‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 50 sur 134 · PETITS METIERS. — MACHINE A CHOCOL.AT DE M. DEVINCK · texte numérisé non relu

PETITS METIERS. — MACHINE A CHOCOL.AT DE M. DEVINCK

aurons tout dit sur leur mérite, en renversant une phrase consacrée: les modèles sont dignes de l'exécution, qui est parfaite.

Outre 'la galvanoplastie en ronde bosse, les deux nouveaux procédés dont la maison Christotle expose des spécimens, sontleguil-

La carrosserie ;et la sellerie à l'Exposition.

La carrosserie et le charrounage, la bourrelerie et la sellerie sont partout en progrès; mais la France et l'Angleterre, ou plutôt Paris et Londres, sont et resteront longtemps encore les principaux centres de production de ces industries.

On fabrique bien, § qui le conteste? en Autriche, en Prusse, en Russie et aux États-Unis, mais on ne fabrique très- bien qu'à Londres et à Paris.

Une active rivalité s'est établie entre ces deux villes au profit de toutes les autres qui les suivent, mais si lentement et de si loin, qu'il est douteux qu'elles parviennent jamais à les atteindre.

Les progrès de toute grande industrie sont la conséquence nécessaire et forcée de l'importance de ses débouchés. Le producteur qui fabrique sans relâche et pour satisfaire aux besoins et aux demandes d'une nombreuse clientèle, comprend que, dans son intérêt même, il doit chaque jour mieux faire, pour ôter à la concurrence toute chance de succès possible.

C'est ce que fait la carrosserie en France et en Angleterre. Elle aétabli de vastes ateliers où elle surveille le travail des charrons, des menuisiers, des forgerons, des serruriers-ajusteurs, des selliers, des bourreliers, des plaqueurs, des lanterniers, des peintres et des sculpteurs. Aucun des détails ne lui échappe; aussi peut-elle répondre de l'excellence et de la parfaite exécution de ses produits dans leurs moindres parties et dans leur ensemble.

Les qualités que doivent réunir les voitures de luxe, ou de service privé, sont la solidité, la légèreté et l'élégance de forme. Carrosses de gala, calèches, coupés, landaus,

victoiias, phaétons, américaines, toutes les voitures, enfin, si différentes qu'elles soient de construction, de coupe et de dessin, sont relativement aussi solides, aussi légères et aussi élégantes les unes que les autres, lorsqu'elles sortent des ateliers d'un maître.

La larye part qu'ont obtenue la France et r.ingleterre dans les récompenses décernées par le jury, constate une supériorité que la rivalité la plus jalouse ne peut contester.

Nous pouvons même dire, après un examen sérieux, et sans nous faire en cela l'écho des récriminations de quelques mécontents, que le jury s'est montré beaucoup plus sévère que bienveillant à l'égard du plus grand nombre de nos carrossiers, de nos selliers et de nos liarnacheurs. Au dire des meilleurs juges, beaucoup d'entre eux méritaient mieux qu'ils n'ont obtenu, et tel a été oublié, qui, au sentiment de quelques-uns , est digne de figurer au premier rang sur la liste des récompenses.

Le seul reproche que, selon nous, on puisse adresser au jury, c'est de n'avoir pas eu le courage de son opinion et d'avoir fait de la rigueur par la peur d'être accusé de favoritisme.

Ainsi, JIM. Lelorieux frères ont exposé un landau de la forme la plus élégante et de la plus extrême légèreté. Les constructeurs ne sont pas parvenus, sans de très-grandes difficultés, à donner à ce véhicule, habituellement assez lourd, la qualité qui le distingue et le devaitrecommander au jury; mais sous prétexte que sa grande légèreté rendait sa solidité douteuse, on n'a pas cru devoir leur accorder plus qu'une mention honorable.

MM. Million-Guiet et Cie ont été un peu plus favorablement mais non pas plus justement traités.

Ils ont aussi exposé un landau dont la solidité, malgré sa grande légèreté, est préalablement garantie par sa destination et le dur service pour lequel il a été commandé. Ce véhicule est destiné à fonctionner sur les routes abruptes et à peine frayées des États- Unis; il a donc été établi dans des conditions tout à tait exceptionnelles. Il suffit d'y regarder d'un peu près pour apprécier le mérite de sa belle et solide construction.

Le beau coupé sorti de leurs ateliers est surtout remarquable par l 'application du nouveau genre de montage à onze ressorts et à flèche. C'est assurément une des plus charmantes nouveautés que les amateurs puissent admirer à l'Exposition. Jamais la voiture la plus confortable n'a réuni à une suspension aussi douce, une pareille commodité d'accès.

MM. Million-Guiet et Cie appliquent ce nouveau système ii toutes leurs voitures, et ils font bien.

Leur calèche ne peut manquer d'avoir trèsproraptement les honneurs de l'imitation; mais la gloire de l'invention ne leur seradisputée par personne, et cette gloire-là sera plus

durable que celle qu'une plus haute distinction leur eût procurée.

MM. Belvalette frères et M. Ehrler ont eu les honneurs de la médaille d'or. Tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'après un très-curieux et très-intéressant examen de chacune de.s voitures qu'ils ont exposées, le public tout entier, sans distraction de leurs confrères, a conflririé le jugement de la Commission et approuvé la décision du jury.

M. Kellner, inventeur breveté d'un landau dont on peut ouvrir les portières sans être obligé de descendre les glaces, a obtenu une médaille d'argent que lui eût méritée son exposition, dépourvue de sa voiture do gala, qui en est pourtant la principale pièce.

La forme de ce carrosse de cour, d'un goût sévère, mais peut-être un peu lourde et par trop ramassée; sa richesse d'ornementation et de dorure, sa belle galerie sculptée, son large siège, splendidement brodé, son intérieur luxueux mais sans excès, ses quatre magnifiques lanternes, d'un dessin exquis et de la plus fine ciselure, tout, dans cette oeuvre éclatante de dorures et des plus vives couleurs, attire les yeux sans fatiguer le regard.

M. Kellner étant fournisseur de plusieurs cours étrangères, a pu, sans aucun risque, établir et exécuterce véhicule princier, 11 est certain que si l'Italie et l'Allemagne n'eussent pas fait, l'une et l'autre, un si large abatage de rois et de ducs, depuis longtemps déjà il aurait trouvé un acquéreur; mais sa noble clientèle est nombreuse, l'Exposition n'est pas encore close, et l'on doit espérer qu'un travail si dispendieux ne lui restera pas pour compte.

Les landaus de M. Desouches et ceux de M. Ed. liouillon ne pouvaient manquer d'attirer l'attention de la Commission. Une médaille d'argent leur a été justement accordée. On doit à M. Desouches un ingénieux mécanisme au moyen duquel on ouvre les portières à l'intérieur. M. Ed. Bouillon a exposé, en outre, un petit Sociable, qui est un vrai bijou. Il est surmonté d'un élégant vélum, abri coquet contre le soleil ou la pluie.

MM, Délaye, oncle et neveu, ont exposé une très-brillante voiture de cérémonie, qu'un riche seigneur prussien s'est empressé d'acheter, au début même de l'Exposition, Dans son ensemble et dans ses moindres détails, c'est une œuvre tout à fait remarquable qui fait le plus grand honneur aux constructeurs.

Signalons encore deux très-jolies pièces : un phaéton d'une merveilleuse légèreté, dont la flèche est d'un seul morceau, et un riche fauteuil roulant de la forme la plus exquise.

Nous nous étonnons que M. le baron Haussmann ne l'ait pas acheté le jour même de l'ouverture, pour le mettre à la disposition de toutes les nobles dames qui devaient successivement visiter le Champ de Mars. 11 eût fait preuve de galanterie, et son consed muni-

cipal ne l'aurait pas chicané pour une si petite dépense.

Le jury n'a accordé à MM. Délaye qu'une médaille de bronze, qu'ils ont refusée.

Sans avoir un sentitnent exagéré de son mérite et de la valeur de ses œuvres, on a le droit de protester quand on les croit injustement méconnus et rabaissés.

N'oublions pas de signaler les beaux attelages de cérémonie et de chasse de M. Gustave Brassart.

Qu'on ne suppose pas que nousterminions ce compte rendu sans parler de MM. Binder, les princes de la carrosserie ; peut-être eussions-nous dû les nommer les premiers; mais quelque place qui leur soit assignée, ils reprennent toujours leur rang ; ils ressemblent en cela à ces majestés qui, devancées par une brillante escorte, sont cependant partout reconnues et acclamées, quoiqu'elles ne viennent qu'après.

Hors de concours, MM. Binder frères ont voulu cependant faire acte de présence au Champ de Mars : ils ont pris au hasard parmi les cent modèles qu'on peut visiter au boulevard Hanssmann, une voiture de gala, un coupé d'Orsay, une calèche et une victoriaduc, quatre chefs-d'œuvre de construction, d'élégance et de bon goût. Tout ce qui sort de leurs ateliers peut être indifféremment livré à la critique ou plutôt à l'appréciation, non-seulement des connaisseurs, mais des plus habiles d'entre les maîtres.

La sellerie française n'est pas moins dignement représente que la carrosserie : elle a exposé des harnais d'une telle richesse et d'une forme si gracieuse et si élégante que la foule s'arrête devant les vitrines qui les renferment, avec un elonnement tout aussi admiratif que devant les splendides étalages de Fromcnt-Meurice et de Christofle.

Un harnais complet se compose d'une foule de pièces : le mantelet, le collier, la croupière, lereculement, la bride, les traits, les guides, qui sont confiés à des ouvriers spéciaux, cherchant sans cesse à apporter des modifications heureuses à l'œuvre qui leur est confiée; c'est ainsi que, peu à peu, ils sont arrivés aujourd'hui presque à la perfection.

Mais tous les changements faits dans la forme et la disposition des différentes pièces du harnais, ne résultent pas autant du goût ou de la fantaisie du patron ou de l'ouvrier, que d'une étude constante et d'une connaissance plus approfondie du cheval. C'est pour lui rendre le service moins fatigant et plus doux que les Roduwart, les Lambin, les Hermès, les Meeg, et t int d'autres, sont chaque jour à la recherche de perfectionnements nouveaux.

La médaille d'or a été accordée par le jury à M. Rodriguez-Zurdo, de Madrid, et à M. J. J. Roduwart de Paris.

Les très-riches harnais exposés par le pre-

mier, sont surtout remarquables par leurs garnitures et un mac;nifique travail de piqiîre sur maroquin.

-Les harnais deM. J. J. Roduwart sonttrèsriches, mais un peu lourds de forme, peutêtre; ils ont été confectionnés cependant avec le plus grand soin, et de si noble race que soient les chevaux auxquels ils sont destinés, aucun d'eux n'aura le droit de se plaindre. Si j'apprenais un jour que M. lîoduwart a été nommé président de la Société protectrice des animaux, je n'en serais pas surpris et j'en féliciterais, à la fois, les protecteurs et les protégés.

Quand on arrive devant les vitrines de MM. Remières et Hermès, on s'y arrête, puis l'on va de l'une à l'autre sans que l'attention et l'admiration soient lassées; on reporte tout naturellement ensuit'^ les yeux sur l'exposition de M. Roduwart, et l'on se demande comment et pourquoi celui-ci a obtenu la médaille d'or, quand ses pairs, pour ne rien dire de plus, n'ont obtenu que la médaille d'argent. Les décisions du jury se présentent parfois à l'état de problèmes tout à fait insolubles.

M. Reeg doit être de la race des anciens maîtres; les moindres parties des pièces exposées par lui sont traitées avec ce soin minutieux qui indique le goût et la conscience du véritable ouvrier. Il y a dans sa vitrine une selle qui, au jugement des connaisseurs, est non-seulement un chef-d'œuvre de travail, mais une merveille d'élégance et de bon goût. Le jury lui a adjugé une médaille de bronze, que le brave M. Reeg a acceptée avec une aussi sincère reconnaissance que s'il n'avait pas mérité mieux.

Il est fâcheux que la Commission n'ait pas su que M. Reeg est parvenu, à force de recherches et de travail, à s'affranchir du tribut que tous ses confrères payent encore aujourd'hui à l'Angleterre. Trois des selles qu'il a exposées sont garnies avec de la peau de cochon, préparée par lui. Cette peau a la souplesse, le moelleux et la douceur des plus belles peaux que MM. Roduwart, Remières et Hermès font venir de Londres à grands frais. M. Reeg a par là réalisé pour l'industrie française une économie de plus de (30 p. 100.

M.Cognet, l'inventeur d'un arçon articulé, a été, lui, mieux traité et plus heureux. 11 a obtenu une médaille d'argent.

Les mors, les étriers et leséperonsdeM. Loiseau sont des pièces du plus beau travail : c'est une vraie bijouterie d'acier poli qui mérite la médaille d'argent que le jury lui a adjugée.

Le mors de sécurité de MM. Lambin et Lefévre est une invention ingénieuse digne de l'attention des maîtres et des apprentis cavaliers.

MM. Boyer et Paturel, iM. Legrand et !\I. Chaudron ont obtenu la même médaille pour leurs fouets, leurs cravaches et leurs sticks; en comparant leurs produits avec ceux

de MM. Swaine et Adenay, de Londres, auxquels le jury a très-justement accordé la même distinction, on est heureux de voir que chez nous cette industrie n'a plus de rivalité ni de concurrence à craindre. Mais en bonne équité, MM. Boyer et Paturel, Swaine et Adenay, ne méritaient-ils pas mieux qu'ils n'ont obtenu?

PnosPEP. Poitevin.

YI

La Classe 94

« En visitant les expositions universelles, l'ouvrier a plus d'une fois reconnu, parmi les objets que la foule admirait, des pièces sorties de ses mains qui ne portaient aucune trace de son nom. Il a pu regretter aussi de ne pas exposer sous son nom une œuvre entreprise, et exécutée par lui à son foyer. La Commission impériale a voulu faire place à l'ouvrier laborieux, s'essayant à produire par lui-même. Elle a institué la classe 94, spécialement destinée à recevoir les produits de toute sorte fabriqués par des ouvriers travaillant â leur propre compte, soit seuls, soit avec le concours de leur famille ou d'un apprenti, pour le commerce ou pour la consommation domestique. Dans les autres classes, les produits se montrent sous le nom de ceux qui en ont provoqué la production et amené l'exécution complète; ici, au contraire, se révèle la main même de l'ouvrier par son ouvrage personnel, et l'artisan se fait connaître par son œuvre. »

C'est en ces termes que le comité d'admission de la classe 94, présidé par M. Sajou, définissait sa lâche en publiant, au mois d'août 1865, un appel qui s'adressait à tous les ouvriers comme à tous les chefs d'indusirie.

Cet appel fut entendu ; plus de trois cents exposants, presque tous ouvriers chefs de métier, eut été admis à placer sous les yeux du public le travail conçu par leur intelligence individuelle, et exécuté de leurs mains,

C'est donc une petite exposition dans la grande, puisqu'elle comprend des produits de toute sorte, et tellement variés, que le comité d'admission, composé de dix-huit membres', fut obligé, pour la recherche et l'examen des produits, de se former en quaire-mngl-huil sous-comités. Le travail dura sans interruption depuis le mois de juillet 1865, jusqu'à l'ouverture de l'Exposition universelle le \" avril 18C7.

La classe 94 occupe dans le Palais de l'Exposition universelle, section française, deux salles qui partent de la galerie des vête-

1 . MM. Sajou, Davin, Grolif-, Dietz-Monnin, G. Planté, Arnoux, Bachelet, Barbier, Buglet, Gautrot, Guérin, Guilmoto, Haas, LeroUe, Liénard, Martenval, Rousseau, Auguste Vitu.

ments, juste en face des costumes nationaux, et sont bornées dans leur longueur par l'exposition de l'Algérie et des colonies françaises, qui les sépare de l'exposition des Pays-Bas. Entre ces deux salles et la galerie des machines, il n'y a que l'épaisseur du salon des costumes nationaux.

Notre gravure donne avec élégance une idée juste, des principales vitrines où sont groupés tant d'objets précieux, curieux et intéressants. A droite, on aperçoit la cathédrale de Caen, reproduite dans tous ses détails au moyen de la scie à découper; à gauche, ce monument, que surmonte un Génie, c'est le chef-d'œuvre des compagnons charpentiers du Devoir de la Liberté. Ce riche lampadaire, c'est l'œuvre d'un habile modeleur, Philippe May; enfin ce grand ovale renferme le portrait de l'Empereur, exécuté en mosaïque de papier, par M. le capitaine Saint-Alary, du 59' de ligne.

Ici le lecteur fait une pause pour réllécliir. — Que vient faire, se demande-t-il, un capitaine d'infanterie parmi les ouvriers chefs de métier, et comment le comité d'admission de la classe 94 explique-t-il cette classification-là?

La réponse est facile. Les comités d'admission des groupes, autres que le premier et et le dixième, ont systématiquement renvoyé à la classe 94 tous les objets qui étaient le produit d'efforts purement individuels et manuels, abstraction faits de la position sociale de l'exposant. Voilà pourquoi Von trouve, dans la classe réservée aux ouvriers chefs de métier, les noms de M. le capitaine Saint- Alary, de M. Jules Pautet, sous-préfet honoraire, et de >lme la princesse de Beauvau, admise comme ouvrière en chambre.

Mme la princesse (Charles de Beauvau mériiaitbien cette exception ou cet honneur. Comme ouvrière, personne ne la surpasse : voyez plutôt les trois belles tapisseries qui sont fidèlement reproduites en tête de notre gravure, et dont la réunion formerait le plus artibtique des paravents. L'Enfant au cygne, le Paon et le Coq ont été reproduits par l'aiguille de fée de Mme de Beauvau avec le talent d'un peintre consommé.

Il ne s'agit pas là d'une fantaisie de grande dame. Mme de Beauvau enseigne ce genre de tapisserie à de pauvres jeunes filles, les fait travailler sous ses yeux, et le produit assez important de ces œuvres, — on parle d'une vingtaine de mille francs par au, — est employé par la princesse dans l'intérêt de ses protégées. A coup sûr Mme la princesse de Beauvau n'est pas une ouvrière comme une autre, mais elle n'est pas non plus une princesse comme une autre. Le .jury du dixième groupe lui a décerné une médaille d'argent. On aurait pu y graver pour exergue : Travail et Charité.

La classe 94, mieux partagée que d'autres classes plus ambitieuses, a révélé deux inventions considérables, récompensées, la

CLASSES 62 ET 63. — CARROSSERIE ET SELLERIE. - Dessins de MM. Thiollet et Beiiassit.

CLASSE 94. — KXPOSrnON DES OUVRIERS CHEFS DE METIER. — Dessin de M. Weber.

LEXPOSITION UNIVERSELLE DE. 1867 ILLUSTREE.

première par un ^rand prix, la seconde par une médaille d'or.

Le grand prix, c'est M. Dufresne, un artiste éminent, sculpteur, ciseleur, inventeur d'un procédé économique de damasquinure, qui met ce genre d'ornementation à la portée de toutes les bourses. Mais ce n'est là que son moindre titre.

M. Dufresne a invente un procédé de dorure au mercure et au feu, qui ne présente aucun danger pour la santé des ouvriers. Ce procédé n'est pas à l'état théorique : nous l'avoue vu appliqué en grand dans l'un des principaux ateliers de dorure de Parii, celui de RIM. Picard père et fils, rue de la Perle.

Essayons de faire comprendre le mérite et la simplicité du procédé de M. Dufresne, qui l'a généreusement divulgué en le communiquant à l'académie des sciences.

D'ordinaire, on fixe l'or sur le cuivre après avoir trempé celui-ci dans un mordant, qui n'est autre qu'un bain acide d'azotate de mercure. Si l'on pouvait préparer l'argent comme le cuivre au moyen du bain acide, la dorure sur argent ne présenterait aucun péril. Mais il n'en est pas ainsi: l'azotate de mercure corroderait l'argent. On est donc obligé d'enduire la pièce d'argent d'un amalgame de mercure et d'or; l'ouvrier, la main armée d'un gant de peau, présente la pièce sur des charbons allumés et on étend l'amalgame au moyen d'une petite brosse jusqu'à parfaite dorure. Le manteau de verre qui descend du chambranle du fourneau ne peut donc être abaissé complètement, et d'ailleurs la peau des mains et de l'avant-bras, insuffisamment défendue par les gants et les manches, absorbe une certaine quantité de vapeur mercurielle d'un effet délétère.

M. Dufresne a eu l'idée très-ingénieuse de neutraliser le bain acide d'azotate de mercure dont on se sert pour la dorure du cuivre ; il devientdés lors inoffensif pourl'argent. L'or s'applique à la pile ou en feuilles sur l'argent trempé dans le bain neutre ; dès lors il suffit de poser la pièce dorée sur le feu pour que l'amalgame s'opère sans que l'ouvrier s'en mêle. 11 baisse le manteau de verre complètement, s'éloigne s'il le veut, et lorsqu'il revient au bout de quelques minutes retirer la pièce du feu, la dorure est parfaite.

Ce mode de dorure présente, en outre, des avantages qui le rendent supérieur aux procédés ordinaires; par exemple, il permet d'accroître à volonté l'épaisseur delà couche d'or, ce qu'il n'était pas possible d'obtenir jusqu'ici.

La valeur du procédé de M. Dufresne a été étudiée et constatée par la plus haute autorité scientifique qu'on puisse invoquer en pareille matière, par M. le baron de Liebig, président du X" groupe. C'est donc en toute sûreté et en toute connaissance de cause que le jury international a couronné d'un grand prix cette belle découverte.

L'autre résultat hors ligne, dont la classe 94

a favorisé la divulgation , c'est le lour à tourner carré exécuté par un ouvrier horloger, M. Rastié.

Tourner carré, c'éiait en industrie, un rêve, une chimère . « Je vais t'apprendre à tourner carré, » se disait chez les ouvriers de Paris en manière de proverbe équivalent à « Je te promets un merle blanc pour la semaine des quatrejeudis. »

Cependant le lour à tourner carré existe; il fonctionne; l'invraisemblable estréaliçc; l'outillage humain est doté d'un engin nouveau.

L'idée prem ière n 'en appartient pas à M . Bast'c, mais à l'un de ses anciens camarades qui, lui-même, l'avait conçue en voyant fonctionner une raboteuse mécanique. Le nœud gordien du tour carré, c'est un châssis parallélogrammatique,àdents intérieures, que met en mouvement un pignon d'engrenage; les quatre encoignures du rectangle sont dépourvues de dents, ce qui produit une sorte d'échappement ou de chute qui se communique au porte-objet du tour. La roue descend donc à la rencontre de l'outil conformément à un plan recliligne, puis te dérobe, se représente à l'outil, et ainsi de suite; en disposant le mécanisme, on peut à volonté tailler un morceau de bois, de pierre ou de plâtre, à quatre, à six ou à huit pans.

La machine du premier inventeur reposait sur un principe juste; mais elle ne marchait pas; le poids de l'objet à tourner entraînait le tour ou brisait irêraeles dents de l'engrenage.

M. Bastié s'est emparé de cette invention délaissée comme impraticable et lui a donné la vie. Il asufli pour cela de juxtaposer deux roues et de les engrener, ce qui les fait marcher en sens contraire. L'axe central d'une de ces roues supporte l'objet à tourner; à l'axe central de l'autre on fixe un contre-poids gradué. La machine mise en mouvement par une courroie à pédale, l'une des deux roues ne peut pas s'abaisser sans élever l'autre et réciproquement. Le jeu de la machine ainsi équilibrée est aussi élégant que précis.

L'Empereur, dont l'attention est toujours en éveil, connaissait l'invention de M. Bastié et lui avait attribué une médaille d'argent avant l'Exposition. Le jury international a décerné une médaille d'or à M. Bastié, dont la machine, lorsqu'elle sera exécutée en grand, paraît devoir s'appliquer surtout à la taille des balustres de pierre. On réaliserait avec elle une économie de plus de cinquante pour cent sur la main-d'œuvre.

Les artistes abondent dans la classe 94. Ne sont-ce pas, en effet, des artistes, et des plus rares, que M. et Mme Vernaz, le gendre et la fille de Vechte, de notre grand sculpteurciseleur dontils sont les dignes élèves? Quelle fine damasquinure et quelle délicatesse dans leurs repoussés de fer et d'argent!

Et Gonon, le fondeur, qui, suivant les traces de son père, a retrouvé les secrets de la fonte à la cire perdue, qui avaient disparu depuis les frères Keller'?

Et Baudoin, le restaurateur cher à Sauvageot? Baudoin qui, dans un morceau de buis de quatre-vingts millimètres de hauteur sur quatre-vingt-quinze millimètres de largeur, taillé en forme d'L gothique, a sculpté huit médaillons, renfermant vingt-cinq personnages et retraçant huit épisodes principaux de la vie de saint Louis ?

Et Milice, le tapissier retraité de Beauvais, qui continue, avec ses seules ressources, à tisser des ouvrages d'art que la grande manufacture ne désavouerait pas ?

Et Poux, le premier de nos ciseleurs en bronze? Regardez son Milon deCrolonel C'est une réduction, à lapoinle, du fameux groupe de notre Puget. Le travail du ciseleur a su donner des valeurs différentes à chaque partie de la composition : chairs et cheveux de l'homme, parties charnues et parties osseuses, ongles et poil de l'animal, écorce et fibres de l'arbre, l'outil du ciseleur a tout décrit, tout nuancé, tout caractérisé.

Le Milon de Crotone de M. Poux est placé, avec quatre autres ouvrages non moins remarquables du même artiste, dans une vitrine où sont rassemblées toutes les pièces de ciselure en bronze, en argent ou en ç/alvano, exposées par la société des fabricants de bronze.

Celte société, présidée par M. Barbedienne, a institué des concours pour tous les coopérateurs d'une industrie ou plutôt d'un art dans lequel la France occupe lepremier rang, et elle a placé dans la classe 94 les œuvres les plus estimables de ses lauréats.

Dans ces œuvres, le jury international a distingué, outre les ouvrages de M. Poux (médaille d'argent), ceux dcMM. Eugène Michaux, ornements repoussés et ciselés ; Jules Abeille, plateau à fleurs; Dulac, Triomphe de Bacchus, que nous appellerions vo-lontiers le triomphe de la réparure, le ciseleur ayant volontairement choisi unepièce remarquable par les défectuosités de la fonte; Lenoir, quatre tableaux de guirlandes de fleurs, en bronze moulé et ciselé; Ferdinand Levillain, deux coupes en plâtre, finement modelées ; .Vttarge, coffret et vase en galvano ciselé; Auger, dit Roger, un va^e à bas-reliefs modelés en cire. Citons encorde Charmeur de serpents, bronze ciselé par M. Lebeau, et la Danse de mai, ciselée par M. Lavigne.

Ceux que je ne nomme point me le pardonneront; le jury, j'en suis sûr, auraitdésiré les récompenser tous, tant cette noble industrie du bronze d'art est féconde en talents.

Une bordure de miroir, sculptée en bois par M. Emile Vallier, se rattache encore à l'art sérieux. La finesse de main déployée par M, Émile Vallier est d'autant plus remarquable que cet exposant travaille d'ordinaire pour les fabricants de chaises communes. C'est l'honneur de la classe 94 d'avoir mis en lumière quelques-uns des talents d'élite, ([ue renferme la masse compacte des travailleurs.

Et qac pensez-vous de M. Eugène Monnot, qui applique aux pendules ordinaires et aux presse-papiers une projection du globe terrestre, au moyen de laquelle on obtient, d'une manière constante, l'heure de tous les points du globe ? Ce n'est pas l'invention qui étonne; le principe en était connu. Ce qui éveille la sympathie, nous allions dire l'admiration, c'est qu'un simple ouvrier tailleur ait pu, en y consacrant les heures qu'on réserve d'ordmaire au repos après les longues journées, apprendre à fond l'astronomie; c'est qu'un artisan, dont le chétif salaire représente, en moyenne, 3 francs 50 centimes à 4 francs par jour, ait eu le courage de se former une bibliothèque scientilique, estimée plusieurs milliers de francs. Que de privations ! Quede sacrifices! Quelle vie de labeurs et de vertus!

Un fait singulier, et assez constant pour fixer l'attention de l'observateur, c'est qu'un assez grand nombre de découvertes ou d'œuvres recommandables aient été faites par les ouvriers en dehors de leur spécialilé courante. Ainsi, c'est un ouvrier orfèvre, M. Baslié, qui exécute le tour carré; c'est «n ouvrier tailleur qui expose une pendule universelle. Nous pourions citer un journalier, domestique et frotteur, M. Marmande, qui invente un système ingénieux d'emmanchement pour les faux; deux ouvriers sertisseurs, MM. Lamour et Roullet, qui ont créé des jouets mécaniques à mouvements natu ■ relSj qui prouvent une connaissance étonnante des lois de la mécanique et de l'anatomie humaine ou animale.

Nous voudrions poursuivre et compléter cette étude de telle façon qu'aucun mérite réel ne demeurât dans l'ombre. Mais l'abondance et la variété des objets réunis dans le cadre de la classe 94 décourage la description.

Citons, cependant, les admirables travaux typographiques deM. Moulinet, qui, se servant de filets d'imprimerie, c'est-à-dire desimpies lames de plomb, reproduit, au moyen de hachures juxtaposées ou entre-croisées, les principaux elTets de la gravure en relief. Les portraits de Gutenberg, de Béranger et surtout le dessin au trait du groupe de Daphnis et Chloé sont de vrais chefs-d'œuvre. La corporation typographique s'enorgueillit de M. Moulinet, l'un de ses prud'hommes, aussi respecté pour son caractère qu'honoré pour ses talents.

La Bibliutlù'fjue nationale et \' Kcule mutuclle ^ collection de livres à bon marché, publiée par une société d'ouvriers typographes, est uiie tentative qu'on ne saurait passer sous silence, et qui a pour but la diffusion des chefs-d'œuvre de la langue française en même temps que des livres d'instruction élémentaire. Vendre un volume, convenablement imprimé, à raison de vingt-cinq centimes l'exemplaire broché et de trente-cinq centimes l'exemplaire relié, tout en réalisant un bénéfice raisonnable dont profitent leurs con-

frères sans travail, tel est le tour de force, telle est la bonne œuvre qu'ont réalisés les typographes associés.

Des mentions particulières sontencore dues àla Société de l'industrie jlesébénistes du faubourg Saint- Antoine, à la Société ouvrière des bronzes d'imitation, à la Société ouvrière des bronzes pour la fabrication des appareils à gaz. Les principaux produits de ces deux dernières sociétés garnissent la maison des ouvriers de Paris, construite dans le Parc près de la porte Rapp. C'est là qu'il faut étudier cette fabrication intelligente, économique et consciencieuse.

Nous n'avons parlé jusqu'ici que des produits français. A vrai dire, l'étranger n'a pris pour ainsi dire aucune part à l'exposition de la classe 94, et nous avons tout lieu de croire que l'idée profondément démocratique et égalilaire qui détermine le sens de cette manifestation n'a pas été bien comprise en dehors de nos frontières.

D'après le catalogue ofliciel, cinq nations étrangères auraient contribué à l'exposition de la classe 9 i, savoir : l'Autriche pour dix exposants, leCanada pour un, 1 Espagne pour deux, la Grèce pour cinq, la Hesse pour trois.

Mais, en réalité, un seul produit espagnol a pu être retrouvé ; la Grèce n'a point envoyé les siens; un seul hessois, le canadien et quelques produits autrichiens sont arrivés à destination.

Lps damasquinures de M. Alvarez, de Tolède, sont originales et d'une bonne exécution; le produit canadien con'siste en deux paires de souliers, du travail le plus grossier.

En revanche, la Hesse nous offre, dans la personne de M. Otto Egner, de Ehrbach, de délicates sculptures sur ivoire, bien supérieures, ayons le courage de l'avouer, au travail trop vanté des ivoiriers de Dieppe.

En Autriche, il faut examiner l'ostensoir exécuté au repoussé sur argent par M. Razek, d'après le dessin assez médiocre d'un célèbre architecte viennois; les produits variés de la société industrielle de Transylvanie, et enfin l'industrie de l'amadou qui me fournit l'occasion d'un dernier temps d'arrêt.

M. Joseph KindI, deZirer, expose des coiffures hongroises en amadou, et des amadous entiers, à l'état de jieau préparée. Si l'on en croit quelques historiens, Xagaric ou champignon qui fournit l'amadou, a pris son nom de \ ^garkl, région de l'ancienne Sarmatie, laquelle ne serait autre que la Hongrie actuelle. Le faitestque l'agaric est l'objet, dans ce pays de grands chênes, d'une industrie nationale, dont M. Kindl est pour nous le révélateur, carie vaste Dictionnairi' du commerce de GuiUaumin, ce répertoire si complet, n'en fait même pas mention. Les coiffures de M. Kindl, casquettes ou bonnets de chasse, eu amadou d'un seul morceau, sont souples, chaudes et légères. Les peaux d'agaric, qui proviennent de champignons dont les chapeaux ont plus d'un mètre de circonférence.

sont admirablementpréparéeset aussi douces que le plus fin velours.

Ici l'espace manque sons notre plume; mais déjà la classe 94 a trouvé son historien spécial, et nous signalons comme très-complète et très-exacte la monographie publiée par M. V. Vattier. On y rencontrera beaucoup de détails et de notices qui ne pouvaient avoir leur place ici.

La classe 94 se complète d'ailleurs par la classe 95, celle du travail en action ; qui a vu l'une doit aller voir l'autre. C'est le meilleur emploi qu'un visiteur studieux et intelgent puisse assigner aux loisirs de sa matinée.

Algdste Vitu.

La rue de Flandre.

La rue de Flandre est l'une des deux grandes voies exactement parallèles à la rue de Paris.

La porte Rapp donne directement accès à la rue de Flandre, située par conséquent au milieu même de la section française; si les merveilles n'y sont pas aussi nombreuses que dans la magnifique rue de Paris, on y rencontre pourtant assez de belles choses qui la font admirer même après celle-ci et qui la rendent digne de figurer à sa droite. Nous allons donc la parcourir tout entière, mais avec rapidité.

En pénétrant dans le Palais par la porte Rapp, nous nous trouvons dans la grande galerie des machines. Sur la gauche, divers sons argentins et rapides frappent notre oreille, c'est le bruitdes carillons électriques.

L'électricité, qui dans une seconde peut parcourir des milliers de lieues, se borne à produire ici ses effets sur un espace de quelques mètres.

De même ce vaste réseau télégraphique qui relie aujourd'hui toutes les villes de France, les plus petites comme les plus grandes, ce vaste réseau figure sous les yeux des visiteurs sur une carte de quatre mètres carrés.

Cette carte donne cependant une idée parfaitede l'importancede nos lignes électriques. Chaque ville-station est épinglée, chaque ligne est représentée par un fil qui se rattache aux épingles, ainsi l'œil peut embrasser à la fois le réseau tout entier.

Quant aux appareils en usage, nous les retrouvons à peu près tous à l'Exposition, ce sont: l'appareil français, le Morse, le télégraphe Hugues, le pantélégi'aphe Caselli, la machine Lenoir.

Nous y trouvons également des sonneries électriques pour hôtels et pour appartements.

Un article spécial et détaillé sera sans doute consacré dans cette publication aux différents appareils usités dans le passé et dans le présent.

Passons maintenant à droite do la grande galerie des machines. Nous y rencontrons d'abord les -vannes et fbniaines employées par la \ille de Paris pour le service de la dis- Iribulion des eaux; puis les robinets de M. Herde-vin, fondeur en cuivre. Sesappareils confectionnés avec science et dans d'excellentes conditions ont valu à M. Ilerdevin une médaille d'or.

A côté de lui, nous voyons les imprenables forteresses de M. L'icbet, depuis longtemps célèbre dans la science de mettre les valeurs à l'abri des voleurs.

Arrêtons-nous un moment devant l'un de ces forts où M. Fichel a employé toutes les ressources d'une défense savante et qui doit l'aire échouer complètement l'ennemi ou les ennemis.

Les ennemis I car ils sont deux et le second plus redoutable que le premier, le Vol et l'Incendie.

M.|Fichetpense, avec infiniment de raison, qu'il ne suffit pas de défendre l'or et l'argent renfermés dans les coffres, mais qu'il faut aussi se préoccuper des valeurs-papier, qui sont aujourd'hui si nombreuses et qui se trouventdans toutes les mains. Un bon coffre-

LA KUE DE FLANDHli. — Dessin de M. Uncelot.

fort doit donc être établi dans des conditions telles que les voleurs et le feu ne puissent rien contre lui.

M. Ficbet a réuni ces conditions dans le bel ouvrage que nous avons sous nos yeux.

Il consiste en une armoire en tôle qui renferme une seconde armoire également en tôle. Ces deux armatures très-épaisses sont d'une seule pièce pliée aux quatre angles; de plus, elles sont blindées de bandes en fer aciéré.

Cet ensemble défie toute espèce de tentative, d'effraction et surtout de déplacement. La porte est d'un seul morceau, et n'est ni percée, ni affaiblie par la pose de pièces ou de plaques de rapport, qui offrent aux voleurs des points d'attaque faciles à emporter. Quant à la serrure, elle est incrocluiabte, toute tentative pour l'ouvrir la ferme, au contraire, davantage, lorsqu'on ne connaît pas le mol de la combinaison qui peut l'ouvrir, et, dé-

tail curieux, l'oubli de la clef sur la serrure ne livre pas les sommes déposées dans le cofi're, attendu que la porte se referme d'elle-même dès qu'elle n'est pas tenue par la main, et en se refermant, elle brouille la combinaison de lettres qui forment le secret pour ouvrir. Comme si ce n'était pas encore assez de précautions , l'intérieur du coffre est garni de matières réiractaires incombustibles, qui le mettent ix l'abri de l'incendie.

Voici sur la droite, dans la galerie suivante, les caoutchoucs de M. Guibal. On sait que le caoutchouc se prête à de nombreux usages et nous le voyons affecté à la plupart de ces usages, dans les vitrines de M. Guibal.

Voici sur la gauche diverses statues de fonte, sorties du moule et sans retouches, elles sont exposées par M. Durenne, dont le chef-d'œuvre est une fontaine qui figure à

l'entrée même de l'Exposition, devant le pont d'iéna. Les fontes de M. Durenne, si justement admiréesà la dernière exposition de Londres, ont acquis depuis 1862, non pas des qualités nouvelles, mais le perfectionnement de leurs grandesqualités; cette fonte est grasse, doues, rine,plastique,admirable pour la reproduction des œuvres d'art ; aussi, M. Durenne a-t-il raison de s'en servir pour éditer les statues,

les bustes, les vases, les coupes de nos meilleurs artistes.

Le rival le plus dangereux de M. Durenne, ou, pour mieuxdire, son digneémule,levoicit c'est M. Barbezat, ou le successeur de ce grand industriel. M. Barbezat, dont l'usine avait, depuis quelques années, accompli de rapides et nouveaux progrès, n'a pu recevoir la récompense due à ses nombreux travaux.

.". est mort quinze jours avant l'ouverture de cette exposition où six classes différentes recevaient ses produits et dans le jury de laquelle il avait une place bien méritée. Les fontes du Val d'Osne ont obtenu une médaille d'or, et ce n'est pas trop pour cet ensemble si vaste. Ajoutons queM. Barbezat, comme son rival, M. Durenne, a fait dresser à la porte d'iéna une magnifique fontaine en fer.

ALGlilUli. LA PAKOPUt;. — Dessin de M. Weber.

A côlé des grandes pièces de ferde JIM. Durenne et Barbezat, voici les petites pièces et lestreillagesdélicats de l'usine Tronchon dont les sièges sont si connus. Pour ma part, j'aime mieux ses cages et ses corbeilles de salon. Les Parisiennes, en général, ont deux passions charmantes, l'une pour les fleurs, I autre pour les oiseaux; l'usine Tronchon leur fournit les plus gracieuses cages et les

plus jolies corbeilles qu'elles puissent désirer. Les unes et les autres n'ont rien que de simple. Ce sont des treillages légers, peints en blanc et rehaussés de quelques ornements dorés, mais la forme en est élégante, et grâce à ces gentils ouvrages, la Parisienne la" plus difficile peut, même devant ses visiteurs et ses visiteuses, rester en tête-à-tête avec ses oiseaux et ses fleurs.

L'EXPOSITION UNIVERSELLE OE 1807 iLL'

USTRËE.

A côté de M. Tronchon, nous rencontrons M. Lerolle, dont les bronzes ont été justement appréciés du jury; on leur a décerné une médaille d'or. Parmi ces bronzes, nous remarquons surtout une pendule et deux candélabres de grandes dimensions, dans le style Louis XIV. Nous ne saurions trop louer cette œuvre de goût. Le bronze employé est d'un vert olive pâle, d'une très-heureuse nuance, il Cit entièrement travaillé au repoussé et travaillé avec un soin, une perfection vraiment admirables.

Poursuivons noire marche et donnons un coup d'œil à l'e.vposition de M. Ilallé, fournisseur de l'Opéra. C'est M. Ilallé qui est chargé de confectionner les accessoires de ce théâtre, accessoires très-brillants, vus à distance et tout simplement en carton.

En face, nous voici devant les merveilles de la soie. Les étoffes de Lyon, Nîmes, Tours, Valence, brillent là de leurs mille couleurs. Pourquoi faut-il que cette magnifique industrie soit menacée aujourd'hui et que I on ne puisse l'admirer sans trembler pour son sort?

Mais passons, il ne nous appartient pas d'apprécier en ce moment l'état présent et passé de la fabrication des soies en France. Cette appréciation mérite d'être traitée avec développement, elle le sera dans l'un de nos prochains numéros.

Voici, du reste, d'autres merveilles, et celles-ci sont trop prospères pour que nous ayons à trembler pour leur sort. Ce sont les magnifiques produits de la cristallerie de Clicliy. On a dû mettre cette fabrique hors concours, attendu qu'elle a épuisé toutes les sé'i'ies de récompenses aux diverses Expositicns passées.

Je suis tout à fait de l'avis de JL Aniédée Achard, qui, dans sa revue des cristaux de Baccarat, accorde au cristal blanc une grande supériorité sur le cristal de couleur. Dès que le cristal est coloré, il perd sa qualité principale, cette limpidité brillante qui le fait tant rechercher et qui fascine les regards.

Ce que j'admire donc davantage dans l'exposition de Clichy, ce sont les services de pur cristal; il est cependant, à côté de ces produits, certaines pièces où la couleur se mêle dans de faibles proportions, et que j'aime presque à l'égal des premières, .l'ai vu, par exemple, un service à liqueur exécuté pour S. A. le vice-roi d'Egypte. Une bande de cristal vert enlace chaque carafon, chaque verre, et sur cette bande sont gravées les armes du prince : c'est très-joli, presque aussi joli que coûteux. J'aime aussi certains coffrets de cristal taillé dans lesquels paraissent incrustées des émeraudes : c'est gracieux. La cristallerie de Clichy exécute, du reste, avec ses cristaux de couleurs , de vrais tours de force. Ses craquelés sont très-beaux, ses flacons plats très-réussis. Ses imitations de Bohème , achetées par le musée de Soutli- Kensinglon, sont également très-heureuses.

Maintenant il ne nous reste plus à voir que quelques photographies placardées sur les murs, et parmi lesquelles se font remarquer celles de M. Tespereau, de Bordeaux.

.4vant de terminer cette revue , arrêtons-nous devant la vitrine d'éventails de til. Alexandre, digne fournisseur de leurs gracieuses IMajestés l'impératrice des Français et la reine d'Angleterre.

Ces éventails, que l'on peut facilement comparer avec les plus beaux que l'on connaisse du dix-huitième siècle (ils sont dans le Musée rétrospectif à deux pas de jà), ces éventails sont décorés avec un goût très-délicat, et présentent eu se développant des aquarelles ravissantes.

Paul Bellet.

Panoplie de l'Algérie.

La France est très-libérale envers les indigènes de l'Algérie, et l'ordonnateur de l'exposition de notre belle colonie a tenu, pour répondre au sentiment général de générosité qui nous anime tous, à ce que les Arabes et leur civilisation fussent représentés au Champ de Mars, de manière à ce que ceux de leurs chefs appelés à Paris pussent se déclarer satisfaits de notre hospitalité et de la mise en scène de leurs produits. L'intention était excellente, mais la tâche à remplir était difficile, pour ne pas dire impossible, car les envois des musulmans de l'.Vlgérie, à l'exception de tentes qu'on a dû reléguer avec des chameaux et leurs gardiens dans l'angle sud-ouest du Parc, de quelques fioles d'huile et de quelques sacs de laine brute, de blés, d'orges, de maïs, de millets, de fruits tecs, inférieurs en qualité aux similaires des colons, étaient nuls ou à peu près, et se prêtaient fort peu à constituer un étalage brillant. Tout au plus, pour suppléer âune infériorité réelle, l'art du décorateur pouvait-il mettre en relief un certain nombre d'étoffes aux couleurs éclatantes, mais peu variées dans leur matière, leurtissage etleurs formes; une série de vêtements de l'âge biblique, caractéristique, chez ceux qui les portent, d'une grande résistance à tout progrès ; un assortiment assez mesquin de cruches, de vases en poterie de la même époque que les vêtements; quelques articles en sparterie à l'usage de la vie nomade et de populations très-pauvres; et, pour donner à cet ensemble son véritable cachet, disséminées par-ci, parlà, des peaux de bêtes fauves : lion, panthère, once, hyène, ehakal et autres, et encore, pour que ces peaux fussent présentables, fallait-il que la main de l'ouvrier français les eût préparées. Évidemment ce n'était pas avec ces éléments qu'on pouvait composer une exposition digne des destinées qu'on assigne au peuple arabe dans l'avenir de l'Algérie. Alors

on a cherché un complément à ce qui manquait, et, comme on n'a trouvé rien de plus en fait de production, on a dû nécessairement se rabattre sur les instruments de destruction ; de là la magnifique panoplie qui décore un des principaux compartiments de l'exposition algérienne.

Puisqu'on s'est trouvé dans la nécessité — faute de mieux — de donner une place importante à l'arsenal de guerre des Arabes, parlons-en.

D'abord, disons qu'il y a de tout dans la panoplie algérienne : le chànguermangiier, arme de jet des Tebous, peuplade de race nègre qui parcourt la partie du Sahara entre le Fezzan, le Wadai et le Bournou; des lances à harpons, des javelots, des flèches avec leurs arcs, des boucliers, le tout appartenant à l'armement des Touaregs, nation berbère qui s'étend des confins méridionaux de l'Algérie aux rives du Niger ; des armes turques, le yalagan, des sabres recourbés, entre autres, bien qu'il n'y ait plus de Turcs en Algérie ; dcS épaves de l'armement des anciens réguliers d'Abd-el-Kader, dont les derniers survivants sont â Damas; quelques spécimens de l'armurerie tunisienne et marocaine importés en Algérie avant IS'iT, pendant les guerres de la conquête. Bref, le trophée représente plutôt l'ensemble des arm,es de guerre du nord de l'Afrique que la collection des armes de l'Algérie, et il y a une raison majeure pour qu'il en soit ainsi : c'est qu'il n'y a pas d'armuriers indigènes dans toute l'étendue de nos possessions; c'est qu'il n'y en a jamais eu, car on ne peut donner le nom d'armuriers à des ouvriers qui se bornent à monter des pièces tirées d'Europe ou à les réparer tant bien que mal.

Aux armes qui composent la panoplie, on a joint la partie complémentaire de l'équipement de l'Arabe et de son coursier : des selles de cheval et de dromadaire, dea brides avec leurs mors et leurs rênes, des djebiras ou sacoches à nombreux compartiments, diverses musettes, des bottes molles de cavaliers, des éperons à pointes aiguës, le grand chapeau, medot, en palmier nain, du raia, et le même chapeau orné — on pourrait dire hérissé — ■ de plumes d'autruche du grand seigneur, djouad ou douadi, etc., etc.

Tout ce bric-à-brac d'armes, d'objets d'équipement et d'instruments de musique, est appliqué sur un fond de tapis et d'étoffes de laine qui sont l'œuvre des femmes sous la tente.

Mais avant de quitter la panoplie, arrêtonsnous sur deux bustes en plâtre qui représentent l'un un grave magistrat musulman, l'autre un type de guerrier, dus tous deux au burin de M. Fulconis, un ancien Algérien, aujourd'hui sculpteur à Paris.

Ces deux modèles, dressés sur nature, sont d'une frappante vérité, car il nous semble avoir rencontré cent fois ces deux figures dans tous les coins de l'Algérie.

L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE 18(.i7 ILLUSTREE.

Pour nous, le trophée d'armes qui prend une si grande place dans la soi-disant exposition des indigènes n'est qu'un horsd'œuvre , un effet de mirage , car, nous l'avons démontré, il ne représente ni l'armement de ceux que nous avons eu trop sou vent à combattre comme ennemis ou révoltés, ni une industrie locale qui avait droit à une place dans un concours ouvert aux produits du travail de tous les peuples.

Si le décor de la panoplie plaît à la curiosité de la foule par son caractère étrange, l'attention des visiteurs sérieux est bien plus attirée par les matières premières des étagères, des vitrines et des châssis qui garnissent cette division de l'exposition algérienne.

Là sont : des masses de coton représentant presque toutes les variétés qu'on trouve dans le commerce, mais principalement les Sea-Island ou Géorgie longue soie; de grandes quantités de laines en toisons et en suin, ou lavées et peignées, parmi lesquelles on distingue deux types principaux : les laines dites de carde et les laines dites de peigne ; des fils, des tissus, de la bonneterie, des draps, des châles, quelques articles de fantaisie; enfin des cuirs préparés les uns par les indigènes, les autres par les tanneurs français établis dans la colonie.

Déjà, dans un précédent article (n» 12, pages 182 à 18G), nous avons eu à nous occuper de ces matières premières et nous ne pouvons y revenir, mais nous avons ici à présenter au lecteur quelques observations qui ne sont pas des hors d'œuvre.

Les colons algériens n'exposent que les matières premières entrant dans la fabrication des vêtements : coton courte soie, coton longue soie, lin, chanvre, laine, soie; les tissus ouvrés avec ces matières, et qui remplissent les vitrines en avant et au-dessous de la panoplie, sont le travail des manufacturiers de Mulhouse, de Logelbach, de Tarare, de Rouen, de Fiers, de Troyes, d'Arcis, de Bury, de Lille, de Cambrai, de Diinkerque, d'Elbeuf, d'Amiens, de Rethel, de Lyon, etc. Ces tissus démontrent que les produits algériens, notamment les cotons longue soie, les laines et les soies, supportent la concurrence avec les similaires les plus renommés des autres pays de production, quoique l'agriculture coloniale n'ait pas la prétention d'avoir encore atteint les derniers degrés du perfectionnement.

On le voit : l'Algérie pratique le principe fécond de la division du travail. Les colons produisent les matières premières, et la maind'œuvre française les tranbforme eu articles de commerce. Ainsi s'établit entre la colonie et la métropole un lien indissoluble plus puissant que les affirmations trop souvent éphémères de la loi écrite.

Le compartiment de l'exposition algérienne réservé aux fils et tissus de coton, lin, clianvrc, soie, laine, a le privilège de provoquer

l'attention des dames. C'est qu'en effet il y a de très-beaux fils et de très-beaux tissus dans les vitrines.

D' A. Warnier.

Le Jardin centraL

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