l'enseignement primaire supérieur, laissé à la classe ouvrière désireuse de s'élever, et l'enseignement secondaire spécial, créé pour la classe bourgeoise, qui croit s'y abaisser, si bien qu'aucun des deux ne fonctionne convenablement.
C'est cependant la même chose, et la plus essentielle en matière d'éducation. 11 s'agit de fortifier les connaissances pratiques, mais aussi d'ou\rir l'esprit aux théories, aux méthodes intellectuelles, aux idées générales; —
j u H .N L L. w I a - i; i< o w N : I.e Moulin de l.ongchamp. (Décoration de l'Hôtel de Ville.)
LE PAVILLON DE LA VILLE DE PARIS
de ne point s'attarder aux choses mortes, ni trop embrasser pour mal étreindre : — de faire résolument la part de la réalité et du préjugé, en un mot de former des hommes.
Dans ses Écoles Turgot, Colbert, Lavoisier, J.-B. Say, Arago, pour les jeunes gens; Sophie-Germain et Edgar-Quinet, pour les jeunes filles; dans son collège Chaptal, fondé par Prosper Goubaux en 1844, passionnément attaqué et toujours grandissant avec ses 1.500 élèves actuels, la Ville de Paris a trouvé des formules qui répondent chaque jour de plus près aux desiderata de la vie moderne.
Son œuvre d'enseignement apparaît surtout dans ses écoles professionnelles de