AVANT-PROPOS
vi et du xvur siècle, les monuments du moyen âge, la série de l'orfèvrerie est complète; et cette série est véritablement un triomphe pour l'art français ; débuter par les bijoux délicats des v° et vi siècles, par des œuvres barbares mais historiquement si curieuses, telles que les châsses de Saint-Benoïît-sur-Loire et de Saint-Bonnet-Avalouze, et conduire l'histoire de l'orfèvrerie par une suite ininterrompue de monuments, à travers tous les siècles et tous les styles jusqu'aux Roœttiers et aux Germain, c'est ce que se sont appliqués à accomplir les organisateurs de l'Exposition rétrospective de l'art français ; c'est que le bel art de l'orfèvrerie a tenu pendant toute la série des siècles qui vient de s'écouler, et particulièrement en France, une place si pré-
pondérante que c'était une des parties qu'il fallait bien se garder de tronquer. Chaque siècle,
pour ainsi dire, est représenté quelque monument capital : du ix° siècle, on peut montrer
des œuvres aussi importantes que le reliquaire de Pépin d'Aquitaine au Trésor de Conques; du x’, le calice et la patène de saint Gozlin, au Trésor de la cathédrale de Nancy, linoubliable statue de sainte Foy; du xr° siècle, des monuments capitaux provenant aussi de Conques, des reliquaires ou des autels ; du xn° siècle, un chef-d'œuvre tel que le calice de Saint-Rémi. Arrêtons-nous dans cette énumération : à partir du x1° siècle les exemples se multiplient trop nombreux pour qu'on les puisse mentionner spécialement : n'oublions pas toutefois de signaler l'abondance des émaux limousins qui permettent de suivre dans toutes ses transformations un art qui pendant plusieurs siècles a régné en maître sur les bords de la Vienne et qui a conquis toute l'Europe. Quel que soit l'intérêt que puisse présenter l'histoire de certains émailleurs des pays voisins, ne peut-on pas dire que nulle contrée n'a enfanté plus d'émailleurs que la France? en partant de Nicolas de Verdun, d'Alpais de Limoges en passant par les peintres du xvi° siècle on aboutit aux délicats portraitistes du xvi' et du xvin” siècle, aux Petitot et aux Bordier et à leurs imitateurs de Genève qui continuent si habilement les traditions d'un art qui, évoluant sans cesse, ne risque jamais de disparaître.
L'histoire de la peinture française au moyen âge est encore à écrire ; malgré les efforts faits
dans ces dernières années pour réunir les éléments épars d'une semblable monographie, il
faudra encore de longues recherches pour rétablir les grandes lignes historiques du sujet : un
hoix judicieux de manuscrits choisis parmi les plus intéressants que renferment les biblio-
èques de province, des œuvres capitales, telles que le tableau de Charonton au musée de Villeneuve-lès-Avignon, que le Buisson ardent de Nicolas Froment d'Avignon ou le triptyque de Moulins, forment, par leur groupement, une utile contribution à l'histoire de l’art et mettent
sous les yeux des amateurs des œuvres qu'il n’est pas toujours facile d'examiner dans leur pays
d'origine
On a pensé qu'une large place, dans une exposition d'art français, devait être réservée à
l'histoire du mobilier. C'est que, depuis le xvi‘ siècle tout au moins, — les spécimens des époques antérieures sont trop rares pour qu'on ne soit pas en droit de les négliger, — le mobilier français a eu un développement absolument complet : son évolution s'est opérée
dans des conditions excessivement régulières, et nul pays ne peut montrer un ensemble artistique aussi logique, aussi régulier, aussi glorieux. Tout en s'assimilant des éléments décoratifs et même des formes puisées dans l'art étranger, en condensant admirablement. aussi bien au xvi' siècle que sous Louis XIV et sous Louis XV, des créations venues d'au
delà de nos frontières, le huchier et l'ébéniste français ont su rester eux-mêmes ét icréen
des modèles partout imités : les meubles ädu xvi‘ siècle ne sont point exempts d'influence ita-
lienne ; on retrouve la même influence au xvu' siècle avec un homme comme Cucci, le
teur des plus somptueux cabinets créés sous Louis XIV pour la décoration
cr de la Galerie
COUPE Faïence de Saint-Porchaire, dite antérieurement de Henri 11 ou d'Oiron XVI” SIÈCLE
Collection de M. Ch. Mannheim
Cette pièce fait partie de cette série des faïences de Saint-Porchaire dont les formes sont direc-
tement empruntées à l'architecture, avec ses pilastres ornés de chapiteaux et ses ornements en relief, mascarons et consoles, dont l'abus alourdit souvent ces fragiles objets.
ar
ns
ar