LES TROIS VIF.^ : PS .UTIEB DE BONNE DE LMXEMDOERG
Deux des salles du Musre Télrnsprctif renferment des manuscrits extrêmenie it curieuï et non moins inatructifa que curieux. Ces manuscrits, du reste, ne sont pas prisés des seuls amateurs, gens qui payent à prix d'or toutes les choses rares, mais des artistes; hommes que la rareté ne saurait attirer autant que la beauté; mais encore et surtout desérudits, des lettrés, des savants, de tous ceux enfin qui recherchent les moindres traces des siècles passés, qui en recueillent les moindres restes et qui recom, osent ainsi patiemment l'histoire peidue et les générations oubliées.
Les manuscrits du Uusée rétrospectif ne sont donc pas uniquement bous à récréer les désœuvrés, ainsi que je l'entendais dire hier à je ne sais quel visiteur de l'Exposition ; ce sont les désœuvrés, au contraire, qui ne sont bons qu'à j"ter un coup d'œil distrait sur ces chefs-d'œuvre du moyen âge, dont ils ne
comprennent point l'importance et dont ils ne sentent p:;s la beauté.
Dans ces manuscrits, que de jolies choses! quelles œuvres délicates etnaïves, quels prodiges de patience et d'art, quels trésors d'imagination ! avant que l'imprimerie fût découverte, on lisait rarement; mais dans le sile.!sedes monastères, ou dans lespalais des rois, les imagiers traçaient sur le parchemin, en caractères aussi réguliers que le furent plus tardiez caractères moulés, soit la légende, soit l'histoire, soit les prières de la religion ; et chaque page terminée, ils l'encadraient dans un réseau d'ornements, d'arabesques, de dessins délicats: ce n'est pas tout, le pinceau venait aider la plume, enluminer l'imago et la rehausser des plus vives couleurs ou même la parer d'or et d'argent.
Au quatorzième siècle cet art avait atteint le plus haut point de perfection. Il est facile de s'en convaincre en parcourant le psautier de Bonne de Luxembourg et les beaux manuscrits de cette époque. Les couleurs et les dorures en sont aussi vives que si la main de l'artiste venait de les tracer, les dessins en sont très-corrects: la miniature sur parchemin était alors dans tout son éclat.
La gravure que nous offrons représente une page prise au hasard dans le psautier de Bonne de Luxembourg, femme du roi Jean , morte en 1 349 . Ce psautier, exécuté sans doute vers 1330 ou IS-SO, est généralement traité avec moins d'éclat que beaucoup d'autres œuvres du moyen âge. Mais tous les dessins, toutes les miniatures sont des chefs-d'œuvre de finesse et d'esprit.
Jetez les yeux sur cette composition de la page représentée ici. C'est une partie de la légende des Trois vifs' et des trois morts. Les trois jeunes gens sont à cheval en face des trois morts peints sur la page opposée. Le des-i'i n'est-il pas charmant'? Et les détails qui l'encadrent ne sont-ils pas délicieux"? Ce C dans lequel s'enroulent de délicats feuillages, cet oiseau fantastique au col tordu, ces griffons à tête humaine qui soutiennent les armes de la femme du roi Jean, ce fou déroulant un manuscrit, ce fou singulièrement assis sur une mince et haute tige, ce canard, cette chauve-.=ouri8 et les autres oiseaux dessinés auprès,, ne sont-ils pas des œuvres ravissantes'?
Paul Rellet.
Dentelles et Guipures.
Les dentelles tt les g jipures sont des industries importantes, djnt Paris est le centre d'exploitation; mais ces produits ont deux centres de fibrication spéciale dans des localités dont on leur a donné le nom. A'ençon est célèbre par ces points magnifiques, désignée dans le monde entier sous le
nom de points de France ou d'Àlenron. On recherche partout les splendides dentelles de soie noire de grande dimension, que Bayeux et Chantilly ont portées au dernier degré de perfection. Bailleul est aujourd'hui célèbre pour laspécialilé de dentelles connues sous le nom de raleneiennes . Caen fabrique avec succès, comme Bayeux et Chantilly, des dentelles pour robes, volants, châles et voiles. Mirecourt, renommé pour l'originalité de ses créatir.ns, satisfait à tous les caprices de la mode. Ses produits ont l'honneur d'une imitation à peu près générale; mais la concurrence étrangère excite son émidation sans éveiller ses craintes.
L'Expositioi de 1 867 démontre, par delà l'évidence, que la France tient aujourd'hui le premier rang dans cette riche industrie et qu'elle n'a aucune rivalité à redouter.
D'un bout de l'année à l'autre, 200 000 dentellières sont constamment à l'œuvre; toutes travaillent à domicile, dans les campagnes et dans les villes; elles n'abandonnent leurs fuseaux que pour vaquer aux soins du ménage ou pour se livrer aux travaux de la moisson.
Les dentelles françaises sont recherchées sur tous les marchés, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, en Russie, aux États Unis, au Brésil et jusque dans les Indes ; mais Paris est le centre le plus important de consommation pour cette industrie, dont on évalue la production annuelle à pUis de 100 millions de francs.
Les dentelles de Chantilly, de Bayeux et de Caen, les plus belles de toutes les dentelles noires, sont tissées aux fuseaux, faites par bandes, réunies par des raccrochés; les dentelles de Canibray, imit'tions de celles de Chantilly, dont elles n'ont pas la finesse, sont fabriquées au métier; les valenciennes de Bailleul sont faites aux fuseaux, comme le point d'Alençon, qui est la plus légère, la plus fine 'ît la plus riche de toutes les dentelles blanches.
Quand on contemple ce point merveilleux, le cœur saigne si l'on vient à songer qu'il est fabriqué par la population ouvrière la plus ma! rétribuée et partant la plus misérable.
Les dentelles-guipures, noires et blanches, ont fait en Franco de tels progrès qu'elles ne craignent plus aujourd'hui de sérieuse concurrence. Mirecourt est le centre do fabrication le plus renommé pour les guipures blanches et le Puy est sans rival pour les noires; les unes et les autres se font admirer pour la variété des points, des d.?ssins et du style.
La Belgique, qui tient le second rang pour la fabrication des dentelles dans l'ordre des récompenses, a, pour ainsi dire, placé celte industrie sous la tutelle ou le patronage des plus grandes maisons de Paris: MM. 'Verdé- Delisle frères, par exemple, ont une fabrique importante à Bruxelles, où tout s'exécute d'après leurs dispositions et sur leurs dessins;
aussi les chefs-d'œuvre qu'on y produit, décèlenl-ils à tous, parleur richesse et leur exquise élégance, leur origine toute parisienne. Les dentelles exposées par la ville d'Ypres ont obtenu la médaille d'or, celles de M. Van derSmissen-Van den Bossche, la médaille d'argent; mais c'est par pur accident qne la maison Clieuvreux-Aubcrtotn'apas pris pour son compte cette double exposition qui, avant l'ouverture, était sa propriété, attendu que toutes les pièces ont été commandées par elle et exécutées d'après ses instructions les plus précises, et sur ses dessins oxpédiésde Paris. Cequi prouve qu'en ceIa,comme en beaucoup d'autres choses, tout va toujours mieux là-bas quand la direction ou l'impulsion part d'ici.
MM, Normand et Cbaudon, en se faisant admettre comme fabricants belges et en obtenant une médaille d'or, portée au compte de Bruxelles, n'auraient-ils pas voulu prouver, par surcroît, à la Belgique les avantages de l'annexion ?
Parmi nos exposants, M. Lefebure a eu l'honneur de la première médaille d'or, Sa belle fabrication ne pouvait manquer d'être remarquée et récompensée par le jury ; tout le monde a aoplaudi à la justice qui lui a été faite.
Nous nous expliquons moins bien , après l'examen le plus attentif et le plusconsciencieuxde l'exposition de MM.
Aubry frères , que la seconde médaille d'or leur ait été adjugée ; leur châle et leur robe en point de Venise, leur châle et leur volant Chantilly, sont très -riches ; mais nous avons cherché, sans le trouver, ce qui les distinguait des produits similaires de la fabrication courante. Ce qui a contribué sans doute à leur rendre le jury favorable, c'est leur
bannière en guipure de Mirecourt, dest'née à l'Impératrice. Il est difficile de ne pas tenir compte à qui de droit d'une pareille attention . Comment s'expliquer avec la croix d'hon-
neur qui lui a été accordée, que M. Verdé- Oelisle n'ait obtenu que la troisième médaille d'or? Toutes les expositions rivales pâlissent à
MUSÉE RËTHOSPECTlFi: LE REUQUAIRE DE HENRI II. — Dessin de M. Montalan.
côté de la sienne, et, d'une voix unanime, tous ses confrères lui ont adjugé le premier rang. Les efforts et les énormes sacrifices qu'a
méritaient, selon nous, mieux et plus que la médaille d'or : le jury lui eût adjugé le grand prix que tout le monde aurait applaudi.
MM. Normand et Chaudon ont reçu la médaille d'or pour leurs dentelles fabriquées en Belgique : leur grande jupe plate tissée d'un seul morceau, est un tour de force qui a coûlé, nous disent les exposants, 1050 journées d'ouvrières : c'est en vérité beaucoup trop de temps et d'argent dépensés pour l'exécution d'un produit qui nous [jaraît du plus difficile placement.
PilOSI'EIi PoITliVIK.
Photograplue.
Si l'on pouvait douter de l immense développement qu'a iiris en quelques années l'art créé par Niepce, Daguerre et Talbot, il suffirait, pour être fixé à cet égard, de parcourir le catalogue de l'Expositioa universelle. On y verrait que la classe 9 comprend près de sept cents expofants, que près de trente pays divers ont envoyé des produits de ce genre au palais du Champ de Mars,
LES DEM'ELLES FRA^^;A1SES. — Dessin de M. Jelot,
faits cette maison pour porter l'industrie de la dentelle à son plus haut point de perfection, dans les quatre fabriques qu'elle a fondées à Bayeux, àCaen, à Alençon, et à Bruxelles,
et que la photographie a pénétré jusque dans les contrées les plus reculées du globe. Quant aux progrès réalisés, pour en bien apprécier la valeur, il faut entrer dans l'examen des œuvres exposées, sans négliger l'intéressante série des appareils (|ui jouent un rôle si important dans les manipulations photographiques. Cet examen, nous avons tenu à le faire aussi complet que possible , comme nous y oblige la situation toute spéciale que non." occupons auprès des photographes depuis tantôt dix-sept ans, et nous allons en présenter le résumé à nos lecteurs.
Tout le monde sait aujourd'hui à quel degré de perfection les recherches collectives
des expcrimenlateurs de tous les pays, et des praticiens eux-mêmes, ont amené les procédés photographiques. Depuis l'Exposition universelle de 1802, il n'y a pas eu à ce point de vue de progrès aussi considérable que dans les années précédentes, par cette raison Lien simple qu'il n'était guère possible d'aller plus loin, tant la marche des perfectionnements avait été rapide et assurée. Toutefois, bi les formules pratiques publiées chaque jour n'ont pu ajouter notablement à des méthodes déjii excellentes, les travaux persévérants et efficaces des opticiens spéciaux ont assuré à ces méthodes un succès plus facile et plus étendu.
Pendant que les procédés s'amélioraient et se multipliaient avec une rapidité merveilleuse, l'optique photographique était restpe longtemps stationnaire.
Malgré quelques modifications apportées à l'objectif primitif, simple ou double, les défauts et les qualités de ces instruments reslaient à peu près les mêmes.
Cependant quelques fabricants allemands et anglais, MM. Voigtiaênder, Ross et Dallmeyer s'évertuaient, avec ime louable activité, à résoudre les divers problèmes ^ que leur posaient les opérateurs. 11 sortit de ces efforts quelques appareils nouveaux; l'émulation gagna les opticiens français. La concurrence se mit de la partie, si bien que les inventions et les perfeclionnements ont marché grand train, et
qu'aujourd'hui les photographes ont tous les trois mois à leur disposition quelque instr,!-
MUSÉE RÉTROSPECTIF : LES TROIS VIFS , PsaïUicr de Bonne de Luxembourg (quatorzième siècle). Collection de M. Ambroise Firmin-Didot.
I ment nouveau et qii'ii leur est difficile de I I choisir entre ceux qui sortent des ateliers |
des Voigtiaênder, des Ross, des Dallmeyer, des Derogy, des Darlot, des Hermagis et de quelques autres constructeurs non moins habiles. Parfois même un nom inconnu surgit tout à coup au milieu de la lutte, comme celui de M. Bush, de Berlin, dont l'objectif à grande ouverture a excité un si vif intérêt de la part des hommes com pétenls. Ou bien c'est un praticien même qui vient présenter à ses confrères un appareil tout à l'ail original et leur signaler une série de faits scientifiques et pratiques du plus haut intérêt, comme M. Claudel l'a fait en produisant son ingénieux objectif à foyers mobiles.
Est-ce aux progrès incontestables de l'optique en France qu'il faut attribuer la supériorité (reconnue par les concurrents eux-mêmes) de l'ensemble de notre exposition photographique? A coup sûr, on peut au moins assigner à cette cause les pr igrès qui se révèlent particulièrement dans les paysages. En 1855 et en 1802, les photographes anglais étaient sans rivaux dans ce genre; aujourd'hui, si MM. Bedford, Mudd, England, fiobcrlson, VernonHeath, le major Stuart Wortley, cl quelques autres méritent les plus sincères éloges, ils ont à compter, et quelquefois à leurs dépens, avec MM. Soulier, Ferrier, Davanne, Roussel, Braun, etc.
A côté de ces maîtres viennent prendre place à rexposition des artistes dont les noms
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EXfUtiiTIÛiN DE LA PHOTOGRAPHIE FRANÇAISE. —
De,ssia de M. Desroches-Valnay.
I/IÎXPOSITIOM UNIVEKSELLE DB IHfiT ILLUSTREE.
nous élaieriL inconnup jusqu'à ce jour et dont les œuvres sont très-remarquables : ce sont MM. G. Leuzniger (de Rio- Janeiro) ; Alassine (de Moscou); Selmer (Suède); Harboë (Danemark); Burger (Autriche).
En ce qui concerne le portrait, c'est encore à l'ensemble de la section française qu'appartient la supériorité. 11 y a bien à l'étranger des portraitistesdepremierorJre, comme Mme Adèle Perlniulter et MM. Angerer (Vienne), Wigand (Berlin), Mieczkowski (Varsovie), Chevalier, Velten (Genève), Laurent (Espagne), Hansen (Danemark), Mme Cameron , MM. Mayall, Beau et quelques autres en Angleterre ; mais dans aucune section on ne retrouve un nombre aussi grand d'œuvreshors ligne, telles que celles de MM. Adam Salomon, Reullinger, Carjat, Pierre Petit, Vauvray, Frank de Villecliolle, Villette, Mulnier, Ilanfstaengl, Alophe, Liebert, Burgand (de Rocbefort), Wallery (de Marseille), etc., etc. î\on-sculement ces spécimens possèdent les qualités qui révèlent l'habileté du photographe, mais ils réunissent de plus toutes celles qui indiquent le goût exercé-et le sentiment délicat de l'artiste.
C'est encore dans la section française, il faut bien le dire, que nous trouvons les applications les plus étendues et les plus heureuses .du nouvel art.
Si la peinture trouve dans un paysage ou un portrait photographique de précieux renseignements au point de vue de ses éludes, la photographie lui rend de bien plus grands services encore quand elle lui fournit les reproductions exactes des chefs-d'œuvre de toutes les écoles et de tous les temps. Elle ne se contente pas, en effet, de recueillir les monuments d'architecture épars dans tous les pays du monde pour en composer des collections qui se complètent de jour en jour; elle pénètre dans les musées, dans les galeries particulières et jusque dans les ateliers modernes pour y chercbar des œuvres à vulgariser. Examinez à l'Exposition les cadres, les albums nombreux de MM. Braun, Marville, Bingham, Micheletz, le marquis de Bérenger, dans la section française; Fierlants, Thurstou Thompson, Maso Trieste, Lombardi, dans les sections belge, anglaise et italienne, et vous aurez une idée de l'activité des vulgarisateurs et du succès avec lequel ils se sont rendus maîtres des difficultés que présente surtout la reproduction des peintures anciennes ou modernes. Dans le domaine de la science, les applications de la pliotographie sont plus nombreuses encore. La médecine, la géologie, l'astronomie, la topographie, l'histoire mêEiC trouvent en elle un précieux auxiliaire. Quand on voit, dans la section américaine, l'admirable représentation de la lune par M. Rutherford ; dans la galerie française, les appareils ingénieux destinés au levé des plans et les spécimens si remarquables exposés par M. le commandant Laussedat et par M. Auguste Chevalber ;
les reproductions de cartes et de croquis topographiques dus à M. le capitaine de Milly, l'habile directeur de l'atelier photographique du Dépôt de la guerre, on peut juger des ressources inappréciables que tous ces travaux de précision empruntent aux procédés photographiques.
Nous montrerons tout à l'heure que, {;râce aux inventions et aux per.'ectionnements qui se sont produits dans les méthodes d'impression photographique, ces applications vont prendre une bien autre extension en se prêtant aux exigences de la librairie. Mais avant de passer à un autre ordre d'idées, mentionnons, parmi les plus intéressantes applications de la photographie, la splcndide collection des vues d'ensemble et de détail de l'Exposition exécutées par MM. Bisson jeuiic et Micheletz, deux spécialistes bien connus, et par MM. Léon et Levy, les habiles successeurs de MM. Soulier et Ferrier, ces deux grands maîtres du stéréoscope. Les richesses accumulées dans le Palais du Champ de Mars vont être bientôt dispersées; le Palais luimême tombera comme les constructions si variées qui l'entourent, sous la pioche des demolifseurs; les gracieuses corbeilles, les bosquets enchantés, les frais ruisseaux disparaîtront comme les décors d'une féerie au coup de siillet du machiniste. Mais, giâce à la photographie, chacun de nous pourra re . voir à son gré toutes ces merveilles dans les albums de MM. Bisson et Micheletz ou dans le stéréoscope de MM. Léon et Levy.
Nous arrivons à ces procédés d'impression dont nous pariions plus haut, et qui résument les plus importants travaux accomplis depuis l'Exposition universelle de Londres.
L'idée de transformer en gravure l'image obtenue dans la chambre noire est la première qui s'est présentée à l'esprit de Nicéphore Niepce lui même ; ses lettres qui viennent d'être publiées, et ses premiers essais qu'on a pu conserver en sont la preuve irrécusable. Il exposait au foyer de la chambre obscure une plaque de métal enduite de bitume de Judée dissous dans l'essence de lavande. Toutes les parties impressionnées par la lumière devenant insi lubles, l'acide qu'il répandait ensuite sur la plaque n'agissait que dans les endroits oOi le métal était mis à nu, et l'ingénieux inventeur obtenait ainsi une gravure à l'eau forte de l'objet qu'il avait voulu reproduire.
Celle méthode primitive, modifiée par M. Niepce de Saint- Victor, a servi de base à plusieurs autres dont nous allons avoir à signaler les résultats : celles de MM. Charles Nègre, Amand Durand, Baldus, etc.
Quelques années après Nicéphore Niepce, M. Fox Talbot fil connaître un procédé (oui différent. Il consistait à substituer la gélatine bichromatée au bitume de Judée , et à faire mordre la couche, après impressionncment, à l'aide d'une solution de perchlorure de fer. De son côté, M. Poitevin utilisait la propriété
que possède une couche do géUiline bichromatée, plongée (après l' impressionncment) dans un bain d'eau, de gonfler dans toutes les parties qui n'ont pas été influencées par la lumière. En soumettant une épreuve sur gélatine à l'action d'un bain galvanoplaslique il obtenait une planche de cuivre, offrant un dessin composé de reliefs et de creux, comme une plaque gravée.
Ces deux dernières méthodes oiit servi de base à celles de MM. Place', Prelsch, Fontaine, Drivet, Woodbury, etc.
Quant il M. Garnier, son procédé est indépendant de tous les autres : il est basé sur les propriétés d'un amalgame d'iode et de mercure, et les résultats qu'il donne, sans être supérieurs, à notre avis, à ceux qu'obtiennent MM. Nègre, Piacet et Baldus sont éminemment remarquables, l^n lui accordant le grand prix le jury a considéré sans doute, comme principal titre, l'originalité de sa méthode.
Les planches héliographiques sur acier, exposées par M. Charles Nègre, ont des proportions exceptionnelles. Ce sont des vues de monuments, d'après nature. Elles ont des vigueurs et des modelés d'un effet surprenant. Les grandes ombres y sont fouillées avec autant de délicatesse que les lumières, et elles rendent jusqu'aux moindres détails du cliché photographique.
Ce sont des œuvres vraiment magistrales dans lesquelles se manifeste le talent de l'artiste en môme temps que l'habileté de l'hélicgraphc.
M. Piacet opère sur des plaques de plus petite dimension, mais ses planches se distinguent par une exquise finesse. Ses reproductions de monuments et ses vues d'après nature laissent bien loin, comme délicatesse de modelé et netteté des détails, les meilleures gravures au burin. Les spécimens qu'il expose sont nombreux, et nous avons pu nous assurer de la facilité d'exécution que présente son procédé.
Les planches qui figurent dans le cadre de M. Baldus font partie d'une importante collection dont la publication sera vivement appréciée par les artistes : c'est la reproduction ces œuvres de Raphaël, d'après les gravures des anciens maîtres italiens. On ne saurait produire de fac-similé plus parfaits.
Toutes les planches que nous Ycnons de signaler r.ipidement sont gravées en creux et tirées en tailledouce. Le procédé de M. Amand Durand a l'avantage de fournir avec une facilité et une perfection égales, des planches en creux ou en relief. Ce dernier point est des plus importants, car il permet d'appliquer la sravure héliographique à l'illustration des textes, comme la gravure sur bois. Il est vrai que M. Durand se borne seulement à la reproduction des dessins, gravures, manuscrits, etc.; mais sa méthode est si rapide et si excellente dans ses résultats qu'elle apportera nécessairement une révolution dans la librairie illustrée. En effet, en obtenant direc-
lement d'après un cliclic [ibotographique, une planche en relief, d'une exactitude absolue, on é.:onomise le prix du dcàsin et de la gravure sur bois.
La méthode d'héliofiTavure de M. Amand Durand est aujourd'hui en pleine exploitation industrielle. C'est à cet artiste et à son habile collaborateur ^I. Léon Lemaire que le Service historique de la Ville de Paris a confié l'exécution des fac-similé qui ornent le second Yolume de l'Ilisloire générale de Paris dont la publication est prochaine. Dans quelques jours, en examinant ce splendide volume, dont toutes les planches ont été produites à l'aide de la gravure héliograpbique ou par la chromolithographie d'après des clichés photographiques, le public pourra se rendre compte des immenses services que le nouvel art est appelé à rendre à la librairie, si elle veut suivre l'exemple donné si viclorieusepar la Ville de Paris.
MM. Mante, Pinel Pescliardière dans la section française, Falk dans la section prussienne, ont exposé des planches gravées qui oifrcnt beaucoup d'intérêt, mais qui ne nous paraissent révéler que des essais heureux, plutôt que des méthodes pratiques.
11 y a dans la classe 8, parmi les graveurs sur métal et sur bois, un exposant, M. Drivet, à qui le jury a décerné, à ce titre, une mention honorable. Or, les spécimens renfermés dans sa vitrine ne sont que des planches héliographiques, gravées en creux et en reliei', que leurs qualités ont fait prendre pour de très-bonnes productions d'une main exercée. Nous avons vu plusieurs gravures de ce même inventeur qui n'ont pas été exposées, entre autres une vue, d'après nature, de l'Exposition universelle, qui dépasse tout ce qui a été fait dans ce genre. Si nous employons le mot d'inventeur à propos de M. Drivet, c'est que s'il emploie la gélatine bichromatée comme beaucoup de ses concurrents, il a découvert'— chose très-importante — le moyen de rendre cette couche inerte dans les bains galvaniques, et de produire une sorte de grain faisant corps avec l'image, et qui permet d'encrer la planche dans toutes ses parties.
Nous sommes persuadé que le procédé de M. Drivet, très-pratique et très-complet, est un de ceux qui ont le plus d'avenir.
A côté de la gravure héliographique vient se placer la pliotolithographie ; c'est encore à M Lemercier, l'acquéreur du procédé Poitevin, qu'appartient la supériorité dans ce genre. Puis viennent les divers modes d'impression aux encres grasses, de Mil. Pouncy, Swan et Woodbury, qui ne paraissent pas avoir réalisé de très-grands progrès.
Une méthode toute nouvelle s'est produite récemment sous le nom de pholotypie. On la doit aux travaux associés d'un savant et d'un arliâte bien connus tous deux : MM. 'l'essié du Motay et 5laréchal (de Metz). Les résultats en sont admirables et surpassent les plus belles épreuves photographiques, avec cet avantage
que l'impression se faisant à 1 encre grasse offre ces garanties de solidité que le tirage aux sels d'argent ne peut donner. Nous recommandons aux artistes les modèles de destin exécutés par ce système qui a valu aux invenleurs la médaille d'or.
La photographie au charbon est magnifiquement représentée par la collection de facsimilé des dessins de maîtres, exécutée par M. Braun.
M. Despaquis, le laborieux vulgarisateur des procédés de t\. Poitevin, a exposé aussi de très-intéressantes épreuves obtenues au charbon sur papier, sur toile et sur mica.
Quant aux émaux photographiques, tous les visitburs ont admiré ceux de M. Lafon de Camarsac, et tous ont dû remarquer aussi qu'il avait, cette fois, de rudes compétiteurs, MM. Déroche et Heyland (de Milan) qui opèrent, croyons-nous, par la méthode de ÎM. Poitevin.
liien qu'il nous ait fallu dans ce compte rendu trop rapide, laisser de côté plus d'une œuvre sérieuce et plus d'un nom qui aurait mérité d'Ctre cité, nous croyons avoir donné une idée exacte des richeSiCs que renferme la partie de l'Exposition confiée à notre examen, et surtout du mouvement qui s'est produit dans les études et dans les travaux des disciples de Niepce, Daguerre et Talbot. Les lecteurs qui ont bien voulu nous suivre reconnaîtront, avec nous, ce nous semble, que la photographie vient d'entrer dans une phase nouvelle, et qu'elle est arrivée à cette époque féconde qui est pour les grandes inventions comme l'âge de la maturité pour I borume.
EllSEST LiVCAN,
Le grand Concours des Fruits au Jardiu réservé.
Rien ne peut donner une idée de la complète magnilicence de ce concours : il faut le voir, et je conseille à ceux qui ne l'ont pas vu encore, de profiter des derniers beaux jours de l'automne et de l'Exposition, pour faire une promenade au Jardin réservé, l'endroit de Paris certainement le plus attrayant.
Lorsque certains journaux chiffrent le nombre des entrées au Jardin réservé, il nir; paraît que c'est au hasard. Ils donnent un chiffre convenu de 1.200 visiteurs quotidiens: à notre estimation, le chiffre doit dépasser .)000. Les deux aquariums sont encombrés ; on circule difficilement dans la grande serre ; U hangar attenant à l'avenue Rapp , où sont exposés les raisins et les fleurs en poi, est inabordable ; et l'orchestre militaire trouve encore autour de son pavillon des auditeurs nombreux et passionnés.
Le hangar, réservé aux fruits de la vigne et
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aux fleurs en pot, contient tous les cépage; , anciens et nouveaux. Le raisin est, avec la poire, le fruit le plus riche en espèces. Le même producleur a cxpnséjiiFqu'à 117 variétés. Toutes les variétés peuvent être classifiées en trois genres : le raisin de cuve, le raisin de table et le raisin à confire. Le genre le plus riche en variéiés est le raisin de cuve. Le cépage de cuve varie Suivant la latitude et suivant le mode de vinilîcation. Le même cepage change de qualité d'api ès la nature du sol qui le porte, dans la même région. Ainsi, le gamai, l'espècj la plus répandue avec le pineau, donne des résultats différents de vinification, suivant qu'il provient du sol de Beaune, d'Argentiuil ou d'autres lieux : il change même de qualité dans la même contrée, suivant que le cépage reçoit ou non la fumure, suivant que le terrain où il pousse est ou n'est pas chaulé.
Outre le choix des espèces et leur variété de culture, la qualité d'un cru dépend essentiellement des procédés de viliificaiiun. Ce n'est pas seuiement parce Jque nous avons en France le meilleur choix de cépages que nos crus sont le plus estimés, c'e^t aus&i paice que ce que je nommerai la science de la cuve est plus avancé chez nous que partout ailleurs.
Je me souviens avoir vu dans mon enfance des coteaux pierreux, dédaignés même par les troupeaux qui y trouvaient une herbe trop rare. La valeur de ces terrains n'était pas taxée àplus de cent francs l'he jt .re.
Eh bien ! dans mon âge mûr, j'ai retrouvé ces pauvres coteaux couverts de vignes produisant un vin excellent.
Le lléau deVoidium est apparu comme une prime offerte à la culture. On a planté en vignes des terrains qui n'offraient même plus de ressources suffiiantes au pacage. Ce qui valait cent francs vaut aujourd'hui quatre et cinq mille francs.
Voilà précisément ce que la vigne a d'admiiable; c'estqu'elle affectionne particulièrement les terrains impropres à toute autre culture : elle n'exige qu'une seule garantie, c'est la double caution du soleil et d'un terrain réfractaire à l'humidité. Pour ce motif, les coteaux lui conviennent mieux que les jdaines, à moins que les plaines ne soient sableuses et \oisines de la mer. De là vient la grandie supériorité des vins de Bordeaux, garantis par un soleil favorable et un sol approprié.
Nos viticulteurs pourront faire des études comparativesavec les cépage--; étrangers, réunis au Jardin réservé.
Passons au raisin de table. Ici, toutes les variétés tendent à se fondre dans un genre unique, le chasselas. Le chasselas est un raisiji dont on trouve le simi.aiie en Syrie et dans toute l'Afrique, où les grappes arrivent à des proportions aussi énormes que les régimes de dattes. A Dediys, sur le littoral de la Kabylie, j 'ai vu des grappes comparables à celles de Cbanaan, et si grosses qu'elles cou-
l.'E.M'OSl l'lUN UiNi VEKsELI.ll Dli 1 Stw ILLUS TllIiK
stiluainU la cliarg'j d'un liuniiiic. Il faut croire que les Maures ont transmis aux Arabes l'an de cultiver le chasselas : cet art s'est d'autant plus l'acilement perpétué que la loi de rislaaie défend de livrera la fermentation le fruit de la vigne. Et l'on sait que le chasselas est précisément le moins vineux de tous les cépages. C'est pourquoi sa culture est (rès-réparidue dans tout l'Orient.
Seulement, le chasselas d'Orient ne ressemble guère à ce que nos cultivateurs en ont fait. Il est plus charnu quejuteux, et dépourvu de ce degré d'acidité qui constitue la saveur incomparable du chasselas de Fontainebleau. Le raisin de Fontainebleau, comme la pêche de Montreuil, est un produit entièrement civilisé dont la nature toute seule ne donne pas d'analogue.
La réputation de Fontainebleau menace d'être détrônée par celle de Conflans-Sainte- Honorine, dont les grappes d'or à grains écartés font l'admiration de tous les visiteurs: le jury sppréciera la différence de jus et de goût.
Le raisin de table s'apprécie généralement d'après l'écartement des grains, leur grosseur et leurapparence dorée. 11 y a aussi des raisins noirs dont la peau est plus mince et dont les grains ont une grosseur remarquable. Moins la couleur, on dirait des prunes de la Saint-Jean.
Comme étrangeté, mentionnons les raisinscornichons, ainsi désignés à cause delà forme très-allongée des grains. Voilà, selon moi, de la civilisation à rebours,
Dans les raisins à confire, nous remarquons des grenaches de toute provenance.
Mais il faut une intervention très-active du soleil pour donner au raisin cette consistance charnue qui le rend précisément propre à confire. Il faut que le raisin disposé au séchage n'ait pas de tendance à moisir, et pour cela qu'il soit parfaitement mûri. Les raisins à grains menus comme des baies, tels que les raisins de Corinthe, sont les plus aptes au séchage.
La pêche dispute vainement au raisin la royauté des fruits. D'abord la pêche ne se conserve pas, il faut la manger dans la saison ; et les fruits tardifs que donne le pêcher perdent leur saveur. De plus, la pêche est pauvre d'espèces. C'est tout au plus si on trouverait trois variétés: la pêche fondante de Montreuil, la pêche à chair adhérente du Midi, Pau, Cazèrea et Cavaiihon, et la pêche plus tardive, qu'on nomme pèche de vigne.
La pêche est un fruit de gourmet, qui ne serajamais vulgarisable.
La royauté serait bien mieux disputée au raisin par la poire que par la pêche.
Parlez-moi du poirier, dont le bois est si affectionné des sculpteurs. Ce premier avantage qu'il aurait sur la vigne, est bien compensé par les sarments que celle-ci prodigue à l'âtre du vigneron. La poire est presque aussi riche en variétés excellentes que le raisin.
Elle est fermoiilescible comme lui; et, sous le pressoir, elle fait une boioson suffisamment alcoolique, qu'on nommé poiré ou cidre doux, bien préférable à l'antique hydromel. Les poires à cidre de Bretagne sont particulièrement remarquables : c'est, d'ailleurs, une espèce qui rend beaucoup.
Les poires de table peuvent se diviser en deux genres, les poires de saison et les poires de conserve, quoique les poires de saison se conservent aussi dans un fruitier bien entretenu. Dans cette variété dugônre, nous avons lacreaanequi semble se fondre dans la bouche, comme une glace, et qui par sa forme ronde, avec sa longue queue, présente l'aspect de C:S amphores étrusques, à large panse et à long cou: le doyenné, la louisebonne, plus allongée, toui les beurrés dont la pelure sèche invite la dent ou le couteau d'argent; la poire anghiise, qui est une réduction trè^-réussie des beurrés gris; la duchesse, poire royale; le bon chrétien, poire monacale, dont l'espèce précieuse s'est conservée dans un cloître d'Auch ; des pépins presque imparceptibles la caractérisent.
Nous n'en finirions pas si nous voulions dénombrer toutes les espèces.
Les poires d'hiver ou de conserve sont généralement destinées à la cuisson. Dans catle variété, Angers a produit un monstre véritable de grosseur, la belle angevine. Cette poire se pèse par kilogrammes. La chair en est presque ligneuse: cuite, elle vaut mieux. Son principal emploi est tout d'ajjparence : on s'en sert comme couronnementd'une corbeille de fruits de table.
La pomme est moins riche de variétés que la poire. Les pommes de table sont peu nombreuses, et peuvent se réduire à deux genres principaux, la calville et la rainette. Ici, le progrès de la culture consiste, non pas à multiplier les variétés, mais à développer la grosseur du fruit en conservant ses qualités, ni plus ni moins que ce qu'on fait pour les asperges. Les résultats obtenus sont remarquables : la Belgique et la Prusse se sont particulièrement distinguées sur ce point
Quant aux espèces rustiques, dites pommes à cidre, l'art des vergers les dédaigne, quoique les jardiniers belges cherchent à les civiliser.
Il est juste de nommer les principaux exposants de cette admirable collection de fruits; ce sont, à côté des sociétés horticoles de Prusse et de Belgique, les sociétés françaises de Paris, de Marseille, Nantes et Angers, (;lermont, Orléans, Dijon, Melun, Metz, Beaune, etc., et des cultivateurs qui font une véritable science de leur industrie, tels que MM. Desaine, Cochet, Jamin, Maudhuit et autres, sans oublier M. André Leroy, d'Angers, et MM. Baltet frères, de Troyes.
Je ne puis pas aller sur les brisées de Delille, ni de Gœ.he et de Georges Sand, pour vous décrire la poésie deïi vergers. Je ne sais d.'.ns quel roman de Georges Sand, la Coiii-
lesse (le. lludolsladl, je crois, se trouve un cha' pitre intitulé : Le Varrjer du chanoine. Je le recommande à nos lecteurs comme un chefd'œuvre : après l'avoir lu, ils comprendront mieux la poésie de l'exposition du Jardin réservé, dont je viens de parler, comme d'une merveille.
Rien n'y manque, pas même ces dernières fleurs d'autoflme qui ont tant d'éclat et si peu de parfum. Helas! ce sont des Heurs coupées; mais il y a un pjtit buisson de roses en pleine terre qui semble, dans sa beauté déjà souffrante, demander grâce au .31 octobre.
Fil. Dlcuikc.
La rue d'Autriche.
Quand on pénètre dans la rue d'Autriche, par le Jardin central, on se trouve tout d'abord en présence d'uneœuvre remarquable qui occupe le centre du vestibule qui sépare les salles du Musée rétrospectif consacrées àl'Aulriche. C'est une statue personnifiant la Guerre. Le casque, le glaive, le bouclier, tous les attributs obligés sont à peine nécessaires. L'attitude du corps, le port de la tête, l'énergie du visage indiquent suffisamment le caractère de ce personnage allégorique. Cette statue, bien connue des visiteurs du Champ de Mars est l'œuvre d'un membre de l'Académie des beau.x-arts de Vienne, M. F'rançois Melnitzky, un artiste dont le nom est populaire en Autriche.
Je laisse de côté la galerie de l'Histoire du travail, où se trouvent les vases hongrois dont j'ai déjà parlé ici, et je traverse le Salon autrichien dont plusieurs de mes collaborateurs vous ont déjà entretenus. Si je ne craignais d'être accusé d'usurpation, je vous recommanderais une belle page d'histoire : La Diite à Varsovie, en 1773, de M." Jean Matejiko, et un tableau de genre, d'une finesse et d'une fraîcheur charmantes, La Nuit et le Matin, de M. Schdn.
Je ne parle pas, je n'en ai pas le droit, d'un poème au fusain, de M. Grottger, « La Guerre, » treize compositions d'une vigueur peu commune. Mais jetez un coup d'œil sur ces pages philosophiques, et dites si vous connaissez une plus éloquente protestation contre les préjugés belliqueux.
Mais je me bâte d'entrer dans la salle suivante consacrée au matériel des Arts libéraux . Ici encore, je vais me heurter à une chasse réservée, et ne pouvant vous parler des impressions diverses , des livres qui ont été passés en revue par M. Laurent-Lapp, je vous signalerai cependant les magnifiques reliures en or, acier, ivoire, velours, etc., de Batsche.
Pour n'avoir que peu d'années d'existence, la photographie n'en a pas moins un immense
dovcloppement , giicc aux services qu elle a rendus aux arts et à l'industrie. Ede est représentée au Cliarap de iMars, pour l'Autriche seulement, par 58 exposants 1 .l'appelle votre attention sur la vitrinede MM. Verlac, Miellike et Navra. Entre autres choses, ces éditeurs exposent un album qui porte à la première paf^e: « Polonia, 1863!» Que de souvenirs douloureux dans ce tilre laconique! L'album contient la reproduction en photogiaphie de six tableaux de M. Arthur Grottger, dent je vous parlais tout à l heure, bix pages d'histoire qui racontent la terrible agonie de la Pologne. La sixième, c'est une sorte d'apothéose de la nation vaincue. Brisant la pierre de son tombeau, la Pologne s'est une dernière fois soulevée, et, réunissant pour cette lutte suprême tout ce qui lui reste d'énergie, de sang, de force, elle a vaincu son ennemie, et lient à son tour, sous ses pieds, vaincu, écrasé, le vainqueur de la veille. C'est une consolation et une espérance !
Dans la même salle, viennent se grouper les instruments destinés à l'étude ou à l'application des sciences. M. Voigtlander, de Vienne, expose de remarquables appareils pour optique et pour photographie. Une croix fort enviée manque au médaillon fort riche déjà de M. Voigtlander. 6 médailles d'or et d'argent et 7 décorations constituent an assez joli bagage, mais tout cela n'esl-il pas la monnaie delà Légion d'honneur?
On a relégué derrière une vitrine occupée pardes reliures les préparations anatomiques. Ces pièces intéressantes pour les médecins ont, grâce à leur perfection, un aspect peu attrayant pour le public. J'approuve donc parfaitement la mesure qui, sans les cacher précisément, ne les expose pas brutalement aux regards des visiteurs, et cela d'autant plus que les intéressés sauront bien trouver l'exposilion de M. Hyrtl, leTalrich de Vienne, qui a obleeu une médaille d'or pour ses pièces anatomiques et ses imitations des organes humains.
Je ne veux pas quitter cette salle sans appeler votre attention sur la bel e étagère de M. Maurice Fischer, de Herend (Hongrie), qui se dresse au centre de la salle. Sa place serait plutôt dans le groupe III, le mobilier; mais ces faïences peintes, ces porcelaines délicates, ces charmantes figurines qui imitent le vieux Saxe, ces potiches qui rappellent, par leur l'orme et leurs couleurs, les créations si rec erchées de la Chine et du Japon, tout cet ensemble d'objets élégants et gracieux r.'pose le regard et égayé cette salle un peu sévère, où l'œil passe des instrunieols de précision aux instruments de chirurgie.
J'ai admiré sur l é agère de M. Fischer une coupe avec soucoupe en porcelaine, ap partenanl à l'impératrice d'Autriche. Les plus beaux modèles de Saxe et de Sèvres n'ont pas de peintures plus fines et plus délicates.
Dans la s^lle suivante, je rencontre dx^, nouveau les éditeurs d'ouvrages de luxe, de gravures sur bois et sur acier, d'estampes, de musique, etc. Je vous engage à feuilleter lesalbumsexposés parM. Paterne, devienne.
A côté des beaux livres, les papiers de luxe et les reliures artistiques. Tout cela se tient évidemment. A côté des reliures en marqueterie, en mosa'ique, de M. Tbeyer, de Vienne, à côlé des mille objets de fantaisie qui ornent et encombcent surtout le bureau des personnes qui n'écrivent pas, vous trouverez des peaux de vélin d'une finesse et d'une égalité remarquables. Les éditeurs annoncent souvent une édition de luxe imprimée sur vélin. Ne vous y trompez pas. C'est tout bonnement un très-beau papier qui imite la blancheur et le satiné du vélin. Ce que je vous montre, au contraire, c'est une véritable peau de veau, réduite à l'épaisseur d'un fort papier, et qui possède une souplesse, un velouté, une blancheur, que la fabrication n'imite que de loin. C'est sur ce vélin que MM. Marne, de Tours, ont tiré quelques exemplaires de grand luxe. Mais quand vous saurez qu'une feuille de vélin sans défaut vaut environ 14 francs, je n'aurai pas besoin d'ajouter que cette espèce de parcheminerie ne s'em|.|oie pas, en général, pour les éditions populaires. En face des éditeurs, des relieurs et des papetiers, les fabricants d'écume de mer ont élevé de hautes vitrines où ils ont entassé toutes les fantaisies des sculpteurs de Vienne. Vous avez vu, dans la galerie des machines, travailler l'écume de mer. Malgré cette initiation aux procédés qu'emploient ces fabricants, vous aurez peine à comprendre comment des doigts humains ont pu créer ces objets si fragiles, si délicats, si finement sculpiés, si hardiment fouillés. Cette industrie compte à Vienne plusieurs établissements importants, parmi lesquels je citerai les maisons Eyer, Friedrich, Roch et Cie, Hiess, Beisiegel et Hess, devienne, etc.; — à côté des pipes en écume, vous trouverez la vitrine de M. Meyer, qui expose divers objets en ambre travaillé et sculpté avec beaucoup de goût.
Le fond de la salle est occupé par les merveilles de la pristalleiie et de la verrerie de Bohème. 11 me tulfit de vous indiquer parmi les exposants, MM. Wilhelm Hofmann, de Prague, dont les verres colorés et les cristaux fins, soutiennent la vieille réputation delà Bohême, et M. Adolphe Meyer, dont les grandes pièces de cristallerie ont été récompensées d'une médaille d'or. M. Henri Ulrich lutte pour enlever à la Bohême son quasimonopole. L'exposition de ce fabricant renferme de jolis services de table, d'un bon modèle et d'une exécution assez bonne. Le jury a reconnu ses efforts et lui a donné une médaille de bronze.
Ai-je besoin de vous signaler l'exposition de M. Auguste Klein, de vous parler de l'élégante élagère qui occupe le centre de cette
salle? Quelle visiteuse no s'est pas arrêtée devant ce monde de bibelols élégants, ces myriades d'objets de fantaisie dontParis avait autrefois le monopole, et que M. Klein a, pour ainsi dire, acclimatés à Vienne. Il y a de tout dans cette vitrine, de la maroquinerie, de la marqueterie, des sculptures, des gravures, des ciselures, des cristaux, des porcelaines, des émaux, etc. L'or, l'ivoire, la nacre, l'écaillé, les bois précieux, le bronze, tout est employé, tout se transforme sous des mains habiles, tout vient apporter son tribut à cette industrieélégantedont Mombro, Barbedienne, Talian, sont les maîtres. Au reste, M. Klein nesemble pas craindre la lutte. C'est à Paris, en plein boulevard des Italiens, qu'il vient faire concurrence à ses rivaux français. Et, je dois l'avouer, le public a jusqu'à présent accueilli très-favorablement son audace.
11 faut quitter la rue d'Autriche et pénétrer dans les salles voisines pour voir les grands meubles, les étoffes, les vêtements autrichiens. Je me borne à indiquer cette exposition, qui est très-complète et très-riche et qui donne une haute idée de l'industrie viennoise. La rue d'Autriche ne contient que les accessoires du vêlement, ai je puis m'exprimer ainsi, c'est-à-dire la chapellerie, la ganterie, les chaussures fines, les cravates, la lingerie de corps, etc. Toutes ces vitrines se distinguent par une élégance, une science des dispositions, un tact, un goût, qui révèlent la grande capitale. On sait, du reste, que Vienne eît la ville d'Europe qui rappelle le plus fidèlement le côté élégant de la vie parisienne.
Au milieu des vitrines consacrées à toutes les créations de la mode, s'élève un pavillon où sont réunis les échantillons d'une des richesses minérales du pays. Je veux parler des opales et des grenats. Vous serez peutêtre surpris de voir des grenats, exposés par. MM. Sclilechta et Cie. atteindre le prix de 8 et 10000 francs. Mais dans le compartiment voisin, vous trouverez les opales de iMme Emilie Goldschmidt, dont la valeur s'élève à 50, 60 et 75 000 francs. Dans un compartiment des mêmes pavillons, MM. Brex et Anders exposent, parmi quelques objets d'orfèvrerie remarquables, un ostensoir d'un style excellent, dontl'ornementation est Irèi-sobre, etqui mérite la médaille de bronze qui a été décernée à ces exposants.
Ce n'est qu'en passant rapidement (car ici encore je serais exposé à prendre les pommes du misin), que je vous indiquerai la dernière salle où l'industrie métallurgique expose le résultat deses travaux, de ses efforts, en face des échantillons envoyés par .toutes les mines d'Autriche. D'un côlé, les richesses naturelles, que Fexploilalion rend chaque jour plus abondantes, de l'autre, ces mêmes produits, mais travaillés, transformés, rendus utiles et d'une applicat'on facile. Marienthal envoie ses ardoises qui ont obtenu une médaille d'argent, et voici que l'industrie de
luxe s'en empare et nous donne de charmants albums de notes élégamment réliés, où le vélin est remplacé par de minces l'euiiles d'ardoises.
Un pas encore, et nous allons trouver dans la galerie des machines l'emploi de ces métaux que la Hongrie, la Boliême, la Slavonie, la Gallicie commencent à fournir avec abondance. C'est àM. Charles Boissay qu'il appartient de vous en parler. Je dois me borner à vous montrer, avant de sortir, de charmantes boiseries pour portes d'appartements, pour fenêtres et pour portes-fenêtres. Etmaintenant, nous voici hors du Palais; je ne vous
quitte pas encore, cependant. Aoici, sous le promenoir, la brasserie
Fanta, où. vous pourrez,
tout en vous reposant de
votrevoyage en Autriche,
entendre les musiciens
de Bohême jouer leurs
airs nationaux. C'est une
des plus charmantes dis-
tractions que vous puissiez trouver au Champ
de Mars. Si vous préférez
le grand air, voici à
quelques pas , dans le
Parc, la brasserie Dreber
où voua trouverez huit
tableaux qu'un anonyme
a consacrés à la représentation des costumes
si pittoresques de l'empire d'Autriche.
A'iCTOli ("dSSK.
VJi
Les Petits métiers.