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L'Exposition universelle de 1867 illustrée

Pour l'étranger, les droits de poste en lus, Boréaux â'alionnementa : rue de Richelieu, 106.

RÉDACTEUR EN CHEF

Membre dn Jury international.

COMITE DE RÉDACTION

MM. Armand Dumaresq, Erneat Dhëolle, Moreno-Henrjqcei,

Ltion Pléb, Adi

ViTi

membres du Jury international.

19 Août 1867.

1. Paiimrir ilu ni de. Sarde (l gravure , par M. Fr, Duciiiiiy.' - II. L'Empirr oll<m,an (l oravurc), par M. Mari» ilu Laiinay. — III. L(i Slofue il» l'i" il" Iktfrs, LfoiioU I" (i gravure), par M. fr. Ducuing.

— IV. Les Caitumes espaqnols (8 gravures), par M. Bernard-Lopez . — -V. La l'erse vl gravure), par

Viclor Cosse. — VI. Vlmprimerie et la Lihriin-ie t'Irfmtji'rcK (\ gravure), par M. J. Laurenl-Lapp. — Vil . Lis Machines a aiudn (1 gravure), par M. l'rosper Poitevin. — VIII. Orfemrie : M. Veiiral {1 gravure), par VI. A. Chirac. — IX. Lrs Chau.r hmlmuliques de tusine Lafarn,- (l gnynre), par M. A. Chirac.

— X. Clirmkiue, par M. Fr. Ducuing. — 16 gravures.

Le roi de Suède paysagiste.

Il osl lion que .les puissants de la terre se ruuàelient au reste Je l'humaiiilé par le goût desartsetleeulte des lettres. Ils rentrent ainsi comme simples citiiyens dans la grande république des intelligences, où le mérite seul faitlaliiérarcliie, et deviennent nos justiciables dans un monde où la liberté do crilique donne seule du prix à l'éloge.

.Mexandre regrettait de ne pouvoir être son propre Homère; et peut-être le serait-il devenu, s'il eût vécu. César a écrit sa propre histoire; et Napoléon III a écrit l'histoire de César, plus exacte que vraie, plus savante et plusingénieusequ'impartiale, àce quedisent, du moins, certains magistrats de notre république. Le roi de Suède, Charles XV, fait des tableaux. S. M. a exposé trois paysages, qui le renaent justiciable de notre critique en l'exposant à nos éloges. L'un représente un site des Alpes norwégiennes, le lac de Vaagevand, dans la vallée de Gulbrandsdalen : le second représente le lac de Brunsviken ou de llaga, près de Stockholm : S. M. a mis la dernière main à cette toile en vue de l'Exposition, il y a quelques mois à peine. Le troisième est un paysage d'hiver en Suède, un tableau de fantaisie dont nous donnons la gravure. Cette leuvre date de trois ans; elle a été offerte par son royal auteur à l'Emperei r des Français, dont elle ne dépare pas les galeries.

Les deux premiers tableaux représentent très-lidèlement, dit-on, des sites alpestres en Suède et en Norvège, et n'ont d'autre ressemblance éntr'eux que la vue d'un lac qui en occupe le centre. La paysage norvégien est plus accusé d'aspect que le paysage suédois ; il y a surtout autour du lac une succession de collines boisées s'ouvrant en vestibule, d'un effet très-saisissant. Dans le paysage suédois, la perspective est mieux ménagée, et l'air circule plus transparent à travers les perpectives Les montagnes du fond sont bien estompées, et le peintre a bien repro.duit les tons fauves que le hâle du soleil donne aux rochers dénudés.

Le paysage d'hiver, celui que nous reproduisons, est digne des meilleures toiles suédoises qui l'environnent. Les peintres Scandinaves ont trouvé dans leur royal cnpciiii un digne émule. Ce qu'on pourrait reprocher ;i ce tableau, c'est de manquer d'oppositions et de contrastes : non loin du tableau royal, il y a un peintre qui a fait aussi un effet de neige avec un soleil rouge au fond, qui me paraît mieux compris.

Les principales qualités du paysage d'hiver sont des eiïcts de nature bien observés et des perspectives bien ménagées. La peinture a de la fermeté, sauf peut-être dans le premier plan, qui rao paraît manquer de relief sullisant.

En somme, ce tableau valait la p^ine d'être reproduit, l'auteur n'eùt-it pas été roi.

Fr. DijcoiNG.

Installations du Palais. — Empire ottoman.

L'Exposition ottomane proprement dite occupe une étroite partie du secteur XIU du l'aiais du Champ de Mars, entre les portes de Suffren et Desaix. Lors de l'ouverture, cette exposition offrait un aspect désordonné en appsrenee, mais très-pittoresque.

Aujourd'hui, il n'en est plus ainsi; tout est dans l'ordre voulu, ou à peu près. Les poteries sont avec les poteries, les meubles avec les meubles, et ainsi du reste, sauf les tapis et les broderies qui sont toujours un peu partout, et dont pourtant on n'a pu met- Ire en vue qu'un tiers environ; et la sellerie, qu'on a cru devoir caser dans la galerie des machines, pour masquer un vide làcheux.

En partan; du jardin central, on aborde l'exposition ottomane, non par le côté leplus artistique, il s'en faut bien, mais du moins par le côté des o uvres d'art. Là soiit les projets et dessins d arcliitecture, parmi lesquels se font presque seuls remarquer les plansde l'installation turque du Palais et ceux des bâtiments élevés dans le Pare. Du milieu des éludes et avant-projets en grand nombre, que MM. Barborini, Montani et Bontcha ont dessinés par ordre du ministère du commerce, de l'agrieulture et des travaux publics, se détachent les véritables plans, ceux qniseuls ont été adoptés définitivement par la Commission impériale ottomane, et que son architecte : M. Léon Parvillée, a exécutés.

Il y a aussi là un projet de viaduc, par M. Levai, ingénieur de la municipalité du sixième cercle de Constantinople, qui donne fort bonne idée des embellissements déjii exécutés en grande partie à Pera et Galata, grâce à l'initialive éclairée de S. Exc. Server ElTendi, président du conseil municipal.

Vient ensuite la galerie de l'Histcire du travail, où sont représentées : la Syrie dans

les temps antiques; Bjzunce sous les empereurs grecs; et Brousse à Fépoque de toute sa splendeur, quand elle était la capitale des .Aiéhcmed I, des Mourad et des Bayezid. Pour : la première, ce sont des bas-reliefs et une ■ inscription cunéiforme, dont l'exposant AbdullaliBeya l'ait une traduction en latin;; povrla seconde, cinq dessins de monuments: état actuel et restaurations projetées, pan M. le docteur Dethier, directeur de Fécolei autricliieniie de Pera; pour la troisième enfin, une collection de M. Léon Parvillée : maïoliques; reliures; fragments demauuscrits, etc., rendue plus complète encore par des photographies de l'exposant.

Dans la galerie de peinture et de sculpture, la Turquie n'a que peu de chose; ce n'est pas par là qu'elle brille, on le sait. Toutefois, on a !e droit de l'aire des réserves pour un prochain avenir, car trois tableaux : Halle des Tchinganés; Zéibek à l'affût; Mort du Zèibek, traités par Hamdi Bey avec une indépendance et une sincérité rares; un beau portrait de S. M. 1. le sultan Abdul Aziz, dessiné magistralement au crayon noir par Ahmed A'ali Effendi, semblent offrir des gages sérieux.

Actuellement et malgré de prétendus progrès, heureusement partiels, équivalant àune décadence, le véritable art turc réside toujours dans certains produits manufacturés lapis, broderies, ouvrages à l'aiguille, poteries, faïences, sellerie, reliures; tout comme au temps où l'-ndustrie européenne emprun lait à l'Orient les grandes formules qu'elle eroitlui rendre aujourd'hui, en lui enseignant de pelils procédés.

Voyez les tapis d'A'ali Effendi de Smyrne; voyez ceux que, dans tout l'empire ottoman, l'initiative personnelle exécute d'après la tradition, sur les anciens métiers formés de quatre pieux à peine équarris. Comparez-les A ceux que, dans le pays même, on exécute en grande fabrique, d'après les procédés modernes. Comparez-les surtout à ce tapis fabriqué à Koulé et dans la bordure duquel est tissé ce mot : perfectionné.

En quoi consiste le perfectionnement? Ne voyez-vous pas qu'on a remplacé les anciens dessins si naïfs, si originaux, d'un goût s' pur et si caractéristique, par d'affreux petits ehâleaux encadrés de couronnes de roses comme sur les assiettes de dessert chez les restaurateurs de bas étage? On s'est servi, pour la teinture des laines, de ces couleurs éclalantes,il est vrai, mais fausses, criardes, sans solidité, découvertes d.ms ces derniers temps. On a employé de la laine courle pour former la chaîne des tapis.

HafyzSadyk ElTendi, fabi'icant de porcelaine opaque à Eyoub, trouve son compte à imiter les produits européens. Si nous le blâmions pour avoir choisi ces profils lourds et empâtés, ces dessins vulgaires, tandis (|u'il avait sous les yeux les conlours si purs, si élégants, les ornements si <lélicats et si ingé nieux des poteries de Roustchouk, de Djed-!

THE GETT^' C£NTER LlCRARV

(lali, de Bai^hclail, il ne iiiaiic|!ierait pas de répondre que sa vaisselle se vend mieux, parce qu'elle est à la franka. Et en elTet il vend, à lui seul, chaque année, des poteries usuelles pour une Eomme double de celle qui représente le chiffre d'affaires de tous les autres fabricants de Consiantinople réunis.

Dans le petit salon placé entre la galerie du matériel des arts libéraux et celle du mobilier, une grande vitrine renferme dix-huit costumes populaires, sur mannequins.

Malheureusement, pour les costumes comme pour le reste dès produits turcs, la place manque. Si, au lieu de dix-huit mannequins, rangés à grand peine autour decette vitrine, au détriment de la vued'ensombledu secteur ottoman, la commission en avait pu placer autant qu'elle a de costumes complets, c'est-à-dire près de cent, cela n'ejjt-il pas fait une belle exposilion? Aussi belle, peut-être, que celle de la Suède, qui a mérité une médaille d'or, tandis que la Turquie n'en a obtenu qu'une d'argent, et encore est-ce pour ses costumes militaires, la moins intéressante partie de son exposition dans la classe il'i, bien plus remarquable au point de vue du vêlement de l'ouvrier.

Il est vrai que les travaux à l'aiguille, mieux placés pour être bien appréciés, ont donné lieu à une sorte de compensation; on a accordé à la Turquie une médaille d'or pour l'ensemble desea oya, sans préjudice de quelques médailles d'argent et . de bronze, de plusieurs mentions honorables, distribuées de ci de là aux exposants de la môme classe : dentelles, tulles, broderies et |)assementeries.

Il faut savoir que Voija est un genre de travail à l'aiguille qui se fait sans mélier, au bout du doigt, et qui imite la fleur d'une manière tout à fait artistique, sdustiomjtr-l'o'iL C'est à la fois délicat etiarge, de dimensions petites et d'exécution grande, eomjne un tableau de .Meissonnier. Cela s'emploie en guise de line passementerie, pour border les vêtements et les coiffures des darnes. Tout le monde a voulu en acheter, particulièrement les fabricants de dentelles; ont-ils vu là matière à étudier'?

Quoi qu'il en soit, l'industrie turque a été appréciée; moins, pourtant, par le jury que parle public; elle a eu et elle a encore un succès de vente, même pour certains de ses produits qui peuvent paraître chers. On a acheté des babouches et de simples bottines de satin 100 et 200 francs, les mêmes, plus la gentillesse, la fière tournure et la solidité, qu'on hésite à payer 20 ou 30 francs sur le boulevard. Cela n'empêche pas les cordonniers de soutenir que ces chaussures sont fort mal faites et que si elles peuvent servir à quelque chose, ce n'est pas à marcher. Quand nous leur disons qu'à Constantinople, où le bitume et l'asphalte, à peine connus de nom, sont désavantageusenient remplacés par des cailloux pointus, une paire de babouches

jaunes duie un an, ils nous regardent d'un œil morne et glauque, et les voilà partis; il semble (|ue nous soyons l'hiver et eux l'hirondelle.

A côté des babouches, il faut admirer les armés. Cela aussi n'est bon à rien absolument, et c'est fort cher, parce que les lauies et quelquefois les fourreaux sont en acier de Damas, qu'on imite mal en Europe, comme tout ce qui vient d'Orient; il suffit d'être juste pour en convenir. Avouons, du reste, qu'en Orient, c'est d'une façon qui laisse à peu près tout à désirer, qu'on imite ce qui vient d'Europe. Chaque pays a son génie; le mal est qu'au lieu de perfectionner, tant que c'est possible, et d'échanger chacun ce qu'on a de bon, on fait consister le progrès soit à entrer dans la peau des autres, soit à vouloir les forcer d'entrer dans la sienne.

S=ins doute on peut s'emprunter mutuellement ; làn'est pas ceque noiis blâmons; nous ne voyons aucun mal à ceque l'Occident ait emprunté à la Turquie, entre autres choses, l'obusier, inventé an siège de Constantinople, par Mahomet II; l'obus à balles, dit de Schrapnel, dont les Turcs ee servaient déjà en 1522; les armes à canon rayé, connues de temps immémorial en Orient; enfin le rcvolvfr'...

Oui, le revolver; il y a là un revolver à iiùtIic : au bas du trophée d'armcsqui rayonne sur la paroi du mur de gauche, au coin de la galerie du mobilier, on voit une vieille arme rouillée, dont les cinq coups, au moyen d'un mécanisme ■ lournant, viennent l'un après l'autre se présenter à l'orifice inférielir de l'unique canon qui donne passage aux balles. Cette invention d'un .\rabe a été donnée à l'expofant, A'ali Yavcr Pacha, par l'imam souverain du pays de Kokyan, dans le trésor duquel elle était depuis cent ans.

Est-ce par amour du contraste qu'on a placé des berceaux d'enfants sous une panoplie? Ou bien aurait-on voulu insinuer Ce lieu commun : la force doit protéger la faib'esse? Il y a bien longtemps déjà qu'on le dit.

Voilà, dans cette vitrine, au milieu de la salle, de beaux morceaux d'orfèvrerie de Monastif, d'AudrinopIc, de Trébizonde, de Yanina, de Bagdad, de .Mosanul, de Damas, de Tripoli. Le public admire comme nous ces chefs-d'œuvre de filigrane; mais nepourronenous jamais le détromper à l'endroit des :arf, supports aussi commodes qu'élégants pour les petites tasses dites filiijan, danslesquelles on sert le café en Orient'? Pourquoi donc tient-il tant à en faire des coquetiers impossibles '?

C'est une fantaisie qu'il nous faudra peutêtre respecter; nous imiterions ainsi des Turcs complaisants, que nousavonsentendu, àConstantinople même, appeler un sofa du nom de divan, qui signifie sallp, pour ne pas contrarier'certaines personnes mal informées par certains dictionnaires.

Sans trop gémir sur cette erreur, [ruussont plus loin et visitons lasalle suivante, or'r nouï trouverons deux importantts collections, l'une d'insectes, de coquilles, de pétrification:' du Bosphore, par AbduUah Bey; l'autre d> matières médicales et pharmaceutiques, par Fayk Bey, directeur de la pharmacie centrab civile et militaire de l'empire ottoman, et offerte par lui à la Faculté de médecine de Parit, L'une et l'autre de ces collections ont obtenu la médaille d'or.'

Autour de ces deux vitrines si dignes d'in térêt, sont des objets moins brillants, il esi vrai, que tous ces tapis, ces bijoux, ces ma gnifiques costrrnies, qui ornent les salles pré cédentes. Là, pourtant, sont par excellencles richesses de la Turquie : bois, minerais ei métairx, marbres roses de Panderma, exposée pariM. Groppler; matériaux de construction, bouilles, lignites, matières tannantes et tinctoriales; matières textiles : soies, laines, chanvres, lins, cotons, cires, tabacs, miels, eaux minérales, fourrures; produits en tou:genres du sol et du sous-sol; cérfales, enfin C'est ici seulement, croyons-nous, qu'or pourrait parler de progrès et non pas à pro pos d'industries qui ne peuvent gagner qu'er retournant en arrière, en renouant avec de^ traditions qui risquent de s'effacer, car le; corpoi'ations ouvrières, oii on les conserve avec soin, sont en décadence, et il serait urgent de les relever et de les consolider.

Leprincipal progrès à introduire en Turquie, et pour ainsi dire, le seul, c'est l'amélioration des roules là où il en existe et leur création partout ailleurs. Toutes les autres améliorations : cultur e des for-êts; recherchi et exploitation régulière des mines; proauctiorr plus large de la soie et du coton; adoption de méthodes et d'instruments meilleurs ; toirt cela découlera forcement de ce premier bienfait, dont la nécessité est absolue.

Pour ne pas terminer d'une façon trop solenrrelle, passons ilévant les charrues de bois, les machines abattre le grain, si naïvement primitives, avec les silex dont elles sont armées par dessous pour rompre l'épi, à mesure que le cheval qui les traîne promène autour de l'aire son cavalier, debout comme un triomphateur sur le char antique; passons devantlos pyramides de vinsde CIrypr'e, de Sanios, de Sin vrne, de ïénédos ; traversons la porte d'.Afrique en nous bouchant les oreilles aussi hermétiquement que possible, non à l'imitation du prudent Ulysse, pour éviter d'être séduit par le chant mélodieux des sirènes, hélas! pour un motif tout autre, passons, là surtout, passons vite!

Faisons quelques pas sous le promenoir couvert, à l'extéi-ieur. Enti-e une boutique chinoise et le café Roumain, nous trouverons le café restaui'ant Turc, tenu par Pierre Asker, de Constantinople. Entrons-y sans ti-op nous soucier du coin d'Afrique et de ses vis-à-vis, nous verrons les costumes ottomans non plrrs sur des mannequins, comme dans la galerie.

mais portés pardes garçonsgrecs, arméniens, bulgares, bien vivants, qui nous serviront, avec do l'eau de Karakoulak, claire comme le diamant , le véritable mastic de Chic, accompagné du tchibouk au long tuyau de jasmin; nous nous croirons sur le Bosphore.

Pour compléter l'illusion, nous pourrons

goûter la cuisine, elle est parfaite. On ne saurait manger, même à Islambol, du kébab, des dolina, du pilaf, meilleurs que chez Pierre Asker; et si vous en doutiez, sacbez qu'il a servi lui-même ces plats nationaux sur la table Impériale, au palais de l'Élysée.

Marie de Launay.

La Statue de Léopold I" au Champ de Mars.

Voyez, en regard de la statue de Guillaume 1", roi de Prusse, la statue de Léopold 1", roi des Belges. Quelle différence

liNSÏ.'iLLiTION DE L'EMl'IlUi ÛÏT0M.4N. — Dessin de M. l'ellmaim

d'attitude et de caractère! et si les artistes se sont bien inspirés de leur sujet respectif, on doit comprendre qu'un abîme est entre les deux monarques représentés.

Le cheval qui porte le roi Guillaume semble soulevé par la passion qui exalte et qui pousse son cavalier, et l'on sent que son sabot levé est prêt à piétiner sur tout ce qui lui tait obstacle. Quel artiste compromettant que M, Drakel Ne s'est-il pas inspiré de l'Apoca-

lypse en sculptant son héros? C'est l'homme inspiré par le droit divin qu'il nous a représenté là; et Dieu sait quels bouleversements vont surgir devant cette volonté implacable que rien n'arrête.

En l'ace est la statue du roi Léopold. Quel contraste! Voici bien le roi constitutionnel par excellence. Monté sur un cheval qu'à son allure au repos on devine avoir été nourri dans les gras et paisibles pâturages des Flan-

dres, le roi, chapeau bas, semble faire la révérence à un peuple libre.

Léopold I" a été, en effet, un philosophe couronné, — un peu sceptique comme tous les philosophes, sans grande passion pour le bien, mais détestant le mal, ou plutôt l'iniquité et les agitations qu'elle cause. — La révolution de 1848 avait ébranlé tous les trônes. Léopold \", se sentant mal à l'aise, plutôt que menacé, convoqua les principaux

de son royaume, et leur tint, dit-on, ce lanlagc ; 'c Ne me faites pas de révolution : si je ne vous conviens plus, dites un mot, et je m'en vais. »

Je ne sais si ces paroles qu'on lui prête ont été dites , mais elles sont conformes au caractère de toute sa vie.

Lorsqu'il tut appelé à régner sur les Belges, à défaut d'un fils de Louis- Philippe, le 4 juin 1 8.3 1 , ilaccepta sans enthousiasme , mais avec la ferme volonté de ne pas s'écarler de la ligne qui lui était tracée. Il était alors dans la force de l'âge, étant né le 16 décembre 1790. Il était allié à la reine Victoria, ayant épousé la fille du roi Georges IV, qu'il perdit le Ifi novembre 1 81 7, et

'; à la plupart des familles royales d'Allemagne, étant duc de

' Sa\e-Cobourg.

La prise d'Anvers

I par l'armée française,

( en 1 83'i, avait mis fin

i à la lésistance de la

1 Hollande; et la conférence de Londres régla le sort du nouveau royaume. Comme gage de protection, Louis- Philippe accorda à LéopolJ la main de sa fille Louise, une da

I princcîses les plus ai

I inaL'les et les plus

; accomplies qui aient

I honoré un trône. La reine Louise mourut en 1 8.'-;/. et sa mort, hélus ! prévue, causa une véritable dé.solation dans loule la Belgii|i.e.

Le roi Léopold s'é- Uiil acquis dans toute l'Euiope un renom d'habileté elde sagesse qui le rendit plus d'une fois l'arbitrerespecté dei cabinets ; et ses relations de famille, surtout depuis le mariage- du prince Albert avec la reme Victoria, n'avaient fait qu'ajouter à son influence.

Celte habileté et cette sagesse, il les mit au service du pays dont les destinées lui étaient

confiées, d'abord en restant strictement fidèle à la Constitution, et puis en tenant une balance cgjle entre les partis qui se disputaient le pouvoir.

Cette tâche n'était pas facile alors; elle ne l'est pas non plus aujourd'hui. Il y faut un sentiment de la pondération que peu de rois constitutionnels possèdent , et sans lequel toute la machine gouvernementale manque d'assiette et d'équilibre.

Mais le roi Léopold, je l'ai déjà dit, était un fçrand philosophe, ce qui implique fou-

et que le danger était plutôt du côté du fleuve.

Quoi qu'il en soit, à force de respecter la volonté nationale, il se lit respecter du peuple et finit par s'en faire aimer. Il n'eut jamais de caprices dispendieux, ni aux dépens de sa fortune personnelle, qui était considérable, ni aux dépens de la fortune de la Belgique.

Très-économe, quoique aimant la magnificence et s'en donnant les apparences, il sut toujours rester maître de lui et plaire à tous.

De son mariage avec la princesse Louise de France, il a eu trois enfants, le roi Léopold II , son successeur , le comte de Flandres, et cette aimable et infortunée princesse Charlotte que le Mexique a ren • due folle.

Léopold a été un bon roi et un homme!

remarquable. Sa statue du CbampdeMars le représente bien tel qu'il a été, aimant la droiture et la conciliation. Je sais bienoù cette œuvre estimable ferait le meilleur effet ; c'çst sur la place de la ville de Luxembourg.

Fl{. DuCL:IN(j.

LA STATLE DU llOI UES BELGES, LÉOPOLD 1"

Dessin de M. Moin'

jours un bon politique. Il n'avait ni ambition ni enthousiasme, mais il avait une raison saine et un esprit bbéral qui lui faisaient toujours suivre la droite voie. Pourvu qu'on restât dans la constitution, il laissait faire et laissait dire, n'y mettant jamais du sien. Malgré ses souvenirs de 1832, il laissa discuter et voter les fortifications d'Anvers, quoiqu'il si'it bien qu'aucune défense du côté de la terre ne pouvait servir Anvers,

Costumes espagnols.

C'estunfaitnotoirc, avéré et parfaitement corroboi'é par ce que nous pouvons voir à l'Exposition de 181)7 :

sous le règne de la reine Isabelle II, les campagnards s'habillent encoreen Espagne de la même manière que sous le sceptre de Pierre le Cruel ; nous ne sommes pas sûrs que la mise séculaire de ces bons villageois ait beaucoup varié depuis la dynastie des rois goths.

Les chemins de fer qui sillonnent la Péninsule d'une manière si peu avantageuse pour les actionnaires n'ont pas encore étendu l'effet de leur influence progressive sur la tradition invétérée des modes rurales.

Assurément d'ailleurs, il y a dans la plupart de ces accoutrements rustiques, un côté

fi

L'EXPOSITION UNIVEIÎSEI.LE DE 18fi7 ILLUSTREE.

naïvement, coquet de simplicité primordiale qui peut ne pas déplaire aux partisans systématiques du pittoresque ; nous connaissons des t^ens d'esprit dont c'est l'affectation continuelle d'affirmer que l'Espagne perdrait beaucoup à ne pas conserver tout ce qui lui donne un cachet d'originalité et de couleur locale ; tous ceux qui sont de cette opinion peuvent largement trouver de quoi répondre à leur sympathie, et même donner cours à leur enthousiasme, on présence des échanlillons de toilettes chan]pèlres de la péninsule Ibérique visibles à l'Exposilion actuelle.

Nous avons Hiitout à nous occuper ici des toilettes villageoises.

Il va sans dire que les femmes élégantes appartenant à la bonne société, ou à la mauvaise, s'habillent, à Madrid et à Barcelone, en se faisant un scrupule ingénieux d'imiter les modes de Paris, cette capitale du goût. Il y a aujourd'hui à Madrid une véritable invasion de couturières françaises et de modistes parisiennes; cela s'explique naturellement; elles sont on ne peut mieux accueillies et encouragées par la laveur publique ; elles peuvent à peine suffire aux commandes qui viennent allluer à leur porte ; l'aiguille semble, entre leurs doigts de fée, une baguette magique pour appeler la fortuni; ; la moindre ouvriét-e parisienne s'élève facilement là bas au rang de maîtreste; et c'est le suprême genre de la clientèle aristocratique de dire que l'on se fait babiller par une Française. Il arrive aussi parfois que dans les tnileltea recherchées on peut remarquer un certain mélange international ; la mantille des bords du Jlanzanarès se greffe sur une robe découpée par les ciseaux du faubourg Montmartre ; cela l'ait un salmigondis de coquetterie qui ne manque pas de piquant, assaisonné encore par les inévitables yeux noirs et parla taille proverbiale des Madrilènes; mais cette varitté de luxe élranger, joint aux usages indigènes, ne se montre guère que dans les villes les plus considérables, et il serait fort difficile d'en découvrir un seul exemple dans ces vastes déserts émaillés de quelques villages, que de l'autre cùté des Pyrénées on appelle les campagnes.

Nous plaçons sous les yeux du lecteur quelques-uns de ces types do costume national qui nous ont paru mériter plus particulièrement l'attention; il y a la en première ligne le campagnard aisé, le riche fermier de la |)rovince de Murcie; une jaquette de velours avec des broderies, une grande mante rayée d'une interminable longueur, une riche ceinture de soie, elles jambes nues avec des espadrilles pour chaussure, tels sont les accessoires qui représentent d'une manière assez précise l'opulent métayer. Une jeune femme très-emmitoutlée dans ses coiffes, avec une robe de couleur brune foncée et ornée de bandes transversales d'étoffes peut donner une idée de la manière dont s'habillent les iermières de la Navarre; ces précautions ex-

trêmes contrôles intempéries dénotent sufilsamment les provinces septentrionales et les pays des montagnes. Nous devons mentionner aussi un type assez bien réussi de Catalan qui s'appuie nonchalamment sur un long bâton noueux ; la béatitude de la sérénité espagnole se reflète d'ailleurs sur la placidité de sa physionomie ; la principtile élégance paraît consister dans une chemise d'une éblouissante blancheur; faut-il qu'une épigramme soit au bout de notre plume pour insinuer qu'en Espagne la propreté passe quelquefois pour un raffinement de luxe?

Signalons encore un paysan des provinces basques avec dos pantalons à la bretonne, un chapeau à larges bords à la bretonne, une veste d'opéra-coiiiique à la bretonne, et des cheveux idem. On peut sedemander par quelle singularité il existe une telle ressemblance entre le costume local de la vieille Armorique et du Guipuscoa. C'est le cas de se rappeler que le bas breton et le patois basque revendiquent également une prodigieuse ancienneté comme première langue humaine.

Enfin, nous ne pouvons que citer avec des termes laudatil's le ravissant et incomparable costume de manolaqui tient un éventail à trois quarts déployé. — La manola, c'est, comme on sait, la grisette de Madrid; mais, hélas! on prétend que cette spécialité tend également à disparaître. En attendant, celle que l'Espagne nous adresse comme un de ses plus gracieux produits, peut bien être considérée comme un parfait modèle du genre; les couleurs chatoyantes sont le caractère dominant de ces toilettes excentriques dans lesquelles un goût douteux vise plutôt à l'effet qu'à la distinction.

Le meufiier de la Manche semble garder encore aujourd'hui le genre antique et solennel do vêtements que devaient porter ses prédécesseurs un temps des moulins fantastiques de Pon Uni'îlwtlc. La Manche est en effet une de ces provinces del'intérieurderEspagne qui se plaisent à imiter la Chine par une sympapaîhie exagérée pour l'immuable; elle reste éternellement rebelle à tout esprit d'innovation; les mœurs et les modes s'y conservent et s'y perpétuent depuis un temps immémorial, sans que rien en puisse altérer la naïveté traditionnelle. Les instruments aratoires de l'usage le plus élémentaire n'y auraient aucune chance de succès, pour peu qu'ils ne fussent pas exactement pareils aux outils de labourage connus et employés de père en fils, depuis le déluge, ou depuis le prince de la Paix, Don Manuel Godoï; et il est encore bien loin le jour providentiel de progrès qui verra le fameux vin de Valdepefias obtenir un autre tonneau qu'une peau de bouc !

Jetez maintenant les yeux sur l'avenante toilette de la bourgeoise de Valence; et à cette chaste allure de matrone, soyez persuadé que les romanciers français ont prop.igé une trop poétique fiction en répétant à satiété que les femmes espagnoles se munissaient d'un poi-

gnard à la jarretière; cette fois, la grâce pudique de l'accooitrement suffirait à faire rejeter comme un blasphème une telle conjeclure; aucun siylet n'a élu domicile sous celle robe de discrète apparence; et à moins d'être le plus sceptique des humains, on peut jurer que la vertu de la dame n'a pas besoin d'un tel préservatif, et qu'un couteau mignon pourrait tout au plus sei'vir entre ses mains a découper une orange, ce fruit dont Valence est le merveilleux jardin.

La mariée des Asturies n'a pas non plus la moindre lame de Tolède, on le jurerait aussi, ni aucun autre acier homicide trempé dans les eaux de l'Èbre. pour défendre ses cliarmes contre les assaillants d'amour. En revanche, elle porte une parure nuptiale de la plus pittoresque étrangeté; rien de pareil ne setrouYerait même au magasin renommé du Pnnteiiips, où tout se trouve. Une collerette richement brodée, d'autant de couleurs que l'arcen-ciel, un voile avec des glands d'or d'un style moresque, une façon d'éebarpe qui tombe jusqu'aux pieds, tel est, paraîl-il, le suprême goût des fiancées de cette province. A cela se joint jusque sous les toits de chaume un cachet de race que ne possèdent pas les paysannes vulgaires. C'est qu'à une certaine époque, tous ceux des Asturies qui avaient combattu dans une bataille contre un calife de Cordoue furent anoblis en masse par un roi de Castille; et depuis cetemps, dans cette province plus encore que dans le reste de l'Espagne, tout le monde est noble, y compris les moissonneuses.

Après avoir parlé de ce qu'il y a comme costumes à l'exposition espagnole, disons maintenant ce qui n'y est pas, et devrait, certes, s'y trouver avant tout. Le seul véritable costume espagnol, au point de vue du cachet national, c'e.^t le costumeandalous. Nous voulons dire le costume de Majo et de Maja, tel queGoyal'a immortalisé dar,-. ses tableaux et tel qu'on le porte encore à Sévllle, à Grenade et à Xérès. Les jeunes gens les plus avancés de ces diverses villes ne dédaîgi, u pas de s'en affubler dans certaines circonstances, par un acte de condescendance aux usages traditionnels. "La richesse et la variété ne manquent certainement pas dans ce genre d'habillemtnt qui prête merveilleusement à toutes les combinaisons delà fantaisie; nous regrettons que sous ce rapport l'Espagne industrielle ne nous ait rien envoyé qui vaille la peine d'être cité, ou d'avoir été reproduit par le crayon de nos dessinaleurs. Nous aurions volontiers demandé à l'Espagne exposante un peu plus de courage dans la manifestation de ses usages et dans l'opiniâtreté de ses convictions au point de vue du pittoresque; pourquoi, par e,Kemple, ne pas avoir montré ce type si théâtral qu'on appelle l'alguazil des courses de taureaux, qui est doré sur toutes les coutures"?

lîeilNAliU Loi'KZ.

USTREE.

L'Exposition persane.

Lorsque, quittant pour quelques instants le spectacle de ces fourmilières humaines que présentent les villes d'Occident.lorsque, abandonnant ces territoires si peuplés, couverts par de nombreuses constructions, de riches moissons, de vastes for'ts, que l'industrie vient chaque jour féconder, et où la culture dispute chaque parcelle de terrain à la stérilité, l'esprit se porte vers ces immenses solitudes de l'Asie, il reste confondu devant cet étrange contraste de l'activilé prodigieuse de l'Occident, à côté de cette sorte de sommeil où son: plongés des millions d'hommes.

Le grand problème de la destinée des nations se présente alors tout naturellement à l'esprit, et l'on se demande si ces immenses territoires inoccupés, stériles, mille fois trop vastes pour les populations qui y végètent, ne sont pas fatalement prédestinés à devenir dans un avenir plus ou moins éloigné la propriété, de peuples plus actifs, plus industrieux, plus vivants.

Repoussées par les difficultés d'existence qu'accroissent chaque jour l'extension des lumières, dé l'instruction, la concurrence, l'habileté professionnelle plus répandue, le développement excessif de la population de nombreuses caravanes d'émigrants ont quitté l'Europe, allant porter sur les côtes d'Amérique, d'Afrique, d'Océanie, la civilisation, les arts, l'industrie du vieux monde, et créant sur ces plages désertes des villes, humbles à leur origine, florissantes aujourd'hui, et qui, par leur activité laborieuse, deviennent les rivales puissantes de nos vieilles capitales.

Certes, les territoires déserts des trois continents que je viens de citer, sont loin encore d'avoir entièrement disparu, et le jour n'est pas encore venu où les descendants des premiers colons se trouveront gênés dans ces anciennes solitudes.

Mais ce jour viendra. Et puis n'est-il pas permis de croire que, longtemps attachés sur l'Afrique, l'Océanie, l'Amérique, les regards de l'Europe se porteront un jour vers l'Asie et que ces belles contrées inondées de soleil, arrosées par de larges fleuves, tenteront l'esprit de conquête et de civilisation '!

Le percement de l'isthme de Suez va donner une importance considérable à tous les pays riverains des mers des Indes. Baignée par le golfe Persique, la Perse ne va-t-elle pas devenir une des plus importantes stations, et sa position si avantageuse n'éveiUera-telle pas bien les convoitises de la Turquie, de la Russie elle-même?

Le gouverneinent de la Perse ne semble pas se préoccuper de ces éventualités si graves, et le shah qui devait vrnir à Paris prendre un aperçu de nos mœurs, de notre civili-

sation, de nos coutumes, a manqué au grand rendez-vous des peuples et des souverains. — Il a eu tort. La vue de nos usines, de nos arsenaux, de nos chantiers lui eût appris l'histoire moderne, et lui eût permis peutêtre de deviner l'histoire de l'avenir. Le spectacle de notre activité, une visite à l'Exposition eussent été pour lui une révéla- , tion féconde en enseignements divers.

Il eût assurément vu dans l'espace restreint occupé par l'exposition de son pays, une preuve de faiblesse, qu'auraient fait ressortir les développements que les nations secondaires de l'EjUi'ope ont donnés à leur exposition.

La Perse n'occupe, en eiïet, que deux salles, dans les travées réservées au quatrième groupe, entre la Chine, le Japon, la Turquie, la Roumanie, — deux salles presque perduès dans le Palais, et que les visiteurs ne songent même pas à attribuer à la Perse. Pense-t-on à la Perse? Qui peut s'imaginer que la Perse, rompant, en l'honneur de notre Exposition, avec sa nonchalance, son apathie ordinaires, je dirais volontiers, climalériques, va se réveiller de son long sommeil pour apporter au Champ de Mars les produits de son industrie, les chefs-d'œuvre de ses artistes?

II faut, si l'on veut donner à la Perse une attention sérieuse, oublier l'Europe et ses travaux gigantesques, ses créations de toutes sortes, ses machines et tes statues, ses étoffes et ses tableaux, ses arts et son industrie enfin, et s'arrêter, dégagé de toute idée préconçue, de tout parallèle, de toute comparaison, devant les deux salles réservées à sa liautesse le shah de Perse ou à ses sujets, — car je ne vous dirai pas précisément si le shah de Perse sait seulement que ses sujets exposent!

La première de ces salles est consacrée aux diverses industries de luxe de ce singulier pays. L'œil embi asse tout d'abord un ensemble d'or, de soieries, d'armes, d'étoffes éclatantes, et le visiteur entraîné pénètre sans se rendre bien compte du pays qu'il va visiter. Il y a toujours pour l'Européen un souvenir des Mille el une nnils dans tout ee qui vient des environs de Bagdad. — Le regard s'est fait à cette magie de couleurs, et le visiteur distingue une table d'ébène conservant sous une glace protectrice de ravissantes incrustalions d'ivoire et de bois de couleur, sur des boîtes dont la matière rappelle le tuya. A côté, sous la même glace, sont exposées des reliures d'une richesse inouïe. L'or y est employé avec une rare profusion. Voici au surplus comment s'obtiennent ces filets d'or, ces fleurs, ces arabesques qui donnent tant de valeur aux peaux ou aux cartons. L'artiste prend une pièce de monnaie d'or, et par le battage obtient une feuille dont l'épaisseur varie suivant les besoins du des.sin et qu'il applique avec un outil ad hoc. Les couleurs s'appliiiucnt à l'aide d'un pinceau et d'une

gonimelrès-adbérentequi,eii séchant, donne un vernis très-brillant.

Dans un coin de cette salle, se dresse sur un piédestal yn guerrier persan. Son costume est à peu de chose près celui des compagnons de Schamyll. C'est d'abord le casque de cuivre orné de deux aigrettes blanches, et armé d un tissu de mailles qui protège les joues, le cou et les épaules. Unesorle de chemise de mailles serre étroitement le buste et descend jusqu'à mi-cuisse. Les bras sont protégés jusqu'au coude par cette chemise. Le bras gauche qui porte le bouclier reste libre. Le bras droit qui porte le sabre est défendu par un brassard en fer damasquiné, et la main est revêtue d'un gantelet en mailles. Par-dessus la chemise, le guerrier porte une cuirasse composée de quatre [ilaques épaisses d'acier, reliées par des courroies, et qui lais-entaux mouvements du corps tout leur jeu et toute leur liberté. — Une écharpe de soie rayée soutient à la taille le fourreau du sabre. Les jambes sont protégées par des cuissards el des jambières qui portent au genou une plaque de cuivre armée d'une pointe d'acier de six ou sept centimètres de longueur. Des bottes dont la pointe se relève un peu, comme les anciens souliers ii la poubiine, moins l'exagération, terminent ce costume. J'ai oublié une corde en laine non tressée passée en bandoulière et destinée à soutenir le bouclier quand le guerrier a besoin de ses deux bras. Tel qu'il est, ce brave Persan, avec son sabre, sa cuirasse à compartiments et son bouclier, me fait un peu l'elfet d'un de ces Perses qu'Alexandre battait àYpsus, et qui, ressus-, citant aujourd'hui, retiouveraient intactes, à vingt-deux sièclès de distance, leurs armes, leurs mœurs, leurs lois et leurs coutumes.

Avant de quitter cette salle, il faut donner un coup d'œil à quelques essais de céramique assez réussis-, dont la forme et les dessins rappellent les vases égyptiens; à de remarquables broderies sur linge, d'une finesse et d'une légèreté qu'appiécient les visiteuses; aux coffrets en bois sculpté qui se recommandent par une grande délicatesse d'exécution ; enfin aux deux panoplies qui ornent le fond de cette saLe et surmontent un large divan en tapisserie. Les panoplies renf. rment les armes oliènsives et défensives de la Pei'se, le casque et le bouclier, le couteau à deux tranchants, et le sabre recourbé; — j'y cherche le javelot et l'arc, n'y trouvant ni le pistolet, ni la carabine. Voilà donc où en est ce peupld, et voilà avec quelles armes primitives il peut lutter, le cas échéant, contre les inventions de MM. Armstrong ut Chassepot !

Dans la seconde salle, la Perse expose des tissus assez remarquables, des tapis dont les dessins ne peuvent lutier, peut-être, avec les fantaisies de nos artistes, mais qui indiquent chez les fabricants persans beaucoup de goût et d'habileté ! A côté de ces tapisseries se.trouvent ces toiles peintes si répandues en France aujourd'hui, et qui, sous le nom d'é-

rF.RMIEh 'ilt. LA PR0VLNCK DE MUllClE.

tolTes de Perse, forment une branche importante (le noire fabrique de tissus, et alimentent plusieurs usines considérables. Les dessins de ces toiles imitent parfaiteoient ceux des tapisseries, et il faut s'en approcher, les

toucher presque pour voir que ces portières, ces tapis ne sont qu'en toile imprimée.

La Perse expose encore des draps brochés à la main, des étoffes de laine brodées avec une rare perfection, des tissus de soie qui

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