‹ L'exposition rétrospective de l'art décoratif français (volume 2)Chapitre 10 sur 52 · CES IMOTRES · texte numérisé non relu

CES IMOTRES

à celui de la collection Trivulzio, à Milan, ce diptyque passa de la collection Aymard du Puy dans celle de M. Sigismond Bardac. Souvent ces diptyques sont anonymes, tel celui du musée de Bourges, où le Consul apparaît, assis sous une arcature, sur un siège bas, entre deux assistants, tenant en main le flabellum. Au-dessous, des belluaires combattent des tigres. C'est ce type de représentation qu'on verra adopté par le Christianisme pour celle du Christ.

Les particuliers eux-mêmes empruntèrent plus tard cette ancienne mode aux Consuls pour annoncer à leurs amis les événements heureux de leur vie. Les souvenirs mythologiques y sont fréquents. Nous les voyons sur ces deux plaques qui recouvrirent, au xmt siècle, le manuscrit de l'Office des Fous et la Prose de l’Ane, aujourd'hui au musée de Sens. Le soleil et la lune y sont représentés sous les traits de Bacchus-Helios et de Diane.

Un certain nombre de boîtes, où les dames romaines devaient mettre des parfums, furent transformées par la suite en pyxides eucharistiques ou en reliquaires. Elles datent toutes du v° au vu siècle, et sont d’un travail plus ou moins grossier. Telle la pyxide de la cathédrale de

Sens, autour de laquelle court une chasse, ou celle du musée de Rouen. avec son Adoration des

bergers et des mages et sa Nativité, où les personnages apparaissent coiffés de bonnets phrygiens

et les jambes couvertes de braies. Cet accoutrement, antérieur à l’époque carolingienne, se voit aussi sur une petite plaque du musée de Nevers. Les deux pyxides de la Voûte Chilhac (Haute- Loire), montées au xin° siècle sur pieds de cuivre, sont aussi d'anciennes boîtes à parfums qui montrent dans leurs sujets, /a Samaritaine, la Guérison du Paralytique, le Massacre des Innocents, à quelle décadence étaient arrivés les ouvriers du vi° siècle latin. Il est certains objets, plus souvent en os qu’en ivoire, décorés sommairement de cercles ponctués, de disques concentriques, de dessins géométriques repercés de croisettes, qu'on ne peut dénommer de façon absolue mérovingiens, puisque les fouilles faites un peu partout en Europe ont fourni des objets analogues. Ils proviennent souvent de sépultures barbares du v° au vu® siècle. Tels sont les peignes des musées de Reims, de Tours, de Cambrai. le premier avec une frise d'animaux découpés à jour, le dernier avec des têtes d'oiseaux — ainsi que le coffret, dit Châsse de Saint-Mundry, à l’église de Célettes (Loir-et-Cher).

Ce n'est qu'au vui® siècle et surtout au 1x°, en pleine Renaissance carolingienne, qu'on peut grouper un ensemble d'ivoires homogène, où se font sentir combinées les trois influences antique, byzantine et orientale. Sans parler du fameux coffret teint de pourpre de la cathédrale de Troyes, apporté directement de Byzance, l'influence byzantine est sensible dans un feuillet de diptyque de la cathédrale de Nancy (Crucifixion et Saïntes femmes au tombeau). L'influence latine se manifeste, au contraire, dans la couverture de l'Évangéliaire de Gannat, la grande plaque du musée archéologique d'Orléans, où le Christ piétine le démon entre Moïse et Isaïe, et, dans la partie inférieure, cause avec les apôtres. L'Évangéliaire de l'Abbaye de Morienval (cathédrale de Noyon) nous présente un rare spécimen de l'union de la corne et de l’ivoire au x° siècle. Citons encore, comme objets carolingiens, la curieuse boîte de la cathédrale de Lyon, sur laquelle des hommes luttent contre des animaux, et la ceinture de saint Césaire à Notre- Dame de la Major, à Arles, dont la boucle est décorée de deux soldats armés de lances, dormant appuyés sur un édicule, ainsi que la plaque du Musée de Rouen, où l'ange apparaît à Joseph alité. De l'époque carolingienne, mais aussi de la première époque romane, sont les peignes

qui servaient aux prêtres, au moment de la messe, à

arranger leurs chevelures, tels que ceux de saint Loup au Trésor de Sens, et de saint Gauzelin à la cathédrale de Nancy, tous deux du x° siècle.

On ne peut s'expliquer la rareté des ivoires d'époque romane que par le développement

LES IVOIRES

qu'avait pris l'architecture d'alors, absorbant tous les efforts artistiques de l'époque. Le monument capital est à la cathédrale de Tournai. La Rétrospective en a pu grouper quelques-uns. La belle plaque de la collection Campe, d'Hambourg, où le Christ assis, barbu et chevelu,

bénit à la latine, la main gauche appuyée sur un livre fermé. Les deux yeux sont formés de

deux perles de verre noir, comme dans les deux petites figures de la Vierge et de saint Jean,

du musée de Saint-Omer. 1 de la

res

remarquables sont le fragment de croix, Christ a

collection Ch. Mannheim, et les deux plaques du musée de Rouen et de la collection Garnier.

Assez difficile à dater est un curieux fragment, un cavalier armé d’une lance, taillé dans un morceau d'os sec et fibreux de la collection Albert Maignan. C’est avec l'époque romane qu'apparaissent la série d’insignes des évêques et abbés : les

taus du xir° siècle, ceux des musées de Rouen et de Chartres; les crosses un peu moins anciennes

r la date et l'origine des oliphants qui, au moyen âge, servirent souvent de récipients aux reliques, peut-être de la fin du x° siècle au commencement du x. Ils doivent être le plus souvent des ouvrages d'artistes orientaux qui les vendaient à Constantinople aux pèlerins de Terre Sainte.

Quand on arrive à l'époque gothique, la production des œuvres d'ivoire a été si abondante,

qu’il faut choisir et ne prêter attention qu'aux œuvres caractéristiques. La Vierge ouvrante,

célèbre dans la région limousine sous le nom de Vierge de Boubon, est un monument curieux de transition entre le xn° et le xin° siècle. La fin du xm° siècle est, sans aucun doute, l'époque où les sculpteurs d'ivoire, profondément influencés par les chefs-d'œuvre de grande statuaire qui venaient d’éclore aux portails et aux tympans des premières cathédrales gothiques, créèrent quelques-uns de ces groupes et quelques-unes de ces vierges qui peuvent être classés parmi les plus admirables œuvres de la sculpture française. Le groupe de l'Annonciation, dont les deux personnages, la Vierge de la collection Paul Garnier et l'Ange de la collection Georges

Chalandon, ont pu être réunis, est une œuvre émouvante de calme et de simplicité. On ne

ses et portant l'Enfant

saurait, de même, à laquelle donner la préférence des trois vierges as

des collections Oppenheim de Cologne et Martin Le Roy, et de l’église de Villeneuve-lès-Avignon.

Durant tout le xiv*° siècle, on rencontre en grand nombre les représentations de la Vierge portant l'enfant Jésus, et, sur cette donnée traditionnelle, les artistes varieront à l'infini les poses plus ou moins maniérées, la simplicité ou l'abondance un peu compliquée des plis de vêtements, l'expression des visages souriants. Citons donc la Vierge debout du musée de Rouen, celle de la collection Boy portant sur ses genoux le berceau et l'Enfant, donnée peu commune; celle de M. Porgès et celles si charmantes de MM. Albert Bossy et Lefranc. La série la plus abondante d'ivoires des xiv° et xv° siècles est fournie par les diptyques, triptyques et polyptyques destinés aux autels des chapelles, parfois aussi des appartements. Ils offrent, en une série de compartiments, des sujets de la vie de la Vierge ou de la vie du Christ,

et on ne peut les différencier que par l'habileté plus ou moins grande avec laquelle ils sont traités. Citons ceux des musées d'Orléans et d’Abbeville, des collections Oppenheim, Campe, Valencia, Cottreau, Boy, Garnier.

Dans le mobilier religieux les crosses présentent généralement dans leurs volutes deux sujets adossés, le plus souvent la Vierge entre deux anges et la Crucifixion (crosses de MM. Bardac, Mannheim, Campe et Taylor).

Avec les objets à usage civil, l'inspiration de l'ivoirier s’est modifiée; les sujets sont

rarement religieux, ils sont plus souvent puisés dans la littérature du moyen âge et les romans

LES IVOIRES

de chevalerie ; qu’on examine, à ce point de vue, les coffrets de M. Mannheim, ou le superbe coffret

de M. Oppenheim, ou les boîtes à

M. Garnier ou de M. Gillot. Un gr

série gothique.

Philippe le Bon. Les deux personnage

miroir du musée d'Angers, de la marquise Arconati, de

oupe de l'Annonciation du xv siècle clôt dignement la

Il appartient au musée de Langres et dut faire partie des collections de

s, la Vierge et l’Ange, qui ont conservé toute leur poly-

chromie, sont posés sur un socle en marqueterie, de caractère tout italien.

Avec le xvi° siècle, l’art des ivoiriers commence vraiment à décliner. L'adresse des ouvriers

est encore bien surprenante dans ces On ne peut citer qu'une pièce digne de la collection Campe.

Le xvu° siècle allait suivre, dans et si le groupe du martyre de saint musée d'Albi, semble, par son caractè de l'esprit français, le grand calvaire porte bien la marque du goût aca

parfaitement figé, où le travail des iv

petits objets d'usage, poires à poudre ou râpes à tabac.

d'intérêt : le couteau célèbre dit de Diane de Poitiers,

les ivoires, les traditions de la sculpture monumentale; jarthélemy, signé Jacobus Agnellues Caluensis, 1636, du re violent et son mouvement désordonné, un peu éloigné

attribué à Jaïllot, et qui groupe sept à huit personnages,

démique et la recherche du style noble, et d’ailleurs

iriers allait trouver sa fin.

DIPTYQUE Ivoire

XIV° SIÈCLE Collection de M. Cottereau

Ce diptyque d'ivoire, qui a conservé relativement intacte sa polychromie primitive, est divisé

en quatre compartiments, où sont représentées la Crucifixion, la Flagellation, la Descente de Croix

et la Mise au tombeau

DIPTYQUE lvoire

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