‹ L'exposition rétrospective de l'art décoratif français (volume 2)Chapitre 4 sur 52 · AVANT-PROPOS Y · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS Y

d'Apollon : il n'est pas absolument prouvé que Jean-Baptiste Boulle fût d'origine purement française ; Meissonnier était de Turin et une bonne moitié des ébénistes de la fin du xvin® siècle étaient Allemands. Et cependant les œuvres sorties de leurs mains ont bien le caractère le plus saillant de l’art français : le goût, l’ordre, la mesure. C'est que ces artistes ont tous, chez nous, quelle que fût leur origine, subi une discipline artistique admirable : sans qu'ils fussent le moins du monde considérés comme d’un rang inférieur, il n'en est pas moins vrai que les artistes pratiquant les arts mineurs ont toujours été soumis, sciemment ou inconsciemment, à des espèces de directeurs artistiques, à des sculpteurs, à des peintres ou à des architectes : la chose se sent bien quand on examine la série admirable des tapisseries réunies

au Petit Palais ; dans cette suite qui va du xiv*° au xvint siècle, on sent une unité étonnante.

un développement artistique réglé, pour ainsi dire mathématiquement, par une volonté maïitresse. Pour les époques reculées bien entendu, il ne faut point songer à citer des noms; la chose serait déjà possible pour le xvi‘ siècle ; mais, au xvi et au xvin® siècle, des noms tels que ceux de Le Brun, de Robert de Cotte, de Meissonnier, des Slodtz. de Gabriel, quelques autres encore dominent toute l'histoire de l’art décoratif français : ils en forment en quelque sorte la trame, si bien que la biographie de ces personnalités compose l’histoire elle-même de notre art. C'est cette discipline sévère qui a maintenu le style français dans les limites d'une sagesse et d’une pureté de goût absolues : c’est grâce à cette discipline qu'il a fait la conquête pacifique de toute l'Europe. C'est par là aussi qu'il pourra se maintenir à la belle place qu'il occupe encore, mais dont il ne manquerait pas d'être délogé s'il abandonnait la tradition qui a fait sa force et son succès.

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