‹ L'Exposition du siècleChapitre 80 sur 217 · AU PALAIS DE LA HONGRIE · texte numérisé non relu

AU PALAIS DE LA HONGRIE

Mucha avait retracé l'histoire symbolique du pays. Elle se continuait en profondeur par une vue animée de la capitale, Sarajevo. Des mannequins situés au premier plan se confondaient avec la foule peinte et donnaient l'illusion de la vie. Des femmes réelles dévidaient de la soie et tissaient des tapis. On éprouvait la sensation imprévue d'une chose lointaine subitement rapprochée.

Au premier étage, les produits agricoles, céréales, vins, cidres, noix et amandes énormes, pruneaux d'aspect savoureux, témoignaient de la variété des cultures. Et surtout apparaissait, pour mettre en valeur ces contrées récemment annexées, l'effort d'un Gouvernement-Providence.

Chemins de fer, aménagement des eaux, écoles d'agriculture, plantations modèles, tout était prodigué par une Administration intelligente qui a semé pour récolter au centuple.

L'antique Hongrie, boulevard de la chrétienté contre les Turcs, avait édifié un admirable palais, symbole de son histoire tourmentée.

Pendant dix siècles le peuple magyar soutint des luttes continuelles qui trempèrent son âme d'énergie. Depuis peu d'années seulement, il jouit d'une paix qu'il a su mettre à profit.

L'EXPOSITION nu SIECLE

LA Salle des hussards du palais de la Hongrie, au i*^' étage sur le quai

Tous les styles voisinaient dans son palais, sans transitions inutiles mais juxtaposés de façon à produire un ensemble étrangement harmonieux, faisant le plus grand honneur à ses architectes Balint et Jambor.

Le beau portail d'entrée sur la rue reproduisait celui de l'abbaye romane de Jaak, la tour de 40 mètres aux puissantes assises était empruntée à la chapelle d'un château fort, la façade gothique sur la Seine était prise du château de Vajda- Munyad, les crénelures plus modernes de la maison de Rakocsy se voyaient sur une des faces latérales. Ainsi les temps héroïques revivaient sur la pierre. Le plâtre de la construction avait été comme bruni par la poussière des siècles.

Pour meubler l'intérieur de son palais, la Hongrie n'avait pas hésité à se démunir de vénérables reliques d'une valeur inestimable et que rien, en cas d'accident, n'aurait pu remplacer. Dès le porche franchi on était en plein moyen âge. Le tombeau d'un Hongrois païen du ix" siècle voisinait avec le sarcophage de saint Siméon ; un casque d'évèque guerrier était proche de l'épée de Mathias Corvin; toute une séné d'armes et d'équipements conduisait des Huns jusqu'au xV siècle; des monnaies aussi partaient de saint Etienne jusqu'à l'époque contemporaine.

Page 1