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BOIS ET MOBILIER

DU XIII' AU XVIe SIÈCLE

ans le plan d’organisation de l’Exposition rétrospective, les pièces de mobilier, depuis le Moyen Age jusqu’à la fin du xviii" siècle, devaient trouver place dans une série de salles concentriques à la cour intérieure du Petit Palais et prenant jour, par de grandes baies, sur les jardins. Elles devaient concourir à former des ensembles reconstituant les différentes époques, et l’idée, à ce point de vue, était bien intéressante qui consistait à enlever aux objets d’art ce caractère mort et inutile qu'ils revêtent dans un musée. Mais c’est à la réalisation que les difficultés devaient commencer; les locaux, comme toujours, ne s’adaptaient pas aux nécessités d’une semblable exposition ; il fallait tenir compte des petits objets de bois, qu’on ne pouvait laisser à portée des mains curieuses ou cupides ; or, c’est avec la vitrine que commence l’aspect musée. Enfin, les meubles se font rares, sont très recherchés par l’étranger, et la réunion n’en était pas commode.

Quoi qu’il en soit, et ne se dissimulant pas ce qu’une Exposition du Mobilier français aurait dû et pu être dans d’autres conditions et quelles lacunes présentait celle-ci, quelques très beaux meubles, de la qualité la plus rare, permettaient de prendre conscience d’une des belles formes de notre art national.

BOIS ET MOBILIER DU XIIIe AU XVIe SIÈCLE

Sans doute rien ne représentait l’art du bois tel qu’il fut pratiqué avant le xme siècle, si ce n’est ces portes, d’un si rude travail, de la cathédrale du Puy, où Longpérier, le premier, remarqua ces frises d’inscriptions en caractères arabes, impossibles à déchiffrer, car beaucoup d’ouvriers d’Occident usèrent, à l’époque romane, des lettres arabes décorativement, sans en pénétrer le sens. Mais les morceaux de ce genre, si intéressants qu’ils soient, ne nous permettent pas de nous rendre un compte très exact de ce que fut le mobilier du haut Moyen Age.

Plusieurs archéologues, s’appuyant sur les documents que leur fournissaient la sculpture et les miniatures, ont bien, à diverses reprises, essayé des restitutions qui ne manquaient pas d’ingéniosité ; mais les éléments en étaient incertains, et il eût été peu raisonnable d’y voir autre chose que des jeux hypothétiques.

Jusqu’au xme siècle, les meubles qui nous étaient parvenus étaient de simples œuvres de lmcherie ; le bois y reste sans ornementations; des appliques de ferronnerie forment la principale partie de la décoration, parfois des toiles peintes ou des cuirs sont marouflés sur les panneaux. L’armoire de l’église d’Obazine (Corrèze), celle de la cathédrale de Bayeux, qui sont du xne siècle, ont pour toute décoration des pentures de ferronnerie ; un coffre du musée Carnavalet, qui date du xme siècle, présente la même décoration, mais déjà beaucoup plus raffinée. Le meuble le plus remarquable que nous possédions de cette époque est l’armoire de la cathédrale de Noyon, dont les panneaux portent une toile peinte marouflée où sont représentés des saints personnages adorés par des anges, et qui est déjà d’une architecture curieuse.

Aucun de ces meubles n’est venu à l’Exposition rétrospective, non plus que ces stalles d’églises qui sont parmi les plus beaux travaux de huchiers de la première époque gothique. Mais Ton pouvait du moins juger de la sculpture de bois de cette époque par quelques belles vierges si intéressantes à rapprocher de leurs similaires dans la sculpture monumentale de pierre. Dès le milieu du xme siècle, le bois était devenu fort en vogue dans les différents pays d’Europe, et les sculpteurs avaient su en tirer un parti merveilleux. Des statues, même de grandes proportions, étaient taillées dans des pièces de chêne dont la dureté se prêtait parfaitement à ce travail. On a pu admirer les Vierges tenant l’Enfant Jésus, de l’église de Gassicourt, des collections Maignan, Albert Bossy, Corroyer ou Boy, les unes en bois brut, les autres couvertes encore de leur polychromie.

Avec les xrve et xve siècles, le luxe s’introduisit dans la vie civile, et les salles des châteaux féodaux se garnirent de meubles et de sièges de plus en plus façonnés et travaillés. Les comptes d’argenterie des rois de France, publiés par M. Douet d’Arcq, et surtout les comptes du roi Charles V, nous ont transmis les noms de nombreux hucliiers-menuisiers chargés de fournir les mobiliers des châteaux royaux. De ces longues nomenclatures d’objets qu’il reste peu de chose aujourd’hui ! Les meubles de ces deux siècles se ramènent à deux types principaux : le cotire et l’armoire. Bahut, dressoir, crédence, tout cela est bien un peu la même chose, et nous allons bientôt rencontrer ce type de meuble très fréquent avec la Renaissance. Il est relativement peu nombreux pour la fin de l’époque gothique. Les coffres, ou du moins leurs fragments, les panneaux antérieurs par exemple, sont moins exceptionnels, et, grâce à la bonne volonté de M. Boy, l’Exposition rétrospective a pu en présenter un certain nombre qui sont tout à fait remarquables, les uns en noyer, les autres en chêne. Comme meuble du xve siècle, il n’y a guère eu à citer que la belle chaire prêtée par M. Boy. Les plus beaux travaux de hucherie de cette époque, ce sont les stalles d’églises, immeubles par destination, qu’il a été impossible de déplacer. Il faut, pour les admirer, visiter l’abbaye de la Chaise-Dieu, l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire.

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