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VII. — Une grande œuvre élabore

Fins poursuivies.

Résultats attendus.

AR tout ce qui précède, le lecteur a pu se faire une idée suffisamment exacte de ce que sera l'Exposition coloniale de Marseille en 1922 : une manifestation d*un éclat sans précédent dans les annales de notre activité économique et politique au delà des mers.

Cette manifestation, en fixant par mille traits intéressants son souvenir, attestera ce que fut Faide apportée par les colonies à la métropole durant la guerre. Elle en dressera le bilan mémorable dans tous les domaines. Ce faisant, elle permettra de mieux apercevoir ce que pourra devenir cette aide filiale dans un proche avenir.

M. Poincaré, inaugurant, en 1918, le congrès d agriculture coloniale de Paris, cita maint exemple de cette collaboration à bon droit escomptée et, notamment, celui-ci :

« La sériciculture métropolitaine, déclara-t-il, a été cruellement éprouvée. Lorsqu'il est mort, notre grand Mistral n'entendait plus guère autour de lui la douce chanson des magnanarelles et, dans les beaux matins de mai, Mireille n'allait plus que bien rarement à la feuille, deux cerises pendues aux oreilles. Mais le mûrier et le ver à soie existent à Madagascar et en Îndo-Chine; et alors que sur 4.367 tonnes de soie que consomme la France, 3.872 y sont importées, nous ne sommes tributaires de nos propres colonies, c'està-dire de nous-mêmes, que pour des quantités dérisoires.... »

M. Poincaré constata ensuite que nous pouvions trouver dans nos colonies amplement de quoi satisfaire tous nos besoins.

« De quelque côté, concluait-il, que nous tournions nos regards, nous découvrons des richesses secrètes ou inexplorées, prêtes à se révéler sous l'impulsion de la volonté humaine. »

Ce qu*éc.rivait en 1906, M. J.-Charles Roux doit être encore vrai en 1922 : « Il faut que, l'Exposition close, il en demeure autre chose qu'un souvenir... il faut que les relations réciproques entre la France et son domaine colonial, aussi bien au point de vue commercial et industriel qu'au point de vue intellectuel, des échanges des produits que des échanges d'idées, subissent un progrès dans leur mouvement d'ensemble. Des débouchés nouveaux doivent s'ouvrir de chaque côté des océans, là où î1 n'en existait pas précédemment, et ceux déjà ouverts doivent prendre une extension nouvelle. Ces liens économiques unissant la métropole à ses colonies doivent se resserrer au profit des unes comme de l'autre.... »

L'Exposition de {922 assurera ce résultat en affirmant la vitalité toute-puissante de no^ possessions, en leur permettant de mieux faire connaître leurs besoms et leurs nécessités, d'établir l'inventaire sinon définitif, du moins le plus approché possible, de leurs richesses, enfin, en rapprochant

les producteurs des acheteurs et des consommateurs et en créant une leçon de choses infiniment vaste et diverse pour le plus grand profit des commerçants et des industriels métropolitains.

Ce ne sera point là, au reste, son seul enseignement. Alors qu'une propagande systématiquement hostile organisée par l'Allemagne tend à nous dénigrer aux yeux des étrangers et à représenter îa France comme hantée par un rêve d'impérialisme facile et cle paresse, comme « vautrée cyniquement dans sa victoire », tous les citoyens des autres nations alliées ou neutres qui se presseront en foule à Marseille pourront juger de îa fausseté de semblables allégations qu'explique, sans les justifier ni les excuser, le dépit de l'agresseur vaincu.

Ces visiteurs de tous pays, de toutes races, se rendront compte de ce qu'a été et de ce que sera, demain encore, l'œuvre de la France dans les pa^/s placés sous sa protection.

Marcel Dubois, un grand colonial français disparu trop tôt, a pu écrire un jour : « Les leçons de notre histoire coloniale nous doivent être spécialement précieuses, car, parmi tous les grands peuples colonisateurs, le peuple français est un de ceux dont le tempérament s'est le moins profondément altéré et dont les traditions, par-là même, sont les plus instructives. Nos exemples ont éclairé nombre de nations. A^o5 expériences ont servi généreusement ï humanité, »

C'est là, une vérité trop souvent méconnue et dont l'Exposition de 1922 fournira à ses visiteurs étrangers une éclatante confirmation.

Longtemps, longtemps, dans les congrès, dans les enceintes parlementaires, dans les journaux et dans les revues se sont multipliées les discussions souvent oiseuses sur la meilleure politique à suivre vis-à-vis des indigènes.

L'assimilation, la domination, la protection, l'association furent tout à tour prônées, défendues, combattues et furent

les formules successivement à la mode. Le débat durait encore lorsque la guerre éclata. Soudain, sur les quais de Marseille, la plus vivante, la plus colorée des villes de France, on put voir circuler les soldats et les travailleurs de toutes nos colonies, ceux de TAfrique du Nord, de l'Afrique Occidentale, de Madagascar, de Tahiti, de la côte des SomalisjCeux enfin de Tlndo-Chine-Ce défilé babélique constitua certainement le grand événement colonial du début de ce siècle, une véritable croisade retournée, la venue en France de tous ses fils lointains accourus à son appel.

Au moment où les théories et les discussions venaient à peine de s'éteindre, voici que le {ait patent et définitif s'imposait. Des milliers et des milliers d'indigènes venaient dans la métropole. Installés à demeure ou repartis dans leur colonie d'origine, ils ont appris à nous connaître, à vivre notre vie, à pénétrer nos usages, à parler notre langue et il est permis, sans optimisme exagéré, de prévoir que, parlant français, ils pensent de plus en plus en Français.

Cette croisade, due à l'effroyable guerre, va se renouveler à Marseille en 1922 en l'honneur des travaux de la paix enfin reconquise, et tous les étrangers accourus pourront exactement apprécier sa grandeur et sa portée.

Quel plus admirable témoignage pourrait-on imaginer de la valeur de nos méthodes ? Quelle meilleure preuve donner de cette réalité que, pour nous, colonisation et civilisation sont synonymes, les deux faces également brillantes du même et éblouissant miroir ? Que ne pas attendre, désormais, de voisins amis et alliés qui auront pu dégager sur place le sens de cette admirable et haute leçon ?

Pour nous-mêmes, d'ailleurs, la leçon portera aussi. Elle éclairera tous ceux qui, malgré les avertissements de la guerre, doutent encore de la valeur et de l'utilité de nos colonies. Fortifiée par les discussions des congrès projetés, notre doctrine coloniale va conquérir enfin ses bases définitives dans un sens favorable à la liberté des échanges et

avec une meilleure compréhension de la solidarité nécessaire des colonies de la métropole.

De Marseille qui est à la fois la plus vieille et la plus jeune des cités méditerranéennes, M. Hanotaux a pu justement dire : « Rien de grand ne s*est fait dans le monde sans que le nom de Marseille y soit mêlé ! » Une fois encore, cette constatation sera vérifiée.

M. Artaud notait récemment : « C'est dans la carrière de la colonisation que nous réussissons le mieux, quoiqu'on en ait dit, et une exposition coloniale est, pour celui qui sait voir, une démonstration de ce charme français si spécial, si prenant, qui a marqué d'une empreinte ineffaçable tout ce qu'il a touché et qui, après plus d'un siècle et d'un siècle et demi d'emprise étrangère, se manifeste encore si fortement au Canada, à Maurice, en Egypte, en Syrie, et partout où nous sommes passés.... »

Ainsi, l'Exposition coloniale nationale de 1922 constituera un cycle complet. Selon une vieille formule banalisée, mais qui répond à une préoccupation bien humaine, l'agréable s'y mêlera à l'utile. Les yeux y seront satisfaits, toutes les curiosités inteHectuelles et matérielles y trouveront aliment.

Enfin, considération dernière et qui sera notre conclusion, il ne faut pas oublier que le pays tout entier est convié à lui donner à Paris, en 1925, la suite internationale qui sera l'intronisation définitive des expositions coloniales dans les institutions du pays.

Et ici, encore, qu'il nous soit permis de nous écrier avec M. Artaud, un des p)us puissants « animateurs », un des plus féconds réalisateurs du monde colonial :

« Puisse l'intervalle entre l'Exposition de Marseille de 1922 et l'Exposition de Paris de 1925 être mis à profit pour le plus grand bien de nos colonies, pour l'intensification des relations maritimes, sans lesquelles la prospérité de la métropole et celle des colonies ne peuvent pas réagir l'une

sur Fautre, pour ia mise en chantier des travaux publics qui amèneront de Tinténeur à la côte et vice versa, les denrées coloniales et les articles métropolitains d'exportation, pour l'utilisation des ressources forestières, minérales, animales et végétales de notre empire !

« Voiià comment nous devons graduer les deux mariifestations : la première doit montrer tout ce que nous réclament nos possessions, tout ce qu'elles peuvent nous donner, la seconde doit faire connaître les réalisations. En quelques années, Ceyîan, ia perle des Indes, est passée du thé au coprah, puis, du coprah au caoutchouc. On peut faire beaucoup en trois années, et si Ton ne franchit pas une étape, on peut en jalonner la route, accuser des progrès nettement définis, et mesurer le temps strict dans lequel la réussite peut être envisagée.

On ne saurait mieux dire : nous notions li n'y a pas très longtemps (!) qu'il était oiseux de toujours parler du problème colonial. En réalité, de problème, il n'y a point, et il y a seulement une magnifique réalité que, seuls, s'obstinent à ne point vouloir admettre ceux « qui ont des yeux pour ne point voir ». En maintenant trop souvent la question coloniale sur le terrain des discussions de doctrines ou d'école, on en rapetisse la portée., on en diminue l'intérêt. Il n'est point, en effet, de théorie qui vaille en soi pour tous les lieux et tous les temps. Une théorie ne vaut, n'est efficace que lorsqu'elle est mise en œuvre et, pour cela, il faut des hommes et qui agissent.

Des hommes, il n'est nul endroit au monde où il s'en soit révélé de meilleurs et de plus agissants que dans les milieux coloniaux. C'est grâce aux hommes, grâce à quelques hommes d'élite et non du fait de théories plus ou moins transcendantes que nous possédons aujourd'hui un superbe empire eolomai. Cet empire, c'est encore avec des hommes.

(i) Mei^cTire d& France- dti r^^ Janyier 1921.

avec des actes, et non pas avec des systèmes que nous le conserverons et que nous le mettrons à même de concourir utilement au relèvement de la mère-patrie,

L'Exposition coloniale nationale de Marseille en 1922 sera un de ces actes. Dès aujourd'hui, l'intelligence et Ténergie qui président à sa réalisation nous permettent tous les espoirs.

Juin Î92!.

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