LES DEUX ROIS DE BAVIÈRE
Paris a fait un accueil respectueux et sympathique aux deux rois de Bavière : car ils sont deux, le grand-père et le petit-fils. iMaximilien 1", le fils de l'un, le père de l'autre, était mort le 10 mars 1SG4. Le roi Louis 1'"' avait abdiqué en sa faveur, après un règne de vingt-trois ans.
Pourquoi Louis 1" avait- il abdiqué en 18-'i8, lui qui avait été adoré jusque-là de son peuple reconnaissant, et dont la popularité s'est continuée après son abdication ? — Ah ! voilà : il avait trop protégé les artistes, surtout Lola Montés.
C'est à lui que Munich doit les principaux monuments qui l'embellissent, la Glypiholèque, la Pinatholêque : il a même édifié près de Ralisbonne une sorte de panthéon mythologique nommé le Walballa. 11 n'y a pas de Médicis qui ait été plus anrioureux des arts et des artistes que le roi Louis I" de Bavière ; et, depuis François I", aucun roi n'a mieux cultivé les Muses. On lui doit un
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volume de poésies dont Frédéric de Prusse serait jaloux, s'il revenait à la vie, et même un roman mythologique, /-''S compagnons de Walhalla , qu'un auteur de métier ne renierait pas.
Le roi Louis 1" porte vertement et palamment ses quatre-vingt-un ans.
S'il a commis une faute dans sa vie, sa conduite en 1848 l'a noblement ré- |iarée. Avant et après son abdication, il n'y aura jamais, je le répète, de roi qui ait été plus avant que lui dans l'affection presque passionnée de tout un peuple. Moi-même, qui n'ai pas pour les rois plus de respect qu'il ne convient à un descendant de la génération de 89, j'avoue qu'en voyant passi r ce vieillard vénérable et souriant, j'aurais voulu lui baiser la main au passage.
Le roi Louis 1" aurait bien voulu que dans sa Bavière bien-aimée il n'y Elit pas un liomme ne sachant ni lire ni écrire. Que les années lui soient légères! Mais.... les Jésuites lui survivront.
Quant à Louis I!, le roi actuel de
L'EX-ROI DE BAVIÈRE LOUIS 1". — Dessin t
Bavière depuis 1864, il est tout jeune, vingt-deux ans à peine, étant né le 25 août 1 8'i 5. Il est de la même génération que la plupart des héritiers présomptifs que l'Exposition de 18G7 a fait alflaer vers Paris, le prince Oscar de Suède, le Czaréwitch, le prince Hum birt, le roi de Portugal et le roi de Crrèce, Son mariage va le rajeunir encore.
Ce qui a distingue de tout temps la famille de Bavière, c'est l'amour des arts et aussi des parades mi'ilaires. Le jeune Louis II n'a pas dégénéré à cet l'gard. C'est beau pour un roi d'être l'ami dévoué d'un artiste, lùl il W-àSiier !
Quant à l'amour des armes , ie branle bas de la Prusse en Allemagne a rais l'an dernier la famille de Bavière en tenlation et en péril aussi. Les Bavarois se sont héroïquen)entbatlus; et peut-être auraient-ils désiré se battre plus longtemps, si le roi l'avait permis et si le maréchal Binédeck n'en avait autrement disposé. M'est lïis que ce peut n'être que partie re-
iiFFET D'HlVIiU DANS LA VALl-KK DE .MUASTIiH. — Tablo.iu -de M. Français.
mise, à moins que le compositeur Wagner ne trouve un mode d'harmonie tout nouveau. Le roi Louis II est jeune, je le répète; il est destiné à voir bien des choses, auxquelles nous désirons qu'il soit préparé.
Fil. DucuiKG.
Beaux-Arts.
M. rHÉODORE ROUSSEAU.
Des paysagistes les uns aiment seulement la noble cadence des lignes choisies; moins ambitieux, les autres s'efforcent de nous intéresser aux charmes intimes et obscurs de la campagne. Les premiers recherchent les formules du grand style; les seconds s'en tiennent à la simple poésie que dégage la saveur agreste des buissons, des prairies, des rochers,
LE ROI DE BWIÈRR LOUIS II. — Dessitt de Mlle Chenu.
des futaies, d'une modeste chaumière égarée dans les blés mûrs, ou bien assise au bord d'un sentier poudreux. Certes, en fait de style, le Poussin est un modèle accompli, hors de pair, et, sous le rapport de la force, de la majesté de l'expression, il ne serait point aisé de le prendre en défaut. Il daignait d'ailleurs n'être pas ennemi des sourires de la nature; au contraii'e, on le voit, en maintes circonstances, variant le rliylhme de ses allures, d'un mouvement facile et mesure à la fois, s'en faire l'interprète élégant et fidèle.
Et ces Hollandais qui ont ouvert et éclairé la voie du paysage familier, quels artistes , quand on y songe, quels maîtres! Ruysdaël, rêveur inquiet, si grand, si ému; Beighem qui voulait la campagne gaie, heureuse, avivée de clartés riantes; Jan Both, qui se fit une originalité en empruntant à Ruysdaél son profond sentiment de la nature et ;i noire Claude son