GRAND PRIX
Nul établissement en France ne mérite mieux que les Forges et Chantiers de la Méditerranée d'être applaudi dans ses succès et acclamé dans son triomphe. Cet établissement a le mérite d'avoir doté notre littoral méditerranéen, dépourvu jusque-là de chantiers de construction et d'approvisionnements maritimes, de le doter, dis-je, d'un outillage admirable dont le monde entier, États et particuliers, viennent à l'envi se dis-
puter les services. Il a trouvé moyen de réunir sur ce littoval désert, outre d'énormes approvisionnements demandés à l'industrie nationale, un personnel de 5000 ouvriers habiles, sans embaucher un seul homme de l'inscription maritime, charpentiers de port, calfats, voiliers ou autres.
Voilà à quelle puissance de création on arrive par l'habileté de la direction et par la sagesse intelligente de l'administratioa. Legrand prix conquis par la Société desForges et Chantiers delà Méditerranée, à côté des puistants constructeurs de Greenwitoh et de Glascow jusque-là sans rivaux, n'a trouvé que des applaudissemeals sympathiques, et pas un seul cri discor 'ant.
Reconstituée en 1855 au capital de 7 millions, la Société nouvelle des Forges et Chantiers de la Méditerranée a successivement élevé sa production de navires de 8 millions à 25 millions par an. Sa vitesse acquise ■ ne serait pas ainsi en progression, si elle n'avait conservé sa force initiale. La direction a mis à profit l'expérience, sans rien perdre de son initiative ; et c'est ainsi que les Forges et Chantiers de la Méditerranée se sont assimilé tous les progrès dans l'art des constructions navales, sans jamais se laisser devancer nulle part ni un seul jour. Une carrière si constamment heureuse et féconde ne s'explique pas seulement par l'habileté de la direction; il a ''allu une administration de premier ordre pour assurer la route.
11 y avait au sein du conseil de celte Société un homme éminent, M. Simons, dont l'industrie déplore encore la perte. Ce conseil est présidé aujourd hui par son gendre, M. Béhic, que ses succès de direction aux Messageries impériales avaient fait appeler par l'Empereur au ministère des travaux publics, et qui, heureusement pour la fortune de nos transports maritimes, est revenu à la direction dos Messageries impériales et à la présidence du conseil desForges et Chantiers.
Il existe une alliance d'origine entre ces deux sociétés ; car, c'est pour construire au compte des Messageries impériales que les Forges et Chantiers de la Méditerranée ont été d'abord fondés.
Depuis lors, les destinées de la nouvelle Compagnie se sont agrandies, par son activité d'abord, et puis par la révolution qui est survenue dans l'art des constructions navales.
L'emploi de l'hélice, ce moteur sous-marin qui se dérobe aux atteintes de la vague aussi bien que du canon, l'emploi de l'hélice, dis-je, a bouleversé tout le système des constructions navales. L'hélice qui meut le navire par l'arrière, laisse les flancs du centre, naguère occupés par les roues motrices, libres pour les canons et aussi pour les coUs. En même temps qu'on trouvait l'hélice, le bois, trop lourd et tenant trop de place, était remplacé dans la conEtruction par la tôle, plus légère et plus résistante. Ue
là à blinder les navires par res plaques d'acier de 15 centimètres d'épaisseur, il n'y avait qu'un pas: il a été bientôt franchi. Et c'est ainsi que toutes les flottes de combat ont été bientôt transformées en vaisseaux blindés à hélice.
Dire les progrès accomplis depuis dix ans dans l'art des constructions navales, c'est , faire en même temps l'hisloire des Forges et ; Chantiers de la Méditerranée.
La rapide et formidable transformation du matériel naval a eu ce premier effet : c'est que : les gouvernements ont été obligés de récla- ■ mer le concours de l'industrie privée. Si bien que la Société des Forges et Chantiers délai Méditerranée, qui avait acquis la réputation i d- faire bien et vite, a pu bien'ôt ajouterai sa clientèle de transports commerciaux la i clientèle d'armements militaires.
Elle fait encore des navires à voiles; mais ! les navires à vapeur, navires de transport ou navir. s de combat, absorbent à peu près ^ toute son activité.
Conséquemment, à côté de ses chantiers de î construction, elle a dû avoir son atelier de il machines. Ses chantiers sont à la Seyne, un li petit bourg près de Toulon, dont elle a faitii une ville de treize mille âmes. Les bassinsT: qu'elle occupe sont immenses : il y a, entre(( autres, un doc k flottant en fer, qui peut re- ij cevoir des coques de cent cinquante mètres li de long, calant sept mètres. Deux portes mo-t) numenlales donnent l'accès et la sortie auxii navires construits. Les ateliers de machines ) sont à Marseil'e, où l'on travaille jusqu'auxii plus grossfs pièces de forge.
Vous avez admiré sur la berge de la Seine ( la machine du Friedland, construite à In-il dret, dans les ateliers de 1 État, sur les plans:, de M. Dupuy de Lôme, un directeur dei' la Marine comme on n'en voit guère et dont' M. Thiers lui-même a parlé comme d'un homme de génie. C'est M. Dupuy de Lôme lui-même, nuquel nous devons la merveilleuse transformation de notre floltc, qui a chargé les Forges et Chantiers de la Méditerranée, de construire pour le 1/»rengo une machine sur le modèle et dans Ici proportions de celle du Vriedlmxd. Mallicu reusement, le temps et les diflicultés de trans port ont empêché la Compagnie d'exposeii cette machine, déjà terminée. Je parie qu'elle égale en perfection et qu'elle coûte un tiers de moins que la machine du Friedland ; « qui m'amène à conclure que nous trouve rions avantage à conQer nos armements i l'industrie privée, qui fait plus vite, mieu: et moins cher que l'industrie officielle.
L'État subit l'heureuse nécessité de devcni tributaire et client du Creuset, de Rivc-dc Gier et des Chantiers et Forges de la Medi terranée.
La machinerie de mer diffère essentiel,! lement de la machinerie de terre. Dans le constructions navales à vapeur, il faut s préoccuper avant tout de la place que tieiidr
la maeliiiie moli'ice et Je la quantité de charbon qu'elle doit consommer. Moins la machine occupera de place et exigera de charbon, et plus elle sera dans des conditions de navigabilité parfaite. C'est par cette même raison d économie de place et d'approvisionnement de combustible, qu'il a fallu, pour augmenter d'autant les facultés de parcours, faire des constructions navales qui marchassent à la voile comme à la vapeur. C'est à quoi les Forges et Chantiers de la Méditerranée so sont appliqués avec plus de succès même que les établissements anglais. On peut dire hardiment que la Seyne lutte aujourd'hui avec avantage contre Greenwitcb etGlascow, de l'aveu de tous les jurés étrangers.
Aussi, je le répète, la plupart des Etats de l'Europe sont devenus successivement les clients de la Seyne et de iMarseide, l'Espagne, l'Italie, la Russie, la Prusse, oui ! la Prusse, la Turquie, l'Egypte, le Brésil, et aussi notre marine impériale. Toutes les mers portent aujourd hui témoignage des succès de construction des Forges et Chantiers de la Méditerranée.
La Nuinancia, frégate blindée construite pour le gouvernement espagnol en 1863, .a déjà une existeuce légendaire. C est le type le plus parfait de navire de combat et de marche qui existe. La Niimancia a une longueur de 96"'0Scent. sur 17.34 de large. Son tirant d'eau est de 8.33 : son craux est de 11.18. Les foules à charbon contiennent 1000 tonnes de combustible, ce qui forme l'approvisionnement de neuf joursde marche à pleine vapeur.
Mais si l'on considère que la mâture de ce navire est celle d'une frégate français-; de deuxième rang, il faut mettre en compensalio i les vitesses remarquables qu'elle obtient à la voile, vent arrière ou au plus près. La hauteur de sa flottaison en charge au seuilict des sabords est, au centre, de 2"' 25 cent., ce qui permet, avec le peu de place occupée par la machine, de charger la frégate de canons, protégés par des abris de manœuvre et decommandement. Le blindage a une épaisseur de 13 centimètres, séparé de la coque par un matelas de bois de teck de 40 centimètres. A l'attaque de Callao, la Niiinancia a résisté à une grêle de boulets de 150 kilogrammes, lances de près par des canons Blackely : l'un d'eux, il est vrai, a traversé la cuirasse, mais s'est arrêté au matelas de bois qui protégeait la coque.
Voilà comme résistance. Comme marche, aux épreuves, la Numancia a atteint une vitesse de plus de 13 nœuds à l'heure (13 753), ce qui était sans précédent pour un navire cuirassé.
La Numancia est le premier des navires de cet ordre qui, passant le détroit de Magellan, soit entré dans l'Océen Pacifique et revenu par le cap de lionne-Espérance, en faisant le tour du globe tout entier. Ce beau navire a
été vu dans tous les parages, et partout admiré. Sa marche moyenne a été de 8 milles à 1 heure avec deux chaudières et les voiles, ce qui, encore une fois, est sans précédent. C'est toujours d après le type cjuç i par M. Dupuy de Lôme que ce navire a été construit. La machine est à bielles renversées de 1 0Ot) chevaux, développant quatre fois sa force nominale : le déplacement atteint à 7/120 tonnes.
A côté do ce type perfe-tiouné du navire démarche et de combat, prenons pour type du navire de transport et de marche le. Masr, construit au compte du vice-roi d'Egypte pour la navigation sur le Nil. Ce paquebot, le plus grand de tous les bateaux à hélice, construits en France, a une longueur de de 1 07 mètres sur 1 2 mèlres de largeur seulement; on voit par là combien l'art du mécanicien a dû s'ingénier à aLonger l'hélice. Le déplacement atteint à près de 4000 tonnes, avec un tirant d'eau de b"' 80 cent. La vitesse dépasse 14 nœuds àl'beure. Ses cabines peuvent recevoir jusqu'à 180 passagers : il y a à 1 arrière un salon pouvant contenir une table dcplusde centcouverts. L'î G/irtr6/c, construit sur le même modèle que le -Masr, pour le vice-roi d'Egypte également, a fait le trajet de Marseille a Alexandrie en 1U8 heures, vitesse qui n'a jamais éié dépassée par aucun paquebot. '
L'espace nous manque, même pour mentionner toutes les conslruclions remarquables sorties des chantiers de la Seyne et ouliliées dans le.^ ateliers de Marseille, et dont on a pu voir le fonctionnement dans la galerie des machines, les coques réduites au cinquantième et les machines au dixième. Toute cette Hotte en miniature était mise en mouvement au moyen d'un piston correspondant à chaque pièce. On pouvait ainsi juger facilement et du premier coup d'œil, dans tous leurs détails d'aménagement et d'armement, d'après leurs différences de forme et de grandeur, les navires construits par la Compagnie sur des données très -variables suivant 1; milieu et les circonstances dans lesqueis ils devaient naviguer. A coté, étaient exposées les diverses machines réduites au dixième, entre autres celles de la Numancia, du Mareiigo de la marine impériale, du Frerlerick- Carl, frégate construite pour la Prusse, des canonnières ottomanes, de l'Alsace, le type le plus perfectionné des neuf navircs construits en quinze mois pour la Compagnie générale des transports maritimes à vapeur. C'était l'expositiun la plus intéressante qu'il lût possible d'imaginer, oti l'on voya.t en fonctionnement, depuis la machine de 1000 chevaux nominaux dts frégates cuirassées, donnant à l'hélice une vitesse de 55 à GO tours, jusqu'à la machine de 4 chevaux des canots à vapeur fournissant 300 lours à la minute, en passant en revue toutes les échelles de force et de vitesse.
La Société des Forges et Chantiers avait une autre exposition sur la berge de la Seine, sur
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laquelle nous n'avons pas le temps d'insis er, et dont la pièce la plus remarquable était le squelette du Marengo, machine da 950 chevaux nominaux, dont nous avons déjà parlé.
Nous avons dû faire un choix parmi les machines exposées par la Société pour composer noire dessin qui représente une vue de la machine de 300 chevaux de l'Alsace, exposée dans le hangar des machines marines, et dont nous avons parlé comme du type le plus perfeclionné des machines pour transport. Sur le premier plan est figurée la machine des canonnières ottomanes, modèle des machines pour bateaux à fond plat. A droite ft à gauche, on voit la drague à long couloir et 1 élévateur construits pour .M.M. Burel et Lavaley, entrepreneurs généraux à l'isthme de Suez. Ces deus derniers sujets sjnt empruntés à l'exposition du canal où se trouve le modèle de ces engins, que M. Paul Merruau a déjà si bien décrits dans notre publication.
Par les détails que nous venons de donner, on voit à quelle variélé et à quelle imporlaiice de travaux a dû puurvuir la Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée. Navires de combat, da marche et de iransport, elle fait tout, coques et machines: ses deux principaux fournisseurs de tôle et de plaques sont à Rive - de - (jier ; ce sont MM. Petin-Gaudet, et MM. Marel frères. Elle travadle en même temps pour les particuliers et pour les États; et ce qu'il y a de caracléristique, c'est que, à peine elle a livré une com. iiande, on lui en fait une seconde sur le même modèle, ce qui prouve que les expériences ont éié décisives.
Au prix moyen de chaque construction, les 25 millions de travaux exécutés par an à la Ssyne et aux ateliers de Marseille représenteot 50 navires livrés, c'ost-à-dire une Hotte formidable qu'un État quelconque ne pourrait mettre à la mer dans moins de trois ans.
Quand je vous dis que l'industrie privée finira par destituer les aleliers gouverncmanlaux ! La Société des Forges et Chantiers aura contribué plus qu'aucun autie établissement à ce triomphe de l'industrie privée.
F. DUCCING.
Costumes de Mineurs.
A l'heure où quelques diplomates retournent en tous sens les articles des traités et des conventions, pour y trouver une interprétation qui leur permette de donner à César ce qui appartient à Pompée, — à l'heure où les sdvants concentrent toutes leurs acuités dans la recherche d'un engin de guerre dont les effets meurtri rs doivent appuyer les interprétations de la diplomatie, — à l'heure, enQn,
mm
Le Mineur d'Aiizio.
OÙ des esprits, cependant éclairés, cherchent le moyen d'enlever à l'agriculture et à l'industrie un million de bras, au profit de la caserne et du fusil Cliassepot, à celte heure si féconde en inquiéludes, tonte une nrmée
Le Mineur Ciiilien.
de mineurs répandue sur tous les points du globe, descend dans les entrailles de la terre, à des profondeurs dont l'idée seule fait frémir, pour extraire ces matières si précieuses, ces agents indispensables du travail
et de l'industrie modernes, le charbon, les pierres, les métaux, le marbre. — C'est bien une armée, celle-là, la plus sympathique et la plus utile. C'est l'armée de la paii, de la civilisation et du progrès. Tandis que d'au-
Le Mmeur baxon.
COSTUMES m: mineurs. - Dessins ae M. Luc-Olivier Meison.
Le Fondeur Sa-\^ii.
très cherchent siîr les champs de bataille une gloire ruineuse, elle donne au risque do ta vie, au prix d'un travail quotidien, de fatjgues sans nombres, de périls fans cesse renaissants, l'a fortune, l'indépendance et la puissance à son pays, — qui l'ignore.
Sans elle, cependant, pas d'industrie, pas de commerce, pas de communications entre les villes, entre les nations! Et, qu'un moment s'arrête ce labeur immense qui arrache à la terre ses trésors, sans qu'une secousse vienne seulement troubler la sécurité des habitants de la surface, — que cette armée dépose un instant ses armes, et tout cesse à la fois. Les industries, les grandes exploitations agricoles, tout s'arrête, faute d'aliment. Lps éléments vaincus déjà, les distances un instant comblées brisent de nouveau les relations de peuple à peuple. New- York n'est plus à neuf jours de Paris, il est à deux mille lieues. Et l'impulsion puissante qui nous entraînait à la conquête de l'avenir, étant suspendue, le monde rétrograde d un siècle.
L'nndenos portraits représente un mineur d'Anzin. Ce n'est pas que les houillers du Creuzot ou de Rive-de Gier diffèrent comme costumes, comme mœurs ou comme travail de ceux d'Anzin. C'est un simple hommage rtndu à la plus ancienne mine de France, à celle dont les moines du onzième siècle avaient signalé l'existence.
Son costume est à la fois simple et commode. Une veste en laine serrée à la taille par un ceinturon, un pantalon, une chemise de flanelle, que laisse voir l'éehancrure de la veste, des sabots et un chapeau rond. Le tout est de couleur sombre et n'a pas à redouter les caresses du charbon. Voilà l'uniforme. Quant aux armes, c'est le pic, la pioche, le coin, le marteau qui attaquent la muraille de houille et en détachent les blocs, c'est la pelle qui les ramasse et les empile dans les wagons. C'est aussi la lampe, cet instrument de travail dont la moindre fuite de gaz peut faire la cause d'une effroyable catastrophe.
On sait que, pour parer aux terribles éventualités de l'explosion, quelques savants, entre autres Davy, ont inventé divers modèles de lampe dont la flamme, enveloppée d'une toile métallique supprime les dangers d'incendie. A Anzin, les dangers que fait courir le feu grisou sont peu à craindre. La houille maigre contient peu de gaz, et le système de ventilation éloigne à peu près complètement tout danger. Aussi est-il d'usage que les mineurs portent, dans les galeries d'Anzin, leur lampe attachée par une courroie au chapeau rond. Ne réalisent-ils pas ainsi la fable antique des Cyclopes, ces forgerons et ces mineurs du monde antéhistorique ?
Muni de ses outils et de sa lampe, le bouilleur descend dans la mine. Les moyens de descente ont souvent été modifiés, et, malgré les découvertes les plus ingénieuses, malgré les soins les plus attenlifa, on n'est pas
encore parvenu à sup])rinier absolument les dangers qui entourent celte opération. Combien de fois la rupture d'un câble, d'une chaîne, la chute d'une pierre, d'une pièce de bois, pendant le trajet, n'ont-elles pas entraîné la mort de nombreux ouvriers se rendant à leur travail, ou attendant la benne pour y prendre place ou la charger!
Mais le mineur est dans la galerie, sur le Iravait. A-l-il au moins la sécurité que nos ouvriers trouvent dans nos ateliers? Non, c'est le « champ de bataille, » suivant l'énergique expression de M. Simonin. Là, tous les dangers qui menacent les marins au milieu de la tempête e> du combat, le soldat en face de l'ennemi, tous ces dangers veillent incessamment auprès du bouilleur. Tantôt, sous la pression des terres, le déplacement d'une masse de rochers, les travaux de soutènement s'écroulent, et les galeries se ferment sur les ouvriers qu'elles contiennent. L'atelier devient un tombeau.
Alors, toute l'énergie, tout le courage, toute la force des chefs et des ouvriers, des ingénieurs et des propriétaires viennent se réunir p'our percer cette montagne qui écrase les malheureux. Les heures, les jours s'écoulent au milieu des travaux de dégagement, sans apporter de nouvelles; cependant on cite des chiffres, des noms aussi. Ils étaient tant, ily avait un tel, et un tel, et un tel.... Et au bout de dix, douze, qninzejours, une voix répond fiiblementà l'appel de la pioche. L'énergie redouble, les forces épuisées se raniment, et bientôt on entend, on voit ces infortunés, pâles, brisés par la faim, la soif, les fatigues. Mais plusieurs ont succombé; et sur vingt hommes qu'avait pris la mort, a peine peut-on lui en arracher deux ou trois.
Ou bien, c'est le l'eu grisou. Un susurrement se lait entendre, semblable au bruit qui produit le gaz en s'écbappant d'une bouteille; puis, brusquement, une effroyable détonation, et de tous côtés, des blocs de terre, de pierre, de charbon écrasent les mineurs. Les plus proches sont brûlés par la flamme, ceux qui ont pu se garantir du feu cherchent en vain une issue dans l'obscurité, a\i milieu des décombres, et les bras battant les murs, la tête lourde, la poitrine oppressée, ils tombent asphyxiés par le gaz meurtrier.
Est-ce tout, au moins'? Non. Et les éclats de mine dont je n'ai pas parlé, et l'inondation qui en quelques minutes comble les galer es et les puits, et livre à une mort certaine, sans merci, sans espoir, sans aucune chance de salut, tous ceux qu'elle atteint? Croyezvous à l'exagération? H y a huit jours à peine, les journaux d Angleterre nous apprenaient que deux cents mineurs, surpris dans les galeries par une inondation, y avaient péri! Sur deux cents, pas un de sauvé! Ah! le martyrologe des mines est long et glorieux. Faut-il rappeler les terribles catastrophes de Méons, de Merthyr-Tydvil, d'Hartley, de Poder-Nuovo. de Maries? Le
nom du puisatier Giraud, l'inondation de la mine de Lalle? Et pour tous ces dangers qu'il faut braver chaque jour, le mineur trouve-l-il au moins dans l'augmentation de son salaire ou dans une amélioration de sa position un encouragement qui semble nécessaire? Pas ,i toujours. En France, les bouilleurs gagnent de 4 à 5 francs et travaillent dix heures. Les plus intelligents, les plus laborieux devien- ■ nent maîtres-mineurs ou contre-maîtres. Et voilà leur bâton de maréchal.
îlais leurvrai mobile, leur encouragement ; de tous les jours, c'est un profond sentiment \ de leur devoir, c'est aussi la conviction qu'ils i peuvent compter absolument sur leurs chefs, , quelque grave que soit la situation. En effet, il n'y a pas d'exemple qu'en cas de danger, un garde-mines, un ingénieur, un directeur aient failli à leur devoir. A la première nou- ■ vclled'un sinistre, ils accourentles premiers, , pour disputer à la mort ses héroïques victimes. Et chacun se disputant le périlleux honneur de descendre sur le lieu du sinistre, , c'est souvent le plus âgé, — parce qu'il est le plus élevé en grade, — qui use de son autorité pour réclamer le droit de se dévouer. Et si, malgré les efforts de tous, il y a eu mort d'homme, s'il y a blessure, les propriétaires viennent assurer à la famille du défunt une existence convenable, au blessé les soins nécessaires et la tranquillité, à tous ceux qui ont souffert, sinon une consolation, au moins un allégemen.tà leurs 'souffrances.
Et maintenant, voulez-vous des chiffres?
car aujourd'hui c'est un peu le critérium de i l'intérêt que mérite une question; — l'armée française, j'entends celle qui travaille à Rive- j de-Gier,àSainl-Chamond, au Creuzot, à Anzin, \i à Saint-Étienne, à la Grand-Combe, aBességcs, il — celle armée pacifique donne un produit an- |j nuel de deux milliards cinq cent mille francs. i| Sur cette somme énorme et qui forme presque il le cinquième de la production annuelle de la France, les mines réalisent un bénéfice qui ne dépasse pas trente millions. Ces trente î millions, inégalement répartis, élèvent à dix pour cent l'intérêt de l'argent engagé dans les i exploitations houillères, et que la statistique : officielle évalue à 300 millions. — En effet, I à côlé de mines dont l'exploitation a coûté . ]ieu de chose, relativement, et dont les pro- i doits dépassent toute espérance, il y en a d'autres qui offrent chaque jour de nouvelles ! difficultés et qui exigent chaque année de nouvelles avances. C'est ainsi que les mines d'.Anzin, dont le produit a enrichi cent familles, a été pendant longtemps une cause de ruine pour ses exploiteurs. Le vicomte Desandrouin avait enseveli, non-seulement sa fortune, mais celle de ses associés, dans les premières fouilles, quand un tombereau de charbon, le premier, vint donner à ces hardis pionniers l'encouragement si longtemps attendu.
Il est bien tard pour vous parler des mineurs chiliens et saxons que représente notre
gravure. Je n'en dirai qu'un mot. L'Allemagne est la terre classique des exploitations de mines métallurgiques. Au lieu de cette fraternité qui existe entre nos ingénieurs, nos gardes-mines et leurs compagnons, les mineurs, — fraternité qui naît de dangers bravés journellement ensemble, — l'.AIIemagne a conservé les traditions du moyen âge. Les mineurs des onzième et douzième siècles étaient des serfs. Embrigadés, ils obéissaient à des chefs clioisis en dehors de leur profession.-Aujou[d'hui, cette orgaîiisation a subi quelques modifications. Il y a bien encore des soldats, des caporaux, des sergents, des ca- ])itaines; chacun, suivant son grade, porte bien encore les brandebourgs, les galons ou les épauletles, mais les capitaines ont gagné leurs épauleltes et leur épée dans les écoles, les caporaux et les sergents ont gagné leurs galons dans la mine, et quant aux soldats, s'ils obéissent à leurs chefs, c'est qu'ils les ont vus à l'œuvre et qu'ils connaissent leur valeur.
Les mineurs chiliens sont un exemple de la fidélité avec laquelle les caractères distinctifs d'une race se conservent à travers les âges. Comme leurs aïeux, les Espagnol», ils produisent peu. Tandis qu'un Anglo-Saxon extraira chaque jour pour 18 ou 20 francs de minerai d'or ou d'argent, ils en donneront à peine pour 8 ou 10 francs. Mais leurs besoins sont à peu près nuls. La cigarette et un peu de viande séchée, voilà de quoi fatisfaire leur appétit. Fiers et graves, ils se plient difficilement à la discipline d'une exploitation. Ils ont cependant une qualité qui les rend à peu près indinpensables dans ces pays trop aimés du soleil, c'est leur sobriété même qui permet de les employer dans des placers, dans des mines, dans des solitudes où la nourriture et les boissons indispensables aux ."inglo-Saxons ne peuvent parvenir.
.Me sera-t-il permis, en terminant cette notice, de regretter qu'une nouvelle excursion de M. Simonin à travers les mines du Nouveau-Monde l'ait empêché de vous parler luimême de cette grande famille minière qu'il m'a appris à aimer. Je lui dois beaucoup, et je voudrais, pour alléger ma dette, avoir inspiré aux lecteurs le désir de lire son beau livre, la Vie souterraine.
Victor Cosse.
La Machine à coudre silencieuse.
Cette machine est construite d'après le syslùme Wheeler et Wilson, perfectionné par ,MM. Pollack, Schmidt et Cie, de Hambourg. C'est par excellence la machine à coudre de famille ; ses perfectionnements ont été particulièrement introduits en vue du travail des l'Miimes; elle fonctionne avec la plus grande
rapidité, sans occasionner la moindre fatigue.
('e qui la distingue de fous les systèmes analogues, et ce qui en fait surtout l'importance, c'est d'abord un régulateur chiffré qui donne immédiatement la longueur du point désiré, ensuite une série de guides à ourler, à froncer, à plisser, à border, à ganser, à SQutacher, etc., qui dispensent de préparer l'ouvrage et économisent ainsi tout le temps qu'on perd dans les préparatifs ordinaires.
Nous avons vu fonctionner la machine silencieuse, nous l'avons vue faire des ourlets de différentes largeurs, froncer, monter des dentelles à plat et tuyautées, et tout cela sans bruit, avec une rapidité et une précision admirables.
La maison Pollack a obtenu la médaille de bronze. C'est la seule récompenseà laquelle elle put prétendre pour ses ingénieux perfectionnements, la médaille d'or ayant été accordée au système Wheeler et Wilson, d'après lequel elle est construite.
Toutes les machines silencieuses se consl misent à Hambourg dans une usine qui contient plus de huit cents ouvriers. Une seule maison de Paris est dépositaire des produits fabriqués par MM. Pollack et Cie, c'est l'Agence aux inventions modernes établie rue Richelieu.
Après avoir vu fonctionner à l'Exposition la charmante machine à main des mêmes constructeurs, nous nous sommes transporté au siège même de l'Agence. Là nous avons vu travailler la machine silencieuse, conduite et dirigée par deux véritables fées; elle a accompli sous nos yeux, en moins d'une demiheure, plus de travail que n'en pourrait faire dans foute une journée lapins active de nos ouvrières.
PiiospF.B Poitevin.
Classe 53. — Mécanique générale.