L'EXPOSITION CENTENNALE DE L'ART FRANÇAIS
Ce qu'un siècle d'Art, quand ce siècle est le xix*', représente de tradition et d'indépendance, de foi'mules nouvelles sur d'anciens thèmes ou de thèmes nouveaux sur d'anciennes formules, de réalités ou d'illusions dans la recherche du vrai, la critique ne saui"ait l'exprimer. 11 lui faudrait bâtir des théories vaines.
Dans la bataille des idées artistiques, aujourd'hui comme toujours, une seule chose est vraie, le génie. Qiiand il anime un tempérament d'artiste, toutes les chaînes éclatent et toutes les conventions s'écroulent devant le chef-d'œuvre. Or il y en a eu dans tous les temps et de tous les styles.
Les artistes ignorent le scepticisme, puisqu'ils travaillent. Chacune de leurs œuvres, même manquée, est un acte de foi. Et cela suffit, sans développement de système, pour rendre une exposition rétrospective suprêmement intéressante.
Les musées de Paris ne
laissent point voyager les
chefs-d'œuvre dont ils ont la
garde; ceux de province ne
font qu'à regret fléchir une
semblable consigne; ceux
de l'étranger se dérobent ;
les amateurs ne se soucient
pas de se pri\"er de leuis
trésors. Une réunion quelconque d'œuvres d'art est
toujours chose fort ardue.
L'aveu de ces difficultés
eût été naturel en tète du
catalogue de la Centennale
et le résultat obtenu n'en
eût paru que plus grand.
Mais ses organisateurs estimaient au contraire, dans
leur préface, que les choses
étaient bien comme ils les
avaient voulues. Revenons
donc sur ces volontés et sur
leur réalisation.
Le principe était parfait : une exposition des
œuvres du XLX" siècle, faisant suite à celles des siècles antérieurs réunies au Petit Palais et précédant celles, immédiatement contemporaines, qui se sont produites depuis i88q.
Une autre idée également digne d'éloges fut de remettre en lumière des artistes injustement oubliés, pour faire appel du passé devant un public affranchi des passions d'autrefois.
Mais une malheureuse resolution est venue compromettre gravement cet excellent programme. 11 fut décidé qu'on ne reverrait à la Centennale de looo aucune des œuvres qui avaient figuré à celle de i88i). Or cette exposition de 1889 avait été une extraordinaire réunion de chefs-d'œuvre. C'était vouloir composer un bouquet en le privant d'avance de ses plus belles (leurs. Et pourquoi ?
Ces tableaux et ces marbres déjà vus en 1884 par beaucoup de personnes
K u D t : Mercure.
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LA CENTENNALE
E T E X : t)lymfij .
auraient été pour un plus grand nombre encore une nouveauté en tqoo. Ceux qui les connaissaient auraient eu du plaisir à les re- \'oir. Cet ostracisme semblait être de la même famille que celui qui frappa Aristide. Comme les chefsd'œuvre ne sont pas innombrables et que pour un de perdu on n'en retrouve
souvent plus, les organisateurs de la Centennale, malgré leurs recherches, ne rencontrèrent parfois que la monnaie des anciennes pièces. Ils furent aussi assez parcimonieux dans leur justice rétrospective. Combien de noms vraiment méconnus furent ainsi rappelés à la vie? Une douzaine. Faut-il dire que, pendant la durée d'un
siècle, il n'y eut pas d'autres victimes des erreurs humaines?
Ce fut donc une exposition à souhait pour les connaisseurs déjà renseignés, et ce sont eux d'ailleurs que l'on voulait étonner.
Mais le grand public, français et étranger, qui avait le droit d'entrer avec une ignorance désireuse de s'instruire, sortait avec une idée imparfaite de l'histoire de l'art français durant le xix" siècle.
Ce n'est pas dire que les œuvres exposées étaient indignes de l'être; mais beaucoup étaient absentes qui auraient dû figurer. La place ne manquait pas, même sans empiéter sur la Décennale, car des galeries restaient vides et des salles étaient remplies par des estampes d'un foisonnement d'autant plus excessif que beaucoup d'entre elles, étaient c.BEr : sonù- Je ^.in. ^e faible intérêt.
prud'hon ; La Prîiwcsse Elisa.
Cette histoire de l'art français n'est pas à faire ici ; il y faudrait des volumes. A peine pouvons-nous en rappeler les grandes lignes.
Les derniers survivants des grâces du xviii" siècle, Greuze et Fragonard, moururent en 1805 et 1806. Prudhon produit ses chefs-d'œuvre sous l'Empire, mais il vit solitaire et sans aucune intluence.
David règne en maître et régente les arts. Lui-même cependant est incertain; son culte du classique est troublé par la vie qui s'impose à son génie. Il crée toutefois les plus belles toiles d'histoire qui existent. Guérin ne sort pas de l'antiquité ; Girodet dramatise
DAVID : MaJjmi: V:"ce Le Itrtin.
BARON tîËRARD : Madame La:Utia,
LA CENTENNALE
ses toiles, qui restent l'roides; Géi^ard maintient dans un ton glacé ses portraits officiels ; Gros, après de glorieuses manifestations d'indépendance, meurt dans l'incertitude.
Bailly et Drolling représentent avec une scrupuleuse finesse les intérieurs et les scènes populaires , mais ils sont loin de la pénétration de Chardin. Malgré sa verve et son esprit. Carie Vernet arïange trop sa composition.
Tous ont oublié les recommandations de Diderot de « reproduire scrupuleusement la nature ».
Géricault se révolte magnifiquement contre les formes conventionnelles, mais il meurt à trente-trois ans, deux ans après l'entrée au Salon de 1822 de la Barque
HORACE vernet: Maicfpa.
INGRES : Madame Je Senone
DELACROIX: I.a (Jrece ex^ ira tl.
CM ASSKIi I
iyiuion ci lutynn
ROBERT- F LEUR Y : Jauc S/iore.
TONY JOHANNOT '. La Mort Je Du Guesclin.
LA CENTENNALE
du Dante, de Delacroix, qui devait reprendre le drapeau échappé de ses mains. La lutte entre Delacroix et Ingres demeurera dans les fastes épiques de l'art. Jamais tempéraments plus contraires ne furent en opposition. Tous deux voulaient fixer la vérité sur la toile ; Ingres la demandait à l'honnêteté profonde du dessin, Delacroix au mouvement et à la couleur. La postérité ne prendra pas parti entre ces deux maîtres également grands.
Le romantisme de Delacroix ne fit