CONCOURS DE BAUDETS, DE MULES ET DE CHEVAUX MULASSIERS
- Dessiii de M. Lansoa.
Vol. II.
EXPOSITION DK BILIANOOL'llT.
Les Baudets, les Mules et les Chevaux mulassiers.
Quoique peu nombreuse, celle esposilion (ilTrait un vif inlérêt, par la question d'histoire nain relie que le rapproclicment de la mule, de la jument mnlassière et du baudet soulève toujours. La première queslion est celle de savoir si les espèees qui forment le genre er/uits des naturalistes peuvent se reproduire entre elles. La seconde est relative au métissai;e et à l'hybridation, que bien des personnes confondent et qui sont des faits d'un ordre différent. Enlin, une autre question, tout aussi importante mais plus dilllcilo à résoudre, concerne la priorité qu'il convient de donner, dans l'acte de la création, à celle des trois espèces qui composent le genre eijuus. L'examen de ces trois problèmes va nous fournir l'objet de cette étude, dont le dessin nous fait connaître les acteurs.
D'après les naturalistes, le genre cf;M«s forme trois grandes divisions qui comprennent:
l'espèce asine, l'espèce innommée, encore sauvage, et l'espèce chevaline. La première, l'espèce asine, a plusieurs riices distinctes d'ùnes, ainsi que l'hémione. La seconde, l'espèce innommée, se compose du couagga, du dow et du zèbre, que l'on considère comme trois races distinctes; enfin, la troisième, l'espèce chevaline, compte l'hémippe et les diverses races de chevaux.
Ce qui divise profondément les espèces, c'est qu'elles ne s'allient pas naturellement entre elles, et que de ce rapprochement, résultat de la surprise, il ne sort que des sujets ne pouvant se reproduire entre eux.
Lorsque, au contraire, des animaux appartenant à la même espèce s'unissent, les mariages ont lieu par le seul attrait des sexes, et les produits qui en naissent sont toujours féconds. Voilà les vrais principes qu'il est facile d'appliquer au sujet qui nous occupe : le mulet. Cet animal provient de l'accouplement du baudet et de la jument, qui appartiennent à des espèces différentes. Aussi le mulet esl-il un hybride qui ne peut pas se reproduire. 11 y a plus, le baudet n'éprouve qu'une trèsfaible attraction pour la femelle du cheval ; d'habitude on lui amène une ânesse, que l'on soustrait à sa vue, au moment favorable, pour le laisser en face de la jument. C'est en usant de supercherie que l'homme fait le mulet, ainsi que tous les hybrides.
Pourquoi le baudet n'éprouve-t-il pas pour la jument ce que lui fait éprouver l'ànesse'? La ProvideEce l'a ainsi voulu, afin que les espèces dont le globe est peuplé ne se mélangeassent pas entre, elles. Il fallait conserver l'harmonie qui règne dans la création. Toutes les l'ois donc que des animaux de sexe différent ne s'unissent {ju'à l'aide d'ai tifices et
que ces unions, bien que fécondes, ne donnent que des sujets stériles, on peut affirmer que les père et mère n'appartiennent pas à la môme espèce.
La présomption contraire doit être a.lmise lorsque, deraccouplcment des deux animaux, il naît un produit qui peut lui-même se créer une postérité. .4insi choisissons l'espèce bovine qui compte de si nombreuses variétés, depuis le zébus, depuis le yack, les deux races les plus incultes, jusqu'au durham, la race la plus perfectionnée; toutes ces diverses tribus se marieront très-bien entre elles et donneront des produits féconde.
Dans le genre eqinis, l'âne et l'hémione, accouplés ensemble au Jardin des plantes, ont donné des individus susceptibles de se reproduire. Ce fait est certain; mais on ignore si, dans l'espèce encore sau^age, en mariant ensemble une des trois races dont elle se compose, savoir, le couagga, le dow et le zèbre, on pourrait obtenir soit des hybrides, soit des métis. Quant à l'espèce asine, nous savons par une longue expérience que, alliée à l'espèce chevaline, elle ne donne que des mulets.
Ces résultats montrent tout de suite la différence qui exisle entre un hybride et un niriis. L'hybride est un être obtenu par une surprise faite à la nature. Il tient son existence d'un caprice de l'homme; mais comme nos caprices ne peuvent point changer les lois de la création, notre œuvre n'est qu'un accident qui ne doit avoir aucune suite. Aussi, par respect pour les espèces si sagement établies sur tout le globe, les hybrides demeurent stériles.
Il n'en est pas de même des métis. Ceux-ci proviennent da rapprochement de deux races qui appartiennent à la même espèce, ils peuvent donc, sans porter atteinte à l'harmonie naturelle, se reproduire. Il y a plus : on peut soutenir que, dès l'origine , chaque espèce animale se composait d'un très-petit nombre de types, et que c'est de leur croisement que sont sorties les races assez nombreuses qui composent certaines espèces. Partant deeette donnée, la Providence aurait fait les mélis féconds, afin d'arriver àla multiplicaiion des races, tandis qu'elle aurait rendu les hybrides inféconds, afin de conserver pures les espèces. Dans l'ordre naturel les espèces sont tout, puisque de leur conservation dépend l'harmonie dans le règne animal; les races ne sont rien, puisqu'U sulfit de deux types dans une espèce pour les multipliera l'infini. Les croisements sont en effet toujours faciles, car ils entrent dans la vue delà nature.
Entre les métis etleshybrides la différence est donc profonde. Le métis est un agent qui sert à multiplier les races, tandis que l'hybride est un obstacle apporté au mélange des espèces. Aussi on peut lenir pour certaines les deux règles suivantes : tout résultat d'un accouplement qui ne peut pas lui-même se reproduire, provient d'un père et d'une mère appartenant à des espèces différentes. A l'in-
verse , tout résultat d'un accouplement qui peut lui-même se reproduire provient d'un père et d'une mère appartenant à la même espèce. Ainsi le mulet est infécond, parce que l'âne et la jument sont de deux espèces différentes. An contraire, le produit de l'âne et de l'hémione est lui-même fécond, parce que ses parents se trouvent dans la même espèce.
La troisième question que les trois sortes de types exposés à Billancourt soulèvent, est ce'le de savoirquelle est des trois espèees dont se compose le genre eqmis , celle qui aurait précédé les deux autres dans l'ordre de la création? Si l'on admet que la nature, dans ses admirables conceptions, commence toujours par l'ébauche informe et finisse par le modèle parfait, on reconnaîtra sans peine que des trois divisions admises, l'espèce asine soit lapins disgracieuse. Ce serait donc l'âne qui aurait débuté dans cette création de types dont il n'existait point encore de précédents. On ne peut point, en effet, comparer pour la correction des lignes et la régularité des formes, le cheval et même l'âne au chameau,. à l'éléphant et aux autres quadrupèdes monstrueux qui ont dû précéder le genre eqmis sur le globe. L'âne, le type le plus incorrect du genre, a donc dû venir le premier.
Mais dans l'espèce asine se trouve l'hémione, bien supérieur à l'âne par l'élégance des formes et des allures. A la différence de taille près, l'hémione se rapproche plus du cheval que de l'âne. Ainsi , dans ses essais, la nature crée d'un seul coup deux types appartenant à la même espèce, mais qui offrent une conformation très-différente.
Comment la nature va-t elle procéder, avec ces deux types, pour arriver à l'espèce chevaline? Elle s'exerce d'abord à multiplier, avec certaines corrections, le type âne. De ces tentatives sont sortis lecouagga, le dow, le zèbre. Mais les nouveaux venus avaient le double défaut d'être trop petits et de manquer de noblesse. La nature laisse donc de côté le type âne, dont elle ne peut rien tirer de satisfaisant, et revient â l'hémicne. Ce type, beaucoup plus régulier, la conduisit trèsprobablement à l'hémippe, race â peu près perdue, et qui, selon toute apparence, doit avoir été la première ébauche du cheval. L'hémippe, en effet,, est un cheval de la taille de l'hémione. C'est sur son modèle que doit avoir été formé le cheval arabe. Cette race incomparable aurait ainsi devancé toutes les autres. Elles ne seraient que les résultats des croisements survenus entre les types primitifs. Les différences qui séparent toutes les races qui existent aujourd'hui, proviendraient du climat, du sol, de la nourriture, des modes de reproduction et des circonstances économiques. A toutes les époques, ces circonstances ont joué un très-grand rôle. Elles expliquent, en partie, les transformations successives, que de,;uis les temps anciens on a fait subir à l'espèce chevaline.
LSTREE.
Quant à la question de savoir à quelle époque on aurait commencé à produire le mulet, on n'en peut rien dire, parce que l'antiquité est muette sur ce point. Aux savants seuls il appartient, par leurs recherclies, de jeter quelque lumière sur un sujet aussi profondément obscur et qui, néanmoins, intéresse à un si haut degré l'histoire naturelle et l'agriculture pratique.
Jacques Valserues.
MUSÉE BÉTROSPEGTIF.
La châsse de saint Taurin.
■Voici l'une des merveilles du moyen âge, un chef-d'œuvre! témoignage admirable de l'ardente foi de nos pères.
Ils étaient nombreux ces chefs-d'œuvre édifiés avec une patience toute chrétienne, avec un art souvent naïf, mais toujours ingénieux; ils étincelaient sur les autels de nos églises gothiques, et la piété des fidèles les conservait avec soin, les entretenait avec amour, les embellissait encore, hère d'élever aux saints des monuments aussi brillants que leurs verlus. Que sont-ils devenus ces nombreux chefs-d'œuvre de la foi catholique'? ils ont élé pris, brisés, fondus, et c'est avec beaucoup de peines que des mains pieuses ont pu dérober une partie de ces trésors de l'art du moyen âge à leurs profanateurs.
La chaste de saint Taurin doit nous faire regretter des violences qui ne servirent en rien la cause de la Révolution française et qui nous ont privés d'une foule d'objets précieux à bien des titres.
La châsse de saint Taurin, autour de laquelle se pressent tant de visiteurs à l'Exposition universelle, n'était certainement pas la plus précieuse, la plus magnifique des choses nombreuses conservées avec soin dans nos églises, et cependant quelle magnificence, quel travail étonnant ! quel curieux spécimen de l'art du treizième siècle! Mais qu'était-ce que saint Taurin et qu'avait-il fait pour mériter un monument si magnifique de la vénération des fidèles? Il fut l'un des premiers apôtres de la Normandie et premier évêque d'Évreux. Sa piété, sa charité furent grandes, et Dieu leur permit de se montrer même après la mort de son serviteur. Le corps de Taurin fit plusieurs miracles, parmi lesquels on doit compter de nombreuses conversions d'infidèles; aussi l'Église n'hésita-t-elle pas à admettre le pieux évêque parmi ses saints.
Après la mort et la canonisation de Taurin, les habitants d'Évreux élevèrent un monument à sa mémoire : une chapelle dont il subsiste encore quelques parties, dans l'église abbatiale qui porte le nom du saint, forme, avec
Notre-Dame du Port, à Clermonl, le plus ancien édifice qui nous reste de l'art chrétien en France.
La châsse du saint était renfermée dans cette chapelle, qui faisait partie d'un monastère ravagé par les Normands, relevé en 1 026 par Richard II, duc de Normandie, ravagé et relevé de nouveau.
Au milieu de ces vicissitudes, le corps de saint Taurin ne put pas reposer on paix, la première châsse qui renfermait ses restes fut détruite, et ce n'est que vers la fin du xui" siècle, ainsi que l'indique, du reste, le caractè e de la châsse exposée dans le musée rétrospectif, que les reliques du saint furent recueillies dans un monument digne d'elles.
Notre gravure, dessinée avec beaucoup de soin, avec beaucoup de précision, donnera quelque idée de ce magnifique travail, elle en indiquera du moins le style et les principales divisions. Mais ce qu'elle no saurait l'aire, c'est retracer la multiplicité, la variété de détails qui surprennent, qui enchantent les regards en facj de l'œuvre elle-même; ce qu'elle est impuissante à rendre, ce sont les couleurs vives des émaux incrustés dans les réseaux d'une ciselure délicate, les feux des pierres précieuses, leur nombre et leur grosseur.
La plume est plus impuissante encore â retracer tant de beautés, elle ne peut que les énumérer et qu'en faire une sèche analyse !
La châsse de saint Taurin est à peu près longue d'un mèire, large de quarante cenlimèlrcB, elle dépasse un mètre en hauteur.
■ Sa forme est celle d'une église gothique. Elle est, sur chacune de ses deux faces principales, ornée de trois arcs en ogives reposant sur de sveltes et délicates colonnes; l'arcade centrale est surmontée d'un fronton ; tous les arcs sont séparés entre eux par des contreforts terminés par des pyramidions âjour; les deux petits côtés de la châsse sont formés d'un seul arc surmonté d'un pinacle; sur le toit court une galerie à jour; enfin le milieu de la châsse est dominé par un cloclier. Voilà pour les divisions principales.
Quant aux travaux qui rehaussent cet ensemble gracieux, ils sont innombrab'es; plusieurs pages ne suffiraient pas à les décrire. Ainsi le toit et les arcs sont couverts de scènes de la vie de saint Taurin en argent repoussé; la galerie, formée d'ornements qui figurentdcs crosses d'évêque,se déroule dans un feuillage des plus délicats; toute une flore s'épanouit sur les arcades, sur les contreforts, sur les piliers, sur les chapiteaux de la châsse; des plaques d'émail aux riantes couleurs sont intercalées dans les fines arabesques qui courent sur le faîte ainsi qu'à la base du reliquaire ; des émeraudes, des rubis sont incrustés parmi les ornemenis, et huit de ces piei-res précieuses d'une gi-ande dimension figurent sous les arcades ainsi que sur l'ciole du saint. Ajoutons que la châsse est tout entière recouverte de lames d'argent
doré et qu'ainsi la matière est digue du travail.
Urne de Moustiers.
Les faïences de Moustiers, si recherchées aujourd'hui, ne sont connues que depuis trèspeu d'années. Diverses pièces de cette fabrique avaient cependant attiré les regards des amateurs, mais on attribuait ces pièces tantôt aux fabriques de Rouen, tantôt à celles de Marseille.
M. Riocreux, conservateur du musée de Sèvres, est le premier qui fît connaître la vérité sur ces beaux produits de l'art céramique, et qui rendit à Moustiei's la célébrité dont il avait joui pendant plus d'un siècle, c'est-àdire de 1G86 à 1789.
Moustiers, petite ville de 1200 âmes située dans les montagnes des Basses-Alpes, fut trèsflorissante pendant le dix-huitième siècle grâce à ses fabriques nombreuses de faïences et de poteries.
Ses produits décorés avec goût jouirent sans doute d'une grande célébrité, car divers auteurs contemporains en ont parlé dans leurs ouvrages, et vers 1745 Mme de Pompadour fit exécuter à Moustiers un service de table complet au prix de dix mille livres.
De nombreuses fabriques travaillèrent si; multanément dans la petite ville, mais la plus célèbre de toutes y fut fondée vers 1680 par Pierre Clérissy, fils d'un autre Pierre Clérissy qui pendant plusieurs années exerça la profession de faïencier à Fontainebleau.
L'un des Clérissy fut anobli vers 1743 par le roi Louis XV et prit dès lors le titre de comte de-Trévans, il s'associa Fouquesetlu: céda sa fabrique. Fouques la dirigea longtemps et ne l'a quittée que pour aller à Valenline, au pied des Pyrénées, établir une manufacture de porcelaine que son pelit-lils dirige encore et dont les produits figurent à l'Exposition de 1 867.
On rccomiait â la fabrique des Clérissy deux manières bien différentes: la première et la plus estimée est due en grande partie au décorateur Gaspard Viry, qui reproduisait des chasses d'Antoine Tempesta.
La seconde manière s'inspira du style de Boule et de celui des Bérain. Il est aisé de la reconnaître.' De gracieux entrelacs parmi lesquels se jouent des amours, des nymphes, des satyres; des figurines délicates soutenant des guirlandes légères, s'enroulant dans des chiffres; desmascarons d'où s'échappent des chaînes, <le minces consoles sur lesquelles sont posés des sphinx; tels en sont les ornements. Ils sont peints en bleu sur un fond blanc et peints avec une délicatesse charmante.
L'urne que nous reproduisons dans notre gravure appartient à cette seconde manière. Elle fait partie de la riche collection de M. Ch. Daviller, qui a si puissamment contribué â mettre en lumière les belles faïences de Moustiers.
L'EXPOSITION UNIVERSELLE Dlî 1 867 ILLUSTRÉE.
Vases eu argent exposés dans le Musée rétrospectif (section anglaise.)
La galerie du travail de l'Angleterre, sans être aussi complète que celle de la section française, a reçu pourtant une excellente organisation, et l'on y remarque un grand nombre d'objets intéressants à divers titres. Malheureusement aucun catalogue ne vient au secours des visiteurs pour leur expliquer la provenance, la destination, la valeur des œuvres d'art exposées, ni pour leur indiquer à quelle époque cl par quels artistes ces belles choses furent créées.
L' orfèvrerie, depuis longtemps florissante en Angleterre, est représentée, dans le musée rétrospectif, par un grand nombre d'objets précieux du treizième siècle et des siècles suivants.
Dans une vitrine spécia'e on a renfermé les principales pièces d'un service en argent doré qui l'ait partie du trésor de la Couronne britannique. Les objets exposés ne sont certainement pas les plus précieux de ce trésor; V Ampoule ou l'Aigle d'or, les sceptres , les couronnes , les diadèmes de la reine avec leurs diamantsénormeset leurs magnifiques ornements, tous les joyaux enfin qui figuraient à l'Exposition de Londres en 1862 , manquent à celle de 1 867.
Nous comprenons du reste cet acte d'abstention. Il n'était point digne de l'ADglelerre de se séparer des
joyaux de la Couronne, surtout pour les envoyer en France, oii plusieurs d'entre eux furent apportés déjà dans le treizième siècle et mis en gage chez des marchands de Paris, alin de permettre à Henri III d'Angleterre de comprimer la révolte de ses grands vassaux, à l'aide des sommes qui lui furent prêtées.
Quoi qu'il en soit, examinons la partie du trésor placée sous nos yeux. C'est un service de table en vermeil. Use compose de plusieurs
grandes urnes à personnages, de plateaux, d'aiguières, desalièresen formes de coquilles, on y remarque un éléphant portant un Indien quirappellelapenduledu cabinet de Louis XIV, à Versailles.
On y remarque surtout les deux vases que représente notre gravure. Le plus petit des deux est attribué au célèbre sculpteur anglais.
MUSÉE RliTHOSPEUTlF. — CHASbli DE SAINT TAURIN. — Dessin de M. Montiilail.
Flaxman; sur ce vase, dont la forme ainsi que les ornements sont empruntés à l'art étrusque, l'artiste a ciselé deux scènes d'un caractère simple, qu'il intitule l'âge d'or et l'âge d'argent, mais, par une bizarrerie singulière, le côté du vase qui représente l'âge d'or est doré, celui où l'on voit l'âge d'argent n'est qu'argenté. Le grand vase représente des scènes rustiques, entourées de pampres et de grappes de raisin. Paul Bellet.
Les Ascenseurs Édoux.
Les étages les plus élevés des habitations sont les plus agréables et les plus sains, et ils seraient préférés à tous les autres, s'il était possible d'y arriver sans avoir à subir 'a fatigue de gravir une centaine de marches.
L'idée de hisser les habitants de la maison à l'aide d'un treuil analogue à celui qui est usité dans les mines, depuis un temps immémorial , n'est point une idée nouvelle, et il y a une trentaine d'années qu'elle a été réalisée aux Tuileries pour l'usage de Madame Adélaïde, Vers la même époque, un riche propriétaire de Marseille se faisait construire une habitation munie du même appareil. Mais la nécessitéd'avoir unnombreux personnel chargé de mana'uvrer le treuil empêcha ce système de se répandre.
Dans quelques usines, docks ou gares, où l'on avait à sa disposition une machine motrice , on faisait usage d'un montecharge. Cela donna l'idée, lors, de la construction du Grand- Hôtel , d'installer un moteur spécialement destiné à monter les voyageurs. L'expérience réussit, et des ajtpareils de cette espèce ont depuis é,é installés à Marseille, à Milan, à Angers et en Suisse. Mais tous ces systèmes étaient compliqués, coilteux et délicats.
M. l'ingénieur Léon Édoux pensa à une force encore bien peu employée, quoique très-sûre, et dont on dispose presque toujours dans les villes ; la pression de l'eau dans les conduites, qui lui permet de monter jusqu'au sommet des maisons; et il imagina pour l'utiliser l'ascenseur destiné à élever les personnes. Les deux premiers ascenseurs ont été construits pour
l'Exposition, et montent chaque jour plusieurs milliers de curieux sur le toit du Palais. L,'i\ ue féerique dont on jouit de ce point a fait le sujet d'un article de notre rédacteur en chef, qui a heureusement photographié pour l'avenir ce panorama qui va disparaître avec le Palais ; nous aurons l'occasion de parler du coup d'œil plus animé encore que l'on observe de la plaie-forme intérieure, d'où l'on domine toute la section française de la galerie des machines. Pour aujourd'hui, nous n'avons à décrire que l'appareil qui vous transporte sur cette plate -forme aérienne, et qui est assurément une des inventions les plus nouvelles et les plus importantes révélées au concours universel.
Les deux appareils exposés sont identiques, mais tout à fait séparés et distincts, et il suffira d'en examiner un seul. L'ascenseur Edoux est essentiellement formé par la réunion d'une sorte de balance et d'une pompe, mais d'une pompe dont le jeu est retourné, et dans laquelle l'eau repousse le piston, au lieu que ce soit le piston qui chasse l'eau.
Lorsqu'on voit pour la première fois la lige qui supporte la cage où se tiennent les voyageurs jaillir du sol et s'élever avec majesté jusqu'à 21 mètres de hauteur, comme une colossale fusée de métal poli, on reste comme frappé de stupeur, et l'on se demande quelle force peut être assez ^ puissante pour soulever une pareille masse, et comment ce piston de 21 mètres de long et 252 millimètres de diamètre ne se tord pas sous son propre poids.
Nous allons démontrer que le piston ne supporte pas son poids, qu'au lieu d'être poussé il est tiré, et que lorsqu'il n'y a personne
dans la cage, l'effort nécessaire pour élever cette lourde tige est absolument kul.
La cage, c'est-à-dire une plate-forme enlource d'une haute grille, la cage fixée sur la
MUSÉE RÉTROSPECTIF. — VASE DE MOUSTIERS.] appartenant à la collection de M. Daviller.
tête du piston glisse entre quatre colonnes creuses fixes qui la guident. Ce sont ces quatre colonnes qui supportent le poids du piston. Une comparaison va faire comprendre comment.
Mettons un poids de 10 kilogrammes dans le plateau d'une balance, elle penchera de ce côté; ajoutons un second poids de 10 kilos dans l'aulre plateau, le support de la balance se trouvera surchargé de 20 kilos, mais l'équilibre se rétab'ira; les deux plateaux redeviendront horizontaux, et il suflira du plus léger effort pour les faiie incliner d'un côté ou de l'autre. Si nous mettons 1 kilogramme de plus à droite, il nous suflira d'exercer à gauche un effort semblable pour ramener le plateau au même niveau.
C'est précisément le cas du piston; il pèse 2200 kilogrammes, mais à chaque angle de la cage (qui fait corps avec lui) s'attache une chaîne qui passe sur une poulie établie au sommet de la colonne, et se termine par un poids de 5.'i0 kilogrammes glissant dans l'intérieur de la colonne creuse. Quatre poids semblables, formant au total une masse de 2200 kilos, équilibrent parfaitement le piston, qui se trouve suspendu aux chaînes, prenant leur point d'appui sur les colonnes.
La pression de l'eau n'est donc employée qu'à soulever le poids des voyageurs. Cette pression est mise en jeu dans un corps de pompe de 28 centimètres de diamètre intérieur, où la tige d'ascension joue le rôle d'un piston plongeur. Le corps de pompe, dont la longueur est aussi de 21 mètres, a été enfoui verticalement dans un puisard de profondeur égale.
Le réservoir de l'avenue Malakoff, qui fournit l'eau, est à 32 mètres au-dessus du sol du Palais; avec une pareille hauteur, la pression exercée par le liquide sur la base du piston de 252 millimètres de diamètre est, dans la pratique, de 1000 kilo-
MUSËF, KÉTH0.SFHCT1F, — SALLE ANGLAISE. VASES EN ARGENT attribués il Fhisman.
L'KXPOSITION UiMVEKSELLE DE 18G7 ILLUSTRÉE.
^ranimes, et pcniift d'rlcvor jusqu'à seize personnes.
Mais avant de parler de la marche de l'appareil, il nous reste faire' une remarque inijjortante.
On sait que tous les corps perdent dans les fluides un poids égal à celui du fluide déplacé; il en résulte donc qu'en descendant dans le corps de ])Oinpe le piston perd une partie de son poids égale à celui de l'eau qu'il cliasse, et cela devrait déranger l'équilibre si ingénieusement établi entre la tige et les contre-poids, mais les chaînes établissent la compensation. En descendant d'un mètre, le piston chasse cinquante litres d'eau, mais les chaînes se sont allongées d'un mètre du côté de la tige et raccourcies d'autant de l'autre côté; elles pèsent 25 kilos par mètre à elles quatre; '25 kilos ajoutés au poids du piston, et retranchés à celui des contre-poids, compensent parfaitement les 50 kilos perdus par le piston. L'inverse de tout ceci se produit pendant l'ascension, et la compensation est toujours parfaite.
L'admission comme l'expulsion de l'eau se fait au niveau du sol à l'aide de deux systèmes de pistons obturateurs et contrepistons. Ces valves sont commandées par deux cordes qui régnent sur toute la hauteur des colonnes. On peut donc, à la base, au sommet, ou en to* point intermédiaire, régler le mouvement de la cage. Exemple: vous êtes en haut et la plate-forme en bas ; vous ouvrez, en tirant la corde, la valve d'admission, et la pression de l'eau fait monter la cage jusqu'à vous; vous fermez ce robinet, vous montez sur la plate-forme, et, par votre propre poids, vous descendez aussi lentement que cela peut vous plaire, en ouvrant plus ou moins la valve de sortie, vous arrêtant même si vous la fermez tout à fait.
A l'Exposition, le double vojage, aller, retour, chargement et déchargement, dure quatre minutes ; le mouvement est aussi doux que possible; et en montant dans l'ascenseur les personnes qui n'ont pas fait de voyage aérostatique pourront, nous en parlons par expérience, se faire une idée assez nette du plaisir que l'on éprouve en s'élevant en ballon.
Ce remarquable appareil a été jugé de suite à sa juste valeur, et l'Empereur, le premier, en a fait établir un au palais de Saint-Cloud; plusieurs autres sont en construction; mais nous ne parlerons que de celui d'un grand établissement financier destiné à un usage tout spécial. Chaque soir la caisse, un coffrefort extrêmement lourd (il contient plusieurs millions en espèces), est enfouie dans un caveau; il fallait quatre hommes pour la remonter chaque matin à l'aide d'un tournebroche; le caissier élèvera désormais sa caisse lui-même en ouvrant un robinet, et la descendra sans plus de difficulté.
L'ascenseur de M. Edoux donnera une plusvalue énorme aux étages supérieurs des ha-
bitations oi'i il sera installé, comme le premier élévateur hydraulique imaginé ])ar lui, le monte-charge, a permis de réaliser une économie importante, en donnant la possibilité d'élever le gros œuvre d'une maison en soixante jours.
Charles Boissay.
Les Idoles au Champ de IVIars.
Après les peuples, les rois; après les rois, les Dieux 1
Oui, les Dieux aussi sont venus à l'Exposition. Comme d'honnêtes bourgeois de Chartres, de Gand ou de Liverpool, ils ont bouclé leur valise, pris le paquebot et le chemin de fer, et se sont dirigés clopin-clopant vers le Champ de Mars.
Les olympes de toutes les zones et de tous les siècles ont leurs représentants à l'Exposition. Vous les rencontrerez particulièrement au pavillon des missions évangéliques. Quelques-uns ont fait élfciion de domicile au Temple égyptien, dans le pavillon des colonies portugaises et dans la section des colonies françaises.
Ne croyez pas qu'il y ait eu de la partialité dans le choix de ces députés de l'Olympe universel; toutes les classes ont été admises : DU majores^ dii minores et plebs divina, les Grands Dieux, les Petits Dieux et la Plèbe divine.
De pareils personnages doivent être annoncés olfîciellement ; usurpant donc le rôle d'introducteurs des ambassadeurs de l'Olympe grec, connu dans la diplomatie sous le nom du marquis Hermès, dit Mercure, je vais avoir l'honneur de présenter ces augustes visiteurs à Jupiter parisiensis.
A'oici d'abord, je ne tiens pas compte de la loi sur les préséances, Té-Tongo et ses trois fils. Ce bonhomme de dieu règne au paradis de Karotunga, en Océanie; c'est bien à celle divinité, aux allures placides, que les bonnes femmes peuvent dire en l'embrassant : « Bon dieu de bois, que vous avez le visage dur! » car cette idole est taillée dans un tronc deTeck, bois de Pégu. A son air débonnaire, à ses grands yeux écarquillés, à sop front plat et allongé, à son sourire paterne on devine que ce bon Té-Tongo n'a pas les mœurs farouches, ni les appétits féroces. On le doit supposer bon père de famille à en juger par la place particulière qu'il accorde à ses trois enfants. Ces innocents rejetons sortent de son corps. Us ont l'air d'avoir été greffés sur le buste paternel. La tête do Té-Tongo n'est pas un chef-d'œuvre de grâce ni d'intelligence; mais on lit sur son visage les qualités, les instincts qui font les bons maris, les contribuables exacts; c'est en un mot un bon garçon de dieu.
-Au-dessus de lui, perché sur rontablonu-nt d'une vitrine, se tient Taaora. A distance, grâce à sa panse arrondie et allongée, on , pourrait le prendre pour une grenouille coiffée d'un béret; mais il n'en est rien, c'est bien un dieu; les caractères sculptés sur sa divine personne indiquent qu'il est le Père lies cieux. Les artistes qui l'ont taiflé, dans une poutre de bois de Pégu, l'ont creusé à l'intérieur. Cette cavité mystérieuse est destinée à recevoir de petites idoles à son image et qui, renfermées pendant plusieurs mois, doivent se pénétrer de ses vertus. Taaora est donc truffé de petits dieux, ce qui le met à uu haut prix sur le marché.
En opposition au bon Té-Tongo, voici le belliqueux Kaili, principal dieu de la guerre de S. M. Karaehaméha 1", roi des îles Sandwich, et dont un descendant direct est mort l'autre jour.
Kiili est lout en tête et en cou. 11 n'a ni jambes ni bras. Il est couvert de plumes rouges comme un perroquet. Sa bouche est béante comme une blessure faite par un coup de hache; elle est armée d'une centaine de dents délicatement attachées par des ficelles. Ses yeux sont blancs, avec un gros bouton-grelot noir pour prunelle. Son nez est puissant, bien percé et d'un roxelanesque insolent. Son front déprimé est couronné par une crinière rouge en plumes. Tel qu'il est, Kaili est le patron de tout Océanien qui porte l'épée. Sa boisson est le sang humain.
D'ordinaire, c'est par la pratique de toutes les vertus qu'on mérite I honneur d'être mis au rang des dieux. En Océanie il en est autrement; c'est ainsi que le vieux Tii — figurine curieuse, — a été déifié par la postérité en raison de sa férocité exemplaire.
De l'Océanie passons dans l'Inde, oii nous trouverons Vichnou, Brahina, Laksmi, Jagi/ernauik, Paramasalti , Bouddha eilîali, pour ne citer que quelques-uns des principaux personnages de cet olympe essentiellement reproducteur.
En sa qualité de femme, Kali aura les honneurs du pas.
Une inscription, placée aux pieds de la dame, nous la dénonce comme « la déesse des Thugs, marchanl sur le corps de son mari.» Sur le catalogue, au n° 431 — des déesses, numérotées comme des hôtes d'hôpital, où allons-nous'? — elle est étiquetée comme rfe'me de la cruauté, se tenant debout sur le corps de son mari, ce qui est déjà moins barbare que d'y marcher. Un missionnaire m'aassuré que le personnage qu'elle tenait sous son talon frémissant est le géant Tripurathurô, qu'elle a vaincu en combat singulier.
Ce ;éant, paraît-il, était un sacripant qui désolait l'Inde, quelque temps après le mariage de Kali avec Siva, troisième personne de la triade indienne. Dieu de la destruction, Siva tue pour recréer — ne pas lire récréer — ceux qu'il immole. Faut-il admettre qu'eu pleine lune de miel, KaU qui, à la vérité, de-
i;exposition universelle de iso? illustrée.
vait faire maiivais ménage plus lard, s'amusa à pétrir l'alriomeu de son époux sous ses pieds? Non. C'est donc le géant qu'elle foule.
Kali a quatre bras, sans doule pour mieux embrasser ceux qu'elle aime, à la façon du loup du Pelil chaperon rouge. Elle a trois jeux dont un sur le front. Tout son corps nu est recouvert d'une coucbe d'indigo. Ses mains sont teintes de sang à l'intérieur. Pour toute parure elle a un chapelet de têtes humaines, fraîchement coupées, qui tombent sur ses membres inférieurs, une ceinture de bras ensanglantés et de grands cheveux assez mal peignés.
Simi était polygame. Sa seconde femme se nommait ftiranm.sn/a', ou vertucéleste. D'un caractère tout à fait opposé à celui de Kali, elle ne vivait pas en très-bonne intelligence avec celle-ci. Leur époux, afin de rendre moins fréquentes leurs rencontres, avait imaginé de faire célébrer les fêles de Paramasalti la nuit et celles de Kali le jour.
Paramasalti est en bois; elle ressemble à une poutre.
On donne unetroisième femme à Siva : /i/iavani ou Parvali. Il ne paraît pas que Partati soit venue à l'Exposition, à moins (jue, ce qui serait possible, Paraniasalli et Parvali ne soient une seule et même personne, comme Ganera, fils de Siva et de Paravati, — d'aucuns disent de Paramasatti, — pourrait bien être le même personnage que Ganésa [ Éléphant perle dit Sévanie, le dieu enfant, et Ujnesa, le dieu des difficultés. Ganeça étant aussi le dieu des ^mariages et le mariage étant la source de bien des difficultés, nous sommes assez disposé à croire qu'en effet Ganeça et Ganésa nefont qCl'un.
Le bon et doux Ganésa possède une tète d'éléphant et quatre bras qui lui servent à assister les femmes sur le pointd'élre mères.
Par quelle circonstance Ganésa, qui est aussi le dieu de la sagesse, a-t-il une tête d'éléphant? Voici l'histoire en quelques lignes. Ganésa était né avec une charmante tête d'homme, comme vous et moi pourrions en avoir une; mais, le jour même de sa naissance, tomba sur lui le regard d'un mauvais génie dont le rayon visuel avait quelque chose de méduséen. La têle du nouveau-né disparut à l'instant même et pour ne pas avoir un enfant décapité, Siva lui donna la première tête qu'il avait sous la main. C'était une tête d'éléphant.
Ganésa possède un frère, Karliceyd, venu à 1 Exposition sur son paon, sa monture inséparable C'est le dieu des armées célestes; il a six têtes et douze bras. Le paon sur lequel chevauche le dieu, est la moitié d'un géant, vaincu par lui. Quant à l'aulre moitié du Polyphème indien, le vainqueur l'a transfor mé en poule d'eau et la porte au bout d'uni; pique en guise d'étendard, Karticeyâ est aussi le dieu des bandits.
Le Karticeyâ des missions étrangères est en ébène, c'est un admirable travail dê sculp-
ture que je recommande ans amateurs, ainsi que le bronze catalogué sous le n° 1 1 03, qui représente Siva et sa femme Paramasatti.
Siva fut pendant longtemps l'unique et souverain dieu de l'Indouslan, mais il n'est pins que la troisième partie de la Trinité indienne dont ia seconde est Yichnou.
I ichnou, dieu conservateur, est représenté plusieurs fois à l'Exposition. Nous signalerons de préférence la forme qu'il affecte sous le n° 35t).
Le dieu est assis gravement sur le serpent Adiseclia dont les sept têtes se relèvent et viennent se réunir en dais. A sa droite est Lakinti, sou épouse, à sa gauche SalyaBiima, sa seconde épouse, et Brniima lui sort ingénument du buste. Pourquoi celle singulière position donnée à Biahma?
Viclinou est représenté coifl'é de la triple tiare indoue; il a quatre bras armés d'une massue, d'une conque, d'un lotus et de la Tcimkra, roue magique.
D ordinaire Vichnou se maquidc le visage en bleu céleste.
Voici venir maintenant Bouddha dont l'esprit commande à plus de cent cinquante millions d'hommes dans l'Indo-Chine, l'île de Ceyian, le Japon, l'Indouslan et la Chine.
Bouddha veut dire : sage par excellence; c'était un titre qu'on obtenait à force de méditations, et que reçut Gaulama, ou Cakya, ou Siddhârashâ, fils du roi de Benarès, environ sept cents ans avant Jésus-Christ .
Le bouddhisme n'est en réalité qu'un schisme du culte de Vichnou. Mais celle secte devint si puissante que les brahmines ne crurent faire mieux pour s'en débarrasser, que d'introduire Bouddha bon gré, mal gré, dans leur Olympe.
II y a de nombreux Bouddha à l'Exposition. Celui qui frappe le plus les regards est placé sur la table du pavillon des Missions. Le dieu est représenté sous la forme d'un homme assis à l'orientale, les mains croisées sur les genoux, l'une dans l'autre, le dos sur la paume. Sa têle est coiffée d'une mitre pointue toute garnie de miroirs. Si ceinture, ses vêlements, les ornements qui le parent sont incrustés de fragments de miroirs d'un singuher effet. Une statuette de bronze d'un joli travail nous le montre ayant à sa droite son favori Hloyala^ et à sa gauche son autre favori i'nritoHf.
Bouddha, mort à 80 ans, a annoncé dans son testament politique que sa doctrine doit durer cinq mille ans, être persécutée, et enfin être donnée au monde entier par Maidari, le nouvel hoinme-Dieu
Cette espèce de tête triangulaire, à peine ébauchée, posée sur un cou d'apoplectique, ;ans tronc, ni bras, ni jambes, peinte en rouge, hideuse, c'est Jai/gernauth ou idole du monde; et voici son histoire :
Vichnou avait promis une statue à son image; mais il voulait ne pas être vu pendant son travail : il s'enferma donc dans le
temple. Le roi, (rès-curii ux, mit l'œil à la serrure, et Vichcou, qui voit tout, s'envola laissant sa statue ébauchée.
Jaggernauthest un monstre qui ne vit que de sacrifices humains. A Orissa, ofi sa représentation est gigantesque, ilest traîné solenueUement par la population entière, à certaines époques de l'année, et des centaines de fanatiques se font écraser sous sou char. Jaggernaulli a un frère, Balaram, et une sœur, Chouboudra ; mais ils sont restés à Orissa. On trouve à l'Exposition plusieurs fragments du char de Jaggernaiith, sculptés avec un soin infini.
Saluons en passant Mme Quan-Quin, mère de Bouddha, déesse de la miséricorde, bonne femme, très-richement vêtue et d'une tenue convenable.
Je voudrais quitter l'Inde, mais voici la I ache du Parailis qni mugit. Sa queue de paon à plumes dorées se relève en éventail, ses ailes d'ange sont ouvertes, sa tête de femme grimace un sourire. Nous lui devons un salut ; elle s'appelle Kawadéiiii et est dispensatrice des faveurs.
Je ne puis, en ma qualité d'homme de lettres, passer sans donner un bonjour confraternel à Wan-Chanij ou KeiceU-Sin, le dieu des belles-lettres, dont le culte est très-populaire chez les étudiants. Le dieu se tient à cloche-pied sur un dauphin; il a l'air de jouer à. la marelle. 11 brandit une plume:
Son front rouge est orné df cornes menaçantes. Ce pion sacré a l'air furieux. .le suis sfir qu'un de ses é'j- es tient de commettre un barbarisme, et qu'il lui flanque un pensum divin : cinq cents vers du llamai/ana, le Virgile du lieu.
Mais des volumes ne suffiraient pas pour décrire, même sommairement, toutes les idoles venues des Indes, de la Chine, de l'Afrique occidentale.
Nous renvoyons le lecteur au pavillon des Missions, et nous allons jeter un rapide coup d'œil sur le Mexique et l'Egypte.
Les idoles de l'ancien Mexique ne sont représentées que par quelques déhris informes et quelques reproductions photographiques. Nous serions assez disposé cependant à voir un reste de statue colossalè dans ce moulage en plâtre qui se dresse à l'entrée du temple. Ce bloc nous a paru être la déesse de la Mort, Teoyaomiqui , assemblage de griffes, de dents, de gueules, de mains, de serpents. Dans cette hypothèse, plusieurs idoles sej raient résumées dans une seule : Tlatoe, dieu des Eaux; Guelzaleuali, dieu du Tonnerre; Iluilzilopoctil, dieu de la Guerre. La déesse de la Mort exigeait des sacrifices humains.
Nous voici en Egypte où le 'vieil Apis nous attend avec patience, en ruminant comme un bon bœuf qu'il est.
Les divinités égyptiennes sont très-nombreuses. Elles sont renfermées dans une cage de verre; la collection est des plus curieuses, mais il faudrait une loupe pour examiner ces
LES ASCliNSliU'M MECANJQUKS DE M. LÉON ÉUÛUX. - Dessin de M. Laa=oii.
LES IDOLES AU CHAMP DE MARS. — Dessin do M. Kreulzbergi