Importance de llnde au point de vue forestier. — Si
le Royaume-Uni renferme peu de forêts et s'il n'existe point, en Angleterre, de service forestier métropolitain comparable aux administrations continentales, llnde britannique présente un état de choses tout différent. Non seulement on y rencontre une étendue de terrains boisés presque aussi grande que le territoire de la France, mais une porlion considérable de cette surface appartient au Gouvernement, qui en a confié la gestion à un personnel technique, recruté et organisé suivant des règles analogues à celles qui sont en vigueur dans les pays forestiers de TEurope. Ce personnel avait envoyé à l'Exposition d'Edimbourg suflQsam-
1. Les chiffres relatifs à la surface boisée sont tirés d'un rapport officiel de M. rinspecteur général Schlich, sur l'administration des forêts de Tlnde britannique en 1882-1883 [Revieio of the Fqrest Administration in British India for theyear 1882 '1883. — Simia, Government Central Branch Press 1884).
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ment d'objets pour constituer une vaste section, plus importante à elle seule que les expositions de toutes les autres possessions britanniques réunies, et débordant dans la grande galerie, en dehors du transept qu'on lui avait primitivement assigné.
Aussi n'est-ce pas dépasser la mesure que de consacrer un chapitre spécial à l'Empire indien qui, au point de vue forestier, mérite aussi bien d'être classé à part, qu'il l'est déjà au point de vue administratif et commercial.
51. Historique des forêts de Tlnde. Faits antérieurs à 1850. — Commençons par mettre le lecteur au courant des principaux faits qui se rapportent à l'histoire de la sylviculture dans ce pays*.
Dans l'antiquité, llnde était couverte de forêts épaisses (c'est ce qui ressort des descriptions du Ramayana et du Mahabharata) , et les produits qu'on en tirait figuraient sur les marchés du monde avant que le nom de l'Inde iùt même généralement connu. Ainsi, on a découvert récemment que du bois de teak indien est enlré dans la construction des temples de Babylone.
L'occupation graduelle par la race aryenne des vallées de l'Indus, du Jumna et du Gange et l'envahissement de l'Hindoustan méridional par les races dravidiennes eurent pour conséquence le déboisement partiel des plaines d'alluvions de l'Hindoustan et du plateau basaltique du Dekan; mais les forêts primitives continuèrent à couvrir tous Tes versants méridionaux de l'Himalaya et les côtes montagneuses de Malabar et de Goromandel, puis aussi, au centre de la péninsule, la vaste région de collines arrosée par le Nerbudda et le Taptee et qui est encore connue sous le nom de Forêt de Gond.
Dans la période troublée qui suivit la chute de l'Empire mongol, ces restes de forêts furent peu à peu détruits et de grandes étendues de pays furent converties en déserts arides. C'est à partir de ce moment que l'Inde a été exposée à des sécheresses calamiteuses, causes de fréquentes famines.
L'influence des forêts sur le climat était encore bien peu connue
1 . Les renseignements que nous donnons sur les forêts de l'Inde sont tirés en grande partie d'une notice placée en tête du catalogue de la section indienne et due à sir George BIrdwood. Certains passages de notre travail sont môrae la traduction littérale de ce document.
à celte époque, ^ussi n'est-ce point par les fléaux dont nous venons de rappeler le souvenir que raltenlion du gouvernement britannique fut attirée sur les dangers d'un défrichement exagéré ; l'éveil lui fut donné par la difficulté croissante de se procurer du bois d'un assez fort équarrissage pour les conslruclions navales, et c'est en vue de maintenir à un niveau convenable l'approvisionnement de bois de teak nécessaire aux chantiers de Bombay que feu le D' Gibson, attaché au service médical de celle dernière présidence, fut nommé, en 1846, conservateur des forêts.
52. Intervention de la « British Association ». — Tel était l'état de choses dans l'Inde lorsque, en 1850,1a British Association, qui se réunit celte année-là à Edimbourg, chargea un comité de rédiger un rapport sur les effets probables de la destruction des forêts tropicales. Ce rapport fut déposé l'année suivante au congrès d'Ipswich.
La largeur de vues manifestée dans le document dont il s agit et la gravité des faits avancés donnèrent à réfléchir au conseil des directeurs de la Goinpagnie des Indes orientales, et, quelques années après, un service régulier fut établi pour la conservation des forêts dans la présidence de Madras et dans la Birmanie britannique.
53. Premières mesures de conservation. Général Cotton et colonel Michael. — Avant 1848, on n'avait apporté aucun obstacle, dans l'Inde, aux défrichements immodérés auxquels se livraient les populations pour obtenir, sans grande peine, des récoltes luxuriantes sur des sols vierges, et, comme nous l'avons dit plus haut, on ne songeait pas aux effets du déboisement sur la chute des pluies. En 1848, le major-général Frederick Conyers Gotlon, alors capitaine du génie, convainquit le gouvernement de Madras de la nécessité de prendre immédiatement des mesures pour préserver les forêts avoisinant Goïmbalore et Gochin de la destruction dont les menaçaient les agissements des concessionnaires chargés de fournir du bois de teak à l'arsenal de Bombav.
Sur sa recommandation, le colonel Michael, qui était alors simple lieutenant, et qui avait eu l'occasion d'étudier le traitement des forêts sur le continent européen, fut désigné pour le seconder. Le colonel Michael organisa un service régulier, ouvrit des routes à Tra-
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vers les défilés de la niontagne et obtint bientôt d'heureux résultats au point de vue financier. Ses efforts au point de vue de la conservation des forêts furent encore plus fructueux. On reconnut de suite qu'il valait beaucoup mieux, dans l'intérêt de l'État, garder intactes les magnifiques forêts naturelles de la présidence que d'en tirer immédiatement des revenus, et le premier pas qu'on fit dans cette voie fut de se faire délivrer par le zemindar (seigneur) de Golangode une concession de bois de teak de longue durée, et de racheter tous les contrats de moindre importance qu'il avait conclus avec des marchands de bois. Les forêts de la partie méridionale de la présidence de Madras, jusqu'auprès de Cochin et de Travancore, furent ainsi mises et sont restées depuis lors sous bonne garde. On inaugura aussi un système d'essartements pour protéger les jeunes peuplements contre les risques d'incendie et on évita de cette façon la destruction des principales forêts du sud de l'Hindoustan.
54. Création d'un service forestier régulier. Docteur Cleghorn. — Les avantages de ces mesures devinrent bientôt si évidents, que le conseil des directeurs, vivement impressionné d'ailleurs par le rapport de la British Association, étendit à tontes les autres forêts de la présidence de Madras les dispositions prises par le général Cotton. Bref, il créa du coup un service forestier régulier, non seulement dans l'Inde méridionale, mais dans toute la péninsule et dans la Birmanie britannique. Vers la même époque, le colonel Michael, dont la santé avait été minée par sept années de séjour continu au milieu de forêts insalubres, se vil forcé de prendre une retraite prématurée. Son œuvre fut alors reprise par le docteur Hugh Gleghorn, qui renonça à une haute position dans le service sanitaire de l'armée pour devenir le premier conservateur des forêts dans la présidence de Madras.
M. Gleghorn, que nous avons eu déjà l'occasion de nommer à différentes reprises dans le cours de notre travail, continua à organiser la nouvelle administration, à Madras, avec tant d'activité et de succès, qu'il fut bientôt appelé à étendre la sphère de ses opérations dans le Punjab. Il apporta aussi son concours au docteur Brandis, dans les forêts du Bengale.