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CHAPITRE V

Les machines-outils.

La fabrication des machines a dû un grand perfectionnement et en même temps un abaissement de prix à une création nouvelle, dont le principal promoteur a été M. Withworth, de Manchester, celle des machinesoutils. On peut se faire une idée de l’importance que cette industrie a acquise, de la variété et de la beauté de ses produits, par son exposition, qui remplit une bonne partie de l’Annexe occidentale {Western Annex) du palais de Kensington. Les machines-outils servent à faire mécaniquement les opérations diverses par lesquelles ont à passer les pièces de métal, afin de devenir les organes divers des machines. Les unes rabotent une surface de fonte ou de fer forgé, de manière à en faire un plan mathématiquement uni; les autres tournent un bloc de fer ou de fonte, de façon à le rendre parfaitement rond et égal dans toutes ses parties, et de forme exactement cylindrique. Celle-ci perce la tôle, celle-là pratique une rainure dans le métal. Il y a cinquante et cent sortes de machines-outils aujourd’hui.

On doit ranger dans cette catégorie le marteau-pilon qui sert à battre une masse de fer portée au rouge blanc, pour en expulser les scories et lui donner la forme de barre (1). Cet instrument modèle un énorme gâteau de fer sortant du fourneau, comme si c’était de

(J) Celle invenlion esl due à feu M. Bourdon, alors direcleur du vasle établissement du Creusot.

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la cire molle ; il est tellement aisé à graduer et à modérer dans son action, qu’on peut lui demander de faire l’office d’un petit marteau à main, et presque d’un jouet d’enfant (1). 11 est d’un très-grand emploi dans les usines métallurgiques aujourd’hui. Les établissements de ce genre dans la Grande-Bretagne en offrent chacun une quantité. On en fait beaucoup varier les proportions suivant la destination.

Les machines-outils, mues d’ordinaire par une machine à vapeur (elles pourraient l’être par une roue hydraulique), exécutent rapidement et avec une précision parfaite des tâches qu’il y a peu d’années encore il fallait accomplir péniblement, de main d’homme, avec des outils élémentaires, tels que la lime, le ciseau ou le marteau; on n’obtenait jamais que des résultats incomplets ou imparfaits, quand on avait besoin de pièces de fort échantillon. La construction des machines a été ainsi complètement révolutionnée. On fait beaucoup mieux tout ce qu’on faisait auparavant, et on fabrique des objets auxquels il eût été impossible de songer. Les arbres de couche et les bielles qu’ont exposés M. John Penn et M. Maudslay, et qui font partie d’appareils à vapeur destinés à de grands navires de guerre, eussent été impossibles absolument, si l’on n’avait eu les machines-outils, il eût même été impraticable de les manier. Les personnes qui ont été admises à parcourir les vastes ateliers de M. John Penn, à Greenwich, peuvent dire sur quelles proportions ce grand chef d’in-

(1) Pour amuser les curieux, on lui fait faire l’office d’un casse-noisette. Les visiteurs de l’Exposition font cercle pour voir ce puissant instrument employé à casser des amandes et des noix, ce qui est la preuve de l’aisance avec laquelle on le manie et de la souplesse qu’il a acquise.

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dustrie s’est monté en machines-outils. A l’Exposition même, on admire, parmi les articles sortis de chez lui, un arbre de couche destiné à une des machines de navire à vapeur que cet habile manufacturier produit avec supériorité pour ta marine britannique. Cet arbre a 9 mètres de long et 50 centimètres de diamètre ; il était bien plus gros avant d’être fini. Il est coudé deux fois , ce qui a beaucoup augmenté les difficultés de la fabrication. Il est tourné et poli dans la perfection. C’est une manière de bijouterie, mais de la bijouterie de Titan. La lime n’y a pas touché, ce sont les machines-outils qui ont tout fait. Un arbre de couche de M. Maudslay offre à peu près les mêmes dimensions que celui de M. Penn, et il est d’une belle exécution aussi.

Les machines-outils de grande dimension et à grande puissance, telles qu’on les contemple étalées dans l’Annexe occidentale, sont l’amplification d’appareils moins puissants, moins variés et moins difficiles à établir, qui avaient déjà pénétré dans l’industrie depuis quelque temps, et auxquels il serait impossible de donner un autre nom. Ces machines-outils d’un petit modèle sont maintenant adoptées dans tous les ateliers, et y procurent une économie de temps et d’argent, non sans améliorer la qualité du travail. Chacun entretient ainsi et maintient en bon état la plupart des diverses parties de son outillage, sans avoir à les envoyer au constructeur-mécanicien, à chaque dérangement.

On pourrait dire que le point de départ des machines-outils se trouve dans les appareils délicats et ingénieux, mais en comparaison si petits, dont on se servait depuis assez longtemps pour fabriquer, dresser, calibrer et diviser les pièces des instruments astronomi-

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ques et géoclésiques. A ces appareils on s’appliquait avec raison à donner une grande précision, et c’est ainsi que pour les construire on avait été conduit à faire intervenir des mécanismes sûrs, mais dont les dimensions étaient en rapport avec les objets eux-mêmes. Une nécessité semblable a donné naissance de nos jours aux machines-outils. Par ce moyen, les machines de nos ateliers sont construites avec le soin qui était réservé naguère aux instruments les plus parfaits de la science. Pour les manufactures, c’est un perfectionnement bien utile : avec des machines ainsi faites, on produit mieux et davantage, et on éprouve bien moins de dérangements.

Je n’ai nommé encore que les machines-outils destinées à travailler le fer, la fonte et l’acier. Des appareils semblables , mais moins puissants , servent pour les autres métaux employés communément dans les arts : ce sont surtout le cuivre , le zinc et le plomb , et deux alliages, le bronze (1) et le laiton (2). Par ce moyen , et aussi grâce à une infatigable et habile persévérance à lutter contre la routine , on est parvenu à donner des emplois variés au zinc, métal à bon marché, qui à ce grand avantage ajoute les suivants ; il est flexible sans mollesse , aisé à fondre , non moins aisé à laminer, et il s’altère bien moins rapidement que le fer quand il est exposé à l’humidité. Le zinc tantôt laminé, tantôt estampé, est très-usité aujourd’hui dans l’industrie du bâtiment. On s’en sert beaucoup aussi pour les ustensiles, pour les articles d’ornementation, et même pour les objets d’art qu’il permet

(1) Le bronze est un alliage de cuivre et d’étain.

(2) Le laiton est un alliage de cuivre et de zinc.

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d’établir à bien plus bas prix que le bronze (1). Par l’estampage on en fait, depuis quelque temps, une multitude d’objets petits et grands, qui répondent à beaucoup d’usages réservés auparavant à d’autres métaux ou à d’autres matériaux, et, par exemple, des encadrements de fenêtres qui, en plomb, exigeraient cinq fois et dix fois autant de métal, et ne pourraient offrir des lignes aussi nettes (2).

Une autre catégorie de machines-outils, tout à fait distincte, sert au travail du bois. Elle est richement représentée à l’Exposition, et n’en est pas un des moindres attraits aux yeux de l’homme qui cherche les témoignages du progrès de l’industrie, et des extensions que reçoit sa force productive (3).

(1) Le zinc étant très-fusible, on peut le couler clans des moules métalliques, qu’on est dispensé d’échauffer à l’avance. Le zinc se fige aussitôt contre le moule, sur une certaine épaisseur qui est suffisante pour la solidité, sans absorber cependant une grande quantité de métal. En renversant le moule aussitôt, l’excédant de métal, liquide encore, s’écoule. Des statues fondues ainsi n’ont besoin d’étre limées ou burinées qu’aux joints des différentes pièces du moule. On fait de la sorte de jolis objets à bon marché, et même de grandes statues. Une paire de statues, grandeur naturelle, servant de candélabres, se vend 3,500 francs ; en bronze, ce serait quatre ou cinq fois autant,

(2) Ces encadrements de fenêtre en zinc estampé se font aujourd’hui sur 3 mètres de hauteur et plus. On vient d’en poser de semblables au Grand Hôtel, sur le boulevard des Capucines, à Paris, et dans un autre hôtel qui s’achève à côté. Le boulevard Malesherbes offre, à presque toutes les maisons, des œils-de-bœuf en zinc estampé. Ces encadrements et œilsde-bœuf, qui sont d'un effet agréable et paraissent devoir être d’une grande durée, ont l’avantage d’être économiques. On voit aussi, à l’Exposition, un exemple de grande statue en zinc estampé pour l’ornementation extérieure des édifices. Elle pèse le dixième de la pareille en plomb.

(3) Les machines-outils pour le fer et pour le bois sont l’objet d’un rapport détaillé et rempli d’intérêt de M. le baron Séguier, tome II, classe vu, pages 441 et suiv.

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