‹ L'exposition rétrospective de l'art décoratif françaisChapitre 13 sur 51 · MOBILIER DES XVII' ET XVIII' SIÈCLES · texte numérisé non relu

MOBILIER DES XVII' ET XVIII' SIÈCLES

« ses ““modes sont d’un contour extrêmement simple, mais noble en même temps ». Mais c’est surtout dans les bronzes qu’il a montré sa science et les ressources de son imagination ; et l’ébénisterie, toujours si soignée, était destinée, avant tout, à en faire ressortir la richesse et l’elegance. Il attachait à ses ornements de bronze une très grande importance, et il ne manque jamais, dans ses catalogues, d'en parler d’une façon toute particulière. Les deux armoires que M. Chappey a bien voulu prêter, et dont une reproduction a été insérée dans ce recueil, peuvent être considérées comme une de ses œuvres capitales ; elles sont décrites dans un de ses catalogues de vente. Le médaillier de la Bibliothèque Nationale, en forme d’armoire a deux corps, fait en bois d’amarante, a chacun de ses panneaux décoré d’un cadre ciselé et doré. Au sommet, une terrasse supportait le buste du fils du Régent, qui se trouve aujourd’hui à la Bibliothèque Sainte-Geneviève. L’Exposition rétrospective a rendu possible leur réunion, que l'Administration devrait bien rendre définitive.

L’exemple de pondération et de logique que Charles Cressent avait apporté à un haut degré dans le meuble ne devait pas être suivi. L’Italien Juste-Aurèle Meissonnier allait de nouveau exercer sur les ébénistes et sur les orfèvres une influence néfaste. Il oubliait trop cette loi essentielle : que l’objet a une destination, et que la fonction du meuble demeure la loi de sa forme et meme de son décor. Des dessinateurs comme Holtz et Pineau allaient contribuer aussi, tout en portant leur art aux dernières limites de la délicatesse, à le faire dévier des justes directions qu il avait prises. Le médaillier en forme de commode et les deux encoignures (aujourd’hui au Cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale) qui proviennent des petits appartements de Louis XV à Versailles, donnent l’idée de ce style riche et déréglé. Deux consoles en bois doré, du Musée de Narbonne et du Palais de Fontainebleau, permettaient aussi d’en juger. Pour cette période correspondant à la jeunesse de Louis XV, quelques noms d’artistes sont à retenir. Jean-Pierre Lathuile et Jacques Dautriche ont signé deux commodes, l’une en marqueterie d’amarante, de violette et de rose ; l’autre enrichie de superbes bronzes ciselés, que le Garde- Meuble national avait prêtées à l’Exposition rétrospective. Pendant toute cette période, ce qui caractérisa le meuble, ce fut la prédominance des courbes, la suppression presque absolue de la surface plane et des lignes droites, et le caprice d’une ornementation déréglée.

C’est avec Madame de Pompadour qu’on semble être revenu à une recherche un peu plus sage des formes calmes et de la simplicité, et l’artiste qui contribua le plus à ménager cette transition fut Œben, que la favorite avait pris sous sa protection. Louis XV avait consenti à lui concéder un logement aux Gobelins, puis à l’Arsenal. Nous savons qu’il était élève de Boulle ou d’un de ses fils, et il apparaît dans les textes comme un marqueteur habile, un maître expert à employer les bois de provenance exotique. On sait sa part de collaboration dans le fameux bureau de Louis XV, aujourd’hui au Musée du Louvre, que Riesener acheva et que Duplessis décora de bras-lumières. Il ne semblerait pas impossible qu’en dehors du secrétaire en sycomore que le Musée du Louvre a repris au Garde-Meuble, et qui porte son estampille, deux autres meubles puissent lui être attribués. Ce sont deux meubles armoires de petite dimension, l’une à M. Scott, l’autre à M. Victor Klotz. Et c’est dans ces meubles plutôt modestes, mais d’une technique si accomplie, d’un goût si parfait, qu’il faut surtout l’admirer.

Quand Louis XV mourut, la coquetterie de l’ornement régnait dans tous les arts du luxe. Œben venait de mourir. Mais, dès l’avènement de Marie-Antoinette, un de ses collaborateurs allait passer au premier plan et se distinguer par des travaux qui ont rendu son nom éternellement célèbre dans les annales de l’ébénisterie ; c’est Riesener. Il fut obligé d’avoir deux manières, puisqu’il avait commencé avec Louis XV et qu’il dut terminer beaucoup de travaux qu’Œben avait

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