LES .MACHINES DE MH. POWEL DE ROUEN
L'Angleterre nous a pris nos artistes, nous i avors demandé ses ingénieurs ; plusieurs nstructeurs qui, il y a une trentaine d'anes, étaient venus mnnteren France desmalines à vapeur se sont fixés dans notre pays y ont fait souche de manufacturiers.
W. Powel, malgré leur nom britannique, nt Français, fils d un Anglais ils sont entits-de la terre normande qui autrefois a é sur la Grande Bretagne des conquérants Ides rois, et qui maintenant en reçoit des oricants et des ingénieurs. C'est se venger ec magnanimité.
IDans le monde entier, on peut la dire, ist la race anglaise qui organise les diverses iplications des m,achines à vapeur, ces malines que quatre Français, Salomon de Caux, mis Papin, Cugnot et le marquis de Jouf- »y, avaient inventées.
MM. Thomas Powel fils et cousin soutienint l'ancienne réputation du fondateur de ar maison. A l'Exposition,, le premier seenr leur a été dévolu. C'est à leur habileté îe l'on a confié la mise en mouvement s machines ingénieuses qui fabriquent tissus exposés dans la quatrième gale- , , depuis les rouets qui filent le co- 1 ou la laine, jusqu'aux métiers qui tistit les étolTes élégantes et à bas prix , Itherchées aujourd'hui par toutes les classes :1a société.
.Les Mercier de Louviers, les Berthelot de pyes, les Schiumberger de Jlulhouse et cent rtres grands industriels ont confié leur itune il MM. Powel, dont les machines i>nt jamais failli à la tâche qui leur était iposée.
lA 70 mètres environ du Palais, entre les ées de liretagne et de Champagne, s'élève bâtiment occupé par la chaudière de ces □slructeurs. C'est un des neuf bâtiments inblables, surmontés de cheminées hautes
de trente mètres qui entourent le Palais et distribuent la vapeur sur toute sa circonférence. Chacun de ces bâtiments, comme on le sait, esL occupé par un ou plusieurs constructeurs différente. Celui qui est consacré à MAI Powel est le plus rapproché de la grande avenue.
Leur chaudière se compose d'un énorme cylindre de deux mètres de diamètre et huit de longueur. Au sein du générateur, entièrement entourés par l'eau dans laquelle ils sont plongés, se trouvent deux foyers dont l'axe de chacun est occupé par un bouilleur également rempli d'eau, de sorte que la flamme forme une sorte d'anneau dont l'extérieur et l'intérieur sont également remplis par le liquide séparé de la flamme par la paroi de tôle de la chaudière.
Les gaz de la combustion, encore trèschauds, ne sont point perdus, ils font deu.K fois en dessous et à l'extérieur le tour de la chaudière, dont ils parcourent ainsi en tout trois fois la longueur (dont une fois dans l'intérieur) avant de se rendre à la cheminée.
Un des avantages les plus précieux de ce système de générateur est de pouvoir briller les plus mauvaises houilles sans presque produire de fumée. On sait aujourd'hui que brûler la fumée e.st un problème peut-être impnssilde â résoudre complètement; mais on sait aussi qu'on peut l'empêcher de se produire par une combustion complète du charbon. Il faut pour cela que l'air se iMêle intimement à la flamme et que sa température soit sulfisamment éleiée. La première de ces conditions est remplie par le bouilleur qui forme l'obstacle et, par l'étranglement qu'il détermine, aide au mélange et au tirage; la seconde, par le système d'ir.troduction de l'air dans les foyers; le fluide traverse les portes qui forment une sorte de boîte de tôle percée de trous inégaux et différemment disposés sur chaque face, et il acquiert dans cet espace clos la liaute température de la tôle rougie.
Les derniers progrès ont tous été appliqués aux aecessoires de la chaudière. Elle est alimentée par l'injecteur Giffard, et le niveau de l'eau est marqué par l'ingénieux indicateur magnétique composé d'un flotteur qui porte un aimant dont l'attraction fait glisser sous les yeux du chaufl'eur uii petit barreau d'acier indiquant par ses mouvements tous les changements de niveau de la surface liquide.
Maintenant que nous savons comment la vapeur se produit, visitons la machine où elle exerce son action.
La machine de MM. Powel est double, c'està-dire composée de deux machines identiques agissant ensemble sur un seul volant denté de S^^GO de diamètre qui engrène avec un pignon à dents de bois dur qui commande à son tour les poulies mettant en mouvement, par l'intermédiaire des cour-
roies, l'arbre de couche dont la langueur dépasse 50 mètres.
Les deux machines représentent ensemble une force de 60 chevaux nominaux pouvant développer une force efl'ective double, ce qui est un rendement sinon remarquable du moins très-satisfaisant. L'avantage particulier de ces machines jumelles est de permettre les réparations sans arrèler tout travail, puisqu'on peut se servir d'une machine pendant qu'on répare l'autre.
La machine Powel est une des très-rares machines verticales à balancier de l'Exposition. Les conditions particulières dans lesquelles on se trouvait, ont donné lieu à une modification intéressante du mode ordinaire de support du balancier, qui consiste â en appuyer l'axe sur des murs latéraux. N'ayant pas de murs à leur disposition au Champ de Mars, MM. Powel ont fait porteries paliers du balancier sur des colonnes creuses, et il est à croire que ce procédé de construction sera dorénavant assez fréquemment employé.
La machine est construite dans le système qui porte le nom de Woolf son inventeur. Nous allons tenter d'en faire connaître le mécanisme.
Elle se compose (pour chacune des deux machines jumelles, bien entendu') de deux cylindres. Après avoir circulé entre une chemise métallique et les cylindres, ce qui les empêche de se refroidir, la vapeur pénètre dans le plus petit des cylindres et y agit directement ; de là lejeu du tiroir la fait pssser dans un second cylindre plus grand où elle se détend comme, un ressort, ajoutant une certaine somme de force à celle de la vapeur arrivant de la chaudière. De ce dernier cylindre la vapeur passe dans un vase où elle est condensée par une pluie d'eau froide, ce qui a fait donner à cet organe le nom de condenseur. Une pompe attelée au balancier, vide ce condenseur de l'eau et de l'air échappé de l'eau qui tendent à le remplir. A l'Exposition cette eau échauffée par la vapeur est perdue, mais d'ordinaire on s'en sert pour alimenter la chaudière. Malgré cette circonstance, elle ne consomme pas plus d'un kilogramme et demi de charbon par heure pour produire une force d'un cheval (c'est à dire la force nécessaire pour élever 75 kilogrammes par seconde â un mètre de hauteur). Enfin, par kilogramme de charbon brûlé la chaudière vaporise sept litres et demi d'eau.
Terminons en disant que la bonne disposition de la machine la rend facile à surveiller et à entretenir, et lui donne le cachet de grandeur qui ennoblit ces puissants engins de l'industrie.
Chaules Boissaï.
Le Palais du Champ de Mars à vol d'oiseau.
Nous sommes sur le faîte du Palais. Orientons-nous, en prenant le centre et le premier plan du dessin qui nous le représente. — Nous voyons à notre gauche, premièrement le dôme à fer ondulé du grand vestibule avec ses parois à vitraux peints, et plus loin la double tente de l'ascenseur- Edoux , par lequel nous sommes montés. Après être montés, nous avons dû tourner à droite pour arriver au point où nous sommes, et l'on peut mesurer la distance que nous avons parcourue.
Voyez! Sous nos piedh sont les machines anglaises: derrière nous et au-dessous de nous, les constructions orientales du Parc et le quar; anglais. Par ce soleil caniculaire, les vitres qui forment dôme resplendissent sous nos yeux comme des laves en fusion ou comme les vagues irradiées de l'Adriatique. Par delà le faîte du Palais, apparaît d'abord le dôme de l'École militaire, et plus loin, si nos yeux tournent de droite à gauche, le sommet du Val-de-Grâce, puis le Panthéon, à peine visible la Sorbonne, et sur le même plan que l'Ecole militaire, le dôme des Invalides avec sallèche dorée, puis le double clocher de Sainte-Clotilde, puis les Tuileries plus reculées , puis enfin dans le vague du dernier plan les buttes Montmartre.
Une fois le Palais abattu, vpilà un panorama qu'on ne pourra plus contempler, et moins distinct, que des hauteurs de Passy, à peine plus élevées que le faîte du Palais, avec ses 2T mètres d'altitude.
Immédiatement sousnos yeux, chaque ondulation du toit de verre figure une galerie concentrique, la première, celle des matières premières; la seconde, celle de l'ameublement; la troisième, cel le du vêtement ; enfin, séparées par une muraille, celles des Beaux- Arts et de l'Histoire du travail.
Nos yeux plongentjusqu'au Jardin central, où pointe le Pavillon des poids, mesures et monnaies, dont nous avons déjà parlé et dont nous parlerons encore. On voit l'entrée des divers secteurs du côté de l'Exposition française. Il y a, vous le savez, 16 secteurs, séparés l'un de l'autre par des rues ou voies rayonnantes, qu'on a baptisées, du côté de la France, du nom dénie de Lorraine, rue d'Alsace, rue de Paris, formant la voie principale du petit axe, rue de Provence, etc., etc.
GEORGtS I", KOI DES HEII.KNES. - Dessin de Mlle Maria Clienn
A notre droite, et contre regard, sont la rue de Belgique, formant la prolongation du grand axe, la rue d'Espagne, la rue de Russie, formant la voie principale de la seconde moitié du petit axe, du côté de la porte Suffren, la rue de Turquie, la rue d'Angleterre, etc.
C'est par le faîte qu'on peut se figurer l'ensemble du Palais beaucoup mieux que par un plan ]iar terre. Grâce à l'ascenseur-Edoux, plus de deux mille personnes contemplent tous les jours cet océan de verre que figure notre dessin, avec le panorama qui s'estompe plus loin. Si le Palais, qui est un vaste écrin sous verre, doit être brisé, comme on l'as-
sure, au 31 octobre, au moins ceux qui nous lisent en auront gardé l'aspect fidèle.
Mais ce qu'il faut leurdire, ce sont les prodiges de science ingénieuse qu'il a fallu déployer pour élever au jour dit cet abri splendideà tous les produits d'élection du monde entier.
Il pleut sur le Palais; et par les temps de giboulées que nous avons traversés, ce n'était pas une mince affaire, non-seulement d'empêcher la pluie de traverser les châssis vitrés, mais encore de lui trouver des conduits d'écoulement par le faîte. Les premières averses ont fait quelques dommages, mais combien rapidement réparés !
Voyez ; cette ossature puissante , et calculez à quelles difficultés de détail il a fallu pourvoir pour ne pas échouer. En vérité, je vous le dis, les substruclions du Palais dont je vous ai parlé au ilébut de notre publication ne sont pas plus admirables de construction quecette clocheimmense sous laquelle il a fallu faire circuler l'air et la fraîcheur, et dont jious dominons en ce moment les ondulations resplendissantes.
La voijte seule du grand vestibule , au même niveau que l'épine dorsale de la galçrie des machines sur laquelle nous nous promenons, est en fer ondulé. Elle brise, comme une jetée avancée dans la mer, les ondulations uniformes de l'ensemble du faite.
La clef de voûte de la grande galerie des machines est lermée à l'extérieur, comme je l'ai déjà dit au début de la publication , et non à l'intérieur, ce qui aurait été dans les usages. Aussi, vous voyez ces grands piliers qui surplombent le toit de la galerie, et qui servent de support comme les colonnes d'un pont suspendu.
Il y a là un progrès de l'art de l'ingénieur dont il faut tenir le même comptequede celui par lequel on est arrivé à distribuer la force motrice dans des courbes, difficulté victorieusement surmontée par M. Cheyssou, ingénieur de la Commission impériale, qui avait engagé dans ce succès l'avenir de sa carrière.
ïifcCe n'est pas assez que je rende justice aux
collaborateuis de \a Coniniission impériale ; il faut que leur œuvre 'survive.
Quoi! tous les peuples déclarent qu'il faudra tirer l'échelle après l'Esposition de 18G7 , qu'aucune autre exposition internationale n'est possible nulle part après celle-là; — et l'on briserait, de gaieté de cœur, le moule où viendront l'orcémpnt s'adapter toutes les expositions futures ! Non! cela n'est pas possible : et avant de jeter au vent les débris de cet édiûcG prédestiné, il faut qu'on y réfléchisse.
Nous aurons fait, quant à nous, tout en qui était possible pour conjurer ce malheur, et, dans tous les cas, pour en prévenir lescoiieéquences.
Pour le reste, laissons l'aire aux dieux. U est bien entendu que je ne parle ici des dieux que comme souvenir d'une formule classique.
DUCIIIKG.
Beaux-Arts. — M. Fromentin.
M. Fromentin est l'un des peintres les plus fins, les plus délicatement doués de ce tempsci. Il aime les chevaux rapides et l'agitation des étoffes que tourmente le vent. Cependaut le calme l'attire aussi, et s'il se plaît au bruit, cft n'est pas une raison pour que le silence l'attriste. J'ajoute que si sa verve, à l'occasion, se contente des éblouissements d'une simple apparence, si parfais elle effleure seulement la toile, souvent elle se modère et l'artiste recherche et trouve dans une bonne mesure les termes d'une précision qui affirme chaque chose jusque dans ses détails. Et sa peinture est vive, adroite, diaprée, élincelante. On assure que ce sont les accents robustes qui lui font défaut, que le coloris pèche sous le rapport de la solidité, et qu'il y a là plus de coquetterie que de vérité, plus de grâce cherchée que de réelle vigueur. Effectivement, à ce que je crois du moins, le peintre abuse un peu de cet esprit superficiel et léger qui éblouit, mais n'éclaire pas, qui séduit sans convaincre. Eh bien, soit! En revanche, que de charme, de jeunesse, de spontanéité !
Le bagage de ^. Fromentin, à l'Exposition universelle, se compose de sept tableaux, choisis parmi les meilleurs du peintre. Ce sont : Lisière d'oasis pendant le sirneco, le licrijer kabyle, Bivouac arabe au lever du Jour, Fauconnier arabe, Çhçf^^e (jii héron en Algérie, t 'oleurs de nuil, une Tribu nomade en marche vers les pâturages du Tell.
Le fauconnier se précipite aicc une furie étrange. Il est solidement posé à cheval. Non I
pas à la manière d'un écuyer au manège ou dts cavaliers que Phidias fit galoper sur la frise du Parthénon; mais avec une audace superbe et une souplesse dans les reins, un nerf dans le jarret qui le garantissent contre tout accident. Le bras droit levé, il lance un faucon sur une proie qu'on n'aperçoit pas. Le mouvement est trèi-beau, d'une désinvolture ample et chaleureuse, et si le terrain parsemé de hautes plantes sauvages était moins translucide, avait plus de résistance, entre autres peccadilles de dessin, si la jimbe droite du fougueux coursier paraissait correctement articulée, le tableau n 'ofl'rirait guère de prise à la critique.
J'aime moins la Lisière d'oasis, dont la peinture est sèche, l'exécution hâtive, insuffisante, la touche étroite. Maintenant, à part que la composition en est un peu décousue, la Chasse au héron mérite vraiment de grands éloges. C'est un bouquet de jolis tons, assortis à souhait pour le plaisir de.^ yeux.
Jeliii préfère cependant les Voleurs de nuil, parce que l'œuvre a une consistance de pâte et de facture qui ne se rencontre pas dans les autres tableaux do l'artiste. Surtout je mets au-dessus le Bivouac arabe. Quelle simplicité, quelle saveur exquise! Les premières lueurs du jour colorent à peine l'horizon, et déjà le camp s'éveille, le cheval hennit, l'esclave panse la monture du maître, et le foyer va s'éteindre. Aucune voix ne s'éièvera co.ntre cette toile charmante, le chef-d'œuvre de l'artiste, car il n'est pas possible de désirer plus de tact dans la conduite des teintes, d'élégance dans les silhouettes, d'unité dans l'effet. Il y a des rapports de tons d'une étonnante finesse. Par exemple, au tond, il droite, le cheval gris qui s'enlève en clair sur le ciel est un miracle de réussite. Eu dix autres endroits on relève des superpositions analogues de tonalitéspresque pareilles ; si elles ne secon fondent pas à l'œil, si elles conservent leur valeur propre, ce'a tient à une nuance très légère qu'un artiste moins privilégié, n'eût pas, à coup siîr, saisie, ni fixéi; sur la toile.
Le Berger kabyle, à clievid, tenant dans ses bras un agneau trop faible encore pour une longue marche, est aussi une fort bellechose. Le cavalier ne semble- t-il pas admirablement assis sur sa monture grise, à l'œil chaud, au crin noir, aux membres sains comme l'air? A ce noble profil, à cette aisance dans le maintien, on dirait une figure de Phidias. Peut-être trouve-t-on la peinture un peu mince, les reliefs dépourvus de ressort; en outre les moutons que le berger pousse devant lui, sont d'un ton louche et sourd, et les fumées pointant des foyers du plateau donnent aux montagnes du fond une échelle impossible ; mais c'est tout, je pense, et chacun reconnaîtra la composition bien entendue, le dessin agréable, la couleur rare, l'exécution d'une originalité singulièrement distinguée et spirituelle.
M. Fromentin possède un tempérament de
coloriste, rien n'est plus exact. Néanmoins les tocs qu'il manie le mieux, ce sont les clairi et les demi-teintes. Au contraire, dans les ombres, il n'est pas sans se montrer quelquefois gêné, inquiet, comme inclinant vers l'opacité. Je viens de parler des moutons du Berger kabyle. Dans la Citasse au héron, j'aurais pu signaler des chevaux d'an jaune p!ombé qui jure dans l'harmonie limpide de la toile, et en poursuivant la revue des tableaux de M. Fromentin, on aurait d'autres occasions de remarquer que la palette de l'artiste pèche généralement sous le rapport des notes graves. Ce défaut est assez sensible dans le cadre inscrit sons ce litre : une Tribu en marche vers les pâturages du Tell. Examinez les personnages qui remplissent l'angle gauche. Pauvrement composés d'ailleurs, empaquetés de lourdes draperies, il faut avouerqne la couleur, en cet endroit, manque tout à fait d'air et de fluidité. Cela est fâcheux, mais pourtant ne suffit point à gâter l'œuvre. Oui, nous tenons encore là un morceau de la bonne veine, et si le paysage laisse beaucoup à désirer, les figures de droite et du centre, en pleine lumière, excellemment travaillées, sont ravissantes; les hommes, les bêtes, les étoffes, tout est vif, spirituel, d'une couleur délicieuse, d'un faire, jusque dans les parties négligées, merveilleusement adroit.
On doit même ajouter que l'e.xécution a les défauts de sa qualité, c'est-à-dire que l'esprit y joue un rôle excessif, surabondant. Ce ne sont que touches joyeuses, lestes, pimpantes, mises là pour elles-mêmes. Partout pétillent des accents alertes, des chatoiements galants; et que de coquetteries, que d'avances au public, que d'œillades, de sourires, de mots, de lazzis! Et qu'arrive-t-il? C'est que cet espritlà, faisant bon marché de la vérité, il est à craindre qu'il ne détourne le peintre des études courageuses, des luttes avec la nature.
Quoiqu'il en soit, M. Fromentin occupe à juste litre une place importante dans i'art contemporain; il a une individualité neitement définie, facilement reconnaitsable, et au travers de sentiers battus et rebattus, privilège rare, il a su découvrir une route nouvelle sans marcher dans l'ombre de personne.
Olivier SIeksos.
Beaux-Arts. — M. Millet.
M. Millet a exposé aux galeries internationales du Champ de Mars neuf taffleaux dont voici les titres: aneTondeuse de moutons, la Mort et le Bûcheron, des Glaneuses, Bergère avec son troupeau, un Berger, un Parc à mou-
Ions, Récolte de pommes de terre, Planteurs de pommes de terre, et l' Angélus da soir.
Rien de plus naturel que de ne pas aimer du premier coup les tableaus de M. Millet. Il faut se faire à cette manière triste, morne, farouclie, somnolente, et, même parmi les hommes les plus compétents, beaucoup déclarent d'abord n'y pas voir grand chose d'estimable. Cependant lorsqu'on y pénètre de bonne foi, on finit bien par découvrir ce qui distingue l'artiste des autres peintres réalistes. Alors, il n'est plus un maniaque, un grossier. Sans doute, à force d'éliminer les détails. M, Millet fait généralement des personnages vides et monochromes; sans doute encore, il recherche avec trop d'affectation les agencements silencieux, les gestes immobiles, les effets sans éclat, les physionomies stupides, basses, misérables, et, sur les corps de ses figures dont les yeux n'ont pas de regards, pèsent des étoffes épaisses et roides comme du gros cuir. Mais la pratique ett très-puissante, Irès-châtiée dans son uniformité apparente, originale, l'arliste ne voyant pas la nature à travers la peinture des f.utres, pensant avec son propre cœur; le dessin se i fait remarquer par une largeur peu ordinaire, la couleur est solide, l'observation profonde. Enfin, peintre énergiquement sinctre et réfléchi, M. Millet tradiut simplement des sujets simples et serre avec force la vie rurale pour en exprimer la grandeur et la poésie : qu'elle contient.
f as un seul cadre de M. Millet n'est indif- Iférent; tous allirment à peu près au même degré la supériorité de l'artiste, lequel reproduit de préférence les effets dont il a étudié : avec le plus de soin les ressources. Ainsi, il fuit le soleil, la lumière. Au contraire, il laime les clartés indécises du matin, et le [ calme solennel et grave de la campagoe pas-
■ saut des joies d'un beau jour aux langueurs
■ silencieuses de la nuit. Le rire l'offusque, la [misère le charme, et c'est le paysan hébété I par l'excès du travail qu'il aime à mettre [ en scène. Ne lui demandez donc point I l'homme des champs alerte et endimanché; t mais plutôt suant au labeur, alourdi, les vête- I ments usés, troués, rapiécés, la peau tannée [par le vent, le soleil et la pluie.
Il ne me semble pas utile d'examiner en [ détail des tableaux qui se recommandent l tous par les mêmes mérites et reproduisent, (en général, les mêmes types et la même iin- [ pression ; car on peut dire que le poète no \ varie guère ses mélodies, nous donnant pres- (que toujours des résultats pareils, obtenus lavec des moyens identiques. D'ailleurs ia ■.gravure que le lecteur a sous les yeux en I même temps que cet article, s'il n'est pas au ic courant de la manière du peintre, suffira I pour lui en donner une juste idée. Seule- 1 ment je crois devoir m'arrêter un instant à j lia Tondeuse de moutons^ toile exception- i 1 nelle, par ses proportions, dans l'œuvre do ) M. Millet.
Etendu sur un tonneau, la tôle pendante, le mouton est aux trois quarts débarrassé de sa laine; la femme poursuit avec impassibilité sa besogne; à côté, un peu égaré dans 1 ombre, on aperçoit un vieux paysan vêtu d'une blouse bleue. C'est vrai que la placidité animale de la tondeuse se confond avec la résignation passive de la bêle, personnage principal du tableau; et même, peut-être, le mouton a-t-il l'air plus humain qnela femme. Mais la solide couleur, le savant modelé ! Sans bruit, sans scandale de pâle et de trituration, le peintre est arrivé à un degré d'intensité extraordinaire. La vérité est absolue, la peinture superbe. C'est du réalisme assurément, mais point acheté au prix déguenillés repoussantes, de loques sans nom; c'est une pratique peu récréative à l'œil, mais forte, consciencieuse, personnelle, autrement intelligente que celle de ces peintres de crèmes fouettées si fort à la mode au jour d'aujourd'hui. Qu'on ne s'y trompe pas, le mouton, au point de vue pictural est magnifique, sans reproche, et la lémme, créature dénuée de beauté et de grâce pourtant, atoute l'allured'une figured'André del Sarte.
Et qu'on ne croie pas ce langage exagéré. Voilà une belle et robuste pièce, digue de n'importe quelle galerie privée ou publique. Ne la trouvant point assez agi éable, les petites dames s'en éloignent, et les messieurs nullement connaisseurs ne la regardent qu'avec le dernier méprii ou ne la regardent pas du tout. Eh bien! après Elle n'en a pas moins de valeur po'ir cela. Elle accuse une individualité saine et vaillante, un fond réel de savoir, un grand esprit, beaucoup de sagesse, et, toute rebutante qu'elle semble à bien des gens, pour dire ma pensée entière, elle sst cent fois préférable à nombre d'œuvres vantées et récompensées, que l'ignorance porto aux nues, couvre d'or et de couronnes.
OriviiiR MersOi\.
La Bavière et le Wurtemberg à l'Exposition universelle.