ESCALIER DES CONGRES
plus courtes) et que la moitié des ouvriers y ayant pris part n'étaient pas syndiqués. On peut même ajouter que ce sont ceux-là qui entraînent les autres. Si les syndicats comprenaient tous les patrons et tous les ouvriers, supposition qui n'a rien d'impossible, leurs chambres respectives arriveraient le plus souvent à une entente.
En 1884, il n'y avait que cinq syndicats agricoles; aujourd'hui ils dépassent le chiffre de deux mille, avec huit cent mille adhérents. C'est beaucoup, comparé au néant d'il y a seize ans; c'est peu, en proportion de ce qui devrait exister. Les syndicats s'entendent bien pour les acquisitions, en particulier pour les engrais; nullement pour les ventes. Le cultivateur continue à êti^e désarmé pour l'écoulement de ses produits et victime des intermédiaires dans des proportions abusives. Il a été si longtemps opprimé et si souvent dupé qu'il n'a plus foi qu'en lui-même, que sa défiance de toute association est invincible et qu'il est le principal obstacle à la création d'un crédit agricole, qui rendrait cependant tant de services. Puisque le « cher paysan de France » est la pierre angulaire de la patrie, le Gouvernement devrait bien comprendre qu'il est temps d'ouvrir aux idées générales son esprit, qui leur demeure fermé comme autrefois. Elles y feraient certainement germer une plantureuse moisson.
Les sociétés de consommation ont pour but, comme leur nom l'indique, de
supprimer autant que possible les intermédiaires et de faire participer les adhérents aux bénéfices de cette suppression. Leur statistique est très incomplète. En partant des données connues, on peut estimer qu'il en existe un millier en France, comprenant cinq cent mille membres et faisant 300 millions d'affaires. Le bénéfice moyen serait de 10 pour 100, mais une comparaison serait nécessaire entre les prix des denrées de ce magasin coopératif et ceux du libre commerce. Si les intermédiaires sont supprimés en partie, leur initiative aussi est abolie.
Il en est de même des maisons ouvrières pour lesquelles tant d'essais ont été tentés sans arriver à trouver la vraie formule. On en voyait de très jolies à l'annexe de Vincennes. Une industrie anglaise en présentait dont beaucoup d'honnêtes bourgeois de chez nous se contenteraient volontiers, à la condition toutefois que celles de leurs voisins ne fussent pas toutes pareilles. Notre caractère se prête peu à la régie des comptoirs d'alimentation et à l'uniformité de logements alignés au cordeau. Il voit alors une apparence de prison aux choses les plus confortables. Les institutions pour le développement intellectuel et moral des ouvriers, unions chrétiennes,patronageslaïques,bibliothèques gratuites, courset conférences, sociétés de tempérance, rivalisent d'efforts. Elles ont du succès, mais moins que les sociétés de sport et de tir, qui sont des écoles de discipline sociale et de véritables foyers de patriotisme. On compte aussi plus de sept mille sociétés orphéoniques, sur lesquelles la plaisanterie peut être facile, mais qui ne s'en livrent pas moins à de très recommandables exercices.
Le Musée social, fondé par la généreuse initiative de M. de Chambrun, et l'Office du travail créé par la loi de i8qi, ont pour mission de rassembler et de vulgariser tous les documents relatifs à l'amélioration du bien-être et à l'éducation morale de la nation. Quant aux institutions de prévoyance, elles forment
aujourd'hui un cycle à peu près complet de sages précautions dont les effets se multiplieront par leur seul fonctionnement. Douze mille sociétés de secours mutuels, comprenant près de deux millions de membres, possèdent un quart de milliard en capital, reçoivent 40 millions de cotisations
PYRAMIDE DE L'aSSURANCE OUVRIÈRE ALLEMANDE