‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 29 sur 134 · I.artet, membre honriraire de la Société d'anthropologie · texte numérisé non relu

I.artet, membre honriraire de la Société d'anthropologie

liaron Al lionse de Rothschild:

Aliied Darcel, attaché à la conservation des musées im- |>ériaux,secrétaire.

sition archéologique rappelant celle du Kensinglon Muséum ouverte à Londres lors du dernier concours universel, avait été organisée au Palais de l'industrie, par une -société composée d'artistes et d'industriels en renom et ne reculant devant aucun sacrifice pour faire triompher leurs principes, résumés dans le titre même de leur association, « Union des beaux-arts appliqués à l'industrie, a Celte exposition dirigée par M. Guichard, l'actif et intelligent président de la société, et menée à bonne fin par ses soins et par ceux de ses collègues, avait eu un éclatant succès et avait été accueillie avec une faveur toute spéciale.

Mais, cette première fols, les collectionneurs avaient été appelés à apporter purement et simplement les richesses de toute nature, de toutes époques et de tous pays qu'ils avaient en leur possession, à les exposer et à les livrer à l'étude sans distinction d'origine, de siècle et de nationalité. C'était dé^à un premier et important résultat, sans précédent en France,ct auquel le public avait applaudi d'une manière aussi sincère qu'unanime.

La commission de l'histoire du travail de l'Exposition universelle de 1867 avait une tâche tout autre à remplir; elle avait tout d'abord à faire appel aux diverses puissances étrangères pour la réussite de l'œuvre commune, et à arrêter les bases d'une classification générale, tout en laissant à chaque pays le soin et les détails de son organisation. La plupart des contrées del'Europe ont répondu à cet appel, et les collections rétrospectives envoyées par l'Angleterre, l'Autriche, le Portugal, la Russie, la Suéde et la Norwége, les Pays-Bas, la Roumanie, attirent à juste titre l'attention des visiteurs du Champ de Mars. L'Italie elle-même, après de longues et nombreuses difficultés, a fini, sans rien détacher de ses galeries publiques et particulières, par se former une exposition brillante en puisant dans les collections parisiennes.

Quant à la section française, la commission tenait à l'organiser de manière à donner une idée précise de l'importance de nos arts industriels à toutes les époques de notre histoire en n'admettant que des objets d'origine nationale, à l'exclusion de tout produit étranger; il fallait donc, comme elle le disait dans une de ses circulaires , adopter un classement méthodique de nature à faire sentir la succession chronologique des progrès, des transformations, et même des décadences de nos arts industriels. Ce clasfemént diviseen dix époques bien tranchées l'Exposition de l'histoire du travail , qui occupe la galerie comprise entre les Beaux-Arts et le .lardin central, et comprend dans son développement tout l'espace conligu aux sections modernes de l'industrie française.

Les divisions adoptées sont les suivantes : ^" La Gaule avant l'emploi des métaux. — (Comprenant les ustensiles d'os et de pierre

MUSÉE RÉTROSPECTIF. — GALERIE DU TRAVAIL. — Dessin de M. Lancelot.

L'KXPOSITION UNIVERSELLE DE 18G7 ILLUSTREE.

avec les ossemerls des animaux anjourd'luii disparus du sol de la France, mais trouvés avec ces ustensiles et pouvant indiquer la période à laquelle ils appartiennent.

T La Gaule indépendante. — Armes et ustensiles de bronze, de pierre; objels en terre cui'e.

3° La Garde pendant la domination romaine. — lîronzes; armes; monnaies gauloises; orfèvrerie, bijoux; figurines en terre, poteries, etc.

4° ies Francs jusqu'au sacre de Charlemaçjne. — Bronzes;' monnaies; orlevrerie; bijoux; armes; poteries; rnanuscrils; chartes, etc.

5° Les Carloeingiens, du commencement du neuvième à la Qn du onzième siècle. — Sculptures, ivoires, bronzes; monnaies; sceaux; orfèvrerie; armes; manuscrits, etc.

e° Le moyen âge, du commencement du douzième siècle au règne de Louis XI, en 14S3. — Statuaire; sculpture en ivoire, bois, etc., meub'es; bronzes ; monnaies; sceaux; orfèvrerie; bijoux; armes et .irroures; manuscrits, miniatures; émaux incrus'.és et cbamplevés; poteries, tapisseries; tissus, broderies, etc.

7° La Renaissance, depuis Cliarlcs Vlil jusqu'à Henri IV en 1C10. — Comprenant, comme le moyen âge, les produits de la sculpture, de l'orfèvrerie, de la coutellerie, et de l'armurerie; puis ceux de l'horlogerie, les émaux peints, les faïences vernissées, celles dites de Henry II, les ouvrages de lîernard Palissy, les verreries, les tapisseries, les tissus, les broderies, les reliures, etc.

8" Les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, de ITilO à 1715, dans lesquels se retrouvent, outre les produits des siècles précédents, les ameublements en bois sculpté et doré, les marqueteries rehaussées de bronzes dorés, les faïences de Nevers et de Rouen, ainsi que les porcelaines de Rouen et de Saint-Cloud.

9° Le règne de Louis XV, de 1715 à 1775, comprenant, en dehors des objets ci-dessus designés, les porcelaines de Chantilly, celles de Mennecy, de Vincennes et de Sèvres; les faïences de Mou^tiers, de Marseille, celles de l'Alsace, de la Lorraine, de la Picardie, de la Bretagne, etc., etc.

1 0° Le règne de Louis XVI et la lirvolution française, de l'année 1775 à 1800.

L'empressement des principaux amateurs de Paris et des départements, du haut clergé, des collections municipales, à répondre à l'appel qui leur avait été adressé par la commission de l'histoire du travail a été tel qu'un choix rigoureux a dû être fait avant de livrer au public les salles de la section française.

Un jury spécial, composé des collectionneurs les plus éminents ainsi que des savants chargés de nos principaux établissements publics et divisé en cinq sections, présidées chacune par un membre de la commission, a été chargé de procéder à l'examen et au choix des objets d'art et d'antiquité envoyés

de tous les points de la France et même de l'étranger, et toute pièce indigne de figurer dans cette grande collection a été mise de côté. — Ajoutons que la Commission impériale avait pris à sa charge les frais de transport, aller et retour, d'inst;illation et d'arrangement, en se reconnaissant responsable de tous les objets confiés à la commission de l'histoire du travail pour la valeur dont cette dernière aurait accepté la déclaration préalable.

L'Exposition rétrospective, ouverte à Londres en 1862, dans la grande salle du Kenfington Muséum, comprenait, en dehors des objels appartenant aux principaux collectionneurs du Royaume-Uni, un grand nombre de pièces précieuses conservées dans les galeries de l'État, les pa'ais de la Couronne, les trésors des corpor.itions. — En France, la loi qui légit nos établissements publics et assure la conservation des richesses qu'i's renferment, interdit la sortie de tous objets appartenant à nos musées et à dos collections nationales; l'exposition de l'histoire du travail ne pouvait donc se composer que des œuvres extraites des galeries particulières, des musées municipaux et des trésors des églises, à l'exclusion absolue de tout produit appartenant à l'État, aussi bien qu'à la couronne.

Le concours des musées du Louvre, de ceux de l'hôiel de Cluny, de Saint-Thomas d'Aquin, du cabinet des médadles et antiques, dfsBibliolhèques impériales et nationales eût considérablement simplifié les opérations de la commission de I Histoire du travail; mais en dehors des règlements qu'elle avait pour première mi'sionde faire respecter, il y avait un puissant intérêt à'eonserver leur physionomie complète et intégrale à nos collet- ions nationales, à nos musées, à nos bibliothèques, au moment où l'Europe entière appelée à Paris par l'Exposition universelle de 18G7, se trouvait conviée à les visiter.

Les galeries 'françaises de l'Histoire du travail au Palais du Champ deMars se compo ent donc uniquement, il faut bien insister sur ce point qui n'a pas toujours été assez compris par les nombreux visiteurs qui s'y pressent chaque jour, d'objets appartenant aux principales collections particulières de Pat is, des départements, et quelquefois même de l'étranger, et qui ont été confiées par leurs propriétaires aux soins de la commission.

Elles comprennent en outre tout ce que les cathédrales et les églises de France ont bien voulu détacher de leurs trésors, ainsi qu'un grand nombre d'objets précieux et d'origine nationale que les musées des prinpales villes de France se sont empressés au premier appel quia été adressé aux administrations municipales, de mettre à la disposition de la commission de l'histoire du travail.

Le nombre des ensois a été considérable, et nous voudrions pouvoir signaler ici les noms de tous Us possesseurs de richesses ar- héologiques qui ont bien voulu se dessai-

sir, pendant toutp la durée de l'Exposition universelle, de collections précieuses réunies à grands frais.

Leur nombre dépasse le chiffre de 480, et s'il nous était permis de nous borner à mentionner quelques-uns en les prenant au hasard, noua citerions, diins la série des temps aniéhistoriquea tout d'abord, les collections de MM. Lartet et Cliristy, de M. le marquis de Vibraye, de JIM. Bailleau et Feningre, celles de M. l'abbe Bourgeois, du docteur Garrigou, de M. Pçccadeau de l'Isle, et M. Brun, de JIM. Belgrand, Filhol, Keboux, du docteur Eug. Robert, de M. le comte Costa de Beaureg.ird, et de M. Marchant de Dijon, qui ont exposé les plus beaux spécimens d'instruments en silex taillés, d'ustensiles en bois de cerfs et de rennes, des vases provenant des stations lacustres du lac du Bourget, des poteries, des parures, bracelets et colliers de toute sorte, provenant de différents points de la France et appartenant aux époques dites des Cavernes, aux divers âges de la pierre, ainti qu'aux siècles de transition. Dans la même salle nous trouverions également de nombreux objets ronliés à la commission p^r les musées de Poitiers, de Tours, Narbonne, Saint-Lô, Auxerre, et la belle découverte du Dolmen de Manné-er-H'rcek dans la commune de Locmariaquer, conservée dans le musée de Vannes,

Dans les séries des époques celtique et gallo-romaine, il faudrait citer les envois de M. Julien Gréau, de Troyes; ceux de M. Ed. Barry, de Toulouse; de M. de Glanville, de Rouen; de M. Jules Chevrier, de Châ!on-sur- Saône; de M. Duquenelle, de Reims; de M. le baron deGirardot, de Nantes; de M, Charvet; ceux de M. Hucher, du Mans; du commandant Op'permann, de MM. d'Amécourt, Esmonnot et Bertrand, de Moulins; Revoil, de Nîmes; Benjamin FiUon, de Fontenay-le- Gomle, et tant d'autres noms que le cadre de cette notice nous oblige à passer sous silence.

Les sociétés archéologiques de la province et les musées départementaux ont adressé un puissant contingent à cette deuxième série qui embrasse la Gaule indépendante et la Gaule pendant la domination romaine; mentionnons seulement le comité archéologique de Scnlis, la société pour la conservation des monuments historiques de FAIsace, les musées de Lyon, Poitiers, Rennes, Saint-Lô, Falaise, Melun, Auxerre; ceux du Mans, d'Annecy, de Rouen, 'de Beauvais, de Chartres, de Jloulins, de Meaux, d'i\ix, de Beaiine, de Nîmes, d'Arles, de Soissons; puis enfin ceux de Saverne, de Beauvais, de Troyes, de Caen, de Boulogne et de Narbonne, sans oublier le musée de Toulouse, dont les magnifiques colliers d'or trouvés dans la Haute-Garonne, à Fenouillet, rappellent les plus beaux trésors de l'antiquité.

Si nous passons à l'époque franque et à l'ère carlovingienne, nous trouvons' le même concours de la part de tous les possesseurs

'objets anciens, et le même empressement hez les administrateurs éclairés des collec-

ons départementales ; les objets précieux onûés par les musées de Dieppe, du Mans,

ar ceux de Boulogne, de Beauvais, le colîge de Vervins, les musées d'Arras, de -royes, de Tours occupent' la majeure partie

e la salle consacrée à la première de ces pries avec la suite des monnaies de M. le pcomte de Ponton d'Amécouit et les beaux mvois de iMM. Carrand, Alfred Ramé, Rollin ]1 ?'euardent, du docteur Closmadeuc et de la iSbIiothèque du séminaire J'Autun.

Nous avons dit que la commission de l'his- >ire du travail avait reçu eu haut clergé de rancele concours le plus actif. Ce concours ! retrouve dès l'ère carlovingienne. Le tréor de la catliédrale de Sens, celui de Sainterophime d'Arles, l'église de Saiote-Paule tes Côtes-du-Nord, celle deSaint-Benoit-suribire, le séminaire d'Autun, l'église Saintjindoche de Saulieu, celles de'Chelles, de iiint-Orens d'Auch ^ et la cathédrale de ffoyes sont dignement représentés, à côté du lagniDque flabellum de l'abbaye de Touras, appartenant à M. Carrand, de Lyon, de statue équestre de Charlemagne , de ime Evans Lombe, des évangéliaires et des aautiers de la bibliothèque de Troyes et des paux manuscrits delà collection A. Firminildot.

Il La grande salle réservée au moyen âge, debis le commencement du douzième siècle ■ squ'au règne de Louis XI inclusivement, re également la plus grande partie des riuesses qu'elle renferme des trésors de nos .jlises et des collections départementales. Idles sont : la belle Vierge en ivoire du muse de Lyon, celle de Villeneuve lès-Aviaon, le candélabre de saint Remy, du muse de Reims; les crosses d'Angers, de Seuil, de Narbonne, de Versailles ; les grandes iâsses de Troyes, de Mauzac, de Rouen; le tlèbre calice de Saint-Remy de Reims, les iliquaires de Chartres, du Mans, de Poiirs, de Bousbecque, de Toulouse; les bisseries de la cathédrale d'Angers, celles 1 Reims, et mille autres objets précieux par ar origine et les souvenirs historiques qui ' rattachent.

IDans la galerie de la Renaissance, les col- :itions particulières dominent, et en dehors I la nef de Sainte-Ursule, du reliquaire de liras, de quelques grandes et belles pièces •irfevrerie et d'émaillerie religieuses, des mes des musées de Lyon, de celles de Draignan et de Rennes, nous aurions à citer m des noms connus et appr ciés dans le maine de l'art et de la curiosité, "'est ici que nous retrouvons toute la colition des faïences de Palissy et de son école, fies d'Oiron , dites faïences de Henry II, le admirable série d émaux peints , signés 1 noms les plus estimés de l'école de Liiges, et tous les charmants produits de ■t français au seizième siècle, extraits des

galeries des barons .lames, Alphonse et Gustave de Rothschild, de M. le baron de Theis, de M. Dutuit, de Rouen, de M. le capitaine Leyland, de Londres, de iM. le duc de Mouchy, de M. le vicomte de Tusseau, de M. d'Yvon, de la princesse Czartoriska,de celles de Mlle Grandjean,de Mme la baronne Salomon de Rothschild, du comte de Reiset et de tant d'autres collections justement célèbres.

Les salles consacrées aux dix-septième et dix-huit. ème siècles font suite à la galerie de la Renaissance et s'étendent de l'autre côté du chemin transversal, depuis le vestibule où se trouve placé le grand plan en relief de la Restauration des tombeaux de saint Denis exécuté avec une rare habileté par M. Villeminot sous la direction de M. Violletle-Duc , jusqu'à l'exposition des Pays-Bas qui ouvre de ce côté la série des sections étrangères.

C'est là que sont exposés les grards et beaux meubles ornés de marqueterie et de bronzes dorés, envoyés par la ville de Poitiers, par M. le baron Le Pic, par le duc de .Mouchy, le baron Alphonse de Rothschild, le comte de Chauveau, M. d'Yvon et le comte de Pontgibaud ; les marbres et les statues de MM. Strauss et Beurdeley, la série desélégants bronzes d'ameublement de M. le vicomte Clerc; les beaux spécimens des fabriques de faïences de Rouen, de Nevcrs, de Moustiers, de Marseille, etc., appartenant à MM. Maillet du B'iuUay, Davillier, Aigoin, Morel, Périlleux, Delaunay, Achille Jubinal, Bigle, aux musées de Rouen, et de Nevers ; les porcelaines françaises des premières époques; les pâtes tendres de Sèvres; les pièces d'or'évrerie religieuse confiées à la commi sion par la cathédrale de Troyes, par M. le vicomte d'Aigneaux; les vêtements sacerdotaux de la cathédrale de Reims et de Villencuve-lès-Avignon, ainsi que la précieuse série des imprimés français réunis par M. A. Firmin Didot pour l'histoire des caractères d'imprimerie depuis l'origine jusqu'à nos jours dans les villes de Paria et de Lyon.

Pius loin se trouvent tous les objets mobiliers des règnes de Louis XIV', Louis XV et Louis XVI apportés par M. Double et dont la collection forme un ensemble bien inté essant pour l'iiisloire de ces dernières époques; meubles rehaussés de fines marqueteries, bronzes ciselés par les premiers artistes du temps, marbres, statuettes, figurines, vases de toulo sorte, pièces d'orfèvrerie, armes, tapisseries, étoffes, services complets en porcelaine de vieux Sèvres, formant un ensemble de spérimens parfaitement choisis des industries les plus variées en honneur aux dixseptième et dix-huitième siècles.

L'argenterie et l'orfèvrerie de table sont représentées par les collections justement célèbres de M. le baron Pichon, de M. le comte . de Pontgibaud, de M. le comte d'Armaillé; et les vitrines renferment les plus charmants échantillons de la bijouterie française, les

boîtes en émail, en vernis Martin, en cristal de roche, en or, appartenant à S. A. le duc Georges de Mecklembourg, au duc de Mouchy, à M. de La Rochefoucauld duc deBisaccia, à M. Léopold Double, à MM. Hunt et Ko^kell de Londres, avec les vafes en vieux Sèvres de MM. Thiac, vicomte de Saint-Pierre, Beurdeley, de Sampayo et les cristaux de roche de M. Baur, etc.

Les collections envoyées par M. de La Faulotté, le comte de La Béraudière et M. Spitzer occupent également une place importante dans les deux dernières salles de la section française, et les objets m! biliers qui les composent, bronzes, marbres, porcelaines, sont d'un choix irréprochable. Nous voudrions indiquer aussi la série des montres anciennes de JIme d'Hargeville , comprenant plus de cent cinquante pièces d'origine française et d'un goût exquis, les beaux marbres et les porcelaines de Mlle Grandjcan , celles de Mme la marquise de Fénelon, de Mme la baronne leCoulteux, du comte de Beausfier, du docteur Coqueret, du vicomte de Pulligny, de M. Delamarre, les meubles en vernis ilartin, et les groupes en marbre de M. d'Yvon, les grandes tapisseries du capitaine Leyland, de M. de La Herche, le beau service de Sèvres de M. Corbyn, la suite des terres cuites de Nini, réunies par M. Cbarvet, les beaux clavecins de MM. Lavignée et Henri Herz; mais l'e?pace nous manque et nous devons renvoyer au catalogue que publie en ce moment la commission de l'histoire du travail.

Nous ne saurions toutefo-s quitter ces galeries sans dire un mot de la précieuse collec^ tion d'éventails appartenant à Mme Furtado, au docteur Piogey, à M. le baron Pichon, au comte d'Estampes, à MM. Duvelleroy. Vannier, Voisin, Duvaucliel et Singer, et sans, jeter un coup d'oeil sur les premiers essais d'Oberkampf, en 17C(), pour l'impression des toiles de Jouy dont les intéressants échantillons ont été pieusement conservés par M. La Bouchère.

L'Exposition universelle illustrée se propose de publier un certain nombre des objets les plus précieux appartenant aux diverses époques de l'histoire du travail, foit dans la section française, soit dans les diverses sections étrangères ; nous aurons donc l'occasion de revenir en détails sur une exposition dont nous n'avons pu donner qu'une idée bien insuffisante et qui répond, comme nous le disions, à un besoin général, aujourd'hui que le gotit des objets d'art et de la haute curiosité est universellement répandu, tout en présentant dans son ensemble un coup d'œil dont la variété, l'imprévu et la richesse doivent suflire à charrier les plus indifférents.

E. DU SoMMEHAItD.

Urnes et Vases.

DU MUSÉE RÉTROSPECTIF

Le savant directeur du Musée de Cluny, iM. du Sommerard, vient do vous introduire dans la partie la plus intéressante de l'Exposilion universelle de 1867, dans cette galerie du travail formée par ses soins et dans laquelle sont amoncelés tant de richesses, tant de chefs d'oeuvres, tant d'objets admirables.

Permettez-moi de me i^lisseï' à la suite du

dèlcs; cet aft si brillant du seizième au dix-huitième siècle, alors qu'il s'exerçait sur uue vile matière, et qui semble dégénérée depuis qu'une matière plus riche et plus belle sert à façonner ses ouvrages.

Que sont devenues en effet les célèbres poteries de Rouen, de Moustier, de Marseille, de Limoges, de Nevers? La porcelaine, cette brillante rivale, a fait dédaigner leurs rustiques attraits; les fabriques de faïence, jadis florissantes, se sont fermées ou transformées : l'art lui-même a disparu de chez elles, et il a plutôt perdu que gagné en venant prêter son concours à la rivale heureuse! Dans les neuf salles du musée rétrospectif on peut suivre pas à pas l'art céramique dans ses diverses phases, dansses multiples combinaisons. Tout est là^ depuis la lampe gallo-romaine, depuis

maître et de vous montrer quelques détails de ce vaste ensemble qu'il vient de faire étinccler sous vos yeux.

La galerie du travail est incomplète, il est aisé de s'en apercevoir; mais elle ne donne que le résultat d'un premier essai. Peu de particuhers paraissent avoir compris le but et la portée de cette exposition rétrospective, aussi la plupart des possesseurs de richesses artistiques dues à nos ancêtres n'ont-ils pas répondu à l'appel delà Commission impériale. Espérons cependant que la vue de cette magnifique collection de la galerie du travail leur fait déjà regretter de n'avoir pas cou-

les grossières poteries des Gaulois jusqu'aux élégantes porcelaines de Sèvres, jusqu'aux biscuits galants et mignards créés pour les boudoirs des petites maîtresses de laRégence!

Cette réunion de tant d'œuvres si diverses et si précieuses, nous la devons aux plus riches d'entre les riches. Eux seuls peuvent collectionner de tels trésors artistiques : mais rendons-leur grâce de n'avoir pas voulu les garder d'un œil jaloux dans leurs galeries particulières, et de les avoir pour ainsi dire exposés aux yeux du monde entier.

Parmi ces riches qui payent à prix d'or, c'est-à-dire à leur juste valeur, les merveilles céramiques des siècles passés, citons la famille de Rothschild. Elle a déposé les plus admirables joyaux de sa collection dans les vitrines du musée rétruspectif.

tribué à la rendre plus complète et par là plus instructive.

Tel qu'il est, le musée rétrospectif peut donner quelque idée du génie de certains siècles et de la magnificence de certaines industries que nous ne saurions contempler aujourd'hui sans admiration et sans humilité.

L'industrie céramique, par exemple; et quand je dis l'industrie, je me trompe, je devrais dire l'art céramique, cet art que les Bernard Palissy, les Luca délia Robia, les Conrade, les Clérissy portèrent à un si haut degré de perfection que leurs œuvres sont encore aujoui'd'liui d'inimitables mo-

Ainsi ces faïences dites de Henry II, que peuvent seuls se disputer des hommes arcliiinillionnaires et dont quelques objets se sont vendus à des prix incroyables, ont été exposées par M. le baron Alphonse de Rothschild. Ces faïences sont ornementées avec un goût, une délicatesse, un travail exquis. L'aiguière d'un dessin si simple que représente notre gravure appartientà cette collection. Un flambeau ainsi qu'une coupe de la même époque sont de vrais chefs-d'œuvre que l'on ne saurait trop admirer.

Non loin de celte aiguière, nous en voyons une autre attribuée à Bernard de Palissy et dont M. Alphonse de Rolbscbild est égalemont l'heureux possesseur. Cette aiguière en faïence émaillée est d'une forme gracieuse, la poignée représente un serpent tordu en

REUOISEMENT DES MONTAÛNiîS. — LE TORHENT DU LABOURET. — Dessin de M. Gaildrau-

:)is parties, le col de l'aiguière est entouré feuillages entremêles de Heurs, sur les mes on voit trois médaillons ovales séparés ir de gentilles figurines. Mercure, Neptune I Vénus sont représentés dans les médail- Éis.

fParmi les faïences du dix-septième siècle es à la fabrique de Nevers, nous remar-

quons une très-belle urne d'une hauteur de 40 centimètres environ.

L'anse figure un serpent qui mord l'extrémité supérieure du vase. Sur les flancs de ce vase une peinture, aux tons gais et gracieux, représente Vénus à demi couchée sous un berceau de feuillage et dérobant à l'Amour son arc et ses flèches. Le col, le pied

et l'anse de l'urne imitent le jaspe et l'imitent en perfection.

Dans la salle du dix-huitième siècle, nous trouvons deux vases d'un caractère bien différent. Ils sont en porcelaine, et furent fabriqués dans la manufacture de Sèvres, pour le roi Louis XV, à l'occasion de la fameuse vie : toire de Fontenoy.

LES COUCOUS DU LA FORÉT-NOlRE. — Dessin de M. Fellmanii.

Sèvres a produit peu d'objets d'un aussi ine travail. Le ton général de ces deux :es est d'un rose tendre, dans lequel servent de petits filets d'or incrustés; la inme de pin qui surmonte le couvercle de ]cun des vases est blanc et or; un chapelimitant des perles en entoure le couvercle si que le pied; des cordons en porcelaine inclie paraissent soutenir quatre médails placés sur les lianes de l'urne.

Sur le principal médaillon, l'on a peint l'un des épisodes de la bataille de l'ontenoy, sur les trois autres figurent des trophées et les armes du roi. Ces deux vases magnifiques appartiennent à M. Double, ainsi qu'une riche collection de tasses et d'assiettes du Sèvres le plus précieux.

Et maintenant, dirais-je que nous avons eu la prétention de mettre sous les jeux de nos lecteurs les plus beaux spécimens de

l'art céramique exposés dans la galerie du travail"? Non, certes ; parmi tant de belles choses, tant de merveilles, il serait fort diflicile de faire un chois, et nous n'avons prétendu qu'indiquer, en prenant quatre vases de caractères divers , la variété qui règne parmi les productions d'un art admirable et jadis si florissant.

Paul Bbllet.

I2G L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1»(i7 ILLUSTRÉE.

Le torrent du Labouret.

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