‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 30 sur 134 · REBOISEMENT DES MONTAGNES · texte numérisé non relu

REBOISEMENT DES MONTAGNES

Tout le monde, à la suile des débits intéressants qui ont eu lieu au palais législatif, il y a quelques années, a entendu parler du reboisement des montagnes. Tout le monde sait que, loin d'avoir usé de nosrichesscs en bons pères de famille, nous avons — quand je dis nous, il faut entendre nos grands-pères autant que nous — «enfin nous avons gaspillé l'épargne de nos enfants, et aojourd'hui nous sentons le besoin de leur en reconstituer une. Mais les bois ne viennent pas en une saison à maturité. Une heure suffit pour abattre un arbre auquel il a fallu deux cents ans pour croître.

Cette facilité de destruction explique l'étendue des ravages que l'incurie et l'insouciance avaient produits. Ajoutons-y, surtout • dans le Midi, l'abus du pâturage qui tendait, selon le vœu secret des habitants de chaque commune, à faire dé tous les bois des pâlis, — transformation facile, car la dent des bestiaux est mortelle aux -forêts, — et l'on pourra se faire une faible idée de l'état de nos montagnes.

Qu'est-il arrivé de cela? Hélas! ce que tout le monde sait également. De terribles inondations viennent, chaque année, désoler les conti'ées situées au pied de ces montagnes, et non-seulement ravagent ces plaines, mais étendent leurs fureurs au loin. La Loire n'est que trop célèbre par ses débordements, et malheureusement n'est pas la seule de nos rivières que nous ne pouvons plus contenir dans son lit.

Ces réflexions préliminaires — un peu graves peut-être — étaient cependant indispensables, d'abord pour faire comprendre au visiteur de l'exposition forestière l'importance des travaux dont l'administration avait assumé la responsabilité, et, en second lieu, la portée des plans-reliefs dont nous voulons en quelques mots étudier le plus curieux. Le plan-relief du Labourel est destiné à faire voir l'état actuel d un col des Basses-Alpes au fond duquel coule — quand il y a de l'eau — un torrent formé par la réunion au plus bas des pentes de tous les cours d'eau que la pluie forme sur les flancs des deux montagnes, cours d'eau qui suivent les plis naturels de la montagne.

La vallée du Labouret renferme la route impériale qui conduit de Monipellier à Coni. Cette route longe d'abord la rive du torrent, puis s'élève en lacets sur la pente, monte en éeharpe, à mi-côte, et atteint, avec une pente carrossable, le col supérieur de la vallée, point par lequel elle doit nécessairement passer pour continuer son chemin à travers les montagnes voisines. En temps ordinaij e,

c'est-à-dire sous le soleil du pays, le torrent est à sec et ne marque sa route que par des roches éboulées et des cailloux roulés et usés par le frottement des eaux; mais qu'un orage vienne à fondre sur la montagne, et, en quelques instants, le Labouret va se réveiller furieux, grondant, mugissant et terrible. L'eau ruisselant sur les pentes nues de la montagne se précipite dans leThalweg, Jes terres, les pierres sont entraînées, emportées, et la masse des eaux rouiantes augmente ses ravages de ceux des rochers qu'elle déplace, lance ou dépose.

Le résultat est facile à prévoir : toutes les parties solubles qui d'abord encombrent le lit du torrent sont emportées par lui et répandues avec les pierres sur les campagnes environnantes; la plaine cultivéedevienl déserte, les routes, les ponts sont coupés, emportés, la montagne s'abat en détail sur la plaine et y anéantit le travail de l'homme.

On a été bien longtemps à comprendre la marche — cependant bien simple — du phénomène, et de nos jours cependant on a fini par trouver le remède, qui se réduit à cette proposition élémentaire : empêcher les eaux du ciel d'arriver toutes en même temps au point le plus bas de la pente. Tout est là. Or empêcher des eaux de descendre une pente, c'est les retenir. Il faut donc, non point opposer au torrent des digues, des barrages, des résistances, en un mot, qu'il se ferait un jeu de rompre; il faut ralentir l'arrivée de chaque ruisselet qui lui apporte son tribut. C'est toujours la fable du faisceau de flèches que l'homme ne peut rompre, prises ensemble, mais dont il vient facilement à bout, en les prenant les unes après les autres. Or, sur le le terrain, la réparation de chacune des flèches est beaucoup moins simple que cela n'a l'air de l'être dans la théorie. Tous ces travaux sont chers, les ressources sont bornées, il importe donc de ne point faire de travaux inutiles. L'indispensable, rien de plus. Heureux encore si l'on peut y arriver.

Nous ne pouvonsentrer ici dans l'énumération, même approximative, des travaux nombreux et difficiles que présentent de semblables opérations : il nous sulTira de dire qu après avoir déterminé exactement l'étendue des versants qui apportent leurs eaux dans le Labouret, on est parvenu, en consultant des moyennes météorologiques, à savoir combien d'eau le torrent pouvait rouler pour devenir dangereux. C'est de là que l'on est parti. Puis, procédant du bas vers le haut des pentes, on a pratiqué des barrages sur toutes les rigoles susceptibles.de rassembler les eaux, ce qui produisait le long des plis secondaires du terrain une série de petits bassins ornés de chutes, mais dans lesquels l'eau, retenue plus ou moius de temps, déposait ses matières en suspension et — chose précieuse — perdait sa force acquise et devenait jnoiie. Or enlever à l'eau sa force d'impulsion, c'est la dé.sarmer en partie.

Ces barrages, très-visibles sur le plan-relief, ont été construits aussi simplement que possible, en pierres prises sur les lieux, où, hélas I elles ne manquent pas. Mais il fallait quelque chose pour maîtriser ces digues, et c'est ici que le rôle du forestier s'est montré décisif. C'est en plantant à propos, sur les bords de ces bassins, au bas de ces barrages, des saules, des au.nes, des frênes et autres arbres à prompte croissance, que l'on e£t parvenu à consolider le tout et à ajouter au barrage superficiel pierre, le barrage souterrain et aussi efficace du chevelu des racines.

Ce n'est pas tout encore. A la faveur de ces travaux continués avec pei'sévérance, le sol environnant se conservera, d'abord sous une couche de gazonnement que l'on y fonde, puis par la racine des arbres que l'on y isème et plante peu à peu. Viennent les pluies, les orages alors : la motle de gazon et de racines ne laissera point échapper les molécules de terre qu'elle contient; le lit du ruisseau supérieur ne se remplira plus de détritus, car la roche non déchaussée de sa terre ne roulera plus au bas de la montagne, et dans quelques anns es le torrent se trouvera éleiiil. Il ne coulera plus qu'un maigre filet d'eau, mais coniinu et formé par l'infiltration lente que laissera descendre vers lui le tamis de racines feutrées dont les forestiers auront enveloppé la montagne.

H. DE LA Blanchèhe.

Les Coucous de la Forêt-Noire.

Ils sont dans la section attribuée au grand-duché de Bade, et le bruit monotone et régulier de leurs balanciers frappe de loin l'oreille du visiteur qui parcourt cette partie de l'Exposition. Tous les quarts d'heure une sorte de frémissement se produit dans chaque horloge ; la petite boîte ménagée dans la partie supérieure s'ouvre, le coucou sort et lance, en remuant sa gorge bleuâtre, en agitant ses ailes grises, le cri mélancolique qu'on écoute avec tant de charme lorsqu'il se fait entendre dans la profondeur des grands bois.

Les industriels de la Forêt-Noire ont tenu à justifier une fois de plus leur vieille réputation d'habileté. Chacun sait que les vallées agrestes de la Murg, de la Kintzig et de la Houb, sont habitées par des populations de travailleurs actifs qui ont conservé, de nos jours, l'originalité des usages, des mœurs et des costumes antiques. C'est p irmi eux qu'on retrouve le large tricorne, le grand habit à la mode du dix-septième siècle, la culotte de velours, les souliers à boucle. L'habifant do la l'orêt-Noire est doué d'une dextérité réel-

ment prodigieuse. Avec son seul couteau il infectionne pendant les longues soirées hiver ces mille menus chefs-d'œuvre en )is si appréciés dans le monde entier. La iture, du reste, lui a abondamment départi s matériaux. Si pendant neuf mois do 1 unie les montagnes, dont la chaîne constitue •Shw.-ifhira/d, ont leurs cimes couronnées I neige, les parties basses et moyennes sont luvertes de forêts épaisses que la hache du icheron ne peut parvenir à entamer, et imposées principalement de sapins blancs, irbre qui se prête le mieux aux usages les U8 divers. Mais de toutes les industries ;xquelles se livrj l'habitant de la Forêt- )ire, la plus répandue et la plus fructueuse, t l'horlogeri ■. L'horlogerie, dans la Forêt- )ire, est moins une industrie qu'une insti- Ition. Les ouvriers, suivant les différents «vaux qui concourent à la fabrication d'une rloge, forment autant de corporations ant chacune leurs attributions bien disactes; ébénistes, horlogers, doreuis, fonlurs, mécaniciens, émailleura. Par les soins

grand-duc Léopold, une école spéciale a 1 établie à Furtwangen d'abord, puis transitée dans CCS derniers temps à Fribuurg en asgau. Enfin, la création, en 1851, d'une biéié d'horlogerie anonyme et par actions, lté un véritable bienfait pour les travailleurs I cette contrée industrieuse. Tout se fait ns les ateliers de la société, depuis le déuiliemeut des matières premières jusqu'au i vail des pièces qui exigent la plus grande ïrfection, tels que les boîtes des régulateurs Ja plupart des pièces mécaniques. Les ouiers contribuent par un apport ir une caisse ! secours et de retraite, grâce à laquelle, i sont assuiés de recevoir des secours en

de maladie, et de petites pensions lorsi la vieillesse ou toute autre cause ne leur raiot plus de travailler, m n'entre, ni dans le cadre de notre sujet, Idans nos intentions, d'entreprendre l'éiméralion des rouages dont est composée .(te machine à mesurer le temps, et le récit

différentes transformations qu'a subies !tde 1 horlogerie, depuis sa naissance juslà nos jours. Aux gnomons, aux cadrans iiires, aux clepsydres à eau) puis à sable, œédèrent peu à peu des mécanismes plus pplets, dans lesquels la force motrice était unée par l'eau, s'écoulant avec une vitesse : btante et par un orifice invariable. Mais (.pareil mode de construction ne pouvait I propre qu'aux pays seuls où l'eau couwe toujours sa limpidité. Aussi l'eau torahte fut-el e bientôt remplacée par un poids, me résistance constante, qu'il fallait vainipour entretenir le mouvement, fut le régulur de tout le système. La première hori à poids dont nous parle l'histoire est e que le calife llaroun-al-Reschid envoya, re autres présents, à Charlemagne. Mais lut seulement cinq siècles plus tard, sous le ne do Charles V, que fut construite à

Paris, et placée dans la tour du palais qui est encore nommée tour de 1 Horloge, la première horloge publique. La découverte capitale du pendule fit entrer l'art de l'horlogerie dans une ère nouvelle. Oa sait comment Galilée, en observant dans l'église métropolitaine de Pise, le mouvement réglé et périodique d'une lampe suspendue à la voûte, reconnut l'égale durée des oscillations, et de cette observation, confirmée par des expériences réitérées, fut amené à dé luire quel pouvait être l'usage d'un pareil phénomène pour la mesure exacte du temps. Galilée, comme tant d'autres inventeurs, ne devait pas être témoin du triomphe de sa découverte, dont Huygens donna l'application utile en adaptant le pendule aux boïloges comme régulateur et non plus comme premier moteur. Le problème était trouvé, l'horloge existait ; mais l'horlogerie de précision ne date véritablement que du siècle dernier, après les travaux de Pierre Leroy qui inventa l'échappement libre et le pendule à compensation, en fabricant un balancier composé de lames de métal inégalement dilatables, afin de remédier aux changements de longueur de la tige du pendule. Depuis près de soixante ans, chaque jour a vu apporter de nouveaux perfectionnements à la fabrication de tous les genres d'horlogerie. Mais si l'on parvient aujourd'hui à produire des instruments presque irréprochables, ils ne peuvent être livrés qu'à des prix fort élevés et tout à fait inabordables pour les classes peu aisées et travailleuses. C'est ici qu'éclatel'ulilitéde l'antiquecoucou, accessoire indispensable du mobilier même le plus modeste, du coucou dont le tic tac résonnant dans la mansarde de l'ouvrier, dans la chaumière du paysan, leur rappelle à chaque instant la vérité de ce grand proverbe : Le temps, c'est de l'argent.

lUouL FEniiiîiiii.

Mademoiselle Mars.

Elle est là, assise dans un de ces vastes fauteuils du grand règne, que la tradition de la Comédie-Française range en demi- cerc e sur le devant du théâtie. Il est impossible de la voir ainsi, sans recomposer aussitôt par la peosee l'eui-emble de la scène. Les deux petits marquis, Acaste 1 impertinent et Clitanure le fat, jacassent autour d'elle et font la roue. La douce Éliante et Philinte l'homme de cour sourient avec indulgence : plu» loin, es bourru d'Alceste boude et gronde en son coin, le dos à demi tourné.

Elle, la déesse du heu, la belle Célimène, elle écoute : l'une de ses mains laisse pendre l'éventail ; de l'autre bras, il semble qu'elle s'accoude pour reposer sa têie; mais cette

tête pose à peine sur les deux doigts levés, qui ne font qu'effleurer la joue. On sent que la dame frémit de l'impatience de répondre. Elle attend la balle, pour la saisir au bond, et la renvoyer à son interlocuteur. Cette figure est spirituelle, ironique et tranquille. Cilimène est sûre d'elle-même ; elle connaît sa force au jeu de la conversation : elle sait bien qu'on ne la prendra jamais sans vert.

Tout à l'heure, elle va, d'un mouvement rapide, ouvrir cet éventail, et de ces lèvres qui sourient au repos, elle lancera une de ces cruelle.» épigrammes où chaque mut porte coup et fait blessure.

Elle est charmante en vérité, cette statue de M. Thomas. La pose en est harmonieuse et libre; les bras sont vraiment beaux, et les mains d'une élégance souveraine. La tète est noble et fière. Ce n'était pas chose commode de marquer le mouvement du corps sous ce costume : on le devine sous les plis du marbre, qui rendent avec bonheur les chiffonnements de la soie.

Mais pourquoi l'avoir coiffée d'une perruque? car il n'y a pas à s'y tromper : c'est une perruque qu'elle porte. Elle est fort bien faite cette perruque, et sans doute un artiste capillaire y trouverait son compte. Mais estce que ce visage ne serait pas mieux accompagné de ses propres cheveux que de celte perruque rnate, plaquée sur le haut de la tête, fit qui y semble comme collée ?

Mlle Mars portait perruque, cela est évident, quand elle jouait Célimène. Mais qu'importe! ce n'est pas précisément l'actrice que doit rendre la sculpture, mais Célimène ellemèine, c'est-à-dire la femme la plus femme qu'il y ait jamais eu au monde, et Célimène se servait de ses cheveux.

Il faut dire que, dans cette œuvre, ce qui satisfait le moins, c'est la figure. Jamais le marbre, avec sa sereine immobilité et son absence de regard, ko reproduira la physionomie de la coquette moderne, telle que l'a conçue et peinte Molière. C'était affaire aux sculpteurs de l'antiquité de rendre la beauté des femmes de leur temps, qui était tout entière dans la pureté des lignes et l'harmonie des mouvements.

Comprenez-vous Célimène sans l'étincelle du regard, sans le jeu varié de la physionomie, sans l'expression moqueuse des lèvres 'i* Tout cela se fige dans la rigidité du marbre. Célimène, c'est la Monna-Lisa détachée de son cadre, quelque chose d'énigmatique, souriant et cruel à la fois; mais est-il possible de se figurer la Joconde sans ses yeux perçants et ironiques? Non, il est certains côtés de la vie moderne qui échappent à la sculpture. Célimène n'était pas de celles que l'on peut fixer en marbre, et il a fallu bien du talent pour donner à cette statue le mouvement et la grâce qu'elle déploie.

Il est bien probable qu'elle sera achetée par la Comédie-Française, si elle n'a été commandée par elle à l'artiste. Elle conservera,

dans une matière impérissable, le souvenir de la comédienne, qui enclianta nos pères. Cethonneurn'aura guère élé rendu qu'à elle et à la muse de la tragédie antique, à Mlle Rachel. Les autres artistes n'ont que des bustes.

tilais on assure aussi que Mlle Mars les passait toutes. C'était la perfection même, sinon dans tous les rôles, car elle manquait de force et de pathétique, au moins dans ceux qui n'exigeaient qu'une tendresse aimable, ou le manège de la coquetterie. Célimène et Sylvia, le Slolière et le Marivaux, c'est là qu'elle triomphait.

Célimène surtout! car Célimène, c'était elle, si ce qu'on dit est vrai. Personne ne fut plus mauvaise qu'elle , personne n'eut le mot plus méchant et plus rapide; personne ne se plut davantage à désespérer les gens, ou tout au moins à les l'aire enrager. Le Figaro nous a donné, en ces derniers jours, une preuve assez inattendue de ce caractère diabolique. Les lettres qu'il a publiées d'elle à Mlle Doze, son amie, sont des chefs-d'œuvre de malice fémiliine : elles distillent du venin.

Ce n'est certes pas l'esprit de Célimène; quand Célimène parle , on sent que Molière est derrière qui tient la plume.

C'est son art d'enfoncer le trait, et de rire ensuite quand la blessure saigne.

Mlle Mars était célèbre au foyer de la Comédie-Française pour ses reparties cruelles; l'était-elle, dans la vie privée, par ses coquetteries? je n'en sais rien ; mais pour noua, qui ne l'avons connue que par tradition, la femme a disparu dans l'artiste. M. Thomas en aura laissé un beau portrait, qui tiendra sa place dans l'admirable galerie que possède la Comédie-Française.

Ceux qui l'y verront dans un siècle ou deux, ne lui adresseront qu'un reproche : c'est de présenter dans ce marbre plutôt l'actrice oubliée que l'éternelle Célimène. Parmi les bustes que possède le Théâtre-Français, quelques-uns ne sont pas ressemblants à l'original ; ils ressemblent à l'idée que l'avenir s'est formée du poêle, en le voyant à travers ses œuvres. Peut-être la postérité, qui a confondu le souvenir de Mlle Mars avec le type toujours présent de Célimène, ne retrouverat-elle pas dans cette statue l'idéal qu'avait vêvé son imagination.

Et pourtant c'est un excellent morceau de sculpture, qui a fait, il y a deux ans, l'admiration des connaisseurs à l'exposition de

peinture, et qui est très-digne d'être montré, dans la grande Exposition universelle, aux amateurs de toutes les nations.

Francisque Sarcey.

CHRONIQUE

12 septembre.

« On aurait dû, a-t-on dit, retarder les récompenses jusqu'à la fm de l'Exposition :

STATUE DE Mlle MARS

de la sorte , les exposants auraient clé maintenus jusqu'au bout sur le champ de bataille, et le jury aurait eu le temps de revenir sur les erreurs du premier jugement. »

Ce raisonnement, dont j'ai entendu d'innombrables éditions, ressemble au serpent qui se mord la queue ; il se retourne contre lui-même. — En effet, les exposants, au lieu d'assister au début de l'Exposition, auraient attendu pour venir que le jury fût réuni pour les juger, et le jury, d'un autre côté, aurait attendu pour se réunir le moment de son verdict. Car, espérer de retenir à Paris exposants et jurés, du commencement à la fin de l'Exposition, — c'était chercher la chose impossible. — Il y aurait eu moins d'erreurs, parce que les jugements à rendre auraient été préalablement éclairés

par les débats de la presse, soit! Mais aussi, les exposants méconnus ou sacrifiés auraient eu moins de temps pour se plaindre et réclamer les compensations enviées, — on sait lesquelles.

D'autre part, les exposants récompensés auraient dit : « C'est bien la peine qu'on nous donne une médaille, pour ne pas nous laisser le temps de l'étaler dans notre vitrine, et de profiter de l'attention éveillée sur nous par la récompense! Si l'on eût fait, auraient-ils ajouté, la distribution au mois de juillet, cela nous aurait permis de nous faire une clientèle à la faveur do l'éclat jeté sur nous. »

Et savez-vous ce qu'on eût ajouté, si le jugement du jury avait été retardé jusqu'à la fin de l'Exposition? On aurait dit qu'on avait adjugé les prix aux exposants qui avaient fait le plus de réclames.

La fête du 1" juillet a sauvé, du moins, la presse et le jury, d'un tel reproche.

Du reste, toutes les récompenses n'ont pas été données le 1" juillet. Le jury des groupes VllI et IX est en permanence, ainsi que celui de la classe 95, dont les prix ont été réservés jusqu'en octobre.

A propos de la classe 95, la classe du travail manuel, nous avions rêvé, dans la réunion des bureaux du dixième groupe, d'organiser toute la vaste galep rie des machines, dans la section française , en ateliers de travail en fonctionnement.

C'eût été un speclacle sans pareil, dont on peut se faire une idée par l'échantillon réalisé de ce projet dans la section de la classe 95, qu'on nomme la section des pea/sme'rfers. Ce petit coin, dont notre ami Victor Meunier a commencé la description, est le grand attrait de la galerie des machines. Par le succès obtenu là, jugez de l'immense impression qu'aurait exercé le même spectacle sur tout le pourtour de la nef.

Mais ce qui n'a pas été fait se fera. Car vous n'ignorez pas, je pense, que le pétitionnement pour le maintien du Palais du Champ de Mars a déjà commencé. A mesure qu'on se rapprochera du 1" novembre, vous verrez la marée des réclamations monter toujours, je vous le prédis.

Fn. DucurNG.

Imprimerie génér.iledo Ch. Lihure, rue de l'Ieurns, 9, à Paris.

L EXPOSITION ll^IVERSEllE

PUBLICATION INTERNATIONALE AUTORISÉE PAR LA COMMISSION IMPÉRIALE

EDTTFrrHS; M. E. DEHTII,

ConcesBionnaire du Catalogue o/,ici«J, éditenr de la Commission impériale, n. PIKBRB PETIT,

Concessionnaire de la photographie du Champ de Mars, [ hi.'.jËraphe de la Commission imiiériala.

CO LIvralMonn de lO pa^e« In-A".

PRIX DE LABOHNEUENI

Anz 60 tivraiflona pour tonte la France so fr

La livraison , ' ^

Par la posta .'.*.;' ' ï • 0<

Pour ('elianger, les droUi de fiosie en ms. Enreaus d' abonnera enta : rua de Richellen, 106.

RÉDACTEUR EN CHEF l

m. r. uiTCviNGi,

Membre dn Jnry international, COMITÉ DE RÉDACTION :

MM. Armand Duuaresq, Erneat Dhéolle, Moheko-Eenriqdei, Léon Plée, Ang- ViTD, membres du Jury inleriiutlonal.

SOMMAIRE DE LA 39" LIVliAlSO\,

Du 16 septembre 1867.

I. Le Muséedp SQuth~Keiisinii(oii(lgTR\'.),iiar^]. P. Bellet.

— II. La lioumauie (1 grav.). par M. Victor Cosse.

— III. Les Costumes de Constant impie {k grav.), par M. Marie de Launay. — IV. Les Faïences françaises (1 grav.), par M. Emile de la BédoUière, — V. Les

Indes anglaises (1 grav.), par M. Trosper Poitevin. —

Page 1