VI. — Le cadre de V Exposition
La vie à Marseille en Î922.
Les attractions.
PRÈS 1 énumération fatalement cursive et incomplète de toutes les merveilles qui seront rassemblées en un site privilégié de la Provence, il semble bien que les visiteurs doivent être comblés et n'avoir plus rien à désirer.
Après s'être instruits au sein des congrès et au contact de leçons de choses aussi multiples que diverses, leurs cervaux n'auront-ils point pour se distraire, et leurs regards pour être éblouis, les défilés du Dragon et du Ramayana les cortèges animés par le concours de tous les indigènes avec l'apparat des grandes fêtes indo-chmoises, les acteurs et les danseurs et les danseuses de l'Annam et du Cambodge. A leurs oreilles retentiront les musiques de Tlndo-Chine, de l'Afrique occidentale et de Madagascar. Quel spectacle aussi, incessamment renouvelé que celui de ces rues d Hanoï, de Fez, de Kairouan avec leurs artisans et leurs boutiques.
Même, en s amusant, les visiteurs s'instruiront encore et un cinéma commun à toutes les colonies leur fournira chaque après-midi et chaque soir des vues documentées sur nos diverses possessions.
Pour leur permettre de se rendre sans fatigue d'un point à un autre, ils pourront disposer de pousse-pousse traînés par des indigènes et de légers autocars circulant tout autour de l'enceinte.
Ce ne sera pas tout encore : par les soins experts de M. Akoum, viendront se joindre à tous ces éléments de distraction et sur une superficie de dix hectares, quantité d'attractions dont certaines entièrement nouvelles, et inconnues en Europe, à la production desquelles trouveront emploi les dernières découvertes de la mécanique et de l'illusion. Voyages sous-marins et aériens, scènes de railways coloniaux, reconstitutions typiques d'une rue du vieux Strasbourg et d'une ferme normande, exhibitions zoologiques : toute la faune coloniale présentée d'après les méthodes d'Anvers et de Hambourg, voici, et cent autres choses encore, ce que ses nombreux visiteurs trouveront à l'Exposition coloniale de 1922. Ainsi, à Marseille, une fois de plus, se trouvera vérifiée la judicieuse définit on de Bacon : ars est homo additus naturœ ! Le génie de l'homme et le cadre provençal en étroite collaboration engendreront là une inoubliable fête ! C'est, en effet, une prodigieuse fortune pour une grande cité que de jouir d'un site unique au monde et d'un ciel d'un éclat et d'une douceur sans pareils, et dont il serait vain, après tant de poètes, de vouloir chanter la beauté. Laissons ce soin aux cigales de Mistral !
Quitteront-ils l'enceinte de l'Exposition ? Les visiteurs auront encore les innombrables ressources naturelles de Marseille, que Taine qualifiait déjà, il y a un demi-siècle K la plus florissante et la plus magnifique des cités latines », ses environs d'Avignon et d'Aix à la Côte-d'Azur, sa mer « céruléenne »|
Un théâtre en plein air, adossé au Château-d'Eau et rappelant les dispositions du théâtre d'Orange, permettra enfin d'organiser de grandes manifestations populaires, classiques ou d'art régional.
N'oublions pas non plus que la simple vie quotidienne de Marseille représente un jeu perpétuel aux cent actes divers. L'activité qui l'anirne n'y est point triste. Il règne partout une admirable joie de vivre, héritage de l'âme païenne qui, depuis les temps les plus reculés, s'est réfugiée aux rives méditerranéennes. Ici, l'homme travaille sans amertume et s'amuse sans remords. Point de cadre où il soit plus aisé d'écarter pour un temps les préoccupations de l'existence plus agressives sous d'autres cieux : ici, on lutte pour la vie en beauté et en gaieté et il n'est point de spectacle plus réconfortant pour î'âme comme pour le cœur.
Un point noir pouvait pourtant inquiéter les milliers de visiteurs attendus et « espérés » selon la jolie formule provençale. N'y aura-t-il point une crise de logement ? Dès le début de la préparation de l'Exposition, le commissaire général s'est préoccupé de la question et a fait repérer en ville et dans la périphérie, tous les terrains nus susceptibles de recevoir des constructions.
Il a, de concert avec M. Flaissières, maire de Marseille, fait instituer une commission extramunicipaîe des logements qui s'est mise immédiatement à l'œuvre et a obtenu du Conseil municipal la concession, pendant cinq années, des terrains actuellement inoccupés derrière la Bourse, c'està-dire admirablement placés, en plein centre de la ville.
Sur ces terrains, la Commission a décidé de faire édifier des hôtels provisoires qui, pendant la durée de l'Exposition et les années suivantes, serviraient aux logements pour voyageurs, avec des prix de chambre fort raisonnables.
Ce projet, une fois réalisé, constituera certainement un palliatif de premier ordre à la crise du logement. Ajoutons que les voyageurs de marque n'éprouveront, en aucun
cas, de difficultés à trouver des chambres dans les très grands et nombreux hôtels de marque de la ville qui sont bien connus et appréciés de la population étrangère de passage.
Ainsi, grâce aux mesures prises, rien ne s'opposera au séjour de celle-ci à Marseille dans des conditions convenables et normales, et il n'est point de visiteur français ou étranger qui aura à se repentir d'être venu chercher dans la reine de la Méditerranée, instruction, confort et distraction.