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PROJETS SUCCESSIFS DU PALAIS DES ARMEES DE TERRE ET DE MER

poupe d'un grand vaisseau de l'époque Louis XIV; à celle d'amont, la proue et une partie de l'avant d'un cuirassé moderne; au-dessus du porche, un mât blindé appuyé de tourelles. Pour gagner quelques mètres d'emplacements intérieurs, on supprima cette décoration, qui eijt été d'un si grand effet.

Le second projet agréé, ce furent les Ministères de la Guerre et de la Marine qui abandonnèrent la partie. Pour masquer une insuffisance de crédits, ils découvrirent subitement qu'il y aurait danger à livrer aux étrangers les secrets de notre défense et déclinèrent toute participation. Réduit à contenir seulement les expositions privées, le palais dut être simplifié une troisième fois. Il a coûté 2 millions.

L'abstention officielle de l'Armée et de la Marine française fut tout à fait regrettable. La raison des précautions à garder n'a trompé personne. Il ne s'agissait pas du plan de mobilisation! Pour quelques rares parties qui peuvent être tenues cachées et qu'on ne réclamait pas, tout l'ensemble de notre armement est aussi bien connu des étrangers que nous connaissons le leur. Est-ce aussi la raison d'État qui a empêché l'École polytechnique, l'École de Saint-Cyr et l'École navale d'exposer? Et si l'abstention était de principe, pourquoi avoir permis aux services géographique et hydrographique de montrer leurs belles cartes?

L'EXPOSITION DU SIKCLE

SALLE UES ARM un ES UU MUSÉE RÉTROSPECTIF DE l'aRMÉE

Dans le catalogue officiel, chaque classe est précédée d'une notice substantielle relatant l'historique de l'industrie, suivant ses progrès pendant le xix' siècle et montrant avec une satisfaction légitime sa situation au moment de l'Exposition. Le mince catalogue du groupe XVIII, où six classes formaient des cadres à peu près déserts, contient des notices qu'il eût été préférable de supprimer, car on pouvait se demander en les lisant ce que sont devenus les milliards votés sans compter. Les Français ne peuvent pas être pour cela ébi^anlés dans leur confiance ; mais il eût été convenable d'expliquer les choses aux étrangers.

L'initiative privée a maintenu le drapeau. Elle a consacré à nos gloires militaires un temple d'héroïsme, culte du passé et exemple de l'avenir, comme le disait l'inscription gravée à l'entrée : Pratcriti fuies, exeiupluinqiie fiitiiri.

Un comité ayant à sa tête Edouard Détaille, dont l'art se réchauffe de patriotisme, avait fait appel à toutes les bonnes volontés. Elles sont venues avec élan et ont constitué le musée rétrospectif de l'Armée, éloquent comme une épopée.

Le grand maître de l'artillerie de François I", Galliot de Genouilhac, faisait les honneurs de la première salle, cuirassé et casqué sur son cheval de bataille. Les riches armures du moyen âge et de la Renaissance qui remplissaient les vitrines portaient la trace des coups reçus dans les victorieuses chevauchées.

Dans les deux salles de la Royauté, les généraux aux perruques bien ordonnées conservaient ces airs de politesse dont ils ne se départaient point dans le feu des batailles. Leurs portraits majestueux, mieux encore que les ancêtres des Silva devant Hernani, parlaient le langage de la vaillance. Lesdiguières et Grillon, Condé, Turenne et Vauban,le maréchal de Boufflers et le chevalier de Grassin, Fabert et

LE PALAIS DES ARMEES DE TERRE ET DE MER

SALLE DE l'empire DU MUSÉE RÉTROSPECTIF DE L'aRMÉE

d'îmécourt, Rochambeau et d'Assas, ceux-là et d'autres encore personnifiaient les aspects divers de la bravoure française.

Malgré le rapprochement des années et la réalité des objets, il semblait ensuite qu'on entrât dans la légende. Peint par Ingres en 1802, Napoléon était là. Autour de lui se pressaient Kléber et Augereau, Joubert et Leclercq, Lasalle et Desaix, Victor et Oudinot, Suchet, Soult, Lefebvre et la maréchale M°"= Sans-Gêne, Lannes, Davoust, Ney, Moncey, Murât, tous ceux qui le suivirent à travers l'Europe.

Plus évocateurs encore que les toiles, les objets mêmes ayant appartenu à ces hommes. Le sabre de Kléber à Héliopolis ; celui de Marceau et le fusil du soldat tyrolien d'où partit la balle mortelle ; les baguettes d'honneur de Nicolas Laugier le tambour d'Arcole qui battit la charge de la main gauche quand il eut perdu la droite; les uniformes tachés de Lannes; la pipe que fumait Lasalle à Wagram; la montre que les glaces de la Bérésina arrêtèrent dans le gousset du capitaine Paulin. Le «petit chapeau », unpetit chapeau authentique, fatigué d'avoir été porté. Et puis, relique suprême, le drapeau du V grenadiers de la garde, portant les noms de toutes les capitales où il pénétra en vainqueur. Après lui, il ne faut plus chercher autre

chose. C'est lui que l'Empereur embrassa à Fontainebleau, dans la cour des adieux...

La France était restée. Elle revit dans les guerres d'Afrique avec Changarnier, Cavaignac, Bedeau, Bugeaud, Lamoricière, le duc d'Aumale.

Voici des uniformes maculés de sang qui furent portés à Sébastopol, et encore des portraits: Mac-Mahon, Bosquet, Canrobert, Pélissier.

Combien d'autres encore pouvaient répondre <? présent » à la revue d'honneur qui se passait dans ces salles !

On s'était arrêté à l'année terrible. Quelques pas plus loin, l'Allemagne était également demeurée dans le passé, ne dépassant pas 1863 dans la curieuse reproduction des uniformes de ses armées, particulièrement des troupes prussiennes et des maisons royales. Modelés parle sculpteur Paul Werner, les corps en papier mâché et les têtes en cii"e étaient de grandeur naturelle. Une centaine de personnages portaient des uniformes exécutés par Knœtel d'après les données les plus ceitaines, et des armes d'une authenticité réelle ou d'une parfaite imitation. Exécutées spécialement pour l'Exposition, ces figures constitueront un musée qui sera conservé et complété à Berlin, tel que nous n'en possédons pas chez nous.

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