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CHAPITRE IV

Machines à air comprimé.

Peu d’appareils à air comprimé ont fait leur apparition à l’Exposition. Il est difficile de prévoir ce que l’emploi de l’air comprimé pourra devenir. Jusqu’à ce jour il a provoqué peu d’espérances; mais pour des cas particuliers il offre des ressources que rien ne remplacerait. En ce moment, c’est sur l’emploi des machines à air comprimé qu’est fondée une des entreprises les plus hardies auxquelles ait donné naissance la construction des chemins de fer, celle de percer le mont Cenis, sous le col de Fréjus, entre la vallée de l’Arc et celle de la Doire, sur une longueur de 13 kilomètres sans qu’on ait la ressource de puits intermédiaires permettant d’aérer les travaux et d’attaquer le percement par un grand nombre de points à la fois. Une machine hydraulique comprime et refoule l’air, qu’on a besoin de jeter en abondance, par des tuyaux, au fond d’une galerie où l’atmosphère est viciée par la présence continuelle des travailleurs et par les explosions de la poudre. Mais l’air comprimé fait plus : il devient moteur à son tour; il fait mouvoir les outils destinés à la perforation du roc. Il est à regretter que rien, à l’Exposition, ne représente cette audacieuse tentative Les ingénieurs auxquels est due cette combinaison méca-

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nique (1), MM. Sommeiller, Grattoni et Grandis, ont été arrêtés sans doute par cette raison que l’expérience n’avait pas encore prononcé. Mais on y trouve la représentation multiple, sous la forme de modèles et de dessins, d’un autre usage de l’air comprimé. C’est celui qui a si admirablement réussi pour fonder les piles des ponts dans les rivières dont le lit offre une épaisseur indéfinie de terrains meubles. Le pont sur le Rhin, à Kehl , est uir remarquable exemple de cette difficulté surmontée; l’ingénieur auquel revient le principal mérite de l’œuvre, M. Fleur Saint-Denis, a été enseveli dans son triomphe : il a succombé à la fatigue. Les piles du nouveau pont de Bordeaux ont été assises par le même moyen de l’air comprimé. Ici le succès n'a pas été moins complet, et il a entraîné une moindre dépense (2). L’idée appliquée ainsi à établir les piles des ponts est la même- dont s’était servi, il y a plusieurs années déjà, M. Triger, pour pratiquer un puits de mine dans le lit de la Loire. Mais l’application même en est perfectionnée. L’air comprimé agit dans tous les cas comme un refouloir, par la force de sa pression, et empêche l’eau de pénétrer à peu près comme dans la cloche à plongeur. Le procédé de refoulement des liquides ambiants par l’air est usité aujourd’hui dans différentes industries , et , par exemple , dans la savonnerie.

La pression de l’air avait été utilisée , il y a quinze ou vingt ans, dans le chemin de fer atmosphérique, qui a été complètement abandonné depuis , parce que la

(1) La conce[)tion première a[)p3rtient à un ingénieur belge, M. Maus.

(2) Le rapport de M. Bommard sur les travaux publics, tome III, classe x, page 295, olfre sur ce sujet des renseignements complets.

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traction par les locomotives a reçu de grands perfectionnements. Mais on y revient maintenant sous une autre forme : on aurait sous terre des cylindres en fonte, d’environ 1™,30 de diamètre, qui contiendraient non plus seulement un piston directeur, traînant avec lui un convoi placé extérieurement, ainsi qu’on le voyait sur la rampe de Saint-Germain , mais bien le convoi tout entier, réduit nécessairement à un volume beaucoup moindre que les wagons actuels. Par le moyen de ces gros cylindres, enterrés sous le pavé des rues, on ferait le service des dépêches dans l’intérieur des capitales, ainsi que celui du factage entre les gares de chemins de fer et le centre de la ville. On pourrait même transporter ainsi des approvisionnements de denrées, des gares de chemins de fer, où elles arriveraient du dehors, à un marché intérieur ou à quelque autre établissement central. Dans les très-grandes villes comme Paris et Londres , ce mode de transport débarrasserait les rues de quantité de charrettes qui les encombrent. Un projet de ce genre va être mis à exécution à Londres. Déjà, pour la transmission des dépêches, on y a recours à un appareil de ce genre, mais d’un moindre format que celui qu’on s’apprête à établir (1).

La pression atmosphérique joue aussi un rôle dans la fabrication si intéressante de la porcelaine par le coulage (2).

(1) Ce nouveau système de chemins de fer, dont on a construit à titre d’échantillons quelques centaines de mètres à Londres, a fait sensation. Il s’applique même au transport des personnes ; mais il n’en pourrait transporter qu’un petit nombre.

(2) C’est exposé dans le rapport de MM. Régnault et Salvetat sur les industries céramiques. (Voir tome VI, classe xxxv, page 562.)

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