LES MOTEURS LENOIR
Nous avons déjà parlé de la force motrice développée par la vapeur de l'eau; il serait superflu de décrire les moteurs à gaz inventés par M. Lenoir, et construits par un ingénieur de talent, M. Gustave Lefèvre.
La simplicité de ces moteurs a des avantages économiques qu'il importe de développer.
Il arrive fréquemment qu'à la force humaine, quelque pénible et coûteuse qu'elle soit , on ne peut substituer , même à frais égaux, un moteur mécanique.
Le constructeur actuel du moteur Lenoir a très-intelligemment bmité le rôle de ses machines au moment précis où, au bras humain, on peut substituer un bras méca-
nique; et son action se termine au moment où les frais de la combustion du gaz nécessaire à la force employée dépasseraient ceux des chaudières à vapeur.
Aucune des difficultés qu'oppose l'établissement des machines à vapeur n'entoure celle des moteurs Lenoir.
Pas d'enquête de commodo et incommoda, pas d'explosion possible, pas de ces cheminées qu'un écrivain a appelées les cbélisques de l'induslrie, ayant de plus que leur homonyme égyptien la triste ornementation d'un panaelie noir.
Son poids, qui varie de 300 à 1200 kilogrammes pour une machine d'un demi-cheval ou de deux chevaux, lui permet de fonctionner à tout étage. C'est la force motrice à domicile. Les innombrables petits métiers dont on n'a étudié qu'une parlie dans le cours de cette publication, et qui font la gloire de l'ouvrier parisien, gagneraient énormément à l'adoption des moteurs à gaz.
Ainsi serait réalisé le désir émis par notre rédacteur en chef, d'utiliser par le louage la force motrice, avec cette différence qu'au lieu d'aller chercher la force au palais du Champ de Mars, c'est la force qui viendrait trouver l'ouvrier chez lui.
Comme le moteur Lenoir ne marchant qu'à la moitié de sa force ne consomme que la moitié du gaz nécessaire à sa force totale ; comme en outre il sutîit pour arrêter tout trjvail, de fermer le robinet à gaz, rien de plus facile que de réaliser t'cononijuement le projet que nous ne faisons qu'indiquer.
L'entretien des moteurs à gaz est des plus simples : il suffit de surveiller la source électrique; une boussole révélatrice du courant constitue une espèce de manomètre du fluide, et d'un seul coup d'œil on peut apprécier la tension.
Les sources d'électricité sont, du reste, très-perfectionnées de nos jours; mais M. Lefèvre a annoncé la prochaine apparition d'une pile sèche à courant constant, fondée sans doute sur les phénomènes d'induction et de polarisation des métaux électro-positifs et électro-négatifs.
Le premier soin, d'où dépend tout le mouvement de la machine Lenoir, sera donc bientôt réduit à sa plus simple expression, sinon totalement supprimé.
Reste le nettoyage des organes du moteur, tout nettoyage supposant un encrassement.
Sauf les cas d'un travail plus spécialement encrasseur, une machine de trois chevaux, marchant pendant onze heures par jour, n'a besoin de nettoyage que tous les trois mois ; ce nettoyage ne nécessite, du reste, que la demi-journée d'un mécanicien.
Ajoutons à ces avantages que les dimensions de ces moteurs, variant de 1'°,90 de longueur, sur 72 cent, de largeur, pour un demi-cheval; jusqu'à 1'°,28 de largeur, sur 3'°, 59 de longueur, pour trois chevaux, sont
peu gênants et en parfaite harmonie avec les distributions restreintes de nos appartements actuels.
L'administration du gaz a une sympathie toute particulière pour le moteur Lenoir, cela se conçoit; mais nous lui signalerons un progrès à réaliser qui ne gênerait en rien son organisation financière et qui peut-être lui profiterait, tout en favorisant les petites industries les plus dignes de sollicitude : c'est de diminuer ses tarifs pour le gaz employé comme moteur.
Ce progrès serait le prélude debien d'autres, car la production du gaz préoccupe à juste titre un grand nombre de savants qui sont à l'affût de la découverte sérieuse d'une source de gaz autre que la houille.
A. Chirac-
La maison norwégienne.
L'emploi exclusif du bois dans la construction n'appartient en Europe qu'aux races indo-germaniques. Aussi, dans le midi de la France, en Espagne, en Italie, c'est-à-dire dans les pays soumis depuis longtemps aux moeurs romaines, ne voit -on presque jamais de maisons construites uniquement avec du bois.
Dans le nord de la Gaule, au contraire, chez les Francs et chez les Normands, on se
servit, pendant plusieurs siècles, de divers bois pour construire les maisons soit dans les villes, soit dans les campagnes, et cet usage exclusif du bois se conserva pendant toute la durée des époques mérovingienne et carlovingienne.
MACHINE A COUDRE SILENCIEUSE DE M. POLLACK (Voir pafje 459;.
Les habitants de la Suède et ceux de la Xorwégé se servent presque exclusivement de bois pour construire leurs habitations des champs,
La maison de Gustave Wasa, que nous avons reproduite précédemment, et la maison norwégienne qui figure dans le numéro de ce jour, peuvent noua donner une idée de l'art
qui préside à ces constructions, qui ne sont pas aussi primitives que l'on pourrait la croire.
La maison norwégienne est séparée du sol par un soubassement de pierre offrant deux avantages : le premier d'isoler la maison du sol lui-même, qui presque toujours pendant l'hiver est recouvert de glace ou de neige; le .second, de ménager dans le sous -sol uni sorte de cave extrêmement utile. Les parois de la demeure sont composées de sapins, dont deux côtés seulement sont légèrement équarris. Ces sapins sont placés horizontalement les uns sur les autres, les côtés équarris posés à plat et les surfaces arrondies tournées vers le dehors et le dedans. Les sapins sont embrevés sur les angles à de longues tiges soit de fer, soit de hois qui montent jusqu'à la toiture.
Quoique le modèle exposé n'ait qu'un seul étage, en Norwége, les maisons semblables sont divisées en deux étages. D'ordinairo l'escalier est placé en dehors dans une cai?) élégante. Le premier, comme le rez-de-chau :sée, se compose presque toujours d'une seule pièce, celle du haut se trouve éclairée par de nombreuses ouvertures donnant sur une galerie circulaire plus ou moins ornée : la maison de l'Exposition nous offre une galerie élégante formée de pilastres byzantins trèsgracieux. L'élage supérieur sert de chambre à coucher ou plutôt de dortoir à toute la famille; on y- réserve toujours un gîte pour l'étranger. Dans ces contrés hospitalières, du-
LE MOTEUR LENOIR. — Dessin de H. No6l.
L4 MAISON NORWÉGIENNE. - Dessin de M. Luc-Olivier Merson.
Vlbllt Dta iil^oLLa AU CHAMP DE M4KS. — Dessia do M. Dcsroches-Vainay
rant les beaux jours, ce gîte est souvent occupé; car les paysages imposants de la Norwége attirent beaucoup de touristes. Audessus de la pièce s'élève le toit, semblable à celui d'un cbalet suisse, et qui s'avance en auvent sur deux côtés de la maison.
T'elle est cette construction qui nous donne une idée très-esacte des babitalions norwégiennes dans les pays montagneux. Ce n'est pas, bien entendu, ia demeure du pauvre, mais celle du fermier^ du cultivateur à l'aise. Malgré les nombreuses forêts de la Notwége, et les prix relativement modiques de ses bois, le pauvre ne saurait se donner une babilation aussi belle, aussi grande que la ma son exposée.
Mais le riche fermier norwégien ne se contente pas d'un seul bâtiment comme celui que noua voyons, son habitation se compose, comme nos grandes fermes, de plusieurs maisons qui servent de remise, d'abris, de magasins ou d'étables.
La maison de Norwége, tout en nous initiant au mode de construction usité dans ce pays, sert d'annexé aux produits norvégiens qui n'ont pas pu trouver place dans l'enceinte du Palais.
Paix Bellet.
Les Écoles de Paris m Champ de Mars.
Un des spectacles les plus charmants et les plus bruyants qui aient signalé les derniers jours de l'Exposition a été certainement l'invasion du Champ de Mars par les Écoles primaires de Paris.
Nous avons déjà parlé de ce défilé édifiant dans nos livraisons précédentes. Mais il était bon d'en conserver pour nos lecteurs le souvenir matériel : notre dessin représente l'entrée des Écoles par le vcstibide de la porte Rapp. F- D.
La Branche de lilas de M. Rouvenat.
L'exposition de M, Rouvenat a été l'objet de tant d'éloges, les merveilleux produits que contient sa vitrine ont soulevé de si hautes et de si vives admirations, la presse a décrit ses chefs-d'œuvre de joaillerie avec un si grand luxe de détails, que nous pouvons nous dispenser de les décrire à notre tour.
Nous nous contenterons donc de signaler son magnifique diadème Henri II, son paon émeraudes, saphirs et brillants, le gracieux colibri acheté par l'Empereur, la légère et charmante libellule acquise par le vice-roi d'Egypte, des camées plus beaux que les
antiques les plus purs , la coupe de jade blanc provenant du palais d'été de l'empereur de la Chine, enrichie d'ornements du goût le plus exquis, enfin un miroir style grec d'une forme si ravissante et d'un éclat si splendide, qu'il faut que nous n'ayons plus de Périclès, d'Alcibiade et d'Aspasic pour qu'il n'ait pas trouve d'acheteur.
Mais dans cette vitrine oîi sont entassées tant de richesses, ce qui attire le plus vivement les regards de la foule, c'est la branche de lilas que reproduit notre gravure.
Dire que c'est un chef d œuvre de joaillerie ce n'est pas dire assez.; ce travail-là n'est rien moins qu'une merveille : comme composition, arrangement et exécution, l'art ne peut aller plus loin; l'ensemble éblouit, et quand on examine les détails, on va de surprise en surprise. Avec quelle prodigieuse exactitude sont rendues les moindres parties de la fleur, et quelles difficultés il a fallu vaincre pour enchâsser, sertir tous ces brillants de manière à reproduire avec vérité les corolles entrouvertes ou épanouies, les bontons près d'éclore, les pétales, les feuilles et toutes les parties les plus délicates de la branche entière. Un pareil travail ne peut avoir été entrepris et exécuté que pur un grand et un très-grand artiste.
M. Rouvenat, qui a obtenu la médaille d'or en 1849, la médaille d'or et la croix en I8.5n, la médaille de mérite en 1862 à l'exposition de Londres, a reçu celte année une nouvelle médaille d'or. On nepouvait faire moins pour lui; mai s pour ne blesser personne, sans doute, on n'a pas osé faire davantage.
Les visites successives de tous les princes, l'assidnité constante de la foule toujours en extase devant sa viti'ine, sont pourlui la constatation d'un succès qui a tout l'éclat d'un triomphe.
PiïOSf'ER Poitevin.
Les applications de la Science à l'Industrie.
J'ai souvent parlé à cette place des délégués des ouvriers : j'ai dit que les rapports, remis par la plupart d'entre eux à la Commission d'encouragement, étaient remarquables de compétence et d'observation pénétrante. Étant en relations constantes avec ces braves représentanla de la classe laborieuse, j 'ai appris, avec eux, plus de choses pratiques qu'avec la plupart de mes honorables confrères du jury. En preuve que je n'ai pas cherché à surfaire leur mérite aux yeux de nos lecteurs, j'ai sollicité la collaboration des délégués. En commençant aujourd'hui par M. Bayeux, délégué des ouvriers fleuristes, et par M. Daiber, délégué des ouvriers orfèvres, je compte bien continuer avec d'autres, et utiliser leur valeur dans l'Année illustrée,
comme je le fais dans lapi'ésente publication Je remercie ces messieurs d'avoir accept',' ma proposition; etj'espère que la coopération nous sera mutuellement profitable.
Fr. Duccing.
l'aniline.
Après dix années de travaux incessants et d'innovations diver es, la chimie est enfin i parvenue à doter l'industrie de la teinture • d'une grande série de couleurs connues sous . le nom à'anilines et fuscliines. La découveiti' de ces couleurs est, pour la teinturerie en i gé éral, un événement de première inipor- . tance.
Nous avons vu apparaître successivement t les violets chromiques de Perkin, puis les ■ rouges, les bleus, les verts, les jaunes et tout t récemment le noir d'aniline.
Avant de faire ici la nomenclature de ces ■ produits et de leurs inventeurs, il est néces-saire de donner quelques détails sur la ma-nière de produire l'aniline.
J'emprunte au traité de MM. Pelouze eti Frémy un passage traitant de la formation de l'aniline par les procédés de MM. Rmwje etI llopnann.
On avait annoncé depuis longtemps que les matières azotées neutres donnent nais- ■ sauce par la distillation à des alcalis organi- ■ ques volatils.
MM. Runge et Hofmann sont en effet par-venus à retirer de l'huile de houille trois; alcalis volatils particuliers.
Les huiles qui proviennent de la distilla» lion de la liouilie peuvent être divisées en huile plus lourde et en huile plus légère; les bases se trouvent dans l'huile pesante.
Pour préparer les deux bases que M. Hofmann a nommées kianol ou aniline^ et leukoi' ou quinoléine^ on sature l'huile de houille, plus lourde que l'eau, par du gaz chlorliydrique; on trai'e l'huile par l'eau qui dissout les chlorhydrates d'aniline et de quinoléine, et l'on décompose ces deux sels par la chaux.
On obtient ainsi un mélange des deux alcalis liquides qu'on soumet à la distillation ; l'aniline est distillée en premier lieu, et la quinoléine passe à la fin de la distillation.
L'aniline ainsi préparée est propre à subir les transformations nécessaires à la formation des matières colorantes divrsîs; elle se produit en outre dans un grand nombre de circonstances, qu'il serait trop long d'énumérer.
En 185G, M. Ppr/a'?i, jeune chimiste anglais, faisant des recherches sur la formation artificielle de la quinine, fut amené à examiner l'action du bichromate de potasse sur le sulfate d'aniline; il obtint d'abord comme résultat un précipité noir; il remarqua que ce précipité, mis en contact avec l'alcool, lui communiquait une coloration violette d'un très-bel effet, et à laquelle il donna le nom de violel cliromiquc dy Perkin.
M. Perkin mérite, à juste titre, l'honneur
de l'initiative; ses beaux travaux sur la transfjrraation de l'aniline et son application industrielle ont été couronnés de succès.
A Ta même époque, M. Natanson (de Lyon) laisait la découverte des rouges d'aniline, connus depuis sous les noms de fuschines, azalcine, magenta et rosalinine, remplaçant avec avantage les pourpres anciens de la teinturerie.
M. \'cr(/iii et Gerber Relier, de Mulhouse, ont apporté de grandes améliorations pour la fabrication du rouge d'aniline; M. Vergin a lourni les moyens de Fabriquer ces produits d une façon très-avantageuse en démontrant tout ic parti qu'on en pouvait tirer comme application industrielle.
MM. Girard et Delaire ont concouru puissamment pour leur part à l'accroissement dos couleurs d'aniline. Ces messieurs sont parvenus, à la suite de savantes recherches, à produire un bleu d'un effet supérieur.
MM. Persoz de Luyne et Salaeial ont découvert, eux aussi, un bleu d'une teinte particulière, qu'ils nommèrent bleu de Paris. Puis vinrent en dernier iMM. Gréville et Williams, inventeurs d'un bleu dit de l,-iiioleine. C'est ce que nous avons aujourd'hui de plus beau comme bleu.
L'étude des anilines a fourni à M. Colvert l'occasion de découvrir le vert d'aniline, connu sous le nom d'éméraldine. Ce produit, appliqué à la teinture des soieries, leur cotnniunique une nuance d'un effet magnifique, surtout sous l'influence de la lumière.
Tous ces produits ont une grande affinité pour les matières de nature animale.
L'aniline ou plutôt les couleurs d'aniline sont solubles dans l'alcool et l'éther en toute proportion; elles sont livrées au commerce à l'état de poudre cristalline d'apparence métallique.
L'aniline se dissout avec facilité dans l'alcool chaufl'é au bain-marie; dix à douze grammes d'aniline, à l'état de poudre, suffisent pour donner à un litre d'alcool la concentration nécessaire. La couleur ainsi préparée peut se mélanger avec l'eau pour former la composition df s bains de teinture. Son affinité est tellement grande pour les matières animales, qu'il suffit de l'appliquer à froid ; ce dernier mode d'emploi est préféré pour la teinture des fleurs artificielles. C'est surtout dans leur application sur les soieries que les couleurs d'aniline montrent leur supériorité incontestable. E les sont appliquées également avec succès à la teinture des laines, plumes et peaux de maroquins et autres, ainsi qu'à l'impression des étoffes de différentes natures. Par ce dernier travail, tout spécial, on communique à ces couleurs un principe épaississant qui en facilite l'emploi. L'aniline sert également pour les teintes fines sur les papiers peints. La découverte de ces produits constitue pour la science et l'industrie un progrès des plus marqués pour le déveioppemcut de nos relations commer-
ciales tant en France qu'à l'étranger. Ce progrès, que nous sommes fiers de constater pour la prospérité de l'industrie, revient de droit aux hommes savants qui, par leurs travaux scientifiques, nous ont fourni les moyens de placer la France à la tête des nations industrielles. Je me fais un devoir de citer comme ayant contribué puissamment à ces découvertes, iMM. Hoffmann et Runge, inventeurs de l'aniline extraite de la houille; M. Perkin, inventeur du violet, pour son application industrielle; I\I. Nataoson, pour ses rouges d'aniline, et MM. Vergin et Gerber-Keller, pour leur perfectionnement sur les rouges d'aniline, puis .MM. M^dloc et Gainon, Marnas, Bonnet, Williams, Salvetat, Persoz de Luyne, Calvaire, Gréville, Girard, Delaire, Lauth, Depouidy, pour leurs beaux travaux sur cette matière si fccon le en applications de toute sorte.
B. Bayëux,
ilàjégué des ouvriers fleuristes.
La Galvanoplastie.
Parmi toutes les applications auxquelles l'électricilé a donné lieu depuis quelques années, la galvanoplastie est une des plus remarquables. Elle repose sur cette observation faite par le physicien italien Volta, à la fin du siècle dernier, à savoir que, lorsqu'on introduit un courant électrique dans une dissolution ou bain métallique, le métal suspendu dans la solution se précipite immédiate. jjent, en tant que métal. Pour obtenir ce courant, Volta avait inventé un appareil qui porte encore son nom (pile de Volta), quoiqu'il ait été notablement perfectiouné par Bunsen et autres.
Néanmoins, l'observation de Volta serait restée dans le domaine purement scientifique, si les travaux de M. Jacobi, de Saint- Pélersbourg, ne l'avaient pas amenée à être exploitée industriellement. Tuuletois, la priorité de M. Jacobi sur les travaux de MM. Sptncer, Anglais, et de Silbermann, Français, mort tout récemment, n'est pas bien constatée.
Celte réserve faite, expliquons en quelques mots l'opération de la galvanoplastie.
Prenez un objet quelconque, une médaille, par exemple, quo vous moulez en creux avec de la gutta-percha, en ayant soin, préalablement, de rendre ce moule conducteur d'électricité au moyen du procédé dit : plombagiiiage; vous plongez ce moule dans une dissolution ou bain métallique, que vous faites traverser par un courant électrique obtenu par la pile Voila ou autre. Instantanément, vous voyez le métal se précipiter, adhérer aux parois du moule et reproduire l'objet moulé aussi exactement que l'appareil photographique reproduit l'image qui lui sert d'objectif.
Ainsi, on est parvenu successivement à reproduire, non-seulement des médailles et des bas-reliefs, mais aussi des statuettes et des groupes de n'importe quelle di-
mension, L'Exposition universelle nous a montré par d'innombrables échantillons les progiès obtenus par la galvanoplastie depuis 1855.
Aussi, l'industrie s'est-elle emparée de cet auxiliaire merveilleux, que son prix, peu élevé en comparaison de la fonte de bronze et de la ciselure (■25 fr. le kilo de matière galvanisée), permet d'employer largement aux travaux industriels de nos artisies, tout en assurant la reproduction parfaite des modèles.
On forme aujourd'hui des dépôts métalliques avec tous les métaux, or, argent, cuivre, étain, bronze d'aluminium, etc. Le fer seul est jusqu'à un certain point réfractaire; et malgré l'affirmaiion contraire, je ne suis pas bien assuré qu'on soit parvenu à obtenir un précipité assez régulier et assez continu pour pouvoir être appliqué industriellement.
M. Ch, Christofle nous a montré plusieurs statues, V Ariane de M. Milet, \eMilonde Crolone, le Penseroso, bien réussies; une statuedu Prince Impérial, qui laisse à désirer.
M. Oudry, qui emploie principalement la galvanoplastie au cuivrage de la fonte, a exposé plusieurs bas-reliefs de grande dimension parfaitement réussis.
Mais la pièce la plus remarquable est sans contredit la statue de Pierre leGrani. On n'a pas encore vu une statue de si grandes dimensions aussi parfaitement rendue sous tous les rapports: car elle a été obtenue directement sur le modèle en plâtre et n'a subi aucunes retouches.
Ceite œuvre fait le plus grand honneur à MM. Lionnet frères; et il est à regretter que ces messieurs n'aient pas pu la repr jduire en temps opportun, tant je suis persuadé qu'elle leur aurait valu une médaille d or. J'ai également remarqué dans leur exposition, entre! beaucoup d'autres choses, l'armure de Henri 11 qui appartient au Louvre.
C'est sur leur persévérance intelligenleque je compte le plus pour les progrès de la galvanoplastie en France.
Henri Daiber,
délégué des ouvriers orfèvres.
LISTE