LES MACHINES A CHOCOLAT DE M. DEVINCK
La chocolaterie parisienne fabrique pour vingt-quatre millions deproduits environ. Elle est donc une industrie importante, et qui prendra de plus en plus de l'extension, parce que le chocolat entre de plus en plus dans nos habitudes d'alimentation. Les deux principaux représentants de la chocolaterie parisienne sont MM. Devinck et Ménier.
Notre gravure représente l'exposition de M. Devinck, avec le moulin à broyer sur le premier plan, et sur le second plan la machine à envelopper les tablettes de chocolat.
M. Devinck fabrique à Paris même, dans une vénérable maison de la rue Saint-Honoré que la position de M. Devinck à la Commission municipale met à l'abri des expropriations de M. Haussmann, et où l'on peut voir fonctionner son moulin à broyer. Il n'emploie que le coke comme combustible, afin d'épargner à ses voisins les inconvénients de la fumée : mais le chocolat fabriqué dans ces conditions n'est pas seulement consommé à Paris ; il est exporté dans toute la France et à l'étranger. M. Devinck, membre de la Commission municipale de Paris, me fera-t-il la grâce de me dire de combien les droits d'octroi qu'il paye pour le coke surchargent le prix du chocolat qu'il exporte hors Paris ?
USTRÉE.
On acbète le chocolat de M. Devinck, quel que soit le prix, parce que le consommateur connaît cette précieuse marque de fabrique, qu'il est sûr de l'excellence du produite! de la sincérité du prix.
Mais qu'un fabricant de cbocolat peu connu se mette à fabriquer dans les mêmes conditions que M. Devinck, et il sera inévitablement ruiné par la concurrence des chocolatiers hors barrière, qui n'auront pas à payer les droits d'octroi dont il reste accablé.
M. Devinck est l'honneur et le modèle du véritable bourgeois de Paris. La fortune indépendante qu'il a péniblement et honorablement acquise et la haute position où il est arrivé par son mérite, prouvent qu'avec de la probité, du travail et de l'intelligence on arrive à tout. Il n'est pas d'homme à Paris qui soit plus connu que M. Devinck, et salué avec un respect plus universel et plus sincère.
Ses ouvriers sont pour lui comme une famille ; son usine est, pour ainsi dire, leur patrimoine. Et cet homme de tout point excellent a été plus fier de la médaille d'argent accordée à son dévoué contre-maître, M. Armand Daupley, qu'il ne l'aurait été de la médaille d'or qu'on voulait lui accorder à luimême, s'il n'avait pas été hors concours.
La machine à envelopper les tablettes de chocolat est une invention ingénieuse et l'un des grands succès de l'Exposition. Elle a été exécutée par M. Rouffet ainé, sur les indications de M. Devinck, ayant son contre-maître pour collaborateur. Cette machine, autour de laquelle la foule se presse sans relâche, est presque un être ; elle semble vivre ; elle a une physionomie. Cela est si vrai que nous avons entendu plus d'une fois les spectateurs lui adresser la parole, les uns disant : Est-ce que lu ne vas pas le hâter? les autres disant : Est- ce que tu ne vas pas le tromper^ enfin ?
Cependant, le placide automate ne se presse ni ne se trompe ; sans égard pour les gens qui l'interrogent, attendant la réponse à leur question indiscrète et familière, il va son petit train, posément, docilement et sans caprice.
Il a fort à faire, savez-vous? Son évolution comporte quarante-deux mouvements, soit alternatifs, soit sireiultanés. Nous allons les décrire pour l'amusement du lecteur.
Le premier mouvement fait arrive)* au bord du plateau la tablette de chocolat posée sur sa double feuille ouverte de plomb et papier. Tout aussitôt deux petits doigts de fer Tiennent assujettir la tablette sur une rainure qui, par un autre mouvement, la conduit au centre même du plateau, où l'opération du pliage s'exécute. Là, deux mouvements relèvent d'abord le papier de chaque côté de la tablette; puis, quatre mouvements sont combinés de façon à former un double pli sur l'enveloppe; enfin, huit autres mouvements ont pour mission de relever le papier de chaque côté de la tablette et de le plier en
forme triangulaire. Mais comment maintenir ces plis divers qui viennent d'être exécutés, si l'on ne parvient à cacheter chacun des bouts de l'enveloppe? Rassurez -vous : huit mouvements successifs amènent deux petites boîtes où se trouve de la cire en fusion. La cire est apposée; et aussitôt d'autres mouvements relèvent les cornes du papier que deux cachets fixent définitivement.
Voilà donc la tablette enveloppée. Mais tout n'est pas fini. Le petit paquet est conduit par une chaîne sans fin au bord opposé de la table où il vient s'empiler mécaniquement. Un mouvement de rotation est combiné de façon à ce que les paquets s'empilent par couples croisés à angle droit.
Lorsque vingt tablettes ont été ainsi empilées, un dernier mouvement les fait remonter et constate on même temps qu'elles ont le poids voulu, preuve qui se fait au moyen d'un contre-poids égal au poids que doivent peser les tablettes avec leur enveloppe.
Si l'on doutait que l'outil prenne toujours la physionomie de l'homme r ni s'en sert, ce dernier trait de sincérité de la machine à envelopper le chocolat prouverait surabondamment que M. Devinck l'a inventée.
Fil. Du eu me.
L'orfèvrerie Cliristofle.
Si Benvenuto Cellini revenait au monde, l'artiste se ferait industriel. On dirait la maison Benvenuto Cellini, comme on dit la maison Christofle ou la maison Froment- Meurice.
L'orfèvrerie est devenue plus et moins qu'un art; elle est une industrie, et une industrie de premier ordre.
La maison Christofle, puisque c'est d'elle que nous parlons, emploie t. 'il 8 ouvriers dont 'lOO femmes, tant à Paris qu'à Carlsruhe, dans sa succursale du duché de B.ide. Combien y a-t-il d'industries qui puissent arriver à ce développement de travail? On les compte.
Notez que la plupart de ces ouvriers sont ou do véritables artistes ou des praticiens habiles, et que le moindre salaire que touclie le plus modeste d'entre eux est de 5 fr. 25.
J'ai dit qu'à noire époque l'art était oblige de se faire industriel. En effet, le goût et le luxe sont devenus le patrimoine des classes les moins aisées. L'art ne perd rien à se vulgariser ainsi; il y peut même gagne'r des ressources infinies, comme il le fait déjà, en mettant la science à son service.
Du temps de Benvenuto Cellini, la mise à la fonte d'une statue comme le Jupiter, était une épreuve solennelle, pleine d'incertitudes et de péripéties dramatiques: la fonte pou-
vait se refroidir, les praticiens pouvaient être maladroits, le moule pouvait être défectueux. Aujourd'hui, la galvanoplastie supprime toutes CCS difficultés et ces incertitudes. Elle fait adhérer les métaux au moule, de façon à reproduire avec une précision mathématique les lignes sculpturales dans tous leurs reliefs et leurs moindres ondulations.
La science qui métamorphose les métaux — Bessemer change le fer en acier — les force aussi à s'assouplir, à se combiner et à revêtir les objets par superpositions infinitésimales. L'électricité est l'agent de ces combinaisons miraculeuses, qui d'un bain chimique font surgir des statues plus grandes que le Jupiter lui-même. C'est l'illustre physicien de Saint-Pétersbourg, Jacobi, qui est l'inventeur du miracle.
Je me souviens d'avoir lu avec un intérêt presque palpitant un récent mémoire de M. Bouillet, le cousin et l'associé de Ji. Ch. Christofle, à la société d'encouragement sur la galvanoplastie ronde bosse et sur les applications qui en ont été faites dans la maison Cbristofle, et qu'on peut voir en si grand nomb-e, dispersées dans tout le Champ de Mars. C'est intéressant à lire comme un conte de magie blanche; et n'est-ce pas en effet de la magie que le phénomène de la galvanoplastie? La croix de la Légion d'honneur est venue, depuis, récompenser M. Henri Bouillet de ses travaux. Je l'en félicite bien sincèrement, quoique je n'aie pas l'honneur de le connaître : car il a poussé, avec son cousin, les expériences galvanoplastiques plus avant que personne.
Maintenant, si vous désirez savoir à quels besoins de goût et de luxe la maison Christofle a répondu, voici le chiffre de ses affaires depuis 1845 : 107 ICI 412 francs. C'estelle qui la première a appliqué à l'industrie les procédés d'argenture et de dorure. Elle a livré au public des couverts argentés au nombre de 8 millions, qui n'ont retiré de la circulation que pour 1 0 millions de matières d'argent, tandis que le même nombre de couverts en métal massif auraient fait disparaître plus de 100 millions de la circulation monétaire.
Ce sont les bénéfices légitimes réalisés dans cette exploitation de bon marché qui ont permis à la maison Christofle de l'aire servir les découvertes de la science aux progrès de l'orfèvrerie artistique, et de prendre dans le monde la place hors ligne qu'elle occupe.
Le fondateur de cette maison importante a trouvé dans son fils et dans son neveu de dignes représentants. J'ai l'honneur d'être le collègue de M. Charles Christofle dans la Commission d'encouragement; et je sais, non-seulement quel amour d!artiste il porte à sa magnifique industrie, mais aussi combien il est fier de ses ouvriers et de ses collaborateurs. Ce n'est pas lui qui cache ce qu'il leur doit ; il s'en vante plutôt. C'est parce qu'il
les l'ail ressortir, qu'il a autour de lui les meilleurs praticiens el les meilleurs artistes.
Il n'a pas attendu, pour préserver ses ouvriers de l'évaporation du mercure, qu'on trouvât le nieilleurprocédépour on diminuer les dangers. Pour la sollicitude qu'il a constamment déployée à cet égard, je pourrais invoquer lies témoignages qu'il ne soup-
I onne mf me pas.
Le service de table de l'Empereur que représente le dessin de SI. Felimann a déjà été décrit <lans len°28 de notre publication.
II nous paraît donc inutile d'y insister beaucoup. — La pièce du milieu représente les quatre parties du monde appuyées sur des proues de navire et reliées entre elles par des guirlandes de cliène que soutiennent des aigles impériales. Les ligures sont de M. Maillet et les ornements de M. Aug. Madroux. Les deux pièces rondes latérales représentant l'Agriculture et l'Industrie sont l'œuvre de M. Millet, 1^1 lui font le plus grand honneur.
.Après, viennent deux jardinières de bout, représentant les quatre cléments, la Terre et l'Eau, l'Air et le Feu. Ces deux pièces remarquables sont dues à MM. Mathurin Moreau et Capy, pour les figures, et à M. Madroux, \)Our les ornements.
Huit candélabres sur vingt-deux dont se compose le service entier, ligurent sur le surtout exposé. Ces pièces sont d'une grande élégance et d'un travail merveilleux, La principale œuvre d'art qui figure dans notre dessin, est la statuette d u Prince Impérial, avec son chien, exécutée en galvanoplastie ronde bosse. Cette œuvre charmante est l'œuvre de Carpeaux, et l'exécution t'St aussi irréprochable que le modèle.
A gauche du Prince Impérial est la Victoire, dont le modèle, dû à M Aimé Millet, représente une jeune iîUe qui s'arrête haletante encore de la course qu'elle vient de fournir, et élève au-dessus de sa tête la palme qu'elle a conquise.
A droite, est \ m vase représentant -Y Education tf Achille, ^ar MM. Mathurin Moreau et Madroux. Le cen taure Chiron exerce le jeune héros à la course;-;! deux petits Cénies les re-
lochage électro- magnétique etjle damasquinagegalvanique . Les trois procédés ne sont que les applications différentes d'un même principe, l'électro-galvanisme, découvert par M. Jacobi.
Fr. Ducumc.