‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 12 sur 134 · PAVILLON DE MM. CHEUVHEUX-AUBERTOT. ~ CHALES DE L'INDE · texte numérisé non relu

PAVILLON DE MM. CHEUVHEUX-AUBERTOT. ~ CHALES DE L'INDE

Dessia de M. Fellmaan.

on nous prépare une bien autre surprise, et nous trahissons, en la révélant, son insligagateur, M. Devinck.

M. Devinck — vous le savez — est président de la Commission d'encouragement pour les études des ouvriers, commission où, par parenthèse, il ne s'est pas glissé un seul fonctionnaire, et qui est uniquement et exclusivement composée d'industriels indépendants et de piiblicistes qui réclament la même indépendance.

Donc, M. Devinck, avec la complicité des membres de la Commission qui lui sont tous dévoués comme à l'homme le plus dévoué luimême aux idées généreuses, M. Devinck, dis je, s'est mis en tête de demander aux dé-

légués des ouvriers parisiens, d'ailleurs laissés parfaitement libres de rédiger leurs rapports comme ils l'entendront, de joindre à ces rapports des dessins exécutés par eux, et qui seront gravés aux irais du public.

Je dis gravés aux frais du public : car l'argent mis par la Commission d'encouragement à la disposition des délégués d'ouvriers vient uniquement de la souscription publique. C'est le public, par l'intermédiaire de la Commission d'encouragement, qui indemnise les ouvriers, choisis par leurs pairs, du temps et du travail qu'ils sacrifient pour lui faire des rapports à son usage, et qu'il lira avec infiniment d'intérêt, j'en suis persuadé.

DENTU, éditeur.

Je connais quelques-uns de ces rapports d'ouvriers : et d'ailleurs, ne les connaîtraisje pas, les indiscrétions de M, Devinck m'auraient appris qu'ils sont remarquables.

Vous verrez que cet enragé président, avec ses rapports et ses dessins rédigés et gravés par de vrais ouvriers, finira par faire une encyclopédie populaire comme on n'en aura jamais vu.

Et croit-il, M. Devinck, que je ne vais pas me plaindre de la concurrence redoutable qu'il me prépare? Non-seulement je m'en plains, mais je m'en venge — en l'annonçant ou la dénonçant. Qu'il y vienne, et nous verj'ons ! !

Fa. DucuixG.

galerie du Palais-Boyai.

AdDiiDistration , rue de Richelieu, 106. —

Imprimerie générale de Ch. Lahare , rue de Fleurus, 9, à Parii.

lEXPOSIÎIO^ IIIVERSEILE

Editeurs.

m. E. UKNTn.

Concessionnaire du Caialoiive of^ciel, éditeur de la Commission

M. PSESattE PKTST.

l! Concessionnaire de la photographie du Champ de Mars, photographe de la Commission impériale,

, flO l.tTrnlHonff do S6 peigea in-é°.

PlUX DE LABONNIÎUENT t

Aux 60 livraisons pour toute la France SO fr

La livraison , 5

Par la poste j ^ , O'

Pour l'étranger, les droits de poste en ms. f Bureaux d'abonueroents : rue de Richelieu. 106.

RÉDACTEUR EN CHEF

M. F. UITCL'IIICI,

Memhre du Jury international.

COMITÉ DE RÉDACTION

LLE, MOHENO-HEKBIQUEZ,

iu Jury international.

MM. Armand Dumaresq, Ernest Dr Léon Plée, Ang. Vitd, membre

Du 29 Août 1867.

VEsclai'e, slalue de M. Tantanlini (1 gravure), par M. Louis Énault. — II. Le roi de.s Hellènes (1 gravure), [ par M. Fr. Ducuing.— ill. Us Machines de MM. Poicell

dt Rouen ;1 gravure), par M. Charles Boissny. — IV. Le Palais du Champ de Mars à vol d'oiseau (1 gravure), par M. Fr. Ducuing. — V. La Chasse au hérim, tableau de M. Frunienlin (1 gravure), par M. OlivierMersoii. — Vr. La [iécolte^ tableau de M. Millet tl gravure), -par M. Olivier Merson. — VIL La Bavière

et le Wurtemheri) [l gravure), par M. J. Laurent-Lapp. ■—VIII. Appareil de M. SavaUe{\ gravure), par M. Victor Meunier. — IX. L'École primaire en Prusse (1 gravure), p.-ir M. Victor Cosse. — X Inventions : les Glacières arlificielles de M. Toselli (1 gravure), par M. A. Chirac. — XI. Cliromque,x>'dv M. Fr. Ducuing. — lOgravures.

L'ESCLAVE. — LE MAL DU PAYS. — Statue de M. Tantardin

Vol. II.

L'Esclave.

Î'AU TANTARDINI.

C'est avec un véritable sentiment de bonheur que l'on pénètre dans la partie de l'Exjïosiiion universelle réservée à la sculpture italienne. On sent là comme un souffle de véritable renaissance. Ce n'est pas aux Italiens d'aujourd'hui que Virgile dirait, comme aux Romains d'autrefois :

Exciiila)tl alli sptran'ia molUm œra !

Les Italiens de Victor-Emmanuel, plus que ceux d'Auguste, sont les maîtres du bronze et du marbre, et il n'en est point parmi les artistes contemporains qui sachent mieux conmiuniquer à la nature insensible le frémissement et le souffle de la vie....

Si, au c: mmencement de ce siècle, l'Italie morcelée semblait se précipiter sur la pente d'une décadence fatale, il faut reconnaître qu'elle a su s'arrêter à temps, et qu'aujourd'hui elle remonte aux sommets. Canova le premier rompit les entraves du faux goût, et ouvrit les voies nouvelles : toute une génération l'y suivit et grandit sous sa tutelle. La nature remplaça la convention, et l'étude remonta à CCS modèles antiques qui sont les éternels modèles du beau, tel qu'il est donné à l'homme de le comprendre dans sa pensée, et de le réaliser dans ses œuvres.

La sculpture italienne s est placée au premier rang dans l'Exposition universelle de 1867, et des œuvres comme celles de MM. Vela, Argenti, Dtiprc, TaïUardini, elhien d'autres encore, sont véritablement dignes de sj'mpathie et d'étude.

II y a toujours foule devant I'esci-avc de ce dernier maître, que reproduit notre gravure.

M. Tantardini, (■■ui a voulu être lui-même et pas un autre^ a rompu franchement avec les traditions de l'art antique. La tète de son esclave est beaucoup plus forte que celle des statues grecques; elle est empreinte d'un sentiment tout moderne, et singulièrement expressive.

L'œil, dont la beauté, en sculpture, tient presque uniquement à la forme et à l'enchâssement, s'enfonce sous l'orbite, plus puissamment peut-être que dans la nature, ajoute à la saillie de l'os frontal, et donne ainsi plus de concentration à la pensée.

Le nez, un peu fort, se trouve sur la ligne du front et la continue avec une inilexion très-légère.

La bouche qui, après l'œil, est le trait du visage le plus susceptible de beauté, si on la considère comme le signe vivant et parlant de l'âme sensible, appartient bien dans la figure de l'esclave à M. Tantardini. Elle ne se joint point aux eartillages du nez par une ligne aussi concave que dans les têtes anti-

ques; les lèvres sont aussi moins pleines et moins épanouies. Elles s'entfouvrent doucement pour laisser passer un souffle qui est peut-être un soupir. Elle est tout à la fois expressive et douloureuse.

Le front est grand, et d'un modèle qui manque un peu de finesse; je souhaiterais dans la clievelure abondante un peu plus d'air, de souplesse et de liberté. On dirait que les cheveux aussi sont esclaves. Le menton, qui n'a ni méplats, ni fossettes, s'accorde bien avec l'ensemble du visage. Le bras est joli, bien attaché; la main longue et molle. On ne l'a pas condamnée, cette belle malheureuse, à de trop rudes labeurs. La jambe a échappé aux exagérations de l'École moderne, qui la veut fine et sèche à l'excès — ce qui a l'inconvénient de faire trop sortir les tendons et les os. Les malléoles sont soutenues, un peu pleines, mais sans engorgement; le pied ne porte aucune marque de contrainte; la plante concave est nettement creusée, et l'orteil bien détaché.

Le col est rond et uni, portant la tête comme ferait une colonne élégante. Les muscles en sont à peine sentis; tout indique la jeunesse et la santé. Et, à ce propos, je dirai que le col est plus jeune que la gorge; celle-ci est un peu trop forte, selon moi, et réveillant trop l'idée de l'allaitement par sa ])!énitude hémisphérique ; dans les beaux modèles c'est seulement en dessous que la saillie atteint toute sa convexité. Le dos, qui est une des parties de l'être humain les plus difliciles à rendre en sculpture, à cause de ses détails, de ses complications et de ses inégalités, a été traité largement, sans anatomie trop minutieuse. Il ne faut pas sculpterune femme comme un écorché. Les épaules sont lines et tombantes. Je reproche un peu trop d'accent aux parties qui valurent son surnom à la Callipyge — et une ca-isure trop nette et trop accentuée des muscles extenseurs de la cuisse. Les détails mêmes de mon analyse prouveront à M. Tantardini le cas que je fais de son œuvre, qui m'a fort intéressé. Laposedel'EscLAvi: est poétique, pleine de gracieux abandon, et l'ensemble très-satisfaisant; toute la personne annonce une nature supérieure: elle est devenue, elle n'est pas née esclave. M. Tantardini aurait trouvé diflicilement un plus heureux sujet pour attendrir le marbre et nous donner une œuvre "pathétique.

Louis Enault.

Les Visites souveraines.

Page 1