A L'ESPLANADE DES INVALIDES
Le Palais des Manufactures nationales n'avait aucune raison d'être double. Tous les arts décoratifs français, ces manufactures en tête, auraient facilement trouvé place dans la partie de gauche en regardant le dôme. On aurait donné à ces classes le nom général d'Industries d'art, préférable à la formule compliquée « Décoration et Mobilier des édifices publics et des habitations » et au titre peu noble « d'Industries diverses » dont la joaillerie, l'orfèvrerie et les bronzes étaient affublés. Des industries comme le caoutchouc, aussi utiles que peu esthétiques, auraient trouvé ailleurs un emplacement convenable.
Quant à la partie de droite, sa destination était indiquée. Les Lettres ont été négligées ; nous reviendrons là-dessus en parlant des groupes I et III. Elles eussent trouvé là, dans une situation à souhait, le palais qui leur était dû.
Il nous faut bien suivre les emplacements tels qu'ils ont été déterminés, et nous trouverons Sèvres dans la partie de droite de ce double Palais des Manufactures nationales.
En i8c)i, M. Baumgart fut mis à la tète d'une nouvelle organisation de la Manu-
LART DECORATIF FRANÇAIS
facture de Sèvres; on y reconstitua une école de céramique et les portes s'ouvrirent à tous les talents. Cette transformation ne tarda pas à porter ses fruits.
Un palais formé de matériaux entièrement empruntés à la céramique devait contenir en 1900 l'exposition de la Manufacture. Du projet, qu'il fallut abandonner faute de crédits, il ne resta que la maquette et une travée entièrement exécutée de la façade qui fut placée à l'entrée de la rue centrale de l'Esplanade. Malgré la richesse d'une pareille ornementation et peut-être à cause d'elle, il n'est pas certain que son emploi exclusif à l'édification d'un monument entier eiit été d'un bon effet. A défaut du palais spécial, les galeries de l'Exposition permirent d'apprécier le programme que s'était donné la Manufacture :
Perfectionner la porcelaine dure ancienne, et la décorer en un seul grand teu de four, soit sur couverte, c'est-à-dire quand la pâte est déjà cuite, soit sous couverte, c'est-à-dire en appliquant les couleurs sur la pâte crue. Dans le premier cas, les couleurs se fondent avec l'émail; dans le second, elles se trouvent comme emprisonnées sous lui. On aperçoit la supériorité de ce système sur les anciennes cuissons au moufle, répétées plusieurs fois, où le décor ne semblait avoir qu'une adhérence factice.
Traiter la porcelaine dure nouvelle, due à M. Lauth, en 1S80, avec les mêmes procédés de cuisson ; y appliquer des couvertes juxtaposées et tirer
des couvertes à cristallisation, découvertes aussi à Sèvres en 1885 et que la Manufacture de Copenhague avait déjà utilisées, tous les effets opposés d'intensité et de douceur qu'elles peuvent également donner.
Revenir à la porcelaine tendre abandonnée au commencement du siècle et dont le procédé était perdu. Théodore Deck l'avait en partie retrouvé en 1888, mais c'est à M. Vogt, directeur actuel des travaux techniques, que revient l'honneur d'avoir reconstitué cette pâte fameuse, qui peut parer des plus vives couleurs sa finesse infinie.