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LANCRET

Le Moulinet.

LA RUE DES NATIONS

i' A \ 1 L L O iN R * I V A L D K L I£ S P A G N b

La noble Espagne a voulu nous faire honneur. Elle a édifié un palais superbe. Pour le meubler, elle aurait pu demander à ses musées, à ses couvents, à ses châteaux quelques-uns des objets d'art qui s'y trouvent en plus grande quantité qu'en aucun autre pays et dont une réunion partielle faisait à Madrid, aux récentes fêtes du centenaire de Colomb, la stupéfaction des visiteurs.

S. M. la Reine régente a préféré prendre dans les nombreuses suites que possède la Couronne seulement trente-sept tapisseries. Elles ont suffi, par leur étourdissante splendeur, à produire une sensation d'art incomparable.

La puissance d'un Empire qui ne voyait pas le soleil se coucher sur ses Etats, les richesses accumulées par les découvertes et les conquêtes, les combats pour la délivrance du sol, la foi ardente et les sentiments chevaleresques, toute l'histoire de l'Espagne revivait dans ces tissus de laine, de soie et d'or. Les innombrables figures semblaient quitter les tentures pour peupler les vastes salles. Jamais le grand art de la tapisserie ne s'était élevé à un tel degré d'évocation.

Quelques armures seulement, mais chacune valant un trésor, et en particulier

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celle de Boabdil. le dernier roi de Grenade.

Au milieu du patio du rez-de-chaussée, une fière effigie de Velasquez.

C'était tout, mais combien cela suffisait !

Dans ce cadre sévère, une seule et touchante chose contemporaine :

une petite plaque de marbre blanc où les portraits de la famille royale étaient sculptés en basrelief. Ils sabritaient sous le dais de Charles-Quint.

Quant au monument lui-même, son ensemble était d'une si parfaite harmonie qu'on le croyait la reproduction exacte d'un palais espagnol. Son architecte. M. Urioste y Velada, s'était cependant inspiré des types divers appartenant à la belle époque de la Renaissance espagnole, entre autres des Universités d'Alcala et de Salamanque et de TAlcazar de Tolède. Les murs de l'escalier monumental étaient formés de centaines de petits bosselages rectangulaires dont chacun portait une riche ornementation ditîérente de celle des autres. Tels les panneaux de bois du cabinet de Catherine de Médicis au château de Blois.

On sortait du palais de l'Espagne dans le recueillement qu'inspire la grandeur. Une nation qui se manifestait de la sorte au sortir de cruels revers, peut s'appuyer sur un pareil passé pour avoir confiance dans l'avenir.

Le pavillon de la principauté de Monaco égalait en importance architecturale celui des grandes puissances. Sa haute tour féodale du xiii' siècle formait contraste avec la terrasse et les belvédères. Il était, ainsi que les fresques représentant les travaux d'Hercule, de sa loggia à l'italienne, la reproduction du palais même des Griraaldi. Au premier étage de l'intérieur, décoré de peintures murales, étaient exposés les résultats des recherches du prince Albert de Monaco dans les profondeurs

DAIS DE L EMPEREUR CliARLES-QUINT

Tapisserie de soie, laine et or. par Pierre de Pannemaker, de Bruxelles, d'après le carton de Quinten Matsys (i520).

LA RUE DES NATIONS

des mers et apportant à la science une contribution vraiment précieuse.

Sa terrasse avançant sur le quai comme le pont d'un navire sur les flots, son haut clocher terminé en poivrière, ses passerelles aériennes superposées, ses mâts de beaupré d'où pendaient des guirlandes d'oriflammes claquant au vent, les bandes rouges et jaunes formant moulures sur les brunes tuiles de sapin qui le recouvraient d'une cuirasse d'écaillés brillantes, tout donnait au pavillon de la Suède une joA^euse allure de fête.

La fantaisie de la construction due à l'architecte Boberg s'arrêtait au dehors, car l'intérieur contenait une exposition d'un intérêt très vif, plutôt sévère, où le travail était mis en honneur.

En Suède, non seulement les paysans mais aussi la classe bourgeoise, les uns par nécessité, les autres par plaisir, occupent les longues soirées d'hiver à la fabri-

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