ERRE PETIT
OO LivralïiuuH de 16 paKCH In-J".
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RÉDACTEUR EN CHEF
yi. V. Dvcuiitci,
Membre du Jury international.
COMITÉ DE REDACTION
mi. Armand Dumaresq, Ernest Dhéollf., Moreno-Henrtquez Léon PLÉE, Aug. ViTU, membres du Jury international. '
(1 gravO,par M. Prosper Poitevin. VU. L'Eau de Métisse (le M. Boyer fl grav,}. VlII. Ppliis Métkrs : La Fabrique de Savon parfumé (1 grav.). jX. La Machine Bourdon (1 grav.), — par M. A. Chirac. - X. ChrQ7iique^ par M. Fr. Ducuîng. — 11 gravures.
Vol. II.
KUWWAIKE DE U 46' LIVRAISON.
10 Octobre 1867.
I. U Porlugal {1 grav.), par M. Raoul Ferrère. - II. Musée rcirosptclif : Le Miroir de Charles II (i grav. ),
l)ar M. Oclave Lacroix. — 111. La Rue de Lorraine (1 grav.), par M. J. Laurent-Lapp. — IV. Les deux Rois de Bavière (2 grav.), par M. Fr. Diicuiiig. — V. Les Tableaux de MM. Théod. Rousseau et Frantais {2 grav.), par M. Olivier Merson. — VI. Les Draiis
Le Portugal à l'Exposition.
L'Lxposit ion, à quelque point de vue qu'on l'étudié, offre toujours des enseignements féconds et des aspecis intéressants. Si elle nous montre à quel haut degré de prospérité matérielle sont arrivés des peuples nés d'hier, elle noua rappelle en même temps des époques exceptionnelles dans l'histoire de certains peuples qui ne sont entrés que depuis peu de temps dans la voie du progrès. Quelques pays apportenl à l'Exposition le spectacle d'nn présent merveilleux; d'autres y ariiventavec les promesses de l'avenir garanties par les souvenirs d'un passé glorieux.
La commission Portugaise, inspirée par l'initiative de son président, M. le comte d'Avila, a fait acte de goût en évoquant de pareils souvenirs, et en puisant les éléments de la décoration dans les monuments impérissables qui couvrent le Portugal et qui datent presque tous de la même époque. Dans la galerie du travail, au milieu de toutes ces machines admirables, mais sans poésie, de ces colosses de fer et d'acier qui mugissent et qui crient, mais qui ne disent rien à l'àme, s'élève un élégant édifice qui rappelle l'architecture du monastère dcBelem, bâtipourperpétuer le souvenir de l'expédition de Gama comme, plus tard, l'Escurial pour accomplir un vœu fait à la bataille de Saint-Laurent. Ses dentelures élégantes, ses festons d'une délicatesse exquise, tous ces enchantements de la pierre fouillée et percée à jour, produisent un effet inattendu et charmant. La façade de la section portugaise oITre une reproduction de la même architecture, (^'est une bonne fortune pour l'élite du monde civilisé réunie à Paris que de pouvoir étudier d'après ses types les plus purs cette architecture sinnulière, assembl: ge de styles divers, fusion de plusieurs écoles différentes. Le gothique flamboyant s'y marie à l'art delalîenaissance, etl influence du style mauresque y est également reconnaissablc. L'ogive gothique et le plein cintre romain, les trèfles à jour et les broderies d'arabesques, les niches de saints à demi surmontées de pinacles, les roses découpées à jour, on retrouve tout dans ces monuments dont l'ensemble manque peutêtre 'un peu d'harmonie et d'unité, mais dont les détails brillent par tant de finesse et de grâce. C'est une débauche de pierre, un feu d'artifice architectural. L'œil est ébloui et l'on ne veut point se rendre compte de ses impressions, de peur de g?Uer son admiration en les analysant.
C'est une heureuse idée qui a présidé à la conception de la galerie de l'histoire du travail; et si les organisateurs de cette exposition dans la section française sont parvenus à y réunir des richesses inestimables, il faut reconnaître que les nations étrangères ont
envoyé de leur côté des objets d'un bien grand intérêt ; mais aucune d'elles ne possède une collection de merveilles archéologiques semblable à celle du Portugal. Au milieu de la salle s'élève la vitrine oii sont renfermés les objets envoyés par le roi. C'est là qu'on admire le célèbre ostensoir fondu, dit-on, avec le premier lingot d'or que Vasco de Gama rapporta de son expédition. U. OctavëLacroix en a parlé ici même.
La même vitrine l'enferme un fruitier en argent doré représentant le triomphe d'Alexandre, une croix en or datant de 1 206, un calice du seizième siècle. Tous ces objets sont ornés de sculptures en relief d'un travail exquis et, chose remarquable, ils semblent sortir des mains de l'orfévre, si grande était la pureté du métal employé.
Deux vitrines latérales ont reçu les objets du culte conservés dans les trésors des principales cathédrales du royaume, particulièrement de celles de Lisbonne et d'Evora. On y remarque un drap en velours brodé qui, selon la tradition, appartint à l'ordre d'Aviz, des chasubles ornées de broderies d'une richesse et d'une perfection de travail inou'ies, deux beaux plateaux en argent doré rehaussés de figurines exquises, au roi, une autre paire de plateaux en argent repoussé, au baron de Pombeiro.
Les murs sojit couverts d'excellentes épreuves photographiques représentant les principaux édifices du royaume. Voilà Guimaraêns, première capitale de la monarchie portugaise, où Alfonso llenriquez se fit couronner après la victoire qu'il remporta à Ourique sur cinq rois maures en 1009; Coimbre, la vieille cité universitaire, la reine du Mondego, entourée de vignes et d'oliviers, et dominant les plaines fertiles à travers lesquelles le fleuve emporte lapidement vers l'Océan les. ondes limpides de la fontaine des Amours, si doucement chantées par le Camoens et dont la pureté n'a jamais été troublée qu'un jour par le sang de la malheureuse Inès de Castro ; voilà Thomar, l'antique résidence des templiers; le couvent de Batailla, célèbre par ses magnifiques vitraux du quinzième siècle, et enfin la tour de Belem qui s élève sur la rive gauche du Tage.
Non moins remarquables sont les reproductions photographiques des carrosses appartenant à la maison royale ; ces carrosses, qui datent des seizième, dixrseptième et dixhuitième siècles, ne sont employés que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles; ils sont couverts de sculpitures en bois dorés et de peintures exécutées par les premiers artistes portugais.
Si l'on n'écoutait que son admiration, on se laisserait entraîner bien au delà des limites que comporte l'étude consciencieuse mais rapide de cette section. Quittons donc résolûm.cnt lag;alerie des œuvres d'art et pénétrons dans les salles réservées aux produits de l'industrie.
L'industrie portugaise n'a véritablement pris un essor sérieux que sous le règne de don Pedro II, troisième souverain de la dynastie de Bragance. Grâce à la protection éclairée du ministre Ericeira, des ouvriers furent appelés d'Angleterre pour mettre en œuvre les matières premières que fournissait le royaume; c'est ainsi que furent fondées les manufactures de drap du Covilhâo et de Portalègre, qui prospérèrent rapidement et se trouvaient déjà en mesure de suffire à la consommation de la métropole et des colonies, lorsque fut signé le fatal traité de Methwen qui, permettant l'importation des draps anglais, porta un coup mortel à l'industrie naissante et fit du Portugal une ferme de l'Angleterre. En vain le marquis de Pombal essaya-t-il de ranimer l'industrie nationale en lui assurant le monopole des colonies, l'invasion française rétablit plus solidement que jamais l'influence de l'Angleterre.
Depuis une trentaine d'années seulement, le Portugal, pénétré de la nécessité de rétablir l'industrie manuiacturière et de donner au royaume les moyens de suffire à sa propre consommation, a fait dans ce sens des efforts séfieux qui ont produit des résultats incontestables. Des expositions industrielles furent organisées : la première eut lieu à Lisbonne en 18^9, une seconde à Porto en 1857; en même temps, le Portugal participait aux expositions universelles de Londres et de Paris et organisait en 1 8G5 celle de Porto, qui fut très-brillante et où tous les pays se firent représenter. Cette année, le Portugal a envoyé chez nous un grand nombre d'exposants répandus dacs presque toutes les classes. Le nombre des récompenses qu'ils ont obtenues est de 262.
il y a peu de chose à dire sur les groupes 11 et 111 ; dans le matériel des arts libéraux, on remarque particulièrement les épreuves typographiques, ainsi que les spécimens d'ornementation en stuc et en bois exposés par l'association commerciale de Porto.
Les meubles de luxe sont rassemblés dans une salle qui sert de lieu de réunion aux membres de la Commission portLigaisc. Les armoires, les tables qu'on y voit sont d'excellents travaux d'ébénisterie, et peuvent soutenir la comparaison avec les produits similaires des autres pays. La verrerie est soignée et les cristaux afl'ectent en général des formes élégantes. Quant aux faïences et aux poteries de Coïmbre, elles ont conservé le cachet d'originalité auquel elles doivent leur antique réputation.
Plus intéressante pour l'homme spécial est l'étude des produits de IJindustrie manufacturière. Quand on pénètre dans la galerie du vêtement, les regards se portent tout d'abord sur les vitrines qui renferment les beaux échantillons de soie exposés par l'Orphelinat du baron de Nova-Cintra et par MM. Silva et Alvès de Porto, et par le comte de Samoraens. On comprendra aisémenl, d'à-
L EXPOSITION UNIVERSELLE DE l«67 ILLUSTRÉE.
près la qualité des produits et le nombre des exposants de la classe 31 , que la manufacture de la soie ait toujours été spécialement favorisée par le gouvernement portugais. Dans le milieu du siècle dernier, le marquis de Pombal fit établir à Cbacim, près de Bragance, aux frais de l Elat, une filature modèle qu'il plaça sous la direction de maîtres habiles appelés d'Italie. Bien que l'établissement de Chacim ne tardât pas à être abandonné après la chute de Pombal, comme tant d'autres créations de ce ministre, l'industrie de la soie est restée la mieux protégée et la plus répandue du royaume. Aujourd'hui les manufactures de Porto et de Lisbonne occupent cinq cents métiers, qui mettent en œuvre non-seulement toute la soie produite dans le pays, mais encore celle de provenance étrangère.
Les tissus de laine cardée ne sont pas moins dignes d'attention. Si les draps qu'on voit à l'Exposition ne brillent point par la finesse et le velouté, en revanche, ils ne laissent rien à désirer sous le rapport de la qualité et de la solidité. Les lainages, les tricots et les articles de bonneterie, qu'on fabrique à Lisbonne et à Porto, ne doivent pas êtr non plus oubliés.
Si la vigoureuse impulsion donnée pendant ces dernières années à la lilature et au tissage mécaniques du colon, n'a pas encore produit tous les résultats désirables, on ne peut nier, d'après l'examen des produits exposés par le Portugal, que l'industrie cotonnière, dans ce royaume, ne soit appelée à un brillant avenir. Les cotonnades de Lisbonne et de Porto sont uniquement employées par le peuple, à cause de leur solidité et de leur bon marché.
Voici la bijouterie, une des plus anciennes industries du royaume. Les femmes portugaises ne sont pas moins filles d'Ève que celles des autres pays; elles ne travaillent que pour pouvoir convertir leurs épargnes en joyaux, et les jours de fêles, il n'est pas rare de voir les paysannes comme les bourgeoises porter sur elles jusqu'à dix et douze livres d'or en bijoux. Lne des plus charmantes industries de ce genre est celle du fîfigiane dont Porto est le centre et qui paraît être d'origine mauresque.
M. Leite, joaillier à Lisbonne, expose la collection complète des décorations portugaises. Peu de pays possèdent un aussi grand nombre d'ordres de chevalerie existants que le Portugal.
Une vitrine basse renferme une collection de petites statuettes très-remarquables d'exécution, et représentant les types et les costumes des diffère , tes provinces du Portugal. Les hommes sont, en général, de petite taille, bien faits, forts, agiles; leur teint a ces tons basanés si beaux chez les Arabes. Les femmes, sans avoir le cachet piquant et voluptueux de l'Andalouse, sontgracieuses et bien laites ; leurs beaux cheveux noirs lustrés sont
relevés sur le sommet de la tête et l'éclat de leurs yeux n'est tempéré que par la dignité de leur maiutien, grave mais sans roideur. Leur personne tout entière présente une heureuse combinaison des types chrétien, juif et arabe. Tout simple que soit leur costume, elles le portent avec grâce et aisance: unejupe en indienne ou en drap, généralement sombre, de couleur dans quelques provinces, un petit corsage agrafé par devant, de manière à laisser voir la chemise, le cou découvert et orné de colliers en grosses perles d'or soufflé, commeles paysannes de la campagne de Rome en portent; un chapeau â larges bords et des sabots recouverts de cuir; tel est le vêtement des paysannes dans tout le royaume. Celui des hommes ne présente aucune particularité remarquable.
11 serait bien temps de revenir sur un préjugé qui n'était pas sans fondement il y a trente ans, mais qui n'a plus aujourd'hui autant raison d'être. Onaditeton répèteencore que les fournisseurs de Londres et de Paris possèdent seuls l'art d'habiller avec comfort et élégance, il est incontestable qu'aujourd'hui les bonnes traditions en matière de coupe ne sont plus restreintes au boulevard des Italiens et à Regcnt-Street; si l'on veut s'en convaincre, il suffira de jeter les yeux sur la vitrine de M. Christian Keil, tailleur de S. M. le roi don Pedro, de regarder les bottes, les chaussures d'hommes et de femmes exposées par Mme veuve StellpDug, ainsi que les coiffures militaires sortant des ateliers de la maison Bello, de Lisbonne.
Dans un second article, nous parlerons do la véritable richesse du Portugal : les pro duits de son sol.
Raoll Feiuiêhe.
MUSEE BÊTHOSPECTIF.
Un miroir de Charles II.
Nous avons remarqué déjà combien i'Angleterre contem.poraine, au point de vue des arts — de la peinture particuHèrcment et de la sculpture— se tient au-dessous de ce qu'elle est réellement et s'affirme avec gloire au point de vue politique, iittéraire et industriel.
Toutefois, dans les galeries de VHisloire du travail^ dans le Musée rétrospectif des curiosités et des merveilles, elle reprend dignement sa place et remonte à son rang. On y constate que si les intérêts matériels, se développant de plus M plus, ont pu arrêter un moment ou ralentir le progrès dos arts proprement dits, ces arts ont eu jadis leur époque heureuse et brillante en Angleterre et qu'ils ont fleuri là aussi bien qu'ailleurs.
Les aïeux en ce sens plaident pour lu postérité.
Il y a là, en effet, une variété d'échantillons et depioduits qui marient la richesse à l'élé- ■ gance, les délicatesses de l'inspiration et du goijt aux délicatesses du savoir-faire et de la mise en œuvre, et qui rendent témoignage à d'ingénieux et de patients ouvriers, — orfèvres, argentiers, émailleurs du quinzième, du seizième et du dix-septième siècle.
Ces belles reliques des âges révolus ne sauraient être consultées ni étudiées avec trop de soin. Cuvier n'avait besoin, dit-on, pour retrouver et reconstruire dans toutes ses dimensions et dans ses formes une de ces créatures antédiluviennes, qui ont disparu de la surface de la terre, que du plus petit ossemcnt déterré çà et là : l'os froutal ou l'arcade sourcilière, une phalange de doigt, moins encore, une dent. L'animal était ressuscité en quelque sorte par le savant, et il revivait pour l'étonnement et l'instruction des siècles nouveaux.
Dans l'ordre intellectuel et moral, tout se tient de même ou, s'appelle et s'enchaîce, et l'observateur studieux, le philosophe qui sait l'histoire, peuvent, devant tel ou tel débris conservé ou découvert, ressaisir les traces et signaler les marques des idées disparues, des opinions, des systèmes, des vertus et des vices. Rien n'est indifférent aux yeux du sage, a-t-on dit, et l'on a eu raison . Un meuble, une chaise , un fauteuil, une table, abondent en révélations, et ils trahissent non- seulement la main qui les a faits, mais encore la vie et les habitudes de leur possesseur. Les mollesses, par exemple, et les légèretés mondaines du dix-huitième siècle, de Louis XV, se reflètent crûment sur tout ce qui nous vient de cette date. Puis voilà qu'en quelques années les caractères se modifient, la mode change, le caprice tourne et, près du style Louis XV, nous avons alors le style Louis XVI, qui est tout autre.
On peut donc relire, en quelque façon, toute l'histoire de l'humanité, pour peu qu'on aille regard attentif et l'esprit en éveil devant cette partie do l'Exposition universelle qu'on désigne sous le beau nom de l'Histoire du tramit.
Cela posé, regardez avec moi ce splendide miroir qui appartenait en l'an de grâce 1670 à Sa Majesté Charles H, roi d'Angleterre. d'Ecosse et d'Irlande. Regardez et admirez-en ■ le cadred'un luxe extrême, travaillé tout entier au marteau et où, sur l'argent re|ioussé, vous relèverez une multitude d'ornements significatifs et caractéristiques de l'époque déréglée et frivole qui les a produits. On n'a pas besoin de voir gravé au-dessus de ces guirlandes le chiffre de Charles II , pour deviner que ce miroir a dû être commandé par lui, exécuté d'après ses inspirations, et que lui-même et la société galante qui l'entourait en ont compris et apprécié tous les détails. Et bientôt vous verrez surgir dans votre mémoire, tous ensemble ou l'un après l'autre, les personnages insoucieux et dissipés de ce règne ou plutôt de cette cour qui, dispersant à plaisir et
L'EXPOSITION UNIVERSELLE Dlî 1«67 ILLUSTRÉE.
gaspillant la vie et le temps, ne laissa jamais aucune place à rien de grand, de sensé ou même de prudent.
Voyez quelle profusion de nœuds de rubans, de festons, de fleurs et de fruits, s'enroulent et se déroulent, se cherchent, s'appellent, se joignent et puis se séparent! Et remarquez aussi les enfants Amours semés de toutes parts dans la guirlande ! On dirait un essaim d'abeilles, une volée d'oiseaux.
Frais, joyeux, rebondis, ils prennent toutes les poses et affectent toutes les physionomies les plus diverses. Tantôt ils jouent avec les fruits et les fleurs, tantôt ils se poursuivent, s'embrassent et se ■ caressent; tantôt ils se tournent le dos et se boudent; puis ils se réconcilient pour se brouiller encore, .loli travail et fins reliefs !
.\rt plein de grâce et de sourires, mais d'une portée un peu courte.
On se plaisait à ces menus badinages, à tout ce petit manège, et l'on applaudissait et l'on encourageait l'artiste qui était liabile à inventer et façonner ces sortes de mélanges et de groupes. C'était là le goijt du temps.
Eh bien ! tout cela, en effet, représentait fidèlement, mais en miniature et en raccourci, le train journalier, les habitudes constantes do folie, d'inconstance et de légèreté des seigneurs et des dames de la cour, tous jeunes et riches, tous élégants et beaux, tous légers et fous. Ils n'étaient pas méchants, sans doute, et, pourvu que rien ne vînt entraver leurs vives et douces joies, ils permettaient au reste du genre humain de se conduire à sa guise; mais ils n'étaient pas bons, et l'on ne cite pas un sentiment généreux qui , un jour ou
et sur la flamme de leurs regards, et aussi Mlle Ilamilton, qui était toute grâce et tout charme, nous dit son frère! De combien de coquetteries, de dissimulations, de perfidies même, ne s'est-il pas inontré le complice ou l'auxiliaire?. ..Que nous dirait-il de I\llle Hubert et de Mlle Stewart, et de Charles II, le moins sérieux des rois, et de Jacques 11, le plus vicieux et le plus bigot des despotes ?
Tous les Mémoires du chevalier de Grammont me sont revenus à l'esprit. Mais en contemplant ce cristal froid et impassible, qui
Sl'E IIÉTUO.SPECTIF. — MIROIR DE CHARLES II (sallo anglaise.
l'autre, se
soit ému dans leur cœur ou ait sonné sur leurs lèïres.
Comme ce miroir, s'il ressemblait aux miroirs des contes de fées, qui s'animent et se transforment sous un coup de baguette et se mettent à parler, comme ce miroir serait curieux à entendre ! Quels souvenirs il a dû garder de la foule aux dissipations inépuisables qui a défilé devant lui en cette année 1G70! Il a connu et reflété les traits du brillant et satirique duc de Rochester et du beau Sidneyl Mlle Jennings et Mlle Temple l'ont consulté sur la blancheur de leur teint
n'a pas même gardé l'ombre des personnages évanouis, je me suis pris à penser à la fragilité de nos amours, de nos ambitions, de notre fortune, et à l'exactitude ligourduse de ce mot qui compare l'empreinte que laissent les gens frivoles sur la terre â celle que fait un vaisseau sur les vagues. Leur miroir a survécu, mais où sont les Stuarts? Où retrouver leur main dans les institutions libérales de leur pays ?
' On assure que Charles 11 a inventé cette exclamation, qui fut reprise plus tard par Louis XV : CI Après moi, le déluge ! » Le déluge ne tarda pas à venir, et Jacques II s'en
alla mourir â Saint-Germain, pendant que le roi Guillaume, dont on n'a point, que je sache, recueilli le miroir, inaugurait définitivement, en Angleterre, l'ère des libertés pu bliques.
Le miroirde Charles 11, qui se trouve maintenant en k possession de S. M. la reine Victoria, ne laisse pas, vous le voyez, d'être pour nous d'un vif intérêt et d'un salutaire enseignement. C'est une œuvre considérable et d'un grand prix assurément, mais, qui a, do plus, la haute valeur d'une belle page d'histoire. Or, vous vous souvenez que Cicéron disait de l'histoire, qu'elle est la maîtresse, l'institutrice dj la vie, magislra vitx.
Octave Lacroix.
La rue de Lorraine.
Il est parfois peu aisé de donner aux visiteurs du Champ de Mars des renseignements topographiques assez précis et assez clairs pour que, sans tâtonnements, ils puissent se retrouver dans le dédale des voies rayormantcs et des voies concentriques. Ce n'est pas le cas pour la Ilue de Lorraine.
Tout le monde connaît la porte Rapp; c'est l'entrée la plus populaire , et certainement le tourniquet le plus productif. C'est celle-ci qu'il faut prendre pour arriver directement à notre rue.
Après avoir jeté un coup d'œil sur le Cliarlemagne et le don Pedro, empereur du Brésil, deux statues colossales dues au ciseau magistral de M. Louis Rochet, on fait quelques pas vers la gauche, où vous attirent les éclats de rire et les cris joyeux d'une foule qui se renouvelle sans cesse. On ne larde pas à décoùtrir la cause de cette gaieté ft de cet attroupement. Une fontaine verse là sans intermittence l'eau de la Dhuys, et le public altéré, harassé, qui ne peut se permettre les consommations surélevées des cafés et des estaminets du promenoir, prend gaiement son parii et se rafraîchit avec cette onde plus ou moins pure, en l'assaisonnant de lazzis de tout genre et de toute portée. La brasserie de Strasbourg, qui est en face, trouve que sa voisine est une
dangereuse concurrente; mais M. le préfet do la Seine, qui lient à ce qu'on lui rende liommage tout comme le tyrannique t;ouverneur de la Suisse, a placé là son chapeau de Gessier.
Pénétrons encore une fois de la circonférence au centre, passons de I?. cuisine à l'art, du ventre à la tête ; nous suivrons ainsi la
même marche que l'histoire du genre humain, qui digérait longtemps avant que de penser. La Commission impériale, en adoptant ce groupement des produits, se savaitelle aussi fidèle aux leçons enseignées par l'anthropologie ?
Aux accords de l'orgue qui emplit la nef de la galerie des machines de ses sons
puissants, nous pénétrons dans le Palais. A droite et à gauche, la carrosserie française a exposé ses voitures les plus élégantes ; le long des murs, la sellerie a suspendu ses selles lesplus finement travaillées. M.Prosper Poitevin, avec une compétence qu'on ne saurait méconnaître, a parlé en détail (n° 45) de cette intéressante exposition. Bindcr, Bel-
vallolle et Ehrler o!)t eu leur juste part d'éloges. Parmi les selliers, il a fait ressortir les mérites de Roduwart, de Hermès, il a constaté la décadence de Lambin, une ancienne réputation, et il a appelé l'attention surl'exposilion de M. Reeg, laquelle, outre l'élégance de la coupe, se recommande par la manière dont C8 maître -ouvrier prépare les peaux françaises. M. Reeg nous affranchira, à l'égard de l'Angleterre, d'un tribut onéreux pour
LA RUE DE LORRAINE. — Dessin de M. Vemier.
nos bourses et humiliant pour notre patriotisme.
En entrant dans la rue même, nous trouvons à droite les minerais ouvrés ijui ont servi à M. Victor Jleunier de thème à plusieurs articles intéressants (n"" 12, 13, 17), et à gauche, des statues en fonte sortant de l'usine de Tusey, dirigée avec tant d'habileté par 11. Zégut. Le bronze qui, jusqu'à ce jour, a seul servi à rendre les œuvres d'art, est
d'un tel jirix que l'acquisition des objels composés de cette matière n'est pas même permise aux fortunes moyennes. La fonte, on I a dit, deviendra le bronze du peuple, et -M. Ducuing a expliqué dans sa Rue de Paris (n° 36) comment on pouvait couler celte fonte en un seul jet et sans retouches, et la peindre comme autrefois les sculpteurs grecs peignaient leurs statues de marbre. C'est l'exposition de cette usine du département de
L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE 18G7 ILLUSTRl^K.
Moisp qui a fin flrcidnr la Commission à donner à ce secteur le nom do Ihie de Lorraine.
Plus loin s'étendent les vitrines de la pai^sementerie, à laquelle un article spécial a été consacré. Nous aimons cette industrie, parce qu'elle est une de celles qui emploient le plus de femmes et d'enfants. Sur notre rue se trouvent les vitrines de ]M\L Détcrville, Spiquel, Truehy et Vaugeois, trois fabricants qui ont la spécialité des broderies d'uniforme; puis celles de MM. Weber et Adam, qui ont un rare choix de torsades et de passementeries pour ameublements.
En face de la passementerie se trouvent les dentelles et les tulles. On n'en a pas encore parlé dans cette publication, mais on le fera sans doute. Quelques mots suffiront donc pour le moment.
Les denlelles françaises, dont nous ne ferons pas l'historique, peuvent se diviser en six groupes différents, dont chacun a un cachet particulier. C'est d'abord Alençon qui fabrique, depuis Colbert, ce magnifique /joî>ï/ (/c France. Cette dentelle, la plus riche de toutes, est d'un prix tellement élevé que les grandes fortunes peuvent seules y atteindre. Elle est restée la première par l'extrême finesse de son ré:eau,.et par le luxe de ses dessins mats. Puis la dentelle de Chanûlly en soie noire, destinée aux garnitures de robes, de châles et de voiles. La valenciennes, à son tour, prend rang parmi les plus répandues, par suite de son bon marché relatif. Sa solidité est une seconde qualité sérieuse qui plaide en sa faveur. Av^ec elle on confond quelquefois le point de Lille, qui se fabrique aussi dans les environs de Paris, et qui est encore à un prix plus abordable. La dentelle de Mirecourt (Vosges), par l'originalité de ses dessins et par sa facilité à suivre les transformations de la mode, gagne tous les jours dans l'opinion publique et entre pour une grande part dans la consommation générale. La guipure du Puy eulin, dont la production est la plus considérable de toutes celles de France, offre une variété infinie de genres, et entre autres le point si connu sous le nom de Clmnj. Toutes les guipures du Puy sont noires, celles de Mirecourt sont blanches. L'industrie des dentelles, dont on évalue la production annuelle après de 100 millions, fait des progrès notables, en introduisant des teintes ombrées, des reliefs et des nervures dans les dessins. On arrive ainsi à rappeler avec beaucoup de bonheur les points de Venise et de Raguse.
Pour arriver aux fleurs artificielles et à la chapellerie, le kiosque de MM. Rondelet e£ Riais nous barre le passage. Il est tout étincelant de chasubles, de chapes,' de mitres, d'étoles et de toutes ces magnificences par lesquelles le culte catholique frappe les yeux des croyants et affermit leur foi. Les difl'érents symboles sont représentés par les broderies d'or et d'argent : l'industrie y trouve
son profit, l'art sa satisfaction et la fei son aliment. Tout est pour le mieux. Autre part il a été dit, et il sera encore expliqué plus tard dans une notice plus détaillée, que .M.M. Rondelet et Riais ont les premiers employé des machines pour la broderie, et ont obtenu des dégradations de teintes et des nuances fort délicates au moven de l'aiguille.
Passons, et ne nous arrêtons pas davantage devant les fleurs artificielles et les plumes de parure, dont une autre plume parée, celle de M. Amédée Achard, fera un poétique inventaire, en même temps que le crayon élégant de M. Lancelot les fera revivre. Il nous appartient tout au plus de dire fort prosaïquement que la production de ces deux industries est de 28 millions de francs, et que ces ravissants bouquets qui, pour ne pas avoir le parfum des Heurs naturelles, ont, par contre, la durée, sont faits avec des fils de fer, du laiton, du coton, du papier, de l'amidon et de la gélatine. Pour les plumes c'est autre chose, et toute la gent volatile, depuis l'autruche et l'oiseau de paradis jusqu'au coq et au dindon de nos basses-cours, est tributaire d'une induttrie particulièrement parisienne. C'est dans notre rue que nous pouvons admirer les roses de .Mme la comte-se de Reaulaincourt, qu'une médaille d'argent n'a pas récompensées selon leur juste valeur, les fleurs de la maison d'Ivernois, les plumes de chez Gaucher, et la robe avec garniture de cygne de Mm.eVve Moreau-Degois.
La chapellerie française, sur laquelle il nous sera sans doute permis de revenir, occupe, et par l'importance de son industrie, et parli supériorité de sa fabrication, une place importante à l'Exposition. Dès l'abord, établissons une distinction essentielle et caractéristique entre le chapeau de feutre et le chapeau de soie. Ce dernier n'est que le résultat d'une confection, tandis que le premier est vraiment le produitd'une fabrication. En effet, pour le chapi au de soie, l'ouvrier trouve les é'éments tout préparés; on lui donne la carcasse ou galette, composée d'une étoffe apprêtée à la gomme laque dissoute dans l'alcool, on lui donne la soie de peluche qu'il applique sur cette étoffe, et voilà son chapeau achevé. Il n'en est pas de même du chapeau de feutre. Celui-là est composé de matières premières et passe par une série d'opérations qui constituent une véritable fabrication. Tout le monde a vu, dans la galerie des Machines, l'intéressante bàtisseuse, exposée par M. Haas, et dont on avait fort plaisamment dit qu'elle recevait d'un côté un lapin vivant pour rendre d'un autre un feutre tout garni et tout galonné.
Paris, longtemps, à cause de la cherté de la main-d'œuvre, ne pouvait lutter avec la province pour les qualités courantes; sa fabrication se renfermait dans les qualités supérieures, ce qui ne suffisait pas pour alimenter les fabriques. Cet état de choses désastreux pour l'industrie chapelière cessa
lorsque, en IS.'iS, un Américain importa m France une machine bàtisseuse pour chapeaux de feutre. Cette machine n'était qu'à l'état d'ébauche ; mais M. Laville, le doyen et 'e maître de la chapellerie française, frapf/é des avantages qu'on pouvait obtenir avec cette machine, acheta à l'.^méricain son procédé. 11 ne négligea ni sacrifices d'argent, ni pertes de temps, et, en 1855, on put voir à l'Exposition universelle les premières ma- .chines bâtisseuses et fouleuses exposées par M. Laville. Ce fut une révolution dans l'industrie chapelière; mais cette machine n'accapara pas alors comme aujourd'hui, et au même degré, l'attention du public. Avec elle on se reod compte, et M. Victor Meunier l'a fort bien expliqué dans notre .30' livraifon, des successives transformations du feutre.
Si la fabrication des chapeaux s'éiève, à l'heure qu'il est en France, à près de I OU millions, dans lesquels l'exportation figure pour un chiffre de 18 à 20 millions, ce développement est dû à l'emploi des machines de la maison Laville, Petit et Crespin. Grâce à elle, Paris peut désormais tenir tête à toute les concurrences , et fabriquer toutes les qualités, depuis la plus ordinaire jusqu'à la plus luxueuse. Tous les pays copient servilement nos produits, et les expositions étrangères n'offrent que des objets exportés de Paris. Le jury auquel on avait abandonné un certain nombre de médailles pour la chap' Uerie des différentes nations, a dû les appliqui r presque exclusivement à la France, de sorte qu'il est arrivé que des maisons d'un rang tout à t'ait secondaire ont été récompensées çontre toute attente. Quel plus complet éloge pourrait-on faire de notre industrie?
Aujourd'hui, le problème -de vendre bon et à bon marché est résolu, et cette solution est obtenue sans qu'on ait eu besoin de recourir à l'avilissement des salaires. Une médaille d'or collective a été accordée à la chapellerie française; il ne faut pas oublier que M.M. Laville et Haas étaient, en leur qualité de membres du jury, hors concours.
Parmi les médailles d'argent, nous citerons encore MM. Quenoy et Leborgy , Leduc , Rousson, Marqués et Lasne, Bayard, et Pinaud et Amour.
Que de richesses dans cette Rue de Lorraine! Deux nouvelles industries, qui ont des rapports intimes avec l'art, se présentent sur notre chemin — et nous ne sommes pas au bout. C'est l'orfèvrerie et la tabletterie.
Que dire de celle-là, après les articles qui ont paru sur MM. Froment-Meurice, Christofle, Veyrat et Duron ? Que dire de celle-ci, pour ne pas entrer sur le domaine de M. Prosper Poitevin, qui détaillera tous les chefs-d'œuvre de la vannerie et de la maroquinerie françaises.
Sur les limites de notre secteur est groupée l'orfèvrerie religieuse, qu'on falirique et à Lyon et à Paris. Les autels, les ostensoirs, les calices, les candélabres, les reliquaires
(le M. Poussielgue-Rusand montrent ce que la foi catholique peut inspirer de chefsd'œuvre : les dessins les plus exquis, les ciselures iea plus délicates, sont prodigués sur ces objets destinés aux différentes cathédrales de la France. Comme ses confrères, les orfèvres mondains, M. Poussielgue-Rusand est un grand artiste. A côté de lui, il faut citer ies expositions de M.. Trioullier et fils, et de 11. Armand Calliat, de Lyon.
Dans la classe de la tabletterie, nous ne pouvons passer sans admirer les petits meubles, les nécessaires et les coffrets de Tahan, les bois sculptésetles marqueteries deGerscn et Weber, et les sacs de voyage de Sormani.
Au milieu de notre chemin s'élève la statue de Bernard Palissy, ce potier de génie qui a su prouver, comme le dit fortbien .M. F. Rossignol, dans son excellente biographie des Proleslants ilhislrcs, que l'art était indépendant de la religion, et que le protestantisme n'était pas un obstacle aux plus artistiques inspirations. La statue de Bernard Palissy, destinée à notre Conservatoire des Arts et Métiers, est en porcelaine et sort des ateliers de M. GiUe.
Voici maintenant nos maîtres faïenciers auxquels notre collaborateur, M. Emile de la Bédollière, a rendu un éclatant hommage. A gauche, Sèvres et ses magnifiques créations, à droite, Deck, Gille, Lerosey, Klotz, Utz- Schneider de Sarregnemines , Pannier-Lahoche, qui sais-je encore? 11 faudrait les nommer tous pour n'être qu'équitable.
Mais il ne nous, est pas permis de nous arrêter; comme le Juif errant, il nous faut marcher toujours.
Nous entrons dans la galerie des arts libéraux. A gauche, nous trouvons les instruments de précision de la classe 1 2, qui comprennent non-seulement les instruments destinés aux recherches scientifiques et à l'enseignement, mais encore les instruments spéciaux d'optique, comme les microscopes, télescopes et lunettes, les compas, les baromètres et les thermomètres. Les progrès delà construction de ces instruments ont suivi ceux de la science. Cette exposition est des plus importantes, et il nous laudrait, pouren faire le compte rendu, une place bien autrement grande que celle qui nous est accordée pour toutes les industries de la rue de Lorraine. Nous jetterons pourtant un coup d'uîil sur les bobines électriques de Rulimkorff; sur le cbronographe électrique à diapason do capitaine SchuUz, qui sert à mesuier la vitesse des projectiles; sur les appareils et les horloges électriques de M. Mathieu, qui ont obtenu le grand prix; sur le pandynamomètre électrique de M. Ilirn, un autre grand prix; sur le pantopolygraphe et sur le pantographe de M. Gavard qui reproduisent tous les dessins sur planches ou sur cylindres; sur les microscopes, ophtalmoscopes et endoscopes de M. Chevalier; sur les modèles d'anatomie et d'ostéologie de M. Jules Talrich; sur les
objectifs astronomiques de M. Secretan, et sur les baromètres anéroïdes de M. Bréguet.
M. Thomas, de Colmar, a exposé un arithmomètre qui serait une chose détestable si elle était destinée aux enfants et si elle devait les exonérer de tout effort d'intelligence et de raisonnement, mais qui peut rendre quelques services aux comptablesetaux caissiers, pour qui le temps est une monnaie précieuse.
Le Dr Auzoux présente des modèles de son anatomie élastique qui embrasse aujourd'hui tout le règne organique. Sa collection est très-complèle et très-curieuse. Le règne animal est figuré par un type de chaque grande famille , depuis l'homme jusqu'au zoophyte ; le règne végétal se compose de plus de 100 types, montrant les parties constituantes de la fleur, du fruit, de la graine et de la feuille jusque dans leurs plus petits détails. L'enseignement de la physiologie et des sciences naturelles doit s'appuyer sur de pareils modèles.
Il y a peu de chose à dire des cartes de géographie françaises qui se trouvent en face des instruments de précision. La géographie — et surtout la géographie physique — n'est pas la partie brillante de l'exposition française. Il semble que nous ayons pris pour règle de conduite, le proverbe italien : TiMo il mundo e fallo corne noslra famiglia, tant nous avons peu de goût pour les voyages et pour les cartes. Tandis qu'on trouve un Anglais ou un Américain perché sur chacun des pics du globe terrestre, le Français voyage tout doucement entre Dunkerque et Rayonne oubien entre Brest et Strasbourg. Aussi avonsnous très-peu de bonnes cartes. L'exposition de M. Sagansan, par exemple, n'est que fort médiocre. Ses cartes immenses, mais confuses, obscurcissent la vue. On ne distingue ni fleuves, ni montagnes; on ne devine pas la forme du pays. Une seule carte française en rebef, celle de France, qui est exposée par M. Sanis, est tout à fait satisfaisante, Elle est grande, elle est claire et distincte, mais elle a le tort de ne pas être à bon marché. Les Prussiens et les Autrichiens nous sont fort supérieurs pour la géographie physique, mais leurs cartes sont grossièrement coloriées. C'est là un léger défaut qu'ils ra- ,' cliètent par une grande exactitude.
Avant de passer plus loin, nous signalons le grand télescope de M. Bardou qui sert peut-être à découvrir des mondes dans les profondeurs du firmament, mais qui ne nous a pas aidé à entr'apercevoir son inventeur, dont nous attendions de plus amples renseignements.
Les instruments de musique, dont a parlé notre ami, M. Prosper Pascal, occupent le mur qui est en face de nous. Los vitrines de MM. Sax et Gautrot resplendissent de cuivres; les pianos d'Érard, de Pleyel, et celui de Kriegelstein, dont on vous racontera bientôt la singulière histoire, résonnent toute la journée sous des doigts plus ou moins habiles.
^lais que vois-je à gauche de ces instruments, et que font là ies appareils, très-utiles, sansdoute, maispeu artistiques, dèMM. Darbo et Thiers. Les a-t-on placés là parce que des fabricants ingénieux ont cherché à les embellir en leur adjoignant une boîte i musique? Que n'ai-je pour excuser mon audace de toucher à de pareilles matières le génie de Rabelais!
Nous passons dans le couloir qui mène au Jardin central. Là, à droite, s'ouvre la salle qui contient les tableaux de Ch. Landelle, de Cabane!, de presque tous les représentants de l'école française. M. Olivier Merson en a fait ou en fera une appréciation que notre incompétence ne nous permet pas de discuter, et que son tact et son goiit nous font accepter de confiance. A gauche, sont réunis dans une salie, des modèles de restauration du temple d'Héliopolis exécutés par M. Joyau, prix de Rome, qui a obtenu un premier prix d'architecture à l'Exposition universelle.
Dans les salles du Musée rétrospectif qui se présentent en dernier, sont entassés les chefs-d'œuvre de tapisserie, d'émaux, d'ivoires, d'armes, de faïences du dis-septieme et du dix-huitième siècle. C'est un monde de merveilles.
Nous sortons, en tournant autour d'un groupe en bronze, de M. Fesquet, Jeuni- Faune jouant avec un bouc, et nous saluons la statue populaire de M. Dubois, le Chanlcur florentin.
, Statues à l'entrée de la rue, statues à sa sortie.... Quel festin ih- pierre!
J. Laoîïent-Lapp.
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Les Visites souveraines