‹ L'exposition rétrospective de l'art décoratif françaisChapitre 3 sur 51 · BOIS ET MOBILIER DU XIII' AU XVI* SIÈCLE · texte numérisé non relu

BOIS ET MOBILIER DU XIII' AU XVI* SIÈCLE

On assiste d’ailleurs, aux xive et xve siècles, au merveilleux essor de la sculpture sur bois dans tous les genres : les ducs de Bourgogne, disposant des richesses que leur valait la possession des villes industrielles de la Flandre, se sont entourés de toutes les merveilles de l’art et ont attiré près d eux de nombreux artistes flamands, auxquels ils ont commandé des retables ou tableaux d’autels. Le musée de Dijon possède deux monuments des plus importants de la sculpture sur bois de cette époque : ce sont deux grands retables de bois peint et doré, exécutés en 1391 par Jacques de Baerze et dont les volets sont ornés de sujets peints par Melchior Brœderlam ; c’est aussi le grand monument de bois sculpté, surmonté de pinacles ajourés, qui servait de siège au prêtre et aux diacres de la Chartreuse de Champmol.

Le nombre des fragments qui ont subsisté de ces grands ensembles est encore considérable, et les grands musées d Europe, Kensington, Cluny, ou l’Union des Arts décoratifs, les musées allemands de Munich et de Nuremberg en possèdent des séries nombreuses. On n’avait, dans les collections parisiennes, que l’embarras du choix pour les xve et xvie siècles, on a pu réunir à 1 Exposition rétrospective des fragments tout à fait charmants, comme cet Évanouissement de la Vierge, de la collection Charles Gillot; l’Annonciation, de la collection de M. Corroyer: le Juge rendant la Justice, du musée de Compiègne ; les deux groupes de la collection de M. Ch. André (Mise au Tombeau et la Vierge accompagnée de sainte Marthe), et cette Présentation au Temple qui doit provenir de la région champenoise. Quelques personnages isolés, des saints et des saintes, appartenant à M. Moreau-Nélaton, n’étaient pas non plus sans présenter de l’intérêt. Il fallait mettre tout à fait à part une figure de sainte Marthe, du musée de Château- Gontier, inoubliable par la beauté du caractère et de l’expression sévère, et surtout une petite figure de sainte femme, provenant assurément d’un retable et qui devait faire partie d’un ensemble d’un art achevé. Elle appartient à la collection de M. Chabrières-Arlès. Debout, les mains croisées et abaissées, elle est en proie à une douleur concentrée, qu’indiquent le raidissement de tout son corps et la contraction de son visage. Longue, mince, élégante, elle est vêtue à la mode de la fin du xve siècle, et tous les détails de son costume contribuent à nous captiver. De plus, le bois a conservé complète sa riche polychromie. Cette figure est un des petits monuments de bois les plus complets et les plus curieux que nous ayons conservés du xve siècle. Un petit buste de femme, lui aussi, d’une excellente polychromie, mérite d’être admiré : il appartient à M. Mohl. C’est un objet précieux et raffiné.

Jusqu’au xvi° siècle, ce qui a dominé les arts industriels quels qu’ils soient, c’est la préoccupation architecturale. A partir de ce moment, on sent chez les ouvriers d’art plus de liberté individuelle, soit qu’ils maintiennent au début du siècle, intactes encore, les traditions nationales, soit qu’avec Charles VIII et Louis XII les influences italiennes aient tendu à devenir prédominantes. On voit les meubles, en particulier, se couvrir de bas-reliefs et même de figures de haut relief empreintes de toute la pureté de dessin de la belle époque de la Renaissance, jusqu’à ce que la manie du luxe et le désir de faire montre de leur habileté professionnelle aient entraîné les ouvriers du meuble dans toutes sortes d’exagérations. Les ornements furent alors prodigués sans mesure; les mascarons, les gaines, les figures hybrides, les arabesques chargèrent la pièce qu’il s’agissait de décorer; il ne resta presque plus de place à la surface pour le simple effet d’un beau profil ou d’une belle ligne.

M. Edmond Bonnaffé, dans son livre sur le Meuble au xvie siècle, en avait tenté un classement géographique qui ne semblait pas tenir assez compte du caractère nomade des ouvriers d’art de cette époque, ni de l’influence à laquelle la sculpture monumentale les soumit et qui se manifesta d’une façon à peu près générale. Les mêmes modèles étaient usités un peu partout,

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