‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 45 sur 134 · PLAT GALLO-ROMAIN · texte numérisé non relu

PLAT GALLO-ROMAIN

à la faveur des ténèbres »

On chercherait vainement aujourd'hui, sur les eaux du Les vant, des caïcs tels que ceux des cosaques du P. Dan. L'art naval de l'Occident, dont il faut, bon gré mal gré, adopter les règles, substitue chaque jour ses modèles aux types qui furent pendant si longtemps cliers aux marins extraeuropéens. A part le caïc du Sultan, qui est énorme, il ne reste plus dans le Bosphore de caïc capable d'une navigation en haute mer; encore le bateau d'Abdul- Aziz-Khan n'est-il qu'un bâtiment de promenade.

Le caïc de l'Impératrice, tout coquet qu'il est, n'a pas la prétention de ressembler à la vaste et splendide embarcation du Sultan, le plus magnifique assurément des bateaux de plaisance aujourd'hui h flot dans les deux mondes. Mais il représente nettement le type

tinoplp, et le pta(;a sur l'un des bassins du parc de Fontainebleau, où se trouvait déjà la jo'ie gondole qu'on lui a construite à Venise, et dont nous doutons également le dessin. Il faut la remercier de son envoi au Champ de Mars. La présence de son caïc et de sa gondole y complètent l'exposition des nations méditerranéennes, qui ne se plaindront certes pas de ce qu'on leur ait ménagé l'espace, espace rempli d'ailleurs d'une taçon dont ce recueil a signalé à diverses reprises le haut intérêt.

Léon Renard.

MUStîE RÉTROSPECTIF.

Un Plat gallo-romain.

11 faut accorder l'éloge largement et sans restriction à ceux qui ont eu l'idée féconde, intelligente, et vraiment libérale de compléter l'Exposition des merveilles de l'industrie contemporaine par le speclacle de l'industrie du passé. Je ne sais rien de plus fécond en enseignements que ce Musée de l'hisloire du travail qui entoure d'une ceinture de chefsd'œuvre le Jardin intérieur du Palais, réservé, comme on sait, aux plus belles productions de la sculpture.

L'histoire du travail, c'est l'histoire même de la civilisation, — c'est la mesure du progrès accompli. L'homme ne vaut que par ce qu'il fait. Un écrivain enthousiaste ajoute : L'histoire du travail, c'est aussi le pressentiment du progiès futur Il y a là plus

qu'un paradoxe : il y a une bonne vérité, qu'il faut" accepter dès maintenant. Pour qui sait lire, l'histoire du passé est l'histoire de l'avenir, Les pas de l'humanité s'enchaînent, et le meilleur moyen de savoir où elle va, c'est de regarder d'où elle vient, Savez-vous, d'ailleurs, rien de plus intéressant que cette muette interrogation du passé'? Quoi de plus curieux que cette recherche des mille vestiges, partout épars, où nous retrouvons la trace des siècles évanouis'? Ces meubles, ces bijoux, ces instruments sont tous frappes au coin d'une pensée qui n'est plus, mais qui anima nos semblables, nos pères, — ceux dont nous descendons et qui furent avant nous.

Une exposition vraiment complète de l'histoire du travail, écrite pour chaque époque avec la série complète des objets qu'elle produisait, rangés avec ordre et méthode, serait un spectacle que je ne donnerais pour aucun autre.

On y verrait la civilisation primitive de l'humanité descenfue des hauts plateaux de l'Asie centrale, hésiter un moment sur leurs lianes, et se diviser bientôt en deux courants biendistincts — l'un sedirigeant vers l'Orient

— où il s'est figé « comme la coulée de lave une fois sortie du volcan; » — l'autre se répandant sur l'Europe, la couvrant, la remplissant, débordant hors de ses limites trop étroites, et, par delà l'Océan, allant animer de son activité féconde la solitude d'un monde nouveau.

Ce plan grandiose n'embrasserait rien moins que le monde tout entier. Nous convenons les premiers qu'il serait d'une réalisation difficile. — On y viendra peut-être. — Le difficile n'est pas l'impos-ible, et chaque jour amène entre les nations une entente plus large, que rend plus aisée la collaboration de toutes à une grande œuvre commune. Si les collections publiques et particulières n'ont pas répondu cette année assez complètement à l'appel de la Commission, peut-être ne fautil pas trop s'en étonner. Ci tait la première fois que l'on tentait une pareille entreprise : tout le monde n'en a pas compris la portée; on voulait voir; chacun attendait son voisin. Jamais les éléments d'une histoire du travail ainsi entendue, n'avait été annexée à une

exposition de l'industrie Même aux idées

les plus justes, il faut du temps pour faire leur chemin. Mais le succès partiel obtenu déjà par un premier effort, nous garantit dans l'avenir un succès complet.

Onze peuples ont pris part à cette lutte internationale du passé : les Français, les Holla: dais, les Autrichiens, les Espagnols, les Portugais, les Suisses, les Danois, les Suédois, les Norwégiens, les Russes et les Anglais.

L'histoire du travail en France est exposée dans sept grandes salles qui se suivent, et où les objets destinés à l'examen et à l'étude se succèdent avec beaucoup d'ordre.

Nous commençons avec des silex taillés par éclats, armes et ustensiles des peuplades primitives, qui habitaient le sol où nous vivons, longtemps avant les Celtes et les Gaulois, et nous finissons avec la bonbonnière Louis XVI et les boîtes à mouche de M. de Mouchy.

La deuxième salle, dans laquelle nous introduisons maintenant le lecteur, est consacrée à la période gauloise, romaine et galloromaine. Nous sommes sortis de l'àgede pierre. Il ne s'agit plus de haches en porphyre ou en jade, de harpons barbelés, de poinçons taillés dans des os, ou de mâchoires d'animaux, façonnées en massues.

Nous trouvons ici le bronze et ses mille applications à tous les usages de la vie; voici des casques, des coliers, des épées, des boucliers, des flèches, des javelioes, des brazercs, des trépieds; — mais nous n'avons pas seulement du bronze, nous avons de l or finement travaillé, et des verres légers, aériens, que les années, en les dépolissant, ont revêtus des teintes opalines ou irisées, nous avons des terres cuites, boîtes, tirelires, coupes et plats.

Précisément, c'est un plat que nous mettons aujourd'hui sous les yeux du lecteur.

Ce plat, de belles dimensions, et d'une conservation remarquable, est d'une régularité parfaite : il est rond comme un bouclier grec ou romain ; une décoration légère et gracieuse fait courir sur la bordure une dentelure de festons ondulés, auxquels succède une sorte d'ourlet renflé légèrement. Vient ensuite un quadruple ruban, formant des nœuds de place en place. Puis on arrive à la décoration centrale, que figure un polygone inscrit dans un cercle, La polygone est à huit pans, symétriquement divisé en figures géométriques, carrés et losanges. De fines rosaces occupent le centre des carrés , et diverses figures , formées de traits à main levée, égayent les losanges.

Ce que l'on peut reprocher à cette pièce, très-intéressante d'ailleurs, c'est, peut être, une symétrie par trop régulière. On lui voudrait un peu plus de liberté dans la fantaisie, dont firent preuve les maîtres de la Renaissance et du moyen âge. Une pareille œuvre, avec sa solidité, sa carrure, sa correction, sa netteté de lignes n'est pas un fruit de la spontanéité gauloise. Il faut y reconnaître l'influence du génie romain — toujours un peu lourd, même quand il veut badiner. — L'époque à laquelle appartient ce curieux spécimen de la céramique mérite, du reste, à plus d'un titre, l'attention de l'artiste comme de l historien. Cette race gauloise, facile, imitatrice , comprenant la supériorilé de ses vainqueurs, s'imprégna de la civilisation romaine, comme une molle toison s'imprègne de la pourpre généreuse. Le plat que nous reproduisons ici est un preuve nouvelle de la vérité de nos assertions.

Un Plat de Rouen.

n Autrefois, on mettait les fa'iences au feu ; aujourd'hui, c'est le feu qui est aux faïences I » disait l'autre jour un vieil amateur, sortant du petit hôtel de la rue Drouot, éciiaudé des enchères que mène si lestement le marteau d'ivoire du seigneur Charles Pilet.

Notre amateur, sous une forme plaisante, exprimait une idée très-vraie. « Le feu est aux fa'iences! » Tout le monde en veut. C'est assez dire qu'il n'y en pas pour tout le monde. Dans ce beau pays de France, le caprice devient mode; la mode, engouement; l'engouement, fureur : il faut toujours que notre fantaisie s'accroche à quelque chose. Tantôtnous aimons les armes, tantôt les peintures; hier, nous collectionnions les boutons de guêtres; demain, ce seront peut-être des tuyaux de pipe.

Aujourd'hui la faïence règne et triomphe dans tous les cabinets d'amateurs.

Je partage trop ce goût pour ne pas le comprendre. La faïence est éminemment décorative. Par elle-même, elle est un ornement, et elle rehauss j encore tout ce qui l'environne. Un vase dcRouen couronne merveilleusement un vieux bahut de la Renaissance; une coupe

de Nevers est la grâce d'une crédence ciselée, et une plaque de vieux delft illumine tout un pan de muraille.

Le public est de notre avis. Les salles de l'Exposition universelle consacrées à la céramique sont peut-êire les plus fréquentées de toutes. — On s'extasie devant ces belles lignes, ces formes originales et ces galbes purs, non moins que devant ces couleurs vives et ces nuances délicates.

La céramique est certainement une des plus belles manifestations de l'activité et de l'industrie humaines. J'ajouterai qu'elle est aussi une des plus anc eunes. L'homme en eut toujours les éléments sous la main, et la nature même semblait l'inviter à les mettre en œuvre.

Le premier qui façonna l'argiledétrempée, et qui la laissa sécher au soleil, inven'a la céramique. Elle est contemporaine des premiers jours du monde.

La tour de Babel, bâtie en brique, fut une application grandiose de l'art céramique.

Le musée du Louvre contient de nombreux et beaux spécimens de la céramique égyptienne, composés d'une te:re pure, serrée, merveilleusement apte à conserver les plus fins reliefs et les plus délicates empreintes. — Parfois la glaçure blanche est rehaussée de dessins incrustés ou peints en bleu, noir, violet foncé, vert ou rouge. Parfois ces tons ilivers sont très-rapprochés, et tranchent les uns sur les autres avec une netteté parfaite.

La Grèce et l'Étrurie couvrirent de merveilles le midi de l'Europe. Rien de plus exquis que ces formes; rien de plus enchanteur que ces ornements.

Mais bientôt vinrent les imuisions dont les flots barbares roulèrent sur le monde occidental. La hache d'armes des Vandales et des Iluns brisa en mille éclats les plus magnifiques productions de la frêle céramique.

Pendant des siècles, le lïecret de cette gracieuse fabrication fut perdu.

L'industrie céramique reparut d'abord en Espagne, où elle fut introduite par les Maures; toutes les grandes collections possèdent aujourd'hui encore des preuves de son inépuisable fécondité. Ce que les Maures firent pour l'Espagne, les Arabes le firent pour la Sicile. On admire fort leurs vases d'un gaût oriental, dont l'émail, entièrement bleu, est couvert d'ornements vermiculésà reflets d'or et de cuivre d'un très-vif éclat. La pâte est, en général, plus blanche et plus serrée que celle des faïenceshispano-mauresques.

l 'expédition des Pisans contre Maiorque fit connaître à l'Italie la céramique mauresque, et ce peuple d'artistes, dont l'admirable organisation ne devait rester étrangère à aucune des formes de l'art, travailla la terre avec la même perfection que le bronze et le marbre. 11 suffit de citer les noms de Pesaro , de Gubbio, d't/rbino, de Faenza, de Castel-Durante, de Forli, de Caffagirlo, de Veniie, de Savone, de Gênes, de Naples et de Milan pour rap-

peler à l'esprit le souvenir des plus aimables créations.

En cela, comme en beaucoup d'autres choses, l'Italie se fit l'institutrice de la France. L'initiation céramique se fit par le midi et gagna vers le nord. C'est l'influence italienne qui domine à Moustiers, à Marseille, Avignon et Nevers. — L'est, aucontraire, subirait plutôt l'influence allemande.

C'est à Rouen que nous retrouvons dans tout son épanouissement et dans to ;te sa pureté le génie céramique français. C'est un plat de Rouen que reproduit notre illustration. La première manufacture royale de f-iïence fut établie à Rouen par François 1 ^

A la fin du dix-septième siècle la production rouennaise était dans toute sa vogue, dans toute sa prospérité; elle semblait défier toute rivalité française et étrangère. On pourra trouver silleurs une pâte plus légère et plus line; nulle part un plus richi émail, un coloris plus écla'ant, une fantaisie plus variée dans l'ornementation. Le plat que nous reproduisons ferait honneur au plus riche musée céramique du monde.

Louis Énali.t.

Costumes italiens.

Dis-moi comment tu t'habilles; jeté dirai qui tu es.

Au costume, aussi bien qu'à l'air du visage et à la démàrclie, on reconnaît l'homme. Au nord, le costume est sombre comme le climat; il est brillant et varié au midi, comme la campagne inondés de la lumière du soleil.

En Angleterre, tout le monde porte l'habit noir, depuis milord ducjusqu'au dernier des .mineurs du Lancashire. La seule différence est dans l'aspect de l'habit qui est neuf sur le dos de milord duc, et râpé, troué, percé aux coudes Eur le dos du mineur.

Au fond, cette race anglo-saxonne, qu'on croit si variée et si excentrique, s'habille tout entière sur le même modèle. A Londres et à Boston, chacun veut-être un gentleman. Or, le modèle du gentleman c'est l'homme bien rasé, pourvu de linge blanc, revêtu d'un bel habit, plein d'estime pour lui-même, les lords et les millionnaires, et de mépris pour le reste du genre humain. Ouvrez au hasard l'âme du premier Anglais venu, que ce soit Sa Grâce le duc de Bedford ou le palefrenier de Sa Grâce, vous n'y trouverez que des pensées de cet ordre-là.

De cette uniformité de pensées naît l'uniformi'é des costumes, ou pour mieu.i; dire, iln'yaqu'un seul costume, celui du gentleman, — Habit noir, pantalon noir, gilet noir, cravate blanche ou noi e, etchapeau en forme de tuyau de poêle.

L'Italien, lui, n'est pas indifférent au costume; chaque province a le sien, qui date de

dix siècles, et qui marque la diversité des races et des souvenirs. Piémontais, Lombards, Toscans, Romains, Napolitains, ont gardé et garderont encore ces vêtements si beaux, si nobles, ei variés, de forme et de couleur, qui sont pour eux comme un dernier souvenir des anciens jours. Le bourgeois ou le noble Italien, s'habille à la française comme tout le reste de l'Europe ; mais l'homme du peuple repousse ce costume étranger, si étroit, si lourd, si disgracieux.

De tous c"es costumes italiens, un seul est aussi laid que nos vêtements bourgeois^ et, j'ai regret de le dire, c'est le costume des montagnards de Suze, nos plus proches voisins. Ces montagnards n'ont d'Italien que le nom. Au fond, ils sont de la race des AUobroges, colonie gauloise qui s'est établie sur les deux versants des Alpes au temps presque fabuleux de Sigovèse et de Bellovèse.

Suze est au fond de la vallée, au pied des Alpes. C'est un des nombreux passages par où l'on va de Franceen Italie. Nos armées ont vingt fois frayé cette route, et les vieux Allobroges, portiers des Alpes, tantôt ouvraient tantôt fermaient la porte. De ki cette mine un peu sombre et mélancolique de gens toujours foulés les premiers par l'invasion.

A cette rude école de guerre continuelle ils sont devenus réservés, concentrés, défiants; mais leur âme s'est endurcie et leur courage s'est trempé comme l'acier le plus dur. C'est par là qu'ils ont mérité de défendre d'abord, et ensuite do dominer l'Italie. Pendant que Florence, sons los Médicis, s'endormait dans la joie et le plaisir, le sobre Piémontais, sans vue sur la merfcar Gênes était fermée), menacé à l'ouest par les Français, au nord-est par les Allemands, ne vivait que par miracle.

On le devine à ses vêtements qui n'ont rien de noble ou d'élégant. Son chapeau bicorne, sa veste à courts revers, son gilet long qui couvre la moitié du ventre, sa culotte courte etsesgros souliers sont tout à fait semblables à ceux de nos vieux paysans. Sa mine et son costume sont d'un dur travailleur, qui ne donne rien à l'apparence, et qui lutte bravement (vaincu quelquefois) contre la pluie, la neige, la grêle, l'avalanche, toutes les horreurs d'un climatalpestre, — et surtout contre le pire de tous les fléaux, — l'impôt.

Plus brillant est l'homme de Gênes, le pêcheur qui traîne son filet sur le rivage. Son costume, sans être trop recherché, ne manque pas d'éclat et d'ampleur. Sa tunique est serrée aux reins par une ceinture rouge et couvre les jambes jusqu'au genou et les bras jusqu'au coude. Un court manteau sans manches est agrafé vers le cou et un grand bonnet couvre la tête. Les bras et les jambes sont nus.

Ce pêcheur n'est pas le premier venu. Il a sa patrie et ses souvenirs, ses pères ont fait la gloire de Gênes; pendant le moyen âge ils ont disputé la Méditerranée aux Vénitiens et aux Turcs. L'amiral le plus illustre du sei-

- - Montagnard de Suze ^Piémont.,

zième siècle, André Doria était Génois; Christophe Colomb aussi, c'est à peine si l'Europe entière peut montrer depuis trois siècles deux marins pareils à ceux-ci. 11 n'est pas un des palais de Gènes qui n'ait sa tétîende et son

histoire. Ne parlez pas à ce fier pêcheur de Liverpool et de ses mille vaisseaux; ne lui dites pas que la moitié du coton de l'Orient et de l'Occident s'entasse sur les quais de la Mersey et de là se répand dans des milliers

Pêcheur de Gênes.

de manufactures. Il' secouera la tête et dira que ce coton vient d'Améri ^ue, et que sans le génie de Christophe Colomb il n'y aurait pour nous ni Amérique, ni coton, et que le génie est préférable au coton, et qu'après tout, s'il

Pifferaro de Rome.

UabiL;uiL de C:impidaito (,Sai'daiyLe;.

COSTUMES ITALIKN

Paysanne de Lombardie.

lui plaisait, à lui aussi, de fabriquer des mouchoirs de poche et des toiles peintes et de gagner beaucoup d'argent, il aurait bientôt atteint et dépassé tous les marchands de coton et tous les pêcheurs de harengs; mais

qu'il aime mieux sa mer bleue, son golfe de Gênes, ses thons, ses sardines, son beau ciel, ses montagnes dont le pied se baigne dans les flots, ses slalues et les souvenirs de ses pères. Et il aurait presque raison.

Femme du peuple de Rome. - -,

Beaucoup plus, à coup sûr, que cepiiferaro de Rome qui s'avance en jouant de la cornemuse comme un highlander d'Iîcosse, et qui se croit le descendant des vainqueurs du monde.

Keiiiiue de iMuliae viNaplesj

i de M. Gonin.

LiîXfOSlTION UNIVF:RSH:I,LK DK 18(i7 ILLUSTREii.

Son cliappau en l'orme île cône est enlouré d'une rangés de rubans, de médailles et d'amulelles qui doivent conjurer les maléfices du démon. Sur ses épaules s'étand un long manteau frangé et usé par le bas, ses jamhea soigneusement vêtues sont serrées de bandelettes qui descendent jusqu'aux pieds et retiennent ses sandales.

Ceiui-là est tout juste assez artiste pour avoir le droit de mendier. Ses jeux noirs et farouches brillent sous son chapeau rabattu. Évitez de le rencontrer an coin des bois. S'il est avec des camarades et si vous êtes seul, il ira prendre son escopette, cachée dans l'herbe, et vous emmènera dans la montagne, ou vous tuera sur la place, si vous résistez.

Ce Romain à la mine équivoque et au costume sale et usé, est-il bien le descendant des Scipions et des Gracques, ou même des simples plébéiens qui combattirent Annibal, ou plutôt n'est il pas le descendant de ceux à qui Scipion Émilien disait en plein forum ;

« Silence, faux fils de l'Italie! ceux que j'ai amenés prisonniers à Rome derrière mon char de triomphe ne me font pas peur aujourd'hui, quoiqu'on ait brifé leurs fera! »

La race des vieux Romains a péri depuis vingt siècles, exterminée par les guerres étrangères, par les guerres civiles, et surtout par la misère et l'usure. Les esclaves syriens et grecs ont pris la place et se sont assis au foyer de leurs vainqueurs. Juste châtiment de la Providence! Pendant que lei Romains se consumaient à vaincre et ravage rie monde, leurs esclaves, restés au logis, s'emparaient de Rome sans coup férir.

Cette hideuse cornemuse aux sons criards est l'arme de l'esclave affranchi, qui a le travail en horreur et qui garde encore sur ses épaules meurtries les traces du fouet. Avilie par la mendicité, la paresse et le vol, cette race a conservé l'orgueil de ceux qu'elle croit ses pères et qui ne furent que ses prédécesseurs et ses maîtres; niais cet orgueil, mêlé d'ignorance et de cruauté, n'est pins qu'un vêtement troué sous lequel elle cherche vainement à couvrir ses autres vices.

Eh revanche l'habitant de Campidano a l'aspect noble et fier d'un chevalier du moyen âge. Campidano est une ville sarde, et la Sardaigne, aussi étrangère à l'Italie qu'au reste de l'Europe, a gardé les mœurs et les coutumes du moyen âge.

Dès le temps des Romains, cette île était la plus sauvage de l'Europe. Est-ce l'effet de la race ou du climat ou de l'un et l'autre réunis! Qui pourrait en décider? Sénèque disgracié fut jeté en Sardaigne. C'était la Sibérie de Caligula. Sénèque en revint pourtant, survécut à Caligula, vit Claude et fut le précepteur de Néron. Preuve que le climat était fort supportable. En revanche, la race était intraitable, et l'est encore.

Le costume du Sarde, à la fois oriental et européen, me semble indiquer son origine. LaSardaignedut être une colonie phénicienne

ou carthaginoise, ce qui est à peu près la même chose, et le sang africain et asiatique s'est mêlé sans doute au sang des Polasges et des Étrusques, premiers habitants de l'île.

On devineaisémentlesefTets de ce mélange. Tyr et Carlhage ont disparu, mais leur chute même, si complète qu'on sait à peine où elles furent situées, indique assez l'énergie indomptable de la race. Pour vaincre de tels hommes il fallait les tuer, et de plus, exterminer les femmes et les enfants. Tout ce qu'on sait de leurs lois est terrible ou atroce.

Après un échec, on égorgeait, pour se rendre Moloch favorable, des centaines d'enfants de sénateurs. Jugez si l'on devait épargner les plébéiens , les esclaves et les étrangers. M. Flaubert, dans ce beau livre de Salambô qui est une admirable œuvre d'archéologie, a retrouvé avec un talent merveilleux tous les traits du peuple carthaginois. Jamais Amilcar ou Annibal n'a fait ou demandé quartier. Ils tuaient les prisonniers, ils brûlaient les villes, ils ravageaient horriblement le pays, ils ne faisaient grâce à rien ni à personne. Aussi Cartilage a-t-elle péri, regrettée seulement par les antiquaires.

La seule trace qui nous reste du peuple carthaginois, aussi inconnu aujourd'hui que le mastodonte et le mammouth, se retrouve probablement en Sardaigne. Ni les Romains, ni les Grecs, ni les Gaulois, ni les Italiens n'ontpufonder un établissementdurabledans celte île. Tous se sont heurtés contre le caracière sauvage des habifants. Le fer le mieux ireuipé s'est éinoussé sur ce roc. Joseph de Jlaistre qui avait vu et gouverné la Sardaigne pendant cinq ans, en a gardé un souvenir ineffaçable et une horreur profonde.

Voyez le chapeau à larges bords, qui fait place quelquefois à une sorte de béietdontle gland pend sur la poitrine, cette veste soutachée comme celle des zouaves, cette chemise à longs plis qui découvre le cou comme celle qu'on voitaul^ouvre dans le portrait de César Borgia, cette tunique qui se termine en jupon et qui est serrée par un large ceinturon derrière lequel on place un poignard, ce pantalon à larges plis qui s'arrête au genou, ces longues guêtres qui tombent sur des souliers à boucles, voilà le costume du Campidanien. C'est solide, commode et magnifique. L'esprit du spectateur flotte entre un Sarrasin et un hidalgo du quinzième siècle, et s'arrête au Sarrasin.

Le costume des femmes d ltalie, comme on devait s'y attendre, est plus beau que celui des hommes.

La paysanne lombarde ressemble beaucoup à celles du Tyrol et de la Suisse, mais avec plus de grâce et de finesse. Son peigne, pareil à un éventail déployé ou à la queue d'un paon, son ruban noir, auquel est suspendue une croix d'or {la croix de sa mire, sans doute), ce fichu léger quis'enfonce dans un corset de velour.4 noir, cette robe relevée par- dessus un jupon, tout indique une rare

élégance. La femme lombarde appartient à une race du Nord, aiguisée et raffinée par le soleil du Midi. Elle n'est pas brune et impétueuse comme l'Espagnole, ni lente, épaisse et lourde comme l'Allemande, ni sèche, nerveuse et bondissante comme l'Anglaise, à qui l'abus du thé donne une agitation continuelle, elle se rapproche plutôt de la Française, mais avec plus d'ampleur et de mollesse, voluptueuse. La Joconils qu'on voit au Louvre est une beauté lombarde. On reconnaît dans ce beau portrait, l'influence d'un climat tempéré, d'un pays fécond, d'une vie douce et facile. La vallée du Pô est la plus fertile et la plus basse de l'Europe. Longtemps avant d'arriver à la mer Adriatique, le fleuve (phénomène singulier, qu'on retrouve dans les vallées du Gange et du Mississipi) est plus é'evé que la plaire qu'il arrose. Ce pays qui, vu à vol d'oiseau, ressemble à une assiette immense dont les bords seraient les Alpes et les Apennins, explique le tempérament et le caractère de la femme qui l'habite. Elle n'est pas déformée par le travail, comme les montagnaides; aussi est-elle plus belle et plus coquettement habillée. Telle la femme, tel le costume.

Celui de la Transtévérine de Rome amoins de grâce et plus de majesté. Bien différente du pi/feraro, tantôt voleur et tantôt mendiant, elle a dans sa pose, dans ses traits et dans ses vêtements, toute la fierté hautaine de Cornélie, fille du grand Scipion, mère des Gracques. Une pièce d'étoffe s'aplatit sur sa tête et de-cend sur ses épaules. Un colliei à' trois rangs de perles fait le tour de se ; cou. La manche, de trois couleurs différentes, couvre lebras jusqu'au poignet. La robe, de couleur sombre, est traversée par un granil nombre de bandes horizontales et descend jusqu'à la cheville. L'ensemble ent imposant et magnifique.

Peut-être la Romaine a-t-elle un peu trop la froide noblesse d'une statue. La main est appuyée sur la hanche: pose trop virile. On voudrait voir plus de douceur, de nonchalance et de grâce. La force est le trait dominant des Romaines.

Peut-être la contemplation des monuments du passé, le récit continuel de l'histoire du passé, et le souvenir des héros disparus ontils donné à la race ce caractère de fierté. Ce peuple, qui n'a rien fait depuis trois siècles, vit encore sur son antique gloire, — je veux dire sur la gloire de cp;ix qui ont habité Rome avant lui, car dès le temps des Césars on aurait eu peine à retrouver un vrai Romain, même dans le sénat. Annibal, Marins, Sylla, César, Pompée, Antoine et Auguste avaient fait maison nette.

La femme de Molise (ex-royaume de Naples) a plus de vivacité, de grâce et de coquetterie que la Romaine. Ici nous sommes dans la Grande-Grèce, qui fut avec l'Asie Mineure le l'iuî beau séjour du genre humain. Qui noug r ndra la ravissante Smyrne, et les délices

d'Eplièse, et les charmes de Milet, et toutes ces républiques heureuses ijue les Perses d'abord, et plus tard les Macédoniens, ont réduites en cendres?

Qui nous rendra Grotone, si célèbre par ses athlètes, Tarente où le peuple était assis àdes banqueta continuels (heureux peuple! il ne connaissait sans doute ni la conscription ni l'impôt!) et la molle Sibaris d'où les chaudronniers étaient hann s? Hélasl on ne vous re' erra plus, 6 citéj sainte) du plaisir; on ne s'a-aeoira plus à l'ombre de vos orangers pour boire sans relâche du vin de Samos' ou de Falerne près des jeunes Corinlhivmnes à la robe de pourpre.

Voyrz cependant cette Molisane. N'a-t-elle pas gardé quelque chose de la voluptueuse vivacité de ses aïeules? Sa coifYure descend le long de ses joues et encadre son visage comme le heaume des anciens chevaliers. Un premier corsage brodé couvre sa poitrine, il est couvert à son tour par un second corsage très-échancré qui descend par derrière sur le jupon. Le jupon lui-même est recouvc-, sur le devant d'une sorte de tablier à bords dentelés. N'est-ce pas une de ces jeunes Campaniennes dont les caresses ont amolli les solda's d'Annibal? Quel est le sage sept fois sage qui peut résister aux sourires et aux regards d'une jolie femme?

Mais si le terrible Annibal, ce dur Afri cain, fut vaincu par les femmes de .Molise et de Capoue, n'aurait-il pas plus sûrement rendu les armes aux Siciliennes de Trapani?

Il n'est pas de costume plus séduiçantque celui des Trapaniennes. Un voile assez long, presque semblable à celui des religieuses et recouvrant une guimpe, descend sur les épaules et jusqu'au milieu du dos. Le cou est orné d'un collier de corail auquel on suspend la croix d'or. La robe, noi ée à la taille par un cordon, s'arrête à la hauteur du ge non et fait place à un jupon bariolé qui dfs cend jusqu'à mi-jambe et laisse voir le brodequin attaché au pied par des bandelettes. Ce costume sévère et piquant, qui tient à la fois de la religieuse et de la soubre te, est d'un ef fet incomparable.

Alfred Assollast.

Passementerie et Broderie. — Classe 33.

Sullj disait un jour à Henri IV : « Je pré- I fère de vaillants et laborieux soldats à tous 1 ces petits marjolets de cour et de ville, re- ' vêtus d'or et de pourpre. » Que dirait-donc S Sully s'il voyait la place importante qu'on a c consacrée à ces torsadesd'or etde pourpre, à eces broderies aux couleurs chatoyantes, à ces ccrépines d'or, i ces entrelacs de soie dont on aa composé l'exposition de la passementerie et (Ide labroderie? Sully n'aimait ^las ces babioles. 1!|1 haïssait le luxe, et Dieu sait lalulte quedut

soutenir le roi-chevalier contre son ministre, pour faire triompher les doctrines d'Olivier de S. rres au sujet de la soie.

Aujourd'hui que tout se chiffre, aujourd'hui quele spectacle d'une production imposante réduit au silence les adversaires rigides, — peut-être peu sincè-'es, — de nos arts luj.ueux, nous ne pouvons mieux ;;omraencer notre revue de la passementerie qu'en jetant à la tête de ces Sullijens ce grand argument qui se résume en deux mots : cent millions !

Tel est, en effet, le chiffre de la production annuelle de la passementerie française.

Que pensera-t-on, si à ce chifTre nous ajou tons celui des exportations dans les deux branches de matières premières dont la pas sementerie reprisente l'emploi? Pour le pre mier semestre de lt<67 seulement, nous avons exporté 215 800000 francs de tissus de soie et de bourre, et 99 300 000 francs de mercerie, boutons et autres articles dits de Paris.

Le centre le plus actif de cette production est Paris. Si Lyon, Saint-Élienne, Nîmes, S-iint-Chamond et Rouen brillent, l'une pour ses i.ssages d'or et ses passementeries militaires, les autres pour leurs cordons, leurs lacets, leurs ganses, leurs tissus élastique , c'est toujours Paris qui dirige le goût et donne le ton à toutes ces fi<brications françaises.

La passementerie occupe plus de trente mille ouvriers, et la broderie cent mille. Les femmes et les enfants y trouvent une occupation constante. Les salaires, qui dépendent beaucoup de 1 habileté du travailleur, varient pour la broderie où l'on emploie des lils d'or ou d'argent, de 3 à 5 francs par jour, de 1 à

2 francs pour les autres genres. Pour la passementerie, les hommes gagnent de 3 à 8 francs, les femmes et les enfants de 1 à

3 francs. La moyetine des salaires que l'on déduit de ces chiffres, pour les travailleurs brodeurs en passementeries, est de 3 fr. 25o. par jour, et il est aisé de calculer que ces deux fractions de la classe 33 déversent annuellement, dans des milliers de familles laborieuses, la somme énorme de 1 23 ? 50 000 fr.

Les matières premières, utilisées par cette industrie, sont tentes les matières textiles, et principalement la laine, la soie et le colon, ainsi quelapaille,ror,l'argent etl'aluminium!

Toutes les fabiiques étrangères achètent à Paris ses modèles nouveaux pour les copier, bien entendu, et les centres de nos exportations sont les Deux-Amériques, l'Inde, l'Orient, l'Angleterre, la Russie, l'Espagne et l'Italie.

La broderie suit à peu pirès la même voie que la passementerie. La main et l'aiguille sont les principaux instruments du travail. La mécanique n'a pas encore su envahir ce domaine de l'art industriel. Il y a à peine cent brodeuses automatiques en France, et leur usage remonte àsixans. Les soutaches utilisent la machine à coudre.

Pour la broderie spécialement, les progrès consistent dans l'.'nanguration de l'emploi des machines et la création de poinis nouveaux pour la broderie d'or et d'argent, ainsi que dans l'obtention de teintes graduées au moyen de l'aiguille.

Nous ne pouvons mieux choisir l'occasion pour citer un innovateur auquel le jury n'a pas eu à rendre justice, puisqu'il était hors concours, et il est à nolerque c'est l'art religieux, — chose surprenante ! — qui a le premier mis à profit cette innovation. ,Ie veux parler de l'imporlante maison d'ornements d'église de MM. Biais et Rondelet. Un de nos collaborateurs aura bientôt l'occasion d'expliquer l'ingénieux syaème qui permet à M. Biais, non-seulement de produire des broderies à deux faces et à teintes différentes sur une même étoffe que l'aiguille traverse, mais encore de broder sur étoffes de véritables peintures d'art qui n'ont presque rien à envier, en éclat et en dégradalion de teintes, à nos meilleures toiles.

Dans la passementerie, les métiers mécaniques à haute et basse lisse, avec ou sans jacquart ont permis, mieux que dans la broderie, une production économique, et, par suiie, un déve'oppement considérable dans la consommation. Aussi des manufactures, ~ pourquoi appelie-ï-on toujours manufactures des ateliers où trône la vapeur? — se sont-elles établies eu grand nombre, en se munissant de machines puissantes.

Après avoir embrassé d'un coup d'œil l'organisation de l'armée entière des travailleurs de cette classe, occupons nous de ses principaux ofilciers. Nous nous baserons, pour donner le titre d'officier, sur le catalogue des récompenses, de même que, dans l'armée, on se base sur l'uniforme. Seulement, comme dans le nombre des officiers du même grade il y a des difi'érences de mérite, nous signalerons, en passant, nos propres appréciations.

Peu de médailles d'or ont été décernées à la classe 33: 10 pour la France, 4 pour la Belgique, 1 pour la Grande-Bretagne, 1 pour la Turquie et 1 pour la Suisse. Notons en première ligne, parmi les médailles d'or, M. Louvet, dont l'exposition est extrêmement variée.

Cet exposant se distingue par un choix de dessins d'un excellent goût, et beaucoup de ses passementeries tressées, nattées et entrelacées, rappellent les créations de la meilleure époque qu'Albert Durera illustrées par ses charmants entrelacs. Les couleurs sont associées avec tact. Point de tons criards. Nous avons remarqué des torsades d'or pour ameublements qui luttent avec les plus beaux produits de Lyon, des tentures et des peintures conçues dans an style gracieux et nouveau, et enfin des bannières brodées en relief d'une irréprochable esécuiion.

Nous avons distingué aussi MM. Trucby et Vaugeois, qui ont la spécialité des broderies

d'uniformos, et dont les appliques sont faites avec beaucoup d'art.

Mentionnons encore MM. Alamany et Oriol, qui représentent l'industrie de Saint-Chamond, et dont la grande production a eu sans doute, aux yeux du jury, plus de titres que le cùic artistique de leur exliibilion.

l'armi les médailles d'argent, il faut citer

M. Cagnet qui, à côté de sa vitrine, a placé une singularité de passementerie, une couronne impériale. La vitrine contient desproduiis sérieux, et certainement dignes d'êire remarqués. Mais, quel que soit le tour de force qui ait présidé à la confection de celte couronne, nous devons y constater l'absence de l'esprit pratique. 11 est certain que M. Ca-

gnet a voulu montrer que, qui peut le plus peut le moins ; et, involontairement cet objet noua rappelle ces babits de Charles d'Orléans sur les manches desquels on avait brodé en perles fines, paroles et musique, une chanson en vogue commençant par ces mots :

<t Madame, je suis plus joyeux. »

Nous emprunterons volontiers ce début de

CLASSE 33. — LA PASbKMhlMlilUK

Lîincelot,

chanson pour rendre notre impression au sujet d'un autre petit chef-d'œuvre de passementerie— pratique celui-là — qui se trouve à côté de la fameuse couronne.

Donc, je suis plus joyeux d'avoir à signaler cet aigle en passementerie d'or destiné à servir de plaque pour des cordons de glaces. Ce petit oiseau impérial, aux ailes déployées, est extrêmement décoratif, et ornerait à merveille le centre d'une embrasse de rideau. Félicitons aussi M. Cagnet sur le bon

goiit qui a présidé à la confection d'une jolie housse de siège de cocher.

Les médailies d'argent contiennent encore les charniantes broderies de MM. Husson- Hemmerlé,les broderies de soie de M.Morin, qui ont des nuances tendres d'une délicatesse infinie, et parmi lesquelles nous avons remarqué un panneau décoratif d'un mérite supérieur ; enfin les glands luxueux, Icsnceuds colorés et les encadrements de fenêtre de M. Weber, qui révèlent un talent sérieux.

Quant à l'exposilion du vice-roi d Egypte, elle nous a semblé mériter mieux qu'une médaille d'argent. Nous en dirons autant pour l'exposition du gouvernement persan.

L'exposition collective" des Indes n'a obtenu qu'une médaille de bronze; serait-ce parce que cette exposition est placée sous l'égide de l'Angleterre?

Par le tait, nos voisins et rivaux ont une mise hors concours et une médaille d or, affectée aux tulles el au-x dentelles.

L'EXPOSITION UNlVlîRSELLIÎ DE 1867 ILLUSTHEiî,

Nous n'avons plus à citer que M. Chapron pour ses délicieuses broderies sur mouchoir, et M. Teissier, qui n'a pas eu une médaille de bronze, mais une simple mention pour ses mouchoirs brodés, alors que ce qui saillit le plus dans son exhibition consiste dans des broderies d'uniforme, différents attributs d'ordres tt de maçonnerie, et cnGii dans une belle collection de bannières d'orphéons.

Il est à remarquer que, dans presque toutes les vitrines des exposants de la classe 33, on voit s'étaler en gros caractères la mention : llrécelé s. g. d. g. C'est, que, en efftt, on ne se doute pas du nombre incommensurable de systèmes employés pour faire ces tressea, ces arcs, ces appliques que nous sonmies journellemi nt appelés à manier avec indifl'érence. Il importe beaucoup dans biea des cas de faire passer le fil au-de;sus ou au-dessous, à droite ou à tranche, pour former d''S dessins qui ne changent pas malgré cela. Or, c'e=t la consommation qui, pressant là proluction, exige d'elle une plus grande rapidité, et une plus grande précision. Sans entrer dans d'autres détails, qu'on se rappelle les anxiétés de l'inventeur qui découvrit le nœud du filet, et l'on concevra de quelle importance peuvent cire, pour l'industrie surtout, dans noire siècle de machines, les plus minimes progrès atteignant les détails de la fabrication.

Alfiiiîd SuiVliN.

Le Plan par terre du Palais du Champ de Mars.

Je veux, à l'aide d'un plan graphique, expliquer l'admirable ordonnance de l'Exposition de 1867, afin que rien ne se perde du grand événement du dix-neuvième siècle, après que le Palais du Champ de Mars aura disparu.

Tout plan graphique a besoin d'être expliqué, faute de quoi l'attention se perd dans les détails, sans pouvoir saisir l'ensemble : c'est comme un champ où les ronces étouffent la végétation utile.

Cela dit, procédons à l'explication.

L'espace occupé par le Palais mesure 1^;6 000 mètres carrés, dont 482 mètres en longueur et 370 mètres en largeur. L'allée médiane sur la longueur forme le grand axe; l'allée médiane sur la largeur forme le petit axe. La grande différence entre la longueur et la largeur du Palais est rachetée au centre par la configuration du Jardin central, de manière à donner aux différentes allées transversales qui conduisent des extrémités au centre du Palais le même parcours, 150 mètres.

Ces allées transversales, dites voies rayonnantes parce qu'elles forment autour du Palais un angle dont l'ouverture se dirige vers les extrémités, sont au nombre de seize; l'espace compris dans l'angle qu'elles forment se

nomme secteur : il y a donc seize secteurs. La France en occupe sept,, compris, à gauche du grand vestibule formant un des côtés du grand axe, entre la rue d'Alsace, la rue de Normandie, la rue de Flandre, la rue de Paris (avenue médiane du petit axe), la rue de Lorraine, la rue de Provence et la rue des Pays-Bas; la Hollande et la Belgique occupent un secteur entre la rue f^es Paijs- Bas et la rue de Belgique (avenue médiane do ce côté du grand axe); la Prusse et la Confédération du Nord occupent un secteur jusqu'à la rue de Prusse; la soi-disant Conlédéralion du Sud, Hesse, Bade, Bavière et Wurtemberg, occupent également un secteur jusqu'à la rue d'Autriche; l'Autriche et la Suisse, un secteur jusqu'à la rue d'Espagne; l'Espagne, Portugal, Grèce, Danemark, Suède et Norwége et Russie, également un secteur jusqu'à la ruide Russie, formant l'autre partie de l'avenue médiane du petit axe; l'Italie, Home, Principautés danubiennes, Turquie, E;iyple, Chine, Japon, Siam, Tunis et Maroc, un secteur jusqu'à la rae d' A f riqiie ; les Étals- Unis, Brésil, Mexique et républiques d.

Sud, un secteur jusqu'à la rue des Î^L-s. L'Angleterre empiète par ses colonies sur ce ilernier secteur qui porte le numéro 14 : elle occupe entièrement les deux secteurs restants, compris entre la rue des Indes, la rue d'Angleterre et le grand vestibule.

De même que les rues rayonnantes que nous venons de désigner ont une égalité de parcours, de même les secteurs dont elles ferment la frontière, ont une égalité d'espace. Les 'distributions du Palais ont donc été calculées avec une admirable précision.

J'ai dit tout à l'heure que la différence de longueuret de largeur du Jardin central avait été calculée de façon à rétablir l'égalité de parcours entre les diverses rues rayonnantes. En effet, le Jardin central mesure 1 66 mètres de long sur à peine 56 mètres de large. Celle différence entre la longueur et la largeur du Jardin central ramène l'égalité de parcours entre les diverses voies rayonnantes du Palais.

Mais les voies rayonnantes ne sont qu'une des deux parties du système d'arrangement : il y a les voies concentriques qui traversent les voies rayonnantes à diverses latitudes, et par lesquelles on peut suivre sur tout le pourtour du Palais l'étalage des produits de même catégorie, à quelque nation qu'ils appartiennent.

A partir du Jardin central, et quelque direction qu'on prenne, on trouve d'abord la galerie ou voie concentrique de l'Histoire du travail qui, à cause de la valeur et de la rareté des produits exposés, nécessitait moins de place que les autres galeries. Puis vient la galerie des Beaux-Arls qui, pour les mêmes motifs, demandait moins de place que le Matériel des Arts libérmiœ qui leur fait suite.

A mesure que l'aogle formé par les rues

rayonnantes s'élargit, nous arrivons à la latitude de la galerie do VA?neub!ement, puis à celle du Vêtement, puis à la galerie des Matières premières, puis enfin à celle des Machines ou Travaux des Arts usuels. E*nfin, arrivés au pourtour extérieur du Palais, sous le promenoir couvert, nous trouvons la zone des Aliments et Boissons, la partie occupée par les restaurants, les brasseries, les boutiques de pâtissiers et de marchands de dattes. Le beau dessin de M. Klertz a rendu l'effet de ce promenoir extérieur pendant la nuit, c'est-à-dire aux heures où le Palais est fermé.

Le promenoir extérieur mesure 1413 mètres de pourtour. L'imagination de Rabelais rèva-Uelle jamais pareille victuaille?

Les Anglais haussent les épaules à cette exhibition d'aliments et de boissons; mais ils en profilent. S'ils étaient obligés de sortir de l'enceinte du Champ de Mars pour luncher, eux qui lunchenl toujours, ils jetteraient de beaux cris, prétendant qu'on s'est arrangé, péoialement à leur intention, pour leur l'aire payer des doubles entrées. C'est noirs qui avons pu dire cela à Londres.

Si nous sommes partis du Jardin central pour décrire le Palais, c'est que nous avons voulu nous placer au centre de cette vaste loilc d'araignée pour eu mieux montrer l'admirable contexture.

Quant aux détails de construclion et d'installation, nous renvoyons nos lecteurs au début même de notre publication ; nous n'avons rien à retrancher de ce que nous en avons dit : nous aurions plutôt la tentation d'y ajouter encore.

Grâce à notre dessin linéaire, dont nous avons élagué toutes superpositions inutiles, on pourra suivre toutes les dispositions essentielles du Palais, sans confusion possible.

Dans les secteurs français, on a divisé les produits non-seulement par zones, mais par classes : on sait où trouver, par exemple, non-seulement les objets du mobilier, mais encore chaque catégorie d'objets qui forment l'ensemble du mobilier.

Cette division, aussi simple qu'ingénieuse dans la classification, n'a pas été rigoureusement suivie par les exposants étrangers, soit qu'ils n'aient pas bien compris la méthode, soit que le temps — et l'entente — leur aient manqué pour l'appliquer; de telle sorte que dans leurs inslallalions les produits d'une classe sont pêle-mêle avec les produits d'une autre classe.

D'où je conclus qu'on devrait donner à la France le grand prix des Expositions, et par surcroît celui de l'ordre dans les installations.

Cela n'empêchera pas quelques critiques de traiter le Palais du Champ de Mars de Gazomètre, et de se persuader qu'ils ont trouvé là une plaisanterie toute neuve, pleine de tact et de vérité.

Fb. Ducuibc.

La Parfumerie de M. Piver

Classe 25.

A cette place, et dans une remarquable revue générale de la classe 25, un de nos collaborateurs, obligé de passer rspidenient sur les détails au bénéfice de l'ensemble, annonçait qu'un des chefs de l'industrie de la parfumerie, M. Piver, méritait un examen spécial.

Cet e.vamen nous le donnons aujourd'hui, appuyé d'une poétique gravure, qui reprtlente la vitrine de cet exposant etqui symbolise son industrie.

Certes, Balzac aurait beaucoup de mal à retrouver dans nos grandes usines modernes, des types semblables à son immortel Cé=ar Birotteau et à son naïf successeur Papicot.

L'immense accroissement et la réelle importance que les théories hygiéniques ont donnés dans ces derniers temps à la pai'fufumerie, en font aujourd'hui un des éléments commerciaux et industriels, les plus productifs de la France.

La vapeur est venue à son tour animer cetie fabrication, jadis essentiellement manuelle, et l'un des premiers industriels qui aient su créer, pour ses besoins, des modèles mécaniques nouveaux, mus par la vapeur,est, sans contredit, l'exposant donljeva-s étudier les produits.

Ceux qui, sur ce sujet, interrogeraient M. Piver et lui objecteraient qu'un des inconvénients de la machine est, en supprimant le travail des bras, de supprimer aussi le salaire qu'il représente, pourraient se convaincre, une fois de plus, que rien n'est plus faux que cette théorie. La machine, en diminuant les frais, crée de nouvelles ressources qui permettent aussi bien d'augmenter les salaires que le nombre des travailleurs euxmêmes, auxquels incombe, en outre, un travail moins pénible.

Aussi quoique l'outillage complet de l'usine de SI. Piver, établie à la Villetle, remplace le travail de soixante-cinq ouvriers, et realise une économie de 25 pour 0/0, on constete que, ma'gré cette économie de main d'œavre, le nombre des ouvriers de cet industriel s'est toujours accru, ainsi que leur salaire, sans accroître les prix de vente, et sans diminuer le gain légitime qui doit rémunérer tout travail consciencieux.

La production annuelle de M. Piver s'élève à 2 500000 fr., dont les deux tiers soilt pris par l'exportation.

L'une des branches de la grande parfumerie, qui doit à notre exposant ses progrès les plus réels, est la savonnerie de toilette.

J'aurai l'occasion de raconter certains détails de la fabriijation du savon. Il me suffira de dire aujourd'hui que les inventions de M. Piver ont été adoptées par tous ses confrères.

Voici, du reste, les principales innovations de cet industriel.

C'est lorsqu'on broie le savon avant de le soumettre au pressoir hydraulique, qui a pour effet de l'amener à l'état de longue et épaisse baguette, que l'on incorpore à la pâle la couleur et le pai'fum.

Les premières broyeuses perfectionnées faisaient sortir le savon à l'état de feuilles minces, qu il fallait déchirer pour les rejeter ensuite dans les cylindres, alin d'obtenir le mélange le plus parfait possible en huit ou dix broyages.

Or, M. Pivera imaginé une raboteuse nouvelle, qui réduit le savon presque en poudre, ra|iproche, par conséquent, toutes les molécules et complète ainsi le mécanisme de la broyeuse.

Ce mécanisme lui-même comprend deux jeux de meules cylindriques, superposées, agissant comme des laminoirs et combinées avec la raboteuse, de telle façon qu'on termine en une seule fuis le broyage qu'il faut réitérer avec les autres appareils. Ue là, économie de temps, perfection plus complète dans l'incorporation des parfums et des couleurs, et dans l'homogénéité de la pâte ellemême.

Voici un auti-e perfectionnement.

On sait que le savon,avant d'être livré aux dernières manipulations, doit subir, dans une étuve, une évapoiation de l'excès d'eau qu'il peut contenir.

Pour une grande fabricationil faut de grands espaces et une grande dépense de chaleur.

M. Piver a imaginé une étuve automatique, oii l'air chaud circule de la manière habituelle, mais dans laquelle il ne perd pas un seul centimètre cube d'air chaud et d'espace.

Un certain nombre de toiles sont superposées, et marchent comme une courroie sans fin; on dispose sur la première toile une quantité de savon qui passe ensuite sur la deuxième, puis sur la troisième toile, et ainsi de suite, jusqu ;i la rencontre du récipient immobile du bas. Or, rl suffit d'ali nrenter constamment la première toile pour arriver à sécher deux mille kilogrammes de savon, par jour, avec une évaporation de 25 pour 0/0.

Ici encore, économie de temps et de combustible.

Voici maintenant une autre économie de temps. Dix heures, au lieu de trente jours, suffisent à M. Piver pour saturer l'alcool des essences qu'on extrait du- règne végétal.

L'alcool n'est pas un excellent dissolvant des parfums : il faut recourir à des huiles qui s'en saturent promptement, et qu'on mélange ensuite avec l'alcool; or, ce mélange était difficile à cause des densités différentes des deux liquides, et il n'avait lieu que pendant l'agitalion du récipient; cela nécessilait encore l'emploi d'un ouvrier qui, au minimum, agitait pendant vingt-cinq minutes, chaque jour, le mélange essentiel, et

répétait ce-travail durant vingt-cinq ou trente jour.--.

Le mélangeur de M. Piver consiste en une série de cinq vases cylindriques, portés sur un arbre horizonial et posés en biais. Le mouvement, une fois communiqué, se produit uniformément, sous la double forme de rotation et de cahotement, et épuise complètement le parfum contenu dansl'huiie, lequel passe entièrement dans 1 alcool.

Ajoutons, pour terminer cette nomenclature de perfectionnements, que c'est M. Piver qui a rendu praiique le procédé, d'abord purement scientifique, du savant M. MilloD, pour l'enfleurage et la saturation au moyen de l'appareil de déplacement par l'air comprimé.

Foutes ces révélations scientifiques sont contenues, en réalité, dans la vitrine de M. Piver, mais, certes, il est bien difficile de les deviner sous 1 1 forme des petits flacons et des petites boîtes qui ornent celte vitrine.

On ne peut juger que d'une chose à l'Exposition , c'est de la suavité des odeurs qu'obtient M. Piver.

Par la pression d'un petit piston communiquant à un ventilateur, ilsort d'une des parois de la vitrine une longue boulTée de parfum vaporisé; il y en a pour tous les goûts ; et nou-e dessinateur a justement représenté, dans notre gravure, une dame qui reçoit sur son mouchoir un de ces souifles odoriférants, mêlés d'une fine roBée aux exquises senteurs.

A. CirrRAc.

CHRONIUOE.

la septembre.

Ils sont quarante mille instituteurs en France, Dien merci ! Tous, me dit-on, sont venus successivement au Champ de Mars:

quand on dit tous, cela veut dire trois ou quatre mille.

Dans tous les cas ils se trouvaient réunis l'autre jour au nombre de mille dans un banquet servi dans le* salles du promenoir extérieur, le seul endroit de Paris qui puisse contenir mille convives.

Qu'ils soient venus au nombre de mille ou de dix mille, s'ils rapportent fidèlement à leurs élèves ce qu'ils ont vu et ressenti au Champ de Mars, le souvenir de l'Exposition de 18(i7 restera comme une tradition ineffaçable dans l'espfit de la génération qui nous succédera.

Sous tous les rapports, c'est donc une heureuse idée d'avoir convoqué les instituteurs de la France à Paris, devant le grand spectacle de 1 Exposition universelle.

En l'absence de M. Duruy, ministre de l'inttruction publique, son secrétaire général, M. Charles Robert, présidait le banquet.

Ne nous occupons pas de ce qui s'est dit à ce banquet, on le devine: occupons-nous de ce qui s'y est fait.

Vous savez que sous Louis-Philippe on avait fait dresser une carte où le degré d'instruction dans chaque déparlement était marqué en teintes claires, et où , par conséquent le degré d'ignorance était marqué en teintes plus ou moins noires. Quand on présenta au malheureux roi celte carte significative où les taches d'encre tenaient la place de la plupart de nos départements :

« Que cette carte déshonorante , s'écria-til, ne reparaisse plus sous mes yeux! » et il la déchira.

Il paraît pourtant qu'il en est resté quelques exemplaires; car l'un d'eux est apparu au banquet, comme le spectre de Banque, et avec le millésime de 1866.

Dans un beau mouvement, M. Charles Robert a pris cette carte, et l'a décbirée comme Louis -Philippe, en s'écriant :

o Elle n'est plus vraie ! »

Elle est encore vraie , malheureusement : je reconnais pourtant que M. Duruy et son lieutenant M. Charles Robert ont fait plus que personne avant eux pour effacer les taches noires.

Nous avons insisté dansnotrepublication sur l'état de l'instruction primaire dans les diverses contrées de l'Europe, à propos des

spécimens que ces contrées exposent au Champ de Mars. Et malgré la place que le groupe X a laissée aux classes 89 et 90 pour exposer les méthodes et le matériel de l'enseignement, nous devons reconnaître que nous avons été moins complets à cet égard que les États-Unis, que la Prusse et que la

Saxe; je ne parle pas de l'Angleterre qui n'expose que ce qui lui plaît.

Tout le monde connaît ce trait caractéristique d'un recensement de l'instruction publique, fait en Prusse : je crois même que c'est à M. Duruy que nous en devons la ré-

PARFUMERIE. - EXPOSITION DE M. PI VER. - Dessin de M. Morio.

vélation. — On constate que sur tout l'effectif de la population aû service, trois hommes ne savent pas lire, — dans toute la Prusse, notez bien. Grand scandale à Berlin. Comment pouvait-il se faire qu'il y eût, dans toute la Prusse, trois hommes ne sachant ni lire, ni écrire? Après constatation et enquête, tn

découvrit que les trois hommes étaient des bateliers sur le Rhin, et, comme tels, n'ayant pas de domicile fixe où l'instruclion pût exercer sa traite bienfaisante. A cette explication du phénomène, laconscience publique fat soulagée comme du poids d'un remords.

Quand éprouverons-nous un soulagement semblable ? Il ne suffit pas de déchirer la carte qui constate notre énorme infériorité ; il vaut mieux travailler à en adoucir les teintes.

Rougir d'un affront est bien : le laver est mieux.

Oa a dit que l'infériorité de notre instruction tenait à une question de budget, et que, par exemple, la dotation de l'enseignement primaire de la seule ville de New- York, dépassait celle de la France tout entière. L'instruction n'est pourtant pas gratuite, aux États- Unis ; serait-ce donc qu'elle est obligatoire?

Un homme qui a beaucoup réfléchi sur ces matières, me disait un jour; « J'ai remarqué que, partout où un père de famille envoie un enfant garder les vaches, au lieu de l'envoyer à l'école, il faut un gendarme pour garder la route, 'i On peut contester la vérité de cette observation ; mais elle peut se passer de commentaires.

C'est étrange ! mais nous avons comme un pressentiment que l'Exposition de 1867 marquera pour l'instruction publique, en France, une date nouvelle. Dans tous les cas, les instituteurs qui ont banqueté au Champ de Mars, n'ont pas manqué de témoins.

Jamais les recettes du Champ de Mars n'ont été plus brillantes.

Fa. DuciiiKC,

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