INTERIEUR DE MM. PLUMET ET SELMERSHEIM
de goût et il faut reconnaître que cette qualité essentielle est généralement répandue. On regrettait cependant dans leur galerie du premier étage, parfaitement aménagée sous un vélum d'étoffes froncées qui tamisaient la lumière, une imitation trop fréquente des styles anciens et une tendance à la somptuosité.
La classe 70 représentait les tapisseries, tapis, tissus d'ameublement, toiles peintes, cuirs repoussés, qui auraient été tout aussi bien à leur place dans les Palais des Fils et tissus et des Industries chimiques.
Exception aurait toutefois été faite pour les tapisseries et les tapis de Savonnerie que l'industrie privée conduit à Aubusson avec un art rival des Gobelins et de Beauvais et une perfection reconnue du monde entier.
De la variété infinie des étoffes d'ameublement se dégage une impression en quelque sorte contradictoire ; sans doute une satisfaction humanitaire devant les procédés perfectionnés de l'impression qui vulgarisent à bon marché des simulations de soie et de velours, mais aussi le regret de voir peu à peu disparaître les somptueux et lourds tissus d'autrefois.
LART DECORATIF FRANÇAIS
I. A SALLE A MiNGi.R Di;s GuiNDS MAGASINS DU LOUVRE (La fciictre ouvre Sur Ic Mont-Saint-Michel)
Cette classe terminait le Palais des Manufactures nationales. A côtté, ouvrant sur la rue de Constantine, se trouvait la cour des grands magasins de nouveautés. N'étant pas fabricants, ils ne pouvaient exposer que comme tapissiers et inspira teurs demeubles. Ils ont affirmé leur droit par des organisations très réussies.
Le Bon Marché (MM. Ch. Risler et C Belesta, architectes), dans une reconstitution inspirée de Trianon, offrait un appartement de belle allure avec un salon aux huit baies encadrées chacune de deux colonnes, du plus grand air.
M. Ch. Risler avait également édifié le pavillon du Printemps avec des motifs sculpturaux de II. Coutheillac et des peintui'es de Chéret. Au rez-de-chaussée, de belles dames en cire prenaient part à un five o'clock tea avant d'aller acheter les meubles et les tentures de l'appartement du premier étage.
Le Louvre avait eu une idée particulièrement heureuse. Les fenêtres de la chambre à coucher ouvraient sur une vue d'Antibes, celle du salon sur le Pont- Neuf et celle de la salle à manger sur le Mont-Saint-Michel, au moyen de toiles de fond, panoramiques très lumineusement peintes par Arrus. Les boiseries et les buffets de la salle à manger, exécutés d'après le dessin du sculpteur Alexandre Charpentier, étaient un des types les mieux réussis du mobilier d'art moderne.
Dans les galeries abondamment peuplées qui venaient à la suite, les meubles, tous beaux et d'une exécution montrant à quel degré de perfection sont aiTivés les ébénistes, étaient d'une richesse déconcertante.
On se demandait à quel niveau était montée la fortune publique pour pouvoir alimenter, par des achats suffisants, une industrie aussi généralement luxueuse. Bien que les fautes de goîit fussent infiniment rares, on regrettait là encore le manque de simplicité. 11 serait préférable de payer moins cher des mobiliers de salon, et de réserver quelque argent pour des bibliothèques dont l'absence dénotait combien le livre préoccupe peu notre société française. Cela paraissait d'autant plus triste que pas une organisation mobilière de l'étranger n'avait négligé le meuble de la lecture.
Les meubles se divisent en deux catégories, ceux qui copient les anciens styles
sans effort de création, et ceux qui constituent ou cherchent à constituer un style nouveau.
Parmi les derniers, bon nombre étaient très réussis. Cet art moderne est, chez nous, moins fantaisiste qu'à l'étranger. On y sent la retenue imposée par les traditions, et la condition essentielle de la CANAPÉ ,R.s ET ^^^^Z^^'m^^y^^ ^"^ "'' " ^ "' ' " Stabilité cst uiai ute uuc .
Î.'ART DKCORATIF FRANÇAIS
s AI. LE A MANGER DE M M . P É R O L FRERES
Une belle salle à manger de MM. Pérol, en acajou rouge rehaussé de discrets ornements en or, aurait été parfaite si les chaises avaient été en rapport avec le confortable de l'ensemble. Cet ameublement était solide et gracieux, d'une simplicité riche et d'une facture très originale.
L'exposition de la maison Majorelle , de Nancy, comportait plusieurs appartements meublés avec une fantaisie et un art qui captivaient tous les regards. C'était le triomphe de l'art nouveau français, employant des bois variés, simplement ajourés dans leur masse ou bien assemblés en mosaïque d'une finesse
TABLE AVEC JARDiNlEKlv DETACHEE DANS UNE OUVERTURE CENTRALK
(.Maison Majorelle).
extrême. Les lignes, d'une légèreté et d'une liberté imprévues, n'enlevaient pas la sensation nécessaire de confortable et de solidité.
L'Exposition aura eu l'honneur de fixer, de façon à le rendre partout reconnaissable, les principes du style nouveau.
Il est superflu d'indiquer qu'il ne doit rien aux époques précédentes ; ce n'est pas non plus, comme l'art japonais qui lui aura toutefois donné la souplesse des lignes, une copie de la nature. C'est la liberté dans la conception.
La liberté, loin d'être infaillible, produira là comme
LIT EN BOIS MASSIF AVEC INCRUSTATIONS (Maison Majorellc).
L'FFET AVEC MOSAÏQUE DE BOIS (Maison Maiofelle).
ailleurs de vilaines choses. Tous les styles ont leur déchet. Mais là aussi comme ailleurs, elle traduira en oeuvres supérieures de belles pensées qui n'auront pas été gênées par les formules.
Le xix° siècle aura vu naître le style libre, trop tard pour lui donner son nom.