‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 10 sur 134 · AUTRICHE · texte numérisé non relu

AUTRICHE

Cette maison, exposée par le docteur baron Jaromyr Mundy, de Moravie, est destinée à montrer une application spéciale du traitement des aliénés en famille, suivant le système pratiqué dans la commune de Gheel, de la province d'Anvers en Belgique. Pour en comprendre l'objet, il faut donc avoir une idée préalable du régime de Gheel.

Dans cette commune belge, d'une étendue de 1 -1 000 hectares et peuplée de 1 0 à 1 1 000 habitants, située au centre de la Campine, l'usage s'est établi, depuis un millier d'an nées, de recevoir en pension, dans les familles, des malades atteints de folie. Une dévotion en l'honneur de sainte Dymphne, la patronne des aliénés, a été l'origine de cette coutume;

mais à la longue l'institution a pris un caractère de plus en plus traditionnel et scientifique, et l'analyse de ses principes, de ses méthodes, de ses résultats, permet d'en tenter l'imitation en d'autres lieux.

Les principes appliqués à Gheel, instinctivement d'abordetaujourd'hui sciemment, sont au nombre de cinq :

1" Le traitement au sein d'une famille adoptive;

2° La vie libre au grand air;

3° Le travail agricole on industriel, librement exercé, suivant les aptitudes et les goûts ;

4" Un milieu social sympathique;

5" La haute et vigilante direction d'un service administratif et médical bien constitué.

En vertu de ces principes un millier d'aliénés sont admis à Gheel, dans l'intérieur des familles, les uns dans les maisons agglomérées en bourgade et en hameaux, les autres dans les fermes et les habitations éparses. Là ils vivent sur le pied de parfaite égalité avec tous les autres membres de la famille et de la commune; même table, même demeure, même habillement, même régime, et un régime meilleur si le prix de pension dépasse le minimum légal (qui est ordinairement de 65 à 70 centimes par jour). L'aliéné va et vient â son gré dans les rues et dans les lieux publics; il prend part â toutes les distractions et fêtes locales; la plupart travaillent habituellement chez leur patron, qui porte le titre de nourricin- ou A'hole. Chaque famille estimée de la commune tient à honneur d'avoir au moins un aliéné en pension; outre le revenu, c'est un témoignage de considération publique. Les aliénés eux-mêmes sont aimés et respectés à ce point que les enfants ne se permettent envers eux aucune plaisanterie ni injure. L'éducation du pays tout entier se fait au ton des égards et de la sympathie envers ces malheureux. (Il est juste de constater que les règlements interdisent l'admission à Gheel des monomanes homicides, suicides, incendiaires, et de eeuxdont la folie porterait atteinte â la décence.)

Il en est de la volonté et de l'activité humaine comme de toutes les forces: librement dilatées elles sont bien moins dangereuses que violemment comprimées. En possession de sa liberté, la grande majorité des aliénés de Gheel est inoiïensive; on leur passe tous leurs écarts et tous leurscaprices, tant qu'ils ne font mal ni à eux-mêmes ni à autrui ; et l'expérience prouve qu'il n'est pas de plus efllcaee moyen d'apaiser promptement les exaltations. Si les crises devienn ent dangereuses par leur violence, les nourriciers, aidés de leur famille et de leurs v oisins, les domptent vite et aisément; et pour ces cas, ils peuvent, avec la permission du médecin, recourir à des moyens de contrain te, dont la camisole de force est le plus ordina ire. Si les crises acquièrent une intensité eî;ception-

nelle et prolongée, on les emmène à l'infirmerie centrale, disposée pour les cas accidentels et munie des moyens d'action de la thérapeutique lapins puissante.

Quant aux aliénés, qui se montrent disposés à s'évader (et c'est un petit nombre), il suffit de leur mettre au pied de légères entraves, bien ouatées, pour empêcber leur fuite, sans gêner leur libre circulation à traversles rues et les chemins.

Grâce à l'ensemble de ces moyens, qui constituent le patronage familial, le nombre des accidents est très-rare ; les guérisons sont nombreuses, et la vie s'écoule aussi douce que possible pour ceux qui ne guérissent pas : aussi la longévité y est-elle trèsgrande.

Cette colonie d'aliénés, intimement mêlée à l'existence d'une population raisonnable, reçoit, à son insu, lesmeilleures influences de la nature, de la famille, de la société. Le paysage est largement ouvert en tous sens, l'air doux et rafraîchi par les vents de mer, le climat sain; le malade jouit du calme de l'isolement sans être confiné dans la solitude. La famille l'entoure de soins et d'alîection; il est aimé et souvent il aime très-vivement son entourage; les exemples sont nombreux d'attachements réciproques, de vraies adoptions du cœur, de rapports d'amitié qui survivent longtemps à la guérison. Enfin la commune detiheel constitue pour ces infortunés le milieu social le plus sympathique qu'ils puissent souhaiter. Comme ils sont un bien-

fait pour le pays, qui s'enrichit de leurs pensions {3 à 400 000 fr. par an) comme cette spécialité est un legs d'un passé dix fois séculaire, et qu'elle a pénétré dans l'esprit, le sang, les mœurs des habitants, la commune tout entière lesprotége, veille sur eux, et tout abus est aussitôt dévoilé et dénoncé, comme une atteinte à la conscience et à la prospérité publiques.

En outre, l'administration et le service médical complètent, par leur vigilance quotiflienne et leurintervention attentive, l'action de la nature, de la famille et de la société. Une commission provinciale, un comité local président à toutes les mesures réglementaires, et en suivent l'application. Un médecin inspecteur (aujourd'hui le docteur Bulekens!

préside au placement des aliénés et à la direction du traitement; résidant sur place dans l'inlirmerie, il rpçoit les malades et les observe avant de les répartir. 11 est aidé par quatre médecins et quatre gardiens, dont chacun est préposé à une section de la commune'.

Une telle organisation présente une incontestable supériorité sur les asiles fermés départementaux, et même sur les maisons de santé, où l'on s'efl'orce en vain de masquer, par le luxe des décorations et de l'ameublement, les rigueurs, les ennuis et trop souvent les abus de la séquestration.

Après avoir acquis cette conviction par de longs séjours réitérés à Gbeel et la visite de la plupart des asiles d'aliénés d'Europe, le docteur M undy a conçu la pensée d'une colonie qui l 'eproduirait, autant que la science

1. On ti-o' ivera es détails les plus complets rlans notre volume sur Gheel, 2^ éditiun. aotit 1867 (ttacliette).

et l'initiative privées peuvent imiter une création des siècles et des mœurs, les principaux caractères de Gheel: la famille adoptive, la vie à l'air libre, le travail volontaire, un milieu bienveillant, un traitement efficace. Son plan, conçu pour 300 aliénés, disséminés sur un territoire de 100 hectares, comprend une infirmerie centrale pour 1.50 malades sujets à des cas aigus, et des maisons pour 150 autres sujets à un mal chronique, chacune pouvant recevoir cinq malades. Ces habitations, analogues à celles des Gheelois, varieraient suivant les pays et seraient, les unes entourées de champs, les autres occupées par des métiers divers; toutes auraient un jardin. Chaque lot de cinq maisons, ou de 25 aliénés, aurait un gardien chef, et chaque lot de 10 maisons ou de 50 aliénés un médecin adjoint: au-dessus de tous planerait un médecin inspecteur-directeur. A 2000 fr.

l'hectare et à 2000 fr. la maison, les terrains et maisons pour 300 aliénés ne coûteraient

que 2G0O0O fr.,surun million iiui scr.iil nécessaire pour l'enlièrc inslallati'iii de tout l'établissement.

Le type exposé est celui d'une maison-mn- (lèle. (le gardien-chef. C'est un cottage qui occupe une surface d'environ 93 mètres carrés, etestdivisé par une allée en deux moitiés éga'es, l'une pour le gardien et sa famil'e, l'autre pour un ou plusieurs aliénés suivant l'occurrence. Les pièces destinées à l'habitation sont d'une longueur variable, maii larges de S",?;) et hautes de 3 "',30- Les dispositions spéciales à la destination, consistent dans des claires-voiesniélalliques aux portes et aux fenêtres, pouvant se masquer ou s'abaisser à volonté, des grillages et des stores aux fenêtres, des matelas de csoulchouc volcanisé, et quelques appareils de thérapeutique mentale.

A l'intérieur se voit le plan en perspective de la colonie-modèle pour 300 malades; un autre plus vaste pour 1500 mala-

des; des plans, vues et coupes pour une

cliDique de 300 aliénés aux portes des grandes I villes, pour des maisons de refuge provisoire là établir dans les divers quartiers. Un plan I topograpliique colorié de la commune de I Glieel orne une des iipièces. Sous ce dernier ■ ■

i. tableau se trouve une iibibliothèque compre- ;;nant une collection des

écrits qui ont été pujlbliés sur cette localité.

Enûn, les murs sont

tapissés de nombreuses

inscriptions empruntées

aux meilleurs ouvrages

sur ce sujet. La lecture iJde ces préceptes, comme il l'étude détaillée des ari; rangements de la maiison, est propre à redresiiser l'éducation du public

I pour les sentiments vis-

II à-vis des aliénés, comme I: celle des médcQins pour

le traitement.

Par son ingénieuse et économique distribution, le cottage du docteur baron Wundy peut même servir de modèle pour des babilitations ouvrières; car sa construction ne coùiiterait que 1 500 à 2000 fr. et donnerait pour ce prix beaucoup d'air, de lumière et d'espace, point d'odeurs ni d'aspects incommo-

des, une grande facilité de circulation et de communications.

M.Mundy estcbirurgien-major de I " classe dans l'armée d'Autriche.

Jules Diival.

DEBIT DliS D'AUTRICHE. — Dessin de M. Weber.

Les Vins d'Autriche.

Cette exposition, dont nous donnons ici deux dessins d'ensemble, est installée avec

beaucoup de soin, je dirais, presque avec coquetterie. Elle fait suite au restaurant autrichien et se trouve dans la partie du Palais qui tourne vers le midi. La direction en est confiée à M. Ladislus de Wagner, commissaire délégué, qui a bien voulu me donner les notes avec lesquelles j'ai pu rédiger ce travail.

L'Autriche , vers la fin de 1866, possédait 607 171 hectares de vignes répartis dans les diverses provinces de l'empire. La production s'élevait à 18 558 046 hectolitres. A elle seule, la Hongrie comprenait 296 962 hectares et produisait 7 200 000 hectolitres de vins. C'est presque la moitié, en étendues et en produits, des deux sommes totales, La monarchie autrichienne est , après la France, le pays de l'Europe qui possède le plus de vignes et qui récolte le plus de vins. Est-ce à dire que rAutriclie nous égale en cette industrie et que même elle nous suive de près? Non, nous possédons aujourd'hui environ 2 400 000 hectares de vignes qui nous donnent de 60 à 70 millions d'hectoli-

SALLE DES VINS D'AUTRICHE. — Dessin de M. Weber.

très, suivant les années. Nos surfaces plantées sont donc par rapport à l'Autriclie comme quatre est à un, et notre production se trouve dans la même proportion. D'où il faut conclure qu'à superficie égale, les vignes d'Autriche donnent autant que les vignes de France.

Mais des différences très-grandes existent en ce qui concerne la nature des produits. Les vins rouges de Hongrie se rapprochent beaucoup de nos crus de Bourgogne. Les blancs peuvent se ranger en deux types : les doux et les secs. Ce qui domine, ce sont les vins doux, lesquels ont entre eux des nuances très-variées. La plus haute expression de ce type, c'est le tokay, qui a une odeur trèspénétrante et une saveur sucrée d'un haut titre. Après viennent les crus dont l'odeur et la saveur diminuent progressivement jusqu'à la limite des vins secs.

Ces derniers n'ont pas tous les mêmes caractères. Ils sont plus ou moins secs et ont plus ou moins de finesse. Les plus estimés sont ceux qui proviennent du ' rieling, que nous cultivons sur une assez grande échelle en Alsace. 11 y a ensuite d'antres crus qui par des nuances différentes arrivent jusqu'à la limite des vins sucrés.

Parmi les vins rouges, il y en a qui conser^ ent une certaine douceur. D'autres se rapprochent davantage delà grande masse des vins français qui ont le goût de la grappe on de la mâche, comme on dit en Bourgogne, golît qui vous saisit le palais et porte légèrement à la gorge. Cette saveur ne se rencontre que chez les produits extraits des raisins qui ne sont pas trop murs, et dont les pépins renferment du tannin en assez grande quantité. Lorsqu'on laisse trop mûrir les grappes, et que le tannin l'ait délaut, alors on n'obtient plus que des vins plats comme, par exemple, ceux de l'Hérault destinés à la chaudière.

J'ai dit que les vins rouges de Hongrie ressemblaient beaucoup à nos vins de Bourgogne; mais ils n'en ont pas le bouquet qui vous inonde l'odorat et vous caresse si agréablement les nerfs olfactiques ; le bouquet est un agent encore peu connu. On l'attribue aux huiles essentielles tenues en suspension dans le liquide et qui ne se dégagent qu'au bout d'un certain nombre d'années.

L'Alsace donne en petit les différents types de vins blancs qui se récoltent en Autriche. Lorsqu'on connaît bien ces produits, on a une boussole pour se guider dans l'étude des vins allemands. Nos crus blancs d'Alsace sont doux ou secs, et parmi les diverses nuances que renferment ces deux catégories, on retrouve, quoique à des degrés moindres, presque toutes les variétés de produits qui distinguent l'Allemagne. J'ajouterai seulement que les vins du Rhin allemand ont une certaine acidité qui les rend désagréables au palais lorsqu'on les déguste pour la première fois. Ces types existent également en Autriche |

et en France dans le Bas-Rhin et dans la Moselle.

Les vins les plus renommés d'Autriche sont d abord ceux de Hongrie qui remportent cinq médailles d'or, trois médailles d'argent et deux médailles de bronze, "i^iennent ensuite les vins de la basse Autriche qui obtiennent deux médailles d'or et trois médailles de bronze ; ceux delà Transylvanie deux médailles d'or, une médaille d'argent et une de bronze; ceux delà Styrie une médaille d'or, d'argent et de bronze; ceux de la Croatie une médaille d'or, d'argent et de bronze. Le Tyrol, la Dalmatie, la Moravie, etc., ne donnent que des produits communs.

Le lokay doux occupe le premier rang parmi les vins d'Autriche. Il se fabrique comme ceux du Rhin allemand. On cueille les grappes et on les presse, le moût est mis dans des fûts de 3 à 5 hectolitres, on le ouille, on le transverse, et à la fin de la troisième année on peutcommencer à le boire. Le tokay se conserve plus de cent ans. Nous n'avons en France qu'un vin qui l'approche pour la durée, c'est le château-châlons (Dûuhs). J'en ai bu qui avait 1 30 ans. Ce cru est blanc-jaune, il est très-alcoolique, circonstance qui lui permet de vieillir.

Le tokay est également très-alcoolique. Il titre de 18 à 22 degrés. Le prix des premiers crus varie de !j à 20 fr. la bouteille d'un demi-litre suivant leur âge. Les seconds crus ne valent plus que de 3 à 10 fr.

Les vins de la basse Autriche sont beaucoup plus légers que ceux de Hongrie, ils n'ont plus que de 12 à 13 degrés d'alcool. Par leur saveur acide ils rappellent les vins du Rhin allemand, ceux du Bas-Rhin et de la .Moselle. Ils sont agréables et légers l'été surtout lorsqu'on les boit avec de l'eau de sellz ou même de l'eau pure. On dit alors qu'ils rafraîchissent et ont sur la santé une action bienfaisante. Ces vins se vendent de 1 à 2 fr. la bouteille d'un demi-litre.

Restent les produits communs qui alimentent la consommation courante; ils valent de 40 à GO centimes le litre et s'expédient en fûts. Les Allemands, au dire de M. Ladislas de Wagner, les préfèrent à nos bordeaux ordinaires. Cela se conçoit, car la petite bourgeoisie allemande ne connaît le bordeaux que de nom. Mais si elle en consommait seulement pendant quelques semaines, sans doute elle n'en voudrait plus boire d'autre.

Le vin rouge de Hongrie est celui qu'il nous intéresse le plus de connaître, parce qu'on le pose comme un concurrent sérieux de nos vins de Bourgogne. En 1863, j'ai dégusté à Pesth un assez bon nombre d'échantillons de ces vins destinés à l'exposition internationale de Hambourg. Eh bien , je dois le dire, celte dégustation ne m'a pas le moins du monde effrayé pour nos crus de la Côte-d'Or. Les vignerons hongrois ont encore beaucoup de chemin à faire s'ils veulent

nous atteindre. J'avoue que le pays que j'ai traversé, depuis Bazias jusqu'à Pesth, ressemble beaucoup à la Bourgogne; je reconnais que les pineaux noir et blanc qui produisent nos grands crus de la Côte-d'Or, composent aussi en majeure partie les vignes de Hongrie; mais je dois ajouter que les vins qui en proviennent ne valent pas les nôtres. Ils ont moins de bouquet, moins de saveur, moins de finesse, moins de distinction. Cela tient, très-probablement, à ce que les procédés de vinification et de conservation qu'on leur applique sont bien inférieurs aux nôtres. En œnologie, la main-d'œuvre est tout. Ce qui le prouve, c'est que certains crus de Bordeaux classés au troisième et au quatrième rang, sont montés d'un ou de deux degrés, par le seul fait de soins mieux entendus.

Parmi les nombreux échantillons que j'ai dégustés, à Pesth, il y en avait de troubles, il y en avait de doux, il y en avait d'acides. Les échantillons bien élaborés, bien conservés, étaient rares. D'où je conclus que nous n'avons pas à redouter la concurrence des produits de la Hongrie, tant que les vignerons hongrois ne seront pas à la hauteur do nos vignerons de la Côte-d'Or. Avec de; maîtres de celliers tels que les nôtres, la Hongrie pourrait peut-être nous faire une concurrence sérieuse. Mais, pour se mettre à notre hauteur, il lui faudrait peut-être plus d'un siècle; nous n'avons donc rien à craindre pour le moment.

Est-ce à dire qu'il faille nous endormir dans une douce sécurité? Non. La Hongrie fait de louables efforts pour ouvrir de nouveaux débouchés à ses produits. En 18GG, l'Autriche a exporté 34 .500 000 kilos de vins soit 345 000 hectolitres. C'est surtout du côté de l'Angleterre que tournent ses efforts. Il y a à Londres un Croate qui vend chaque année 600000 bouteilles de vins de la Croatie, et dont les relations s'étendent chaque jour. Ces vins sont vendus de 3 à 5 shillings (de 3 fr. 75 à 6 fr. 25), ce sont là de très-beaux prix pour des produits ordinaires.

Nous avons, en France, des vins qui conviennent bien mieux que ceux-là au palais un peu blasé de nos voisins. Mais les producteurs auxquels il incomberait de s'organiser et de vendre directement en Angleterre laissent ce soin à un commerce trompeur qui ruine notre vieille réputation et fait le plus grand tort à notre propriété vilicole, En présence de l'ardeur avec laquelle les Hongrois recherchent de nouveaux acheteurs, notre apathie finirait un jour par nous être fatale. Il ne fàut donc pas laisser perdre l'enseignement qui résulte pour nous de l'Exposition universelle. La France pourrait avoir le double de plantations. Ce qui lui manque, ce sont des consommateurs, qu'elle trouvera sans aucun doute lorsqu'elle voudra sérieusement les chercher.

Jacuues Valserre.

L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE ISfiT ILLUSTRÉE.

Pavillon de la maison Cheuvreux-Aubertot.

Si vaste que soit le Palais élevé dans le jhamp de Mars, aiijourd hui cliacun le sait^ le PalaiSj contrairement aux calculs les plus arges et aux prédictions les plus sages en ipparence, s'est trouvé infiniment trop étroit )our que satisfaction complète put être donlée aux plus légitimes demandes. Il est inuile de dire que grand et très-grand a été 'embarras de la Commission impériale.

Pour sortir d'une diOiculté tout à fait im- )révue, qu'avait-elle à faire ? Le mieux pour ille était de suivre tout simplement l'exem- )le du conseil municipal de Paris, et c'est là le que très-sagement elle a fait.

Ledit conseil, à la suite de tout nouvel em- )runt ouvert par la ville, est constamment ibligé, vu le nombre considérable et le chiffre inorme des demandes, de procéder, non par 'oie d'élimination et d'exclusion, ce qui se- ■ait désobligeant et injuste pour les petits délosants, mais par voie de réduction et de 'épartition proportionnelle, ce qui, sansconentertout le monde, n'est désagréable à peronne.

Ainsi devait faire et ainsi a fait la Commision impériale. Pour satisfaire à toutes les re- |uêtes,elle a réduit les demandes de chacun, l'outefois elle a gracieusement laissé à tous eux qui pouvaient trouver insuffisante la ilace qui leur était octroyée, le droit de s'éhblir dans le Parc et de s'y installer à leur ■ise et selon leur convenance.

C'est à cette libérale concession que nous levons la plupart des élégants kiosques et i.es charmantes constructions répandues auour du Palais, et qui ressemblent à autant de [igoureux rejetons sortis de ses racines.

Tel est le pavillon de la maison Cheuvreuxlubertot, élevé près le théâtre international, ur les dessins et sous la direction d'un de los meilleurs architectes, M. Paul Sédillo.

Ce gracieux monument, style renaissance, luebaigne àtoute heure une douce lumière taiiisée par les arbres d'alentour, mérite, entre I ous, par son heureuse disposition, sa distrilution gracieuse, et sa décoration riche et loquette, d'être visité dans ses moindres déiiils par ceux qui désirent emporter un soulenir de toutes les merveilles du Champ de alars.

MM. Hoschedé et Blémond, les chefs de Btte maison, tenaient à honneur de se préenter à l'Exposition armés de toutes pièces, héritiers d'un passé commercial doublement Jorieux, il leur importait de prouver que Rétablissement qu'ils dirigent est resté à la lauteur de sa renommée. A ce dessein, ils vaient réuni leurs plus beaux produits pour m faire une exposition d'ensemble qui ne iiissàt aucun doute sur le rang qu'ils occu- ;ent dans la grande industrie de luxe.

Mais pour une exhibition aussi importante il fallait de la place; or, comme l'étroit compartiment qu'on leur offrait n'eiit pu contenir leurs produits qu'en tas ou empilés les uns sur les autres, ils se sont vus contraints, bien malgré eux, de se séparer de leur groupe, et d'aller dresser leur tente dans le voisinage.

Noblesse oblige, et de toute succession honorable il incombe une responsabilité qu'on ne peut décliner sans démériter.

M.U. Hoschedé et Blémont ont compris cette vérité depuis le jour où ils sont entrés en possession de la maison qu'ils dirigent; aussi n'est-ce pas moins pour leurs prédécesseurs que pour eux-mêmes et pour le public, qu'ils ont voulu se montrer tels qu'ils sont et qu'ils n'ont consenti ni à se réduire, ni à s'effacer en partie, pour de futiles raisons d'emplacement et de localité.

La maison Cheuvreux-Aubertot ne date pas d'hier. Fondée en ITSd sur les bases les plus larges et les plus solides, elle a vu sous chacun de ses directeurs successifs sa renommée s'accroître et s'affermir.

Les traditions du fondateur sont restées une loi pour tous.

Pour les héritiers du nom de Cheuvreux-Aubertot, pour les successeurs de Legentil, une de nos plus grandes illustrations commerciales, l'Exposition du Champ de Mars offrait une digne et merveilleuse occasion de se produire au grand jour. Quelle plus noble publicité, en effet, et quelle plus honorable réclame que celles-là. Les premiers comme les derniers venus peuvent les contrôler à toute heure, et nul n'apprécie et ne Juge mieux que celui qui a les pièces dans sa main et sous les yeux.

MM. Hoschedé et Blémont qui n'ont lamais usé des autres moyens de publicité, s'honorent, à juste raison, d'user de celui-là dans toute son étendue.

Leur pavillon, annonce séduisante, réclame muette mais éloquente, offre à tous les visiteurs l'ensemble complet des riches produits de leur industrie : articles de haute nouveauté, châles des Indes, dentelles de Belgique, de Bayeuxel deCaen, riches points d'Alençon, corbeilles, trousseaux, layettes, tout ce que recherche le luxe, l'élégance et le bon goût, est là, non pas entassé, mais exposé avec un art qui est un des secrets des grandes maisons de Paris.

Prosper Poitevin.

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