‹ L'exposition rétrospective de l'art décoratif françaisChapitre 12 sur 51 · MOBILIER · texte numérisé non relu

MOBILIER

DES XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES

e commencement du xvne siècle est une époque particulièrement intéressante dans l’histoire du mobilier français ; c’est le moment de transition où le meuble, jusqu’alors œuvre de huchier, va s’enrichir de tout ce que la collaboration du ciseleur de bronzes apportera de richesse et de préciosité à l’œuvre de l’ébéniste. Le passage se fit tout d’abord par l’intervention des artistes italiens, dont Richelieu et Mazarin goûtaient infiniment les travaux : les plus connus furent Philippe Caffieri et Domenico Cucci.

Il est assez difficile de préciser le moment où l’on commença à pratiquer en France l'art de la marqueterie de cuivre et d’écaille, qui devint l’objet d’une si grande faveur, et que la famille des Boulle porta à un si haut point de perfection. Charles-André Boulle, le chef de la famille, est le plus célèbre ébéniste du règne de Louis XIV : il avait continué à travailler dans les ateliers du Palais du Louvre bien après que Louis XIV, ayant disgracié le surintendant Fouquet, eût mis à profit les établissements artistiques que ce dernier avait .fondés, et eût confié la direction de la nouvelle manufacture des Gobelins au peintre Charles Le Brun. Le Brun fut le grand décorateur des résidences royales, celui qui sut composer, pour ces demeures grandioses, la décoration somptueuse qu’elles nécessitaient. On a pu voir, au Petit Palais, les grands tapis de la Savonnerie, qu’il avait dessinés et fait exécuter pour la Galerie d’Apollon, au Louvre, et qui n’y furent jamais utilisés.

Dans les meubles de Boulle, une de ses grandes préoccupations furent les ornements de

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sculpture qu’il y adaptait. Modeleur d’une grande habileté, il appliquait sur ses meubles, d’une ordonnance architectonique très étudiée, des ornements de bronze doré d’exécution large et spirituelle, qui se détachaient sur un fond de marqueterie d’écaille noire incrustée d’arabesques de cuivre. S’il ne fut pas l’inventeur de ce système d’ornementation du meuble, il faut toutefois reconnaître qu’il en tira un puissant parti décoratif. Aucun de ces meubles n’était d’un usage journalier pratique, mais tous avaient une destination d’apparat à laquelle ils se prêtaient admirablement. La salle Louis XIV, au Petit Palais, a pu grouper quelques-uns des plus remarquables meubles de Boulle ou de ses fils et élèves, qui tous travaillèrent dans ce même style. C’est d’eux que Mariette a dit : « Les fils de Boulle n’ont été que les singes de leur père. » Ils avaient maintenu son atelier jusque sous le règne de Louis XVI, où ce genre était redevenu à la mode. Les commodes de la Bibliothèque Mazarine sont décrites dans l’inventaire de M. de Fontanieu, et décoraient la chambre à coucher de Louis XIV à Versailles. Un très beau bureau, incrusté de cuivre sur écaille, provenait du Palais de Fontainebleau, et trouvait son pendant dans un autre bureau non moins beau, appartenant à M. Bernard Franck. Le centre de la salle était décoré de la célèbre horloge monumentale à gaine du Palais de Fontainebleau, dont le cadran est porté par le char d’Apollon, en bronze doré, surmontant la caisse. M. de Champeaux avait émis l’idée que ce groupe de bronze pouvait bien provenir d’un des cabinets créés par Domenico Cucci pour la décoration de la Galerie d’Apollon.

Philippe Caffieri, que le cardinal Mazarin avait mandé de Rome, était devenu un des meilleurs artistes qui aient travaillé aux Gobelins pour le Roi. Il fit, à Versailles, des travaux considérables, dont il reste malheureusement peu de chose. Ce fut un sculpteur de bois émérite. On pouvait voir, prêtées par l’Ecole des Beaux-Arts, deux torchères de bois doré qui proviennent des salles de l’ancienne Académie de peinture du Louvre.

Le mobilier français, sous Louis XIV, avait été ce qu’il devait être, pompeux et riche de couleurs, un peu pesant et lourd. Les artistes de la Régence cherchèrent à le ramener à plus de discrétion et de mesure. On sait la vogue qu’eurent, dès le règne de Louis XIV, les laques de l’Extrême-Orient : le succès fut si vif qu’on tenta de les imiter. La passion pour le vernis pseudo-chinois dura longtemps, et était encore vive sous Louis XV. La fabrication de ce vernis fut d’abord le secret de Robert Martin et de ses fils. Sous la Régence, on aima beaucoup un genre de commodes bombées portées sur des pieds grêles, et dont les plus grandes étaient décorées de paysages chinois laqués. De bons spécimens étaient une belle commode appartenant à la Préfecture de Tours et celle de l’Evêché du Mans.

Mais les meubles de laque ou de vernis Martin étaient d’un décor coloré, et déjà quelques artistes pensaient que le mobilier devait être ramené à de plus calmes apparences ; les architectes, comme cela l’a été souvent, et comme cela devrait toujours l’être, s’étaient mis à la tête de ce mouvement de rénovation. L’influence de Robert de Cotte avait été prépondérante sous Louis XIV ; celle d’Oppenordt se manifestait déjà sous la Régence. Le jeu des courbes souples et savantes, qu’il essayait sur les plafonds et les murailles, allait obliger les ébénistes à suivre son exemple, par une loi d’harmonie qui est essentielle en décoration. Charles Cressent est l’artiste qui caractérise le mieux l’ameublement français à l’époque de la Régence. Le duc d Orléans lui avait accordé le titre de premier ébéniste de sa maison. On saurait peu de chose de sa vie, si Ton n’avait pas les quelques confidences qu’il a bien voulu nous faire dans les préfaces de ses catalogues de ventes ; il n’en fit pas moins de trois. Il était sculpteur, et la pratique de cet art entre pour beaucoup dans le style par lequel il se recommande à nous. Comme ébéniste, son goût se manifeste dans l’emploi des courbes modérées. Il a écrit quelque part que

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