LES ŒUVRES D'ECONOMIE SOCIALE
Les lignes calmes et nobles que son architecte, M. Mewès, avait choisies pour le vaste palais qui faisait pendant au pavillon de la Ville de Paris, à l'autre extrémité des serres, convenaient parfaitement aux questions qui devaient s'y agiter en paroles et y être exposées dans leurs résultats.
Le premier étage était divisé en vastes salles, où se tinrent successivement les solennelles assises des congrès. La seule énumération de ces congrès demanderait plusieurs pages. On peut dire que tous les problèmes qui préoccupent les sociétés modernes y furent étudiés. Des savants, des penseurs, des chercheurs de tous les pavs y apportèrent le fruit de leurs études.
Si toutes les solutions ne furent pas trouvées, partout au moins fut fait un pas en avant. Quelques heures d'efforts rais généreusement en commun firent plus que les longs travaux solitaires, et une chose supérieure fut dégagée, la solidarité intei'nationale du progrès.
3i4 L'EXPOSITION DU SIECLE
La publication de ces congrès servira de base à des études nouvelles, et ce sera rhonneur de l'Exposition de iqgo d'avoir ainsi fait une large place à la pensée pure.
Pour bien marquer d'ailleurs qu'il ne s'agissait pas de spéculations stériles dans le domaine de l'utopie et que les rêves généreux se réalisent, le rez-de-chaussée était plein à déborder de ces réalisations. Toutes les nations, avec un élan plus saisissant là que partout ailleurs, montraient dans un ordre méthodique les multiples formes de leurs efforts dans l'œuvre sacrée de l'amélioration sociale.
Sans pouvoir les suivre toutes, mais en rendant à toutes le tribut d'éloges mérité, nous passerons en revue les principales institutions qui appaiiiennent à la France. Le siècle qui vient de s'écouler leur devra sa grandeur.
Avant 1780, les règlements des corporations donnaient aux patrons un pouvoir discrétionnaire sur leurs apprentis. Les enfants ne firent que perdre cependant à leur suppression, car leur sort fut plus dur dans les usines nouvelles que dans les anciens ateliers familiaux ; il leur fallut attendre les lois de 1874 et de 1892 pour trouver chez nous une protection efficace. Aujourd'hui, la durée de l'apprentissage est en moyenne de deux à trois ans, les heures de travail sont limitées et le salaire est passé à l'état d'usage. Le niveau moral en a été relevé au même titre que l'habileté professionnelle.
La sécurité des ateliers a aussi été garantie pour les adultes ; il faudi"a même revenir sur des lois qui ont certainement dépassé le but.
Depuis un siècle, la moyenne des salaires est passée de i franc à 2 fr. 50 pour les ouvriers agricoles, et de i fr. 50 à 3 fr. 75 pour les ouvriers de l'industrie, augmentant ainsi de 150 pour 100. Les frais de l'existence ayant à peu près doublé, il reste encore une marge en faveur de l'augmentation des salaires. 11 faut bien reconnaître qu'ils sont encore insuffisants pour donner à l'ouvrier non seulement la matérialité, mais la dignité de la vie. Quant à la participation aux bénéfices, il n'y a pas cent cinquante maisons françaises l'appliquant actuellement. Mais le problème de l'association du capital et du travail est abordé; de sa solution nécessaire et pacifique dépend l'avenir des sociétés.
La solution sera peut-être donnée par les associations coopératives, qui ne sont encore qu'à leur début, puisqu'on ne compte pas actuellement deux cent cinquante sociétés ouvrières de production et que bon nombre n'ont pas eu une existence heureuse. Les expériences qu'ils feront sur eux-mêmes amèneront les ti"availleurs à comprendre la nécessité d'une entente avec le capital.
Les syndicats professionnels, c'est-à-dire les réunions d'ouvriers ou de patrons de même profession, ont aujourd'hui leur existence légalement reconnue. Ils seraient à peu près souverains pour empêcher les grèves s'ils fonctionnaient régulièrement. Mais l'Office du travail a relevé qu'il y avait eu, depuis 1890, une moyenne d'une grève par jour (en comptant naturellement les plus minimes et les