I. l'Xl'OSITlUN UNIVBRSIÎLLE Dli 18(17 ilJ,U
STHKK.
cliefs-d œuvre de flaluaire niieroscopique. Nous retrouvons sur la terre des Pharaons le dogme des triades et celui de l'enfantement d'un dieu par une femme.
Âpis, qui est le même qu Osiris, a été conçu dans le sein de sa mère par l'hiah dieu de la sagesse, sous la forme d'un feu céleste. On reconnaissait qu'Osiris s'était manifesté, quand après une vacance de j'étable de Mempliis, il naissait unjeune veau pourvu des vingt-huit marques sacrées.
La cage de verre renferme, entre autres idoles, les ravissantes statuettes d'Osiris, soleil nocturne, d'/.sis et de i\p;j/i(/iî/s, ses sœurs, de lia, soleil diurne, de Typhon, frère et adversaire d'Osiris, de Ta-oer, autre femme de Typhon, dieu du mal, à'Anubis, gardien des tombeaux, de Tholli, secrétaire des dieux, à'Ihrus, d'Ammon, le caché, première parlie de la Trinité tliébaine, — les deux autres sont Mari et Chores; — de l'aschl, tour à. tour lionne et chatte, P/iai; et Imoulhis, triade de ÎMemphis, de Athor, déesse à tète de vache, grand récipient de Ka, où le dieu renaît de lui-même, de ISeilli, déesse de la sagesse qui a enfanté devinez qui...T? le soleil!
La déesse Athor étant celle qui a pria sous sa protection le parc Egyptien, nous lui consacrerons quelques lignes en manière de conclusion, d'autant plus que le temple en possède une admirable représentation en serpentine, entre deux merveilleuses statuettes d'isis aussi en serpentine et d'Osiris en basalte.
Athor est la première personne de la triade de Dendérah, dont la seconde est Orus, dieu suprême, s'engendrant de toute éternité, et la troisième Ilor-sam-lo, Dieu le fds, dédoublement du père, et destiné à affirmer symboliquement l'éternité d'Horus.
Athor est la déesse des Morts. C'est elle qui reçoit l'àrae et la conduit à Osiris. Elle est Dame de On (Denderali), maîtresse de l'éternité, la Fille du soleil, la Régente des fleuves, de la terre, des astres, des eaux, des montagnes, etc. Le nom hiéroglypliique d'Atbor signifie \' liabilalion d'Horus. On l'appelle aussi Nonb (or) la Vénus avrea de quelques écrivains classicpies. Ses emblèmes sont un sistre et un fouet. Enfin Athor figure dans les temples sous la forme d'une vache ayant un petit édifice sur la tête, par allusion à son nom hiéroglyphique.
Km. de Lyden.
Les États pontificaux.
Gloire au P. Secchi! Trois fois béni soit son météorograplie! Grâce au savant jésuite et à son œuvre, l'honneur des États pontificaux est sauvé, et leur chef pourra dire, après l'Exposition, comiue François T' après la journée de Pavie : « Tout est perdu fors l'honneur. »
Sans le I'. Seechi et son merveilleux inftrument, quelle afi'reuse déroute, bon Dieu! etJt subie l'année industrielle ou plutôt la bande d'irréguliers que Rome n'a pas craint de mettre en ligne au Champ de Mars!
En laissant étaler ainsi sa faiblesse et son impuissance industrielles, le gouvernement romain n'a-t il pas fait acte d'une trop grande humilité chrétienne; et, par respect humain, n'aurait-ii pas mieux fait cent fois de s'abstenir, que de mettre le monde entier dans le secret de la déplorable décadence où aujourd'hui les arts et l'industrie sont tombés chez lui?
Une foule de catholiques le pensent, et nous le pensons avec eux,
Cést par ses beaux côtés qu'il faut se produire en public; quant aux autres, il est de la prudence et du bon goiJt de les dissimuler et de les laisser dans l'ombre.
Or, sur le terrain des arts et de l'industrie, Rome ne peut aujourd'hui, avec chance de succès, accepter la lutte avec personne.
Comment, en effet, les choses se passentelles à Rome, dansée sanctuaire de la prière et des œuvres pies? On n'y comprend les arts que dans leurs applications tout à fait directes aux personnes et aux choses saintes; quant à l'industrie, on n'en reconnaît l'utilité que dans le très-petit nombre de ses produits, qui sont réputés depuis longtemps indispensables aux besoins et à la splendeur du culte.
Si les délégués du pouvoir temporel consentent à fermer les yeux sur quelques écarts isolés et quelques tentatives individuelles; s'ils permet'.cnt que, par accident, l'art et l'industrie s'exercent en dehors du cercle religieux, ils croient faire en cela preuve d'une tolérance dont généralement, il faut bien le dire, on ne leur tient pas compte; quant à y pousser et à y encourager personne, c'est au lie chose ; les artistes midtiplieraient les chefs-d'œuvre et produiraient des merveilles, la science et l'industrie feraient le plus magnifique déploiement de leurs forces et de leurs ressour. es, que du haut en bas de la hiérarchie cléricale, nul n'y ferait attention.
En contemplant la m.îigre exposition des États pontificaux, la. fière devise llalia si [ara da se. nous est revenue en mémoire, et ce que nous avions devant lus yeux nous a confirmé dans l'opinion, qu'on ne doit prendrç cette profession de foi ni à la lettre, ni au sérieux, qu'elle ne lie et n'engage personne, et qu'elle n'est qu'une simple boutade d'un patriotisme vantard.
Le météréogaphe mis à part, l'œuvre capitale de l'exposition romaine est due à M. "Vincent Rigacci, le cirier de la cour de Rome. Il a appendu dans une boîte de trois mètres de hauteur, une demi-douzaine de cierges de la plus belle venue, et fabriqués, s'dfaut l'encroire, dacstoute leur épaisseur, avec de la cire d'abeilles la plus pure.
Ces cierges, appelés pontificaux, ont été in-
ventés par lui à l'époque de la promulgation dudogme de l'Immaculée (Conception. Chaque cierge a deux mètres cinquante centimètres de hauteur, huit centimètres de diamèire, et pèse quatorze kilogrammes.
Dans plus des deux tiers de leur hauteur, ils sont historiés et couverts de peintures à l'huile avec dorures, dans le style de Zuccari. A la partie centrale brille l'image de Marie, couronnée de rubis et placée sur un globe qu'entourent deux branches d'olivier et de lis, symboles de paix et de pureté; au-dessous, placé dans une niche arcliitectonique, chacun des six prophètes, Moïse, Isaïe, David, Ézéchiel, Jérémie et Daniel, qui ont plus particulièrement annoncé lavenuede laVierg'; enfin, à la partie inférieure, sont figurées les armoiries de Pie IX, en mémoire de la glorieuse définition dogmatique prononcée par Sa Sainteté.
On comprend qu'il n'y a qu'à Rome et dans la capitale du monde chrétien qu'on peut se donner le luxe de jiareils cierges. Il y a loin de là aux grossiers bâtons de résine lumeux qui brûlent sur l'autel de beaucoup de nos pauvres églises de campagne.
La Commission impériale n'a-t-elle pas trouvé les cierges de M. Vincent Rigacci, ou assez gros ou assez bien confectionnés, pour qu'ils ne lui aient paru dignes d'aucune distinction? Cela doit tenir à la première ou à la seconde raison, à moins, ce qui serait possible, que cela ne résulte de toutes deux.
Par bonheur pour M. Vincent Rigacci, il est en possession d'un monopole inaliénable, et la décision du jury ne peut porter aucune atteinte à ses intérêts.
M. Dovizelli a esposéquatrephotographies faites à Rome, en très-grand format; c'est Saint-Pierre, le Vatican, le Colisée et le Char de l'Aurore du Guide; toutes ces photographies sont magnifiques d'exécution et donnent la représentation la plus exacte de ces merveilleux monuments, que le temps a tous sillonnés déjà de rides profondes,
On doit encore à M, Dovizelli la collection complète des i'/ansc, admirable histoire en peinture de l'Ancien Testament, dans laquelle le génie de Raphaël s'est déployé à l'aise, et se montre tout entier.
Quand nous disons « on doit à M. Dovizelli » nous nous exprimons mal; c'est i( M. Dovizelli nous doit >i que nous devrions dire ; car ces belles photographies ne se trouvent pas dans le commerce, et M. Dusacq lui-même, que l'auteur a choisi pour son dépositaire, voudrait bien savoir comment on peut s'en procurer et où l'on en trouve.
On n'est vraiment pas plus Italien que M. Dovizelli. Il a fait ses photographies paj distraction ; mais les multiplier par le moyen des clichés, ce serait une occupation; et un Romain n'est pas homme à se soumettre volontiers à un travail régulier. Et puis, sous le beau ciel de Rome, le farniente eit si doux!
Quelques persouncs cherchent, et s'éton-
Jipnt de ne pas trouvoi' en masse, dans l'exposition des Etats ponlilicaux, ces chapelets, ces scapulaires, ces médailles, ces ex-voto, ces émaux, et tous ces petits bénitiers coquets dont les rosarii de Rome tiennent boutique ouverte ; qu'ils n'en concluent pas que le zèle religieux s'est refroidi ; tous ces objets de dévotion, à la. confection desquels l'industrie romaine a renoncé, se fabriquent aujourd'hui à Paris et sont expédiés à Home.
Les cha&ubles, les chapes, les dalmatiqucs, les bannières, les dais, les oriflammes les ombellinos romains, toutes les broderies, toutes les dentelles, tout le linge d'église, aubes, surplis, nappes d'autel, qu'on vend à Rome, sont encore du provenance française, et si l'on n'en trouve pas dans l'exposition des États pontificaux, on aurait tort de s'en inquiéter : nos industriels ne laisseront jamais à court le clergé romain, et quand il voudra bien faire les choses et y mettre le prix, il pourra déployer autant de luxe et de magniiicence que par le passé.
Un bijoutier romain, Cipriani, a obtenu une médaille de bronze; nous le mentionnons, parce que c'est aujourd'hui un des plus renommés héritiers de Castellani , et que ces deux noms établissent exactement la distance qui sépare les artistes d'autrefois, ou les maîtres, de leurs successeurs et de leurs élèves.
■ Une médaille de bronze a été encore accordée il l'Université romaine pour ses collections de roches. On ne pouvait plus largement récompenser un simple travail de recherches et de classification.
MM. lîocedi et Cie ont reçu une mention honorable pour leurs kaolins. Le sol est riche, ils le font exploiter et tirent un large produit de leur direction; cela rigoureusement pourrait leur suflire; mais si une petite distinction vient s'ajouter à leurs bénéllces, ils auraient vraiment tort de demander davantage.
Le jury a accordé une médaille d'or À l'Atelier de mosaïque de Rome comme à celui de Saint-Pétersbourg : nous laissons au pub le le soin d'apprécier la différence qui existe entre l'habileté et la science d'exécution des deux ateliers; mais le jury a sagement fait de décider ainsi : il y a des eoucliants dont on contemple les rayons avec autant de plaisir que ceux de l'aurore.
i\lM. Rubicondi et Martinori ont aussi obtenu chacun une médaille d'argent pour leurs mosaïques.
Si les Romains se plaignent de la Commission, qui s'est montrée pour eux pleine de bienveillance et de courtoisie, ils ne nous étonneront pas : chez eux, comme chez leurs frères d'Italie, l'indépendance du cœur a toujours été à l'ordre du jour.
Comment se fait-il qu'on ait placé dans le musée historique les beaux camées de G. P. (lirometti V Est-ce parce que l'ancien directeur de la Jlonnaie de Home a été prématurément enlevé aux beaux-arts, qu'on a privé l'exposi-
tion romaine de ses plus rich°s joyaux, et qu'on a transporté ces chefs-d'œuvre de la gravure contemporaine dans la section de l'archéologie? Nous ne pouvons nous expliquer autrement cette maladroite mesure.
Mais il en résulte malheureusement pour la veuve dont ces quatre camées sont le seul héritage que les visiteurs supposent qu'ils appartiennent à quelque musée romain et qu'aucun acquéreur ne se présente.
S'ils avaient été installés à leur vraie place, près de la vitrine du bijoutier Cipriani, nul doute que depuis longtemps ih ne fussent devenus la propriété de quelque riche amateur.
Nous avons relevé tout entière la table d'honneur des Etats pontificaux : elle n'est pas riche en titres; et l'on peut dire que sans le P. Secchi, tous ces titres-là ne l'auraient pas mise en une bien vive lumière.
Gloire donc au P. Secchi! Gloire au jésuite qui au dix-neuvième siècle a fait pacte public avec la science et est venu protester, à la face, de Rome, contre les odieuses persécutions qu'elle a jadis subies I Gloire à lui I car il venge Galilée, le grand astronome de Pise, des avanies dont l'ont abreuvé les jésuites, ses implacables persécuteurs !
Pauvre noble vieillard! Epouvanté à l'aspect des tortionnaires qu'on lui avait donnés pour juges, il a abjuré la vérité qui s'était révélée à lui; il l'a trahie, dit-on, trahie!... A quatre-vingts ans tout le inonde n'a pas l'âme de Dandolo; et si convaincu qu'on soit, on est excusable de ne pas trouver en soi, à cet âge, la force de la confesser.
N'a-t-il donc pas assez fait pour elle, en expiant
par trois ans de prison, L'impardonnaljle tort d'avoir trop tôt raison,
et ne devait-il pas se dire, dans le secret de son cœur, pour se consoler du désaveu qui lui était arraché, que la vérité, plus forte que ses persécuteurs, devait triompher tôt ou tard de la torture et des bûchers?
Oui, il avait pressenti son triomphe et son règne; et Dieu, peut-être, se manifestant à lui pendant son glorieux martyre, lui avait révélé l'heure où il se réservait de lui susciter un vengeur du tein même de ses ennemis.
Prosper Poitevin.
Le Mobilier français. — Classe 14.
Il m'a toujours semblé qu'il y avait une sorte de contradiction entre ces deux désignationsdu catalogue olliciel : >< Groupe 111, mobilier. — Classe 14, meubles de luxe ».
Pourquoi les meubles de luxe seulement? Y a-t-il donc pour une nation industrielle une bien grande satisfaction de vanité à ne montrer que des industries de fantaisie, à paraître ne s'occuper que des superfluités, des choses de luxe, à ne donner le nom de meubles qu'aux lits qui valent au moins mille écus, à ne classer dans le groupe du mobilier que les bibliothèques, les dressoirs, les buffets de six mille francs? — La France est-elle donc devenue la terre classique de l'opulence universelle, tous ses habitants sont-ils millionnaires? ou bien accorde-l-on donc plus d'importance au brillant qu'à l'utile? Les étrangers qui désirent connaître le mobilier français et visitent le troisième groupe doivent emporter une haute idée du luxe et du goût de nos ameublements. Et, pensant quêtons les Français n'achètent leurs meub'es que dans les ateliers artistiques des Fourdinois, des Racault, des Reurdeley, des Quignon, ils peuvent se demander dans quelles contrées lointaines se fabriquent les lits, les armoires, les tables, les chaises, les fauteuils, qu'ils trouvent dans les hôtels.
Je n'oublie pas que la classe 91 renferme, entre autres objets nécessaires à la vie, les meubles, « distingués par les qualités utiles, unies au bon marché. » C'est donc là que le visiteur trouvera les spécimens les mieux faits de notre ameublement ordinaire. Là l'acajou, le frêne, le noyer, le chêne, régnent sans avoir à craindre le terrible voisinage du bois de rose, de l'ébène, du palissandre, etc.
Mais je ne saurais approuver la décision qui a voulu établir une distinction entre les meubles de luxe destiaés à un public assez restreint, et les meubles ordinaires plus modestes, mais d'une utilité plus générale aussi, puisqu'ils s'adressent aux neuf dixièmes de la population.
11 y a, selon moi, un miheu entre les meubles de grand prix et l'ameublement à bon marché. C'est ce milieu qui n'est pas représenté au Champ de Mars, Certains fabricants hésitaient à exposer de bons meubles, fabriqués avec soin, clégants-et solides à la fois, mais qui s'éloignaient autant de l'ébène incrusté ou des rosaces en bois de rose que du frêne et du noyer. Us auraient été éclipsés par les magnificences du groupe III; d'autre part ils ne remplissaient pas les conditions imposées aux exposants de la classe 91 . Et, dans ces conditions, ils se sont abstenus, privant ainsi notre exposition du spectacle intéressant que devait présenter une industrie qui fait chaque jour des progrès.
Nous sommes bien loin, en effet, des meubles primitifs que les amateurs d'archéologie cherchent avec ardeur dans le fond des campagnes. Et si nous devons nous borner à une revue des exposants de la classe 14, nous trouverons encore une diliérence considérable entre les meubles de luxe qu'ils fabriquent et ces charmants débris du passé, ces précieux souvenirs des quinzième, seizième, dix-sep-
licinc et dix-huitième siècles que nous admirons dans quelques musées.
Je serais cependant fort embarrassé s'il me fallait dire où est la véritable supériorité et qui l'emporte, des artistes qui ont précédé et suivi Boule, les Jean de Vérone, les Brunelleschi, les Benoît de Majano, les Jean-Marie de Blois, les Kolping, les Vernet, etc., ou des articles contemporains.
Il snfllt d'un léger effort de mémoire pour retrouver dans les créations modernes, les modèles consacrés par l'admiralion des gens de goût. Sauf de légères différences de dessin dues au caprice de l'artiste, je revois ces buffets, ces crédences, ces chifTonniers, ces tables que les patientes recherches des Du Sommerard et de quelques amateurs ont réunis au musée de Cluny et dans quelques ga-
leries particulières. L'imagination joue donc un rôle assez médiocre dans l'ameublement moderne, et l'invention n'a que peu de part aux travaux de nos fabricants.
Les artistes des siècles précédents ne pouvaient employer pour les meubles de luxe que le chêne, le bois de rose, l'ébène, l'érable. Encore le chêne était-il presque exclusivement consacre, à cause de son caractère sévère,
liXPOSjlïlOiN lits JiTATS POM'lFICAljX. — Dessin de M. Laucelot.
aux meubles destinés aux églises, auxmonaslères, etc. Boule, dont les travaux attestent de constantes recherches, tournait incessamment dans le cercle restreint des bois alors connus. Dans son impatience de ne pouvoir modifier ses modèles, il employait, comme ornements, le cuivre, l'écaillé, tandis que l'Italie'envoyait ses belles incrustations d'ivoire. Que ne fjjt pas devenu entre tes mains l'art derébénisterie, s'ilavait eu les fécondes
ressources que nos fabricants ont trouvées dans les foiêts de l'Afrique et du Nouveau- Monde !
La liste s'accroît, en effet, chaque jour, des essences qui fournissent aux ébénistes, les riches panneaux, les mosaïques multicolores, dont ils ornent non-seulement les menus objets de marqueterie, mais les grands meubles, tels que lits, armoires à glaces, bibliothèques, bufîetf, dressoirs, etc. Et il
n'est pas sans intérêt de citer le palissandre, l'acajou, le bois d'amarante (sorte d'acajou rouge-violet), l'ébène, le santal (ou sandal], le bois de rose, l'érable, le thuya, le bois de fer, le tabasco, le chêne, le citronnier, le camacon, le bois de Spa, le camphrier, etc. Quelques-unes de ces essences sont empruntées à nos forêts. Mais la plupart viennent de l'Amérique, de l'Afrique, de l'Espagne, de l'Italie et del'Océanie.
L'EXPOSITION UNIVRnSIÎLLE OK 1867 ILLUSTRÉE.
Saint-Domingue a fourni pendant longtemps tous les bois d'acajou qu'employaient les ébénistes d'Europe. Ce bois est, en effet, fort beau, d'un grain très-serré, d'un poids spécifique assez considérable, et ses veines affectent ces dessins bizarres que recherchent nos artistes pour les panneaux de meubles. Dans ces dernières années on a découvert au IMexique des forêts d'acajou. IVlais le bois est moins dur, la couleur est plus pâle, les veines sont presque droites, enfin le poids d'une bille de même dimension est inférieur il celui d'une bille d'acajou provenant de Saint-Domingue. Cuba produit aussi de l'acajou, et les fabricants le recherchent, malgré son prix assez élevé , à cause de sa couleur foncée et de la richesse de ses dessins.
Le prix de l'acajou, qui, au siècle dernier, était fort élevé, s'est lapidement abaissé depuis la mise en coupe réglée des forêts de Saint-Domingue.
De nos jours, la découverte de nouveaux centres de production a diminué encore la valeur de ce bois, qui a pu entrer en concurrence, pour la fabrication des meubles ordinaires, avec le noyer, qui tend à disparaître chaque jour.
Néanmoins, l'acajou de Saint-Domingue conserve toujours la supériorité. Ainsi , tandis qu'une bille de .Mexico se vendra à raison de 20 francs les cent kilogrammes, une bille de Saint-Do.
niingue se vendrajusqu'à 4 fr. le kilogr.
Un fabricant paye une pièce ayant vingtcinq cenliniètres d'épaisseur et trente-cinq cenLimèlres de largeur, sur deux mètres de longueur, 750 francs. '
Diverses industries concourent à la fabrication d'un meuble, et il n'est pas sans intérêt de jeter un simple coup d'œil sur les diverses opérations qui oui préparé et terminé le lit, la bibliothèque ou le bulTet que l'on a jmirc à l'Iixposition.
L'acajou, le palissandre, le bois de rose, l'ébène, en un mot, tous les bois de luxe sont donnés au scieur qui reçoit une bille dont l'épaisseur varie de quinze à vingt-cinq centimètres, la longueur, d'un mètre cinquante à deux mètres, et qui doit la rendre en lamelles d'un demi-millimèlre, d'un millimèlre, d'un millimètre et demi. Cette opération
Clafse ik. — LU .MÛBILIEK FilANgAK. - Dessin de M. Fellmiim.
exige un certain soin. La bille est placée à plat sur une sorte de bâtis en bois dur, dans un bain décolle forte qui sèche peu à peu. De forts tenons en fer retiennent la bille au bâtis jusqu'à ce qu'il y ait adhérence complète. Elle est ensuite mise en communication, dans une position verticale, avec une scie placée horizontalement, etanimée d'un mouvement rapide de va-et-vient, par une machine à vapeur. Uncicealrique l'ait lentement
monter la bille, de manière à ce que le mouvement soit parfaitement combiné avec celui de la scie, qui débite ainsi la pièce dans toute sa hauteur. Dans la galerie des machines, j'ai remarqué " des ustensiles de ce genre qui réalisent certaines améliorations de détail.
Les feuilles ainsi découpées sont remises à l'ébéniste, qui n'a plus qu'à les coller sur les panneaux tout découpés, tout prêts à être réunis, et qui sont gé néralement en bois de chêne , de hêtre, de frêne, quelquefois de sapin. Cette opération présente d'assez nombreuses difficultés. El les accidents sont assez fréquents. La colle trop chaude fait gon.
doler le placage, tandis qu'un courant d'airempêchelafeuille d'adiiércretamènedcs soufflures, des fentes, etc. Le meuble n'est pas complet si les serrures, les glaces , les ornements de cuivre, d'acier, ne sont pas posés. Enfin, les incrustations de pierre sculptée, de bois, do cuivre, d'ivoire , d'écaille, de terre cuite, de marbre, etc., exigent des mains habiles et spéciales. Si des grands meubles nous passons aux sièges, fauteuils, chaises, canapés, nous trouverons encore l'intervention de plusieurs professions. Après le travail du menuisier, de l'ébéniste et du tourneur, ne faut-il pas que le tapissier garnisse le siège'/ Et le genre des garnilures varie à l'infini.
Depuis la paille et la canne plébéiennes jusqu'au velours, jusqu'à la tapisserie de Ncuilly, jusqu'aux belles et élégantes créa- Lions de Bcauvais, tout s'emploie, la soie, le
damas, la laine, le cuir Enfin, le meuble
est terminé, prêt à être vendu, et l'ébéuiste lui donne une dernière façon, le vernissage. Après avoir, à l'aide d'un outil tranchant ou d'un verre, poli chaque panneau, il étend une couche de ce vernis que nous empruntons encore à l'Amérique, et qui donne aux bois de luxe ce brillant tant recherché.
Nevoyez-\ous pas maintenant l'imporlance de cette industrie, dontje n'ai pu vous montrer qu'un côté bien restreint, celui de la fabrication de luxe, et qui met cependant tant de bras en mouvement, qui alimentetant d'industries, tantde professions? Aussi, à Paris, des quartiers entiers sont presque exclusivement occujiés par des fabricants de meubles, la rue et le faubourg Saint-Antoine, les quais avoisinants, etc., tandis que les passementiers, les quincailliers, leî marchands d'étoffes, tous les chefs de métiers qui travaillent pour les tapissiers et les marchands de meubles, se pressent dans les quartiers Saint-Denis, Saint- Martin, du Temple, etc.
Tout en élevant les salaires, tout en donnant plus de soin, plus d'élégance à leurs meubles, les fabricants ont néanmoins baissé dans une proportion assez forte la moyenne de leurs prix. Ils ont en cela suivi plus ou moins une maison que la perfection de son travail, l'étendue de ses opérations, les nombreux débouchés qu'elle s'est ouverts , le nombreux personnel qu'elle emploie, placent à la tête de l'industrie du faubourg Saint- Antoine, ^lodeste encore sous la direction de M. Kricger, le fondateur, cet établissement a pris entre les mains de M. Uacault, et de son associé, M. Colin, toute l'importance d'une usine de premier ordre. — Mais les lecteurs de CExposilion universelle illuslrée n'ont pas oublié les quelques lignes consacrées par un de nos collaborateurs à l'organisation et aux travaux de cette vaste usine.
Il est difficile, en parcourant la galerie des meubles, d'établir une différence bien accusée entre les mérites des nombreux exposants. Nous ne sommes plus au temps des secrets de fabrication, des procédés particuliers que l'on se transmettait mystérieusement de père en fils. Les bois employés sont les mêmes, l'outillage ne varie pas; reste le dessin, la forme, les ornements; ici l'imagination, l'invention peuvent se manifester et créer des différences sérieuses. Mais, je l'ai dit, l'imitation des styles consacrés est presque imposée aux fabricants par leur clientèle.
Comme dan? toutes les industries, quelques maisons s'élèvent au-dessus des autres par la richesse, le bon goût, l'élégance de leurs meubles. Ainsi, les maisons Fourdinois (qui a obtenu le grand prix), Racault, Beurdeley, Grolié (hors concours), exposent des lits, des tentures, des sièges que l'on ne trouvera certainement pas chez les concurrents. Mais, après ces importantes maisons, audessus de toute comparaison, je pourrais compter une vingtaine d'établissements qui se distinguent par des qualités semblables, et méritent les mêmes éloges.
Je citerai, eptre autres, MM. Guéret frères, qui exposent un très beau buffet-dressoir de salle à manger, surmonté d'une tête de cerf, et orné d'un beau panneau sculpté en relief. Le tout en chêne. Ce meuble a obtenu une
médaille d'or; — M. Roux, qui a obtenu une récompense semblable pour une belle bibliothèque à quatre panneaux vitrés, en bois de rose, et une table à incrustations de cuivre, dans le genre des marqueteries de Boule ; — M. Lanneau (médaille d'argont), dont les sièges sont d'une forme à la fois originale et élégante; — M. Deville, qui expose un trèsbeau lit orné de marqueterie et richement drapé de velours rouge; — SI. Buffet, pour ses armoires à glace en bois de rose et en ébène, et une bibliothèque en chêne, à trois corps, d'un très-beau style; — M. Quignon, dont les beaux travaux de tapisserie ont consacré la réputation; — MM. Mercier frères, qui ont réuni dans leur compartiment le mobilier d'une chambre à coucher, lit, armoire à glace, chiffonnier, fauteuils, chaisebasse,etc., le tout tendu de soie bleue et fort harmonieux à l'œil.
Le jury a donné à .M. Semey une médaille d'argent pour une bibliothèque en ébène sculpté, à cinq panneaux vitrés, que les amateurs de beaux meubles ont tous remarquée.
M. Bontung est un des premiers en France, je crois, à employer le bois de camacon, récemment découvert à Manille (Océanie). Ce bois, d'une assez belle couleur rouge, rappelle par ses dessins les veines du thuya. M. Bontung Femploie pour ses panneaux, en l'encadrantde bois d'amarantedontla nuance violette fait ressortir le rouge du camacon.
Je n'aime pas beaucoup le buffet-dressoir de JIM. Allard et Chopin, chargé de médaillons de faïence peinte et de terre cuite en relief. Le jaune pâle du chêne ne s'harmonise pas suffisamment avec les peintures bleu foncé de la faïence, et la couleur de la terre cuite. Peut-être le temps, en brunissant le chêne, donnera-t-il cette harmonie de tons, que je cherche vainement aujourd'hui, et c'est, je pense, dans cette assurance que MM. Allard et Chopin, dont l'expontion se distingue par le bon goût et le choix heureux des modèles, ont construit ce meuble.
Une exposition intéressante à plusieurs points de vue est celle de l'association des ouvriers menuisiers en fauteuils. Sous la direction de M. y. Baron, celte association , véritable type des sociétés coopératives, a déj à obtenu une médaille de bronze en 1855. Et en 18()7, une nouvelle récompense est venue encourager les efforts de cette réunion dont l'exemple sera certainement suivi.
La société des Beaux-Arts appliqués à l'industrie, qui compte parmi ses membres des artistes distingués, des fabricants de premier ordre, des publicistes, des gens du monde, expose dans un salon-bibliothèque, organisé par M. Guiehard, les œuvres ou la reproduction des œuvres de plusieurs sociétaires. Ainsi, à côté des photographies rappelantles toiles de quelques artistes, à côté d'une trèsbelle bibliolbèqiie en ébène ornée de statues en bronze, de MM. Mazaroz-Ribailler, 31mc la
comtesse de Dampicrre expose de jolis écrans en papier découpé et quelques terres cuites, qui font pendant à de belles porcelaines peintes envoyées par Mme la comtesse de Saint-Albin.
Je ne connais pas un plus noble emploi des loisirs qu'une grande forlune fait à ces dames que cette active etdirecle coopération donnée à cette Société, dont l'action peut être si féconde pour le développement et les progrès de nombreuses industries.
A mon grand regret, il m'est impossible de citer tous les noms des exposants de la classe 1 4. Je dois me borner à désigner à l'attention publique ceux que le jury a trouvés supérieurs à leurs concurrents, et quand j'aurai nommé M. Lemoine, qui a obtenu une médaille d'or pour ses meubles sculptés et ornés d'émaux, d'incrustations de cuivre, d'ivoire, et M. Roudillon (médaille d'or), dont le lit exposé dans le grand vestibule est bien connu des visiteurs, je devrai clore celle liste.
El maintenant, si je jette un coup d'œil d'ensemble sur les produits de nos exposants, je constate ce que l'on remarque dans tous les arts, c'est le peu de chemin que nous avons fait depuis nos ancêtres. — Les fabricants modernes ont à leur disposition bien des malières premières qui manquaient aux arlislesdessiècles antérieurs, leurs moyens de fabrication sont plus rapides, moins coûteux; — l'emploi de nombreux bois de luxe, de nombreuses étoffes, la soie, la laine, le velours, le damas, la tapisserie, sans compter le crin, le cuir, etc., leur permettent de varier les couleurs, l'aspect de leurs meubles, d'en augmenter la richesse. Ces meubles en sont-ils plus beaux? Non, ils sont plus luxueux, voilà tout. Mais comparez les meubles modernes en chêne, aux. créilences, aux prie-Dieu, aux bahuts, aux dressoirs des quinzième et seizième siècles; comparez les meubles de marqueterie aux bonheurs du jour, aux chiffonniers, aux tables du dix-huitième, et vous serez convaincus de celte triste vérité que la question d'art n'a pas fait un pas. Y a-t-il au moins progrès au point de vue industriel et économique? La classe 91 répondra oui. Mais je réponds non pour la classe 14. — M. Munz expose un meuble de chambre à coucher, composé d'un lit, d'une armoire, d'un chiffonnier et d'une table de nuit, et donne le tout pour la bagatelle de 8000 francs ! Combien l'eùl-on payé il y a cent ans ?
Victor Cosse.
Yir
Les Chaussures. — Classe 35.
Nous allons jeter un coup d'œil rapide sur l'ensemble des exposants de la cordonnerie,
STREE.
puis,spécialisanl noire examen, dire quelques mots du xnanufacturier choisi conirae type tie celte grande industrie qui se chilTre annuellement à Paris'pour une production de cent millions de francs.
Les procédés de fabrication ont divise la chaussure en trois classes distinctes: la chaussui'e cousue, la chaussure olouéo et !a chaussure vissée.
La chaussure cousue n'a point de centre spécial de fabrication, on peut citer cependant, pour leur exceptionnelle importance: Paris, Nantes, Marseille, Bordeaux et Fougères. Quant à la chaussure clouée, elle se fabrique principalement à Paris, Liancourt, Romans, Blois et Angers, tandis que la chaussure vissée est une spécialité parisienne. Ces deux derniers procédés tendent, successivement, à diminuer les prix de revient; et les perfectionnements intervenus dans certaines nuances de clonage ou de vissage, n'ont d'autre but que d'allier mieux la solidité et le bon marché à la flexibilité de la semelle; il faut ajouter que le clonage et le vissage peuvent plus facilement être effectués par les moyens mécaniques et produisent, par conséquent, un abaissement dans les prix tout en augmentant la rapidité du travail.
La vache' et le bœuf fournissent les meilleures semelles pour notre promenade. Le veau, le chevreau, la chèvre, le mouton, constituent à divers degrés de malléabilité les dessus de nos bottines et, de leur choix plus ou moins intelligent, dépendent la conservation de la souplesse de nos pieds, et l'absence de ces excroissances cornées qui sont souvent si douloureuses? De cette condition de souplesse isans laquelle la marche devient pénible, est née la distinction entre les chaussures pour hommes et les chaussures pour femmes.
La chaussure a ses artistes comme l'ébénisterie et les bronzes. On remarque à l'Exposition quelques chefs-d'œuvre de forme et d'ornementation pour les hommes; mais assurément le pied mignon des dames inspire davantage les ouvriers.
Jamais l'art de la chaussure n'a été poussé plus loin que de nos jours ; et tralgré les talons rouges de Louis XV plus excentriques que gracieux, il faut donner la palme à nos industriels modernes. Objet de première nécessité, la chaussure n'a pas oublié qu'à côté de l'art il y a l'industrie, l'industrie qui par ses procédés plus économiques doit satisfaire toutes les bourses et toutes les exigences.
Croirait-on que la France, qui exporte pour 'iO millions de francs de chaussures par an, possède encore quelques localités où ce comfort est inconnu?
L'Autriche a grandement amélioré sa fabrication de chaussures; ses bottines en cuir verni de Worms et de Maycnce, ont étonné nos industriels les plus compétents et les menacent d'une concurrence sérieuse. La Prusse n'a guère progressé. L'Angleterre
produit, en général, des chaussures lourdes et communes ; l'Amérique fabrique à toute vapeur, solidement, mais sans art. C'est le pays du Times is money, et les esclaves libérés se chaussent sans y regarder de trop près pour la couleur comme pour la forme. L Italie a quelques industriels sérieux;! Turin, Wilan et Bologne, bien plus qu'à Florence. En Espagne, trop de sandales, et chez les Turcs, les antiques babouches dorées :\ outrance, mais larges et aplatissant le pied, ce qui est compréhensible, puisqu'ils retirent leur chaussure là où, par respect de la Divinité, nous retirons nos chapeaux.
La Chine n'a pas exposé de chaussures.
Pourquoi faire? Les pieds sont supprimés chez les femmes par coquetterie 1
Je l'ai dit, la palme est à la France et à Paris — à Paris, qui produit des manufacturiers comme M. Pinet, dont la vitrine renferme une variété de types d'une élégance exquise ; cet industriel est un praticien devenu chef de maison par son propre mérite. Créateur de formes ingénieuses, expert dans le choix des matières premières et à la tète de tous les progrès qui peuvent perfectionner son industrie, tel s'est présenté au Champ de .Mars l'exposant dont nous nous occupons actuellement.
M. Pinet, qui s'est spécialement consacré à la chaussure féminine, y a réalisé une foule de progrès dignes d'attention. Au goût choisi de ses formes, à l'application d'un système de pointure minutieux et très-exact, ayant pour effet de parer à toutes les éventualités d'une fabrication roulant d'avance sur près de iOOO genres différents de chaussures, il a su ajouter la création d'une sorte de talon plus gracieux, plus commode et d'une exécution plus facile que par le passé. On sait que les hauts talons sont à la mode aujourd'hui. Notre nature tient à se grandir de toutes les manières. L'ancien talon fixé à l'extrémité de la bottine gênait la marche et tendait à se rejeter en dehors. M. Pinet a compris que le véritable centre de l'effort du talon de la chaussure s'exerce plus sous 4a cambrure du pied que sous le talon humain, et par une disposition mathématiquement calculée, il l'a fixé proportionnellement à sa hauteur à l'endroit le plus commode pour l'aisance de la marche. Cette innovation donne à ses bottines une silhouette gracieuse qui se fait remarquer à première vue. Ajoutons que là ne se bornent pas les améliorations de cet industriel, et que sa manufacture, dont il a été lui-même l'architecte, est conçue sur un plan technique des plus intelligents.
Une grande partie de sa production est exportée à Smyrne, Odessa, Alexandrie, et représente un chilYre très-important.
En résumé, il tient d'une manière très-distinguée le milieu entre les manufactures populaires et les ateliers particuliers où règne la commande.
A. Chirac.
CHRONIQUE
Paris, "2 octobre.
Septembre lègue au mois d'octobre un clair soleil, joie des vignerons, et qui invite aux longues promenades, aux excursions buissonnières.
La Ville et le Domaine ont eu le bon esprit de livrer aux visiteurs le libre accès de toutes les merveilles qu'on renomme et qu'on admire, si bien que le régime de l'autorisation préalable n'existe plus, — j'en demande pardon à la Commission impériale, — que dans l'intérieur du Champ de Mars.
Rien ne m'empêche, si je veux, de prendre une esquisse, un croquis d'un tapis des Gobelins à Versailles, àTrianon, à Compiègne, à Fontainebleau, ou même à Paris, partout enfih — excepté au Champ de Slars. Ce droit d'interdiction a monté à la tête de certains exposants, commissaires étrangers et autres émanations personnifiées du Règlement général. On en viendra bientôt, — je le parie, — à ne pouvoir regarder un tableau dans la galerie des Beaux-Arts, sans avoir obtenu une autorisation préalable. Si je demande cette autorisation à un gardien, il me répondra que cela regarde son chef de service, ou tel commissaire étranger. Si je m'adresse au chef de service ou au commissaire, il me dira que c'est grave, trèa-grave, mais qu'il n'y peut rien, et que cela regarde l'exposant. L'exposant, où est-il? A Saint- Pétersbourg, ou bien plus loin, au fond de la Bretagne? Entre-temps, vous vous trouvez engrené dans cette filière d'autorisations, comme dans une machine pneumatique :
votre temps et votre corps y passent. Retournez la filière : vous avez l'autorisation de l'auteur du Sommeil de l'innocence , venue du fond de l'Ilalie ; il vous faut l'autorisation du commissaire italien, et après celle-là, celle du commissariat général, où vous trouvez les employés les plus aimables, mais les plus infectés de la manie d'empêchement. Ce que vous demandez est jraue, toujours iTès-grave! Mais on verra.
Savez -vous que nous n'aurions pas osé dire cela au début? Nous profitions — ni plus ni moins que nos confrères — de quelques fissures de tolérance et de quelques dis. tractions d'autorité, pour pénétrer jusqu'aux fruits défendus. Nous étions comme le garde forestier qu'on oblige à braconner. Maintenant que notre provision est faite, rien ne peut plus nous empêcher de proclamer.... que nous avons enfin reçu l'autorisation de l'administration des Gobelins.
Et si les nations étrangères s'étonnent de celte libéralité tardive, nous leur dirons fièrement do demander à leurs commissaires
L'EXPOSITION UNIVIiRSELI.IÎ DE 18(17 ILLUSTRÉE.
s'ils ont été plus libéraux. J'ai toujours sur le cœur rinterdiction pour les coucous de la Forêt-Noire. L'avenir ne voudra pas croire au témoignai^e que je consigne ici, tant il est invraisemblable. Mais j'ai pris date.
Parkv. moi de la Ville et du Domaine 1 , r. '■'
et que les voyageurs étrangers disent si , nulle part, ils ont eu besoin de permission pour visiter nos Musées, notre Hôtel de Ville, nos résidences impériales, — ou uiêmeBicêtre etCharenlon ?
Partout l'accueil le plus aimable, l'hospitalité la plus confiante ont accueilli les visiteurs ; — à ce point que la Commission impériale aurait le droit de dire que la Ville et le Domaine nuisent aux recettes de l'Exposition par les pré\ enances avec lesquelles on accueille les visiteurs partout ailleuraqu'au Champ de Mars.
Donc, par ce clair soleil et ces nuits étoilées, fraîches mais non pas froides, Paris s'est fait eœpositim. Les expositions sont parioiit, dans les palais, dans les musées , même sur le boulevard , où travaillent sans tiop de zèle les ouvriers de M. Haussmann.
Le devoir de tout étudier m'a conduit à l'Hôtel des Invalides, avant que ce vénérable monument eût découvert son clocheton doré, dont le nouvel Oiiéra sera jaloux. Je suis monté à un quatrième étage , sous les ardoises; et, après avoir traversé la galerie des places fortes, je suis arrivé jusqu'aux plansreliefs de la France, dressés par les soins infatigables de M. Bardin. Rien n'est intéressant, je vous assure, comme ces études d'après nature sur l'orographie française. On
y voit le relief des hautes Vosges, des Puys d'Auvergne, de la chaîne du Jura, du massif de la Grande-Chartreuse, de la région dorsale des Pyrénées, et enfin des pics des Hautes-Alpes, que le Mont-Blanc domine.
LES CHAUSSURliS : YITRINE DE M, PINET. — Dessin de M. Desroches-Valnay
Toute cette orographie, qui a coule des soins minutieux et de longues et profondes études, est à l'échelle, c'est-à-dire sans disproportions de hauteur. C est précieément dans cette comparaison mathématique des hauteurs que réside l'utilité des collections de M. Bardin au point de vue de l'instruction publique. C'est un véritable enseignement par les yeux,
qui permet d'acquérir, sans préparation aucune, la connaissance exacte du relief du sol accidenté de la France.
Quelle bonne foi tune pour moi de signaler à l'attention publique ce précieux et grand travail d'un savant aussi méritant que modestel Jamais tâche à remplir ne m'a été plus douce.
Cela ne m'empêche pas de faire remarquer que nous sommes entrés dans le mois où les hirondelles se sont donné le signal bruyant du départ, et où l'Exposition sera close.
Voulez-vous , s'il vous plaît , vous transporter au 31 octobre, après la dittribution des dernières récompenses?
Au 31 octobre, un monde énorme autour du Champ de Mars. Le lendemain, la solitude la plus profonde , pourquoi ne pas dire la plus désolée, comme si le feu du ciel y avait passé la veille. J'attends l'effet d'un tel contraste. Si c'était ici le lieu, je donnelais mon plan de conservai ion (je l'ai déjà indiqué) ; maia en discret chroniqueur, je me contente de constater que les pétitions pour le maintien du Palais et du Parc se signent de toutes [larts, et que les projets d'appropriation abondent. La marée monte, vous dis-je.
S'il laisse passer cette occasion décisive, Paris n'aura plus le droit de se plaindre que le marché d'entrepôt du monde entier appartienne à Londres, ([ui l'a pris à Amsterdam. Ahl si les Anglais avaient un Champ de Mars, ce n'est pas eux qui le rendraient au génie militaire!
Fr. Ducuing.
Administration, rue de Richelieu, f06. — DE1\'TU, éditeur, galerie du P aiais. Boy al-
ON s'abonne par l'envoi d'un mandat de poste a l'ordre de m. l. gueymabd, administrateur.
Iniprinieiie géuéralo de Cli. Laliure, lue de Eleurus, 9, à Paria.
L'EXPOSITION IINIVERSEIIE
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ÉDITEUHS :
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Concessionnaire du Catalogue officiel, éditeur de la Commission impériiile.
m. PIERItK PETIT^ Concessionnaire de la photographie du Champ de Mars, photosr.nphn de la Commission impériale.
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RÉDACTEUR EN CHEF
n. F. DlIGliIKC:,
Membre du Jury international.
COIillTÉ DE RÉDACTION :
MM. Armand DUmAuksq, Ernest Dréollk, Moreno-Henriquëz, Léon PLÉE, AuR. ViTU, memhri;s du Jury international.
ISUJlMAIkE DE LA àb" LIVRAISON.
Du 7 Octobre 1867.
I. La Boutique et l'Écurie du Maroc (1 grav.), par M. Fr. Ducuing. — II. 'Musée rétrospectif : le saÎTit
Ciboire Oe Sens {l grav.), par M. V. Cosse. — III. Les Petits métiers : la Machine à chocolat de M. Devinck (1 grav.), par M. Fr. Ducuing. — IV. L'Orjévrerie de M. Christofle (1 grav.), par M. Fr. Ducuing. — V. Les Voitures et les SelleaKl grav.),fp,'ir M. p.Poilevin. —
VI. La Classe 94 (1 grav.), par M. A. Vitu. — VII. L<i rue de Flandre (1 grav.), par M. P. Bellet. — VIII. La- Panoplie ahjérienne (1 grav.), par M. le Dr Wariiic! .
— IX. Le. Jardin centra/ (1 grav.), par M. Fr. Ducuing'.
— 9 gravures.
AS
LA BOUTIQUE ET L'ECUHIE DU MAROC. - Ues»]ii m M. Wuber.
Voi. II.
L'KXPOSITION UNIVERSELLE DE 1 867 ILiUSTHÉE.
La Boutique et l'Écuine du Maroc.
La boutique que l'empereur du Maroc a l'ait installer au Champ de jMars avec addition d'écurie pour ses chevaux, ressemble à Icutes les boutiques mauresques que j'ai vues en Afrique, à Nedroma, vers la frontière du Maroc aussi bien qu'à Constantino et sur la frontière de Tunis.
Ce qu'on trouve rarement dans les boutiques des villes d'Afrique, où l'eau est rare, c'est la fontaine encadrée de briques émaillées dont la boutique du Maroc an Champ de Mars a été gratifiée : ce qu'on n'y rencontre jamais, c'est l'écurie dont elle est flanquée.
Parlons donc tout d'abord des chevaux qu'elle abrite. Le cheval barbe vaut la peine qu'on le regarde <à côté du cheval des steppes de Russie. Il a le même entrain , la même fougue et, peut-être, une vertu de sang plus haute. Il va tant qu'on veut qu'il aille; et lorsqu'il tombe, c'est qu'il ne peut plu^ se relever. Aveugle devant le danger, comme il est insensible devant la fatigue, on le précipiterait dans un gouffre si son cavalier l'y entraînait. Nos chasseurs d'Afrique le connaissent bien, le coursier numide; et Dieu sait à quelles extravagances d'héro'isme ils l'ont conduit.
Le cheval barbe, qui ne diffère du cheval arabe de l'Yémen que par ses proportions plus petites et par la latitude où il vit, ne mange que de l'orge, en fait de grains. L'avoine le grise. Du reste, il perd une partie de sa vertu et de ses qualités , dès qu'on le dépayse ; et je me figure qu'il en doit être de même du cheval de l'Yémen, aux exp'oits qu'on raconte de lui dans le pays natal, et dont il est incapable dans nos pays du nord.
Pourquoi ne uous a-t-on pas donné une représentation des chevaux du Maroc à Longchamps, au milieu d'un exercice à feu, qui leur aurait rappelé la fanlasia arabe'? Comme le soldat, le cheval arabe demande à être vu sous les armes, et au bruit de la poudre.
PasEonsàla boutique duMaroc, exposéeau Champ de Mars, et que notre dessin représente, non loin du Bardo de Tunis. Cette boutique est pour les villes mauresques ce que le magasin du boulevard est pour les villes européennes. Mais, en Orient, il n'ya ni vitres ni portes; et, au lieu delambris dorés, on ne voit que âes tapis étalés sur les parois du mur, contre lesquelles est adossé un banc recouvert d'une natte et orné decoussins, dans les boutiques de laxe. Sur le devant, à la portée de tout venant, est une sorte d'étai où les bijoux et les fdigranes s'entassent 'dans les sébiles, et oii les étoffes lamées d'or el d'argent sont jetées en monceaux. Le marchand est étendu sur lebancd'arrière-boutique, fumant plutôt la cigarette que le cliibonck, ayant àoôïé de lui un petit guéridon incrusté de nacre où la
tasse de café attend. La pratique, qui regarde sur le devant de la boutique, n'est ni indiscrète ni questionneuse. Elle passe, ou bien elle achète. Si elle achète, elle prend l'objet, laisse l'argent et s'en va. Il est rare que le marchand se dérange pour voir si le compte est exact. Dans tous les cas, la transaction s'accomplit en silence. « Le silence est d'or, )> dit l'Oriental.
On se figure généralement que le soleil communique ses ardeurs aux populations qui vivent sous son incandescence. Rien n'est moins exact. Regardez le ciel d'Orient, par les chaleurs les plus vives ; il est d'un bleu froi d et morne. L'Oriental est comme son ciel, froid et morne aussi. 11 vit de contemplation et de silence. Le soleil trop ardent lui communique, non ta flamme, mais ses torpeurs. L'Arabe ne fuit ni devant le danger ni devant la fortune : il les attend et les dédaigne. Seulement quand un élan le pousse, il est comme son cheval, il va jusqu'à ce qu'il tombe. Dans ses jeux comme dans ses combats, il se démène jusqu'à extinction. Hors de là, il ne bouge pas et fait le kief, savourant les délices du repos et de l'oubli de lui-même et du monde.
C'est pourquoi l'Oriental sacrifie tout aux yeux, qui n'exigent pour jouir ni mouvement ni fatigue. Il aime le clinquant, les étoffes voyantes, les guillochages, les bois découpés peints en couleurs crues mais bien assorties, où l'ombre et la lumière se jouent en oppositions tranchées à travers les losanges fouillées à jour.
Si c'est pour voir des boutiques mauresques que vous faites le projet d'aller en Orient, renoncez-y, et allez voir la boutique de l'empereur du Maroc au Champ de Mars : tout y est, les boutiquiers et leur assortiment, les chevaux et leurs hennissements, avec la fontaine sacrée sur le devant.
Pourquoi M. le baron de Lesseps, qui nous en a donné une représentation si fidèle, n'at il pu y ajouter le soleil — et le repos '?
F. DuClilNG.
MUSÉE RÉTROSPECTIF
Le saint Ciboire de la cathédrale de Sens.
Depuis quelques années, les travaux sur le moyen âge se multiplient. Des archéologues, des artistes, des écrivains, s'efforcent d'écarter les voiles qui nous cachaient le passé! Chaque jour, un chef-d'o'uvre, enfoui dans la nuit de l'inconnu, apparaît, et peu à peu, le public, plus instruit, plus éclairé, s'intéresse plus vivement à ce legs glorieux des siècles écoulés.
Au Champ de Mars la foule se presse dans les salles du Musée Rélruspcctif et vient ad-
mirer les merveilles de vingt siècles. Beaucoup de visiteurs s'arrêtent devant le saint ciboire que représente notre gravure. Par sa forme, plus encore que par la richesse de ses ornements, il attire l'attention. Il est en vermeil et se compose de deux hémisphères aplatis rejoints d'un côté par une charnière, de l'autre par un fermoir à barrette passée dans des anneaux. Chaque hémisphère est orné de gravures assez fines et de feuillages en relief rapportés. Le pied, très-mince et très-léger, s'élargit à la base et est orné de feuillages qui rappellent ceux des hémisphères. L'hémisphère supérieur est surmonté d'une boule en vermeil terminée par un anneau de suspension. Ce saint ciboire appartenait à la cathédrale de Sens, et c'est sous ce titre que M. A. de Gaussin le cite dans son Poiiefeuille archéologique. Sa forme, je l'ai dit, est assez remarquable pour attirer l'attention. En effet, c'est une des dernières créations du style roman auquel nous devons de si belles basiliques et qu'allaient faire oublier les merveilles de l'architecture gothique, dont les croisés rapportaient en Europe les formes élégantes et hardies. Ai-je besoin de dire, dès lors, que ce saint ciboire est du douzième siècle'?
Victor Cosse.
Les Petits métiers.