‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 8 sur 134 · STATUE EN MARBRE DE · texte numérisé non relu

STATUE EN MARBRE DE

. TAHTARDINI.

.Uachkir, cheval truite, dont le nom se conid avec celui de sa race même : un peu nmuns de forme, mais d'un bon marché rême, ces chevaux , pleins de vigueur, Ident de grands services dans tout l'intéur .du pays, et l'on a eu mille fois raison mous les faire connaître; ponetz, cheval noir cosaque, originaire des es du Don. Les chevaux du Don dont l'oine est attribuée au croisement des chevaux 'jgènes avec leurs voisins, les lartares , nagaiss, les turcs et les eircassiens, ont I réputation de courage et de vigueur les a rendus célèbres dans le monde er.

liions encore, ou terminer, A'a4ar(Zi«e/i, .val du Caucase, appartenant à la race arda, que l'on emploie de préférence pour ervice de la cavalerie irrégulière; han, bel étalon, sous robe alezan doré, artenant à la race Karabagh, formé du iisement de la race indigèue avec le pur ç de l'Arabie, de la Turquie et de la le.

a Russie, qui nous envoie ces bons spéens de ses races hippiques, renferme en- ■i! '20370 000 chevaux, ainsi répartis sur limmense territoire:

ans les gouvernements de la Grandeisie, 10 500000; en Pologne, 61 2 500; en lande, 256 500.

l'on était tenté de nous reprocher une isitéqui n'est point dans nos habitudes, soudrait bien nous excuser peut-être, eu Id à l'importance de ce sujet qui nous est Hier et cher.

Louis Énaui.t.

Il y aurait un curieux et intéressant chapitre de morale et do psychologie à écrire sur ce sujet: Kst-il coiivenabk qu'une femme lise?... »

Ce chapitre, qui serait digne de la plume de la Bruyère ou de la Rochefoucault, je me borne à l'indiquer ici et je ne fais que poser le problème.

La lecture, on l'a dit cent fois, est utile et salutaire. Elle développe l'esprit, elle élève le cœur, elle nourrit l'âme et le cœur des meilleures et des plus saines doctrines de la sagesse et de l'expérience.

Voilà qui est bien, mais il y a réponse à tout, et on a répété cent fois aussi que la lecture, surtout quand elle est devenue, comme cela arrive pour certaines personnes, une véritable passion, est pleine de dangers el d'écueils, et qu'on ne saurait calculer ses ravages dans les âmes et dans les intelligences.

Bref, je serais volontiers sur ce point un éclectique et, sans vouloir trop encourager la rage et la frénésie des livres, quoi qu'ils disent et quoi qu'ils enseignent, je ne cache rai pas que je penche très-fort du côté des dames qui aiment et pratiquent la lecture.

D'ailleurs, c'est là un goût qui me semble noble et distingué, et, dans ce va-et-vient des occupations quotidiennes, après tant de visites de braves gens qu'on écoule sans les entendre et qui parlent pour ne rien dire, il est si doux de reposer ses yeux et de se sentir revivre à travers les pages d'un écrivain quelconque, romancier, historien, philosophe ou poêle, qui pense de belles choses et qui les dit en beau langage !

Mais, m'objecte un voisin, de lire beaucoup, pour les femmes, à écrire beaucoup il n'y a pas loin, et le bas-bleu va percer d'un jour à l'autre sous cette kctriee acharnée.

Hélas ! ce serait là un grand malheur; car, à moins d'un talent bien rare, le bas-bleu me paraît la femme déchue et tombée dans son écritoire, où se barbouillent vilainement toutes ses beautés, toutes ses fraîcheurs toutes ses grâces ; mais combien de femmes nous récitent d'une voix aussi douce qu'émue les stances de Lamartine et de Victor Hugo, qui ne sauront jamais accoupler deux rimes!

En Orient, les femmes ne lisent point.

AccroupieS'Surdes coussins moelleux, préoccupées seulement des soins de leur parure, et de colifichets et de commérages, et de riens, elles bâillent leur pauvre et triste vie, L'Espagne ressemble à l'Orient. Les femmes n'y travaillent guère, et le plus grand nombre ou ne sait pas lire ou n'aime pas à lire. Elles jouent de l'éventail à l'église en

chuchotant quelque prière banale et convenue, elles jouent de l'éventail derrière les glaces du mirador et regardent dans la rue ou causent entre elles de leurs novios et de leurs fiancés.

En Angleterre, en France et même en Italie, les femmes, plus mêlées à la société, a la vie commune, s'intéressent à la littérature et aux arts. Elles ont des intelligences faciles à ces impressions d'un ordre élevé, où le sentiment et l'amour ont de même assez leur place et leur pan pour que les cœurs v trouvent leur satisfaction.

C'est pourquoi en Angleterre, en Italie, en France, les romans de toute espèce, les contes variés, joyeux ou sévères, mille poèmes tendres ou badins ont fleuri à qui mieux mieux, et, de siècle en siècle, se sont succédé en se rajeunissant suivant la vogue, le caprice ou les mo'urs

^ Est-il dans notre capitale un boudoir où l'on ne rencontre pas quelque livre sur l'élégante étagère ? — Prenez-y garde, mesdames : j ces livres sont des témoins de vos pensées, de vos vœux, de vos rêves, et celui qui en voit seulement le titre: VImilation de Jésiis- Clirist ou Manon Leseavt, Sibylle ou Fanny, les Contes de Charles Nodier ou les Nouvelles d'Alfred de Musset, vous jugera aisément et surk vif.

Or ce long préambule nous amène, parmi les galeries de 1 Exposition, jusqu'à une délicieuse statue en marbre blanc d'un artiste milanais, IVI. 'J'antardini.

Arrêtons-nous bien vite, et regardons lentement, à loisir, cette fine et charmante jeune fille, toute délicate, toute frêle, toute pure, observée entre les plus belles et interprétée selon les plus suaves et les plus dél'icales touches du ciseau.

Décidément, l'art de la statuaire chez les Italiens est au niveau de tout ce qu'on a le droit d'attendre d'un peuple si bien doué et d'habitude si bien Jnspiré pour tous les arts.

La jeune fille, en robe de satin, légèrement entr'ouverte sur la poitrine où l'on voit pendue une image pieuse, la jeune fille marche devant elle d'un pas absorbé mais plein de grâce.

Ses longs cheveux sont rattachés à la nuque par grands bandeaux. Son doux visage aminci, et, quelque peu fluet, avec cette maigreur particulière qui n'a rien de la maladie, mais qui précède la floraison de la beault chez les fillettes de quinze à dix-huit ans, son doux visage est plein de recueillement et de rêverie.

Ses paupières, frangées de cils soyeux, sont abaissées, et ses yeux se fixent avec ardeur sur les pages du livre qu'elle tient ouvert devant elle.

Les bras, les pieds, les mains, rien d'elle qui ne participe, en quelque sorte, de sou attention fervente, et les pieds, les mains, les bras sont d un modelé irréprochable. Cette

enfant est de race illustre: des pieds à la tête et du visasse à l'âme, elle est toute belle.

Une jeune ûUe qui lit, une lectrice, la kggitrice, comme porte le catalogue,... voilà ce qu'a voulu nous représenter l'artiste. Certes, le sujet paraît étroit dès l'abord, et qui n'a point vu l'œuvre de M. Tantardini jugera qu'elle doit être d'un efl'et médiocre; eli bien, ce sujet, cette œuvre, traitée avec talent, est, je vous assure, d'un sentiment profond et qui n'échappe qu'à ces spectateurs qui ont pour coutume de laisser tout échapper.

La leggilrice m'a rappelé à moi l'éloquent épisode de Françoise de Rimini dans le Dante, quand la noble et douloureuse amante s'écrie :

Noi leggevaramo un gioiiio, per diletlo, Di Laacilollo, coiiie Amor lo striuse....

Ainsi devait être vraiment Françoise de Rimini, levée de bonne heure et plongée déjà des yeux et du cœur dans la douce histoire de Lancelol, pensive, un peu triste, et palpitant déjà en songeant à l'arrivée prochaine de Paolo, l'ami aussi des tendres lectures à deux, de ces entretiens où ceux qui auraient trop à se dire se comprennent et se répondent sans se parler.

Mais la Lectrice de M. Tantardini n'est point, j imagine, la Françoise de Rimini du Dante. Elle est trop jeune pour cela et trop ignorante encore. C'est peut-être une blonde et frêle Anglaise, lisant XElaine de Tennyson ou une de ces gracieuses enfants, comme nous en avons eoCvOre à Paris, grâce au ciel, qui f-e laissent ravir aux Feuilles d'automne de Victor Hugo. Je ne sais pas. Toutes les beautés décentes se ressemblent. Riais ce que je peux bien allirmer, c'est que ce livre ouvert, aux pages blanches qui se prêtent à mainte interprétation, n'est qu'un livre aimable et pur aux mains d'une céleste créature. Elle est sereine, elle est calme, et, on le voità son frontet à son maintien, elle ne connaîtencoro de la vie que toutes les innocences et toutes les candeurs.

OcTAvii Lacroix.

relais qu'ils avaient établis sur les routes principales.

Ce moyen le voici :

Les courriers ou coureurs, comme on voudra les appeler, car le service se faisait à pied, partaient au trot emportant sur leaT dos non-seulement les dépêches, mais encore l'homme qui devait les accompagner depuis le point de départ jusqu'à leur destination. Or, ahn de ne pas perdre une seule minute, le coureur était pourvu de grelots qui, se faisantentendreau loin, permettaient au coureur de rclai de se préparer et dose tenir sur la

Le Train-poste anglais.

J'ai la quelque part qu'autrefois les Péruviens usaient d'un moyen très-ingénieux pour échanger les dépêches de la poste aux divers

Lk LECTRICE, statue de M. Tantardini.

route. Quand son camarade arrivait auprès de lui, le nouveau coureur se baissait un peu et l'ancien, avec une adresse, une agilité singulière, jetait d'un mouvementd'épaules le sac â dépêches et celui qui le portait sur le dos du coureur de relai, qui parlait aussitôt.

Évidemment ce moyen d'échanger promptement les dépêches avec l'homme de la poste était ingénieux; mais tout a progressé depuis, le Pérou lui-même, et je doute fort que ce système soit très en faveur aujourd'hui à la direction générale des postes péruviennes.

Celui dont l'oliice postal de la Grande-Bretagne se sert depuis très-peu de temps me parait beaucoup plus en rapport avec les besoins de notre civilisation et les immenses

développements de nos relations par correspondance.

Ce système en usage sur les chemins de fer anglais est destiné à opérer l'échange de sacs de la poste à toutes les stations que les express franchissent sans arrêt.

Quelques explications me paraissent nécessaires ici pour bien faire connaître l'utilité de l'appareil que nous allons décrire.

On sait que le service des postes sur lef chemins de fer se tait dans des A\ agons beau, coup plus grands que les wagons ordinaires et que l'on nomme bureaux ambulants. Cei bureaux , comme ceux dei villes, reçoivent des lettres, et opèrent le tri, le classemen' et l'échange.

Les lettres, renfermées dam des sacs de cuir ficelés et cachetés du sceau de la poste sont prises ou laissées à toutes' les gares. C'est ainsi qu'un train qui ferait le service de Bordeaux à Paris prendrait à Angoulême, Poitiers, Tours, Orléans, etc., les lettres provenant de ces villes pour les autres villes de la même ligne, et laisserait à Angoulême, Poitiers, Tours, Orléans, etc., les lettres recueillies sur la route et destinées à chacune de ces villes.

Mais pour que le service des postes soit plus prompt, on ne place guère de bureaux ambulants que dans les trains express. Or nul n'ignore que les trains express ne s'arrêtent jamais qu'auxstations les plus importantes et qu'ils passent à toute vapeur dans les stations secondaires.

Si cette organisation favorise les grandes cités eu leur apportant les correspondances avec plus de rapidité, elle esl préjudiciable aux intérêts des petites villes, en retardantl'ar rivée des dépêches. Puisque 1( train-poste ou express ne dessert pas les petites stations, il faut que le wagon ambulan laisse les lettres pour celles-ci aux gareê im portantes, et par conséquent il faut aller ei voiture les retirer et les conduire dans la pe tite ville après un trajet de deux , trois oi quatre heures.

C'est pour supprimer ce trajet et desservi les petites villes comme les grandes, qucl'ap pareil à échanger les dépêches a ete créé.

Il consiste en une lige de fonte de la liau teur d'un train ordinaire.

On peut atteindre au sommet de cette tig par une échelle pratiquée auprès de la tige au sommet est fixée une branche de fer hori zontale munie d'un appareil de suspension qi

'jffit à retenir des poids d'un certain calibre aele moindre choc doit en détacher avec la Jus grande facilité.

La tige, dans les stations où l'e.^press ne arrête pas, e.st érigée sur le bord de la voie, à lortée du wagon-poste ambulant. Celui-ci est ,3urvu sur l'un de ses côtés d'un solide iilet armonté d'un réseau de cordes.

Avant le passage du train on a suspendu le ic de la poste contenant les lettres partant 3 la petite ville à la branche horizontale de appareil. Le train arrive à toute vapeur, les Drdes du réseau touchent le sac, qui se détale sans plus d'elTort qu'une téuille nioi'te

sous le soutle des vents et qui lonibe aussiti)t dans le filet du wagon.

La dépêche de l'ambulant pour la petite ville est laissée instantanément par un mécanisme semblable. Le sac suspendu au wagonposte est enlevé par un filet placé surla voie. Ainsi s'opère l'échange en un clin d'œil et sans le moindre inconvénient.

On peut voir à l'Exposition universelle un modèle réduit de celle ingénieuse machine, elle fonctionne tous les soirs sous les yeux des visiteurs qui peuvent en même temps se rendre compte de la disposition des bureaux ambulants de l'office despostesbrilanniques.

Ces bureaux dilVèrent des nôtres en ceci : les bureaux français sont pourvus de casiers sur leurs quatre côtés, tandis que les casiers du tri n'occupent qu'wne seule face des wagons anglais. Est-ce mieux? Je l'ignore. En tout cas un seul bureau suffit à chaque express en France, tandis qu'en Angleterre Un bureau ambulant se compose de trois énormes voitures; si le service est chez nous un peu gêné, je crains que chez nos voisins la poste ne se gêne pas assez avec les Compagnies de chemins de fer en leur imposant trois lourdes voitures au lieu d'une qui pourrait suffire.

Puisque nous parlons de la poste anglaise,

LK 'l'KAIN-POSTK A.NGL.AIS. — Dessin de M. liait Jl ju.

oiJtons qu'elle avoulu sans doute permettre jx employés des postes de toutes les naons d'étudier son mécanisme jusque dans !S détails d'aménagement. A côté de l'appaîil à échanger les dépêches, nous voyons des lodèles de casiers, de fables dê tri, de guilets; des réductions de malles et de paque- Dts; des boîtes aux lettres, des sacs à dépêles, des timbres, desmachines oblitérantes, es registres, enfin descoslumesde courriers, e chargeurs et de facteurs. Celte exhibition, ■ès-intéressanle pour les agents des postes, ne mrail ofl'rir un bien grand intérêt au public, ir l'usage et l'expérience peuvent seuls faire oprécier les avantages ou les inconvénients es objets exposés.

P.^t'L Bellet.

Les Arabes

ou LES AÏSSA0U.\ AU THEATRE INTERNATIONAL.

Les jongleries algériennes, dont le théâtre international donne une exhibition aux Parisiens étonnés, passent dans le monde musulman du nord de l'Afrique pour de véritables miracles, et, par privilège spécial du prophète Mohammed — que la bénédiction de Dieu soit sur lui ! — ces miracles ne peuvent être accomplis que par les membres de la confrérie religieuse des .Aïssaoua, très-répandue aujourd'hui au Maroc, en Algérie et en Tunisie.

Cette confrérie fut fondée, il y a trois siècles environ, sous le règne de l'empereur Monley-Ismaël, par un pauvre marabout du nom de Mahmmed-ben-Aïssa, originaire de Mekinez, l'une des trois villes capitales de l'empire du .Maroc.

Ce marabout avait une foi inébranlable dans la toute-puissance de la miséricorde divine: aussi s'en rapportait-il exclusivement à elle pour assurer son existence et celle de sa famille, et, s'il faut en croire la tradition, sa confiance ne fut jamais trompée. Dans les circonstances les plus critiques, un miracle s'opérait à la demande du saint homme.

A la suite d'un de ces miracles, dans la nuit, le prophète Mohammed apparut au marabout et lui enjoignit, par ordre du Tout- Puissant, défaire des prosélytes, de les con-

stituer en confrérie, lui promettant dp, continuera ses disciples, jusqu'à la fin des siècles, la protection toute spéciale dont il avait entouré son serviteur Aissa.

En noire langue, /lissa doitêtre traduit par le mot Jésus. Aïssaoïia, qui est le nom des disciples, correspond littéralement à celui de jésttifi's.

Ainsi qu'il arrivesouvent aux saints doués du don des miracles, Sidi-Aïssa en abusa, à ce qu'il paraît, pour faire échec au pouvoir de l'empereur Mouley-lsmaël ; aussi ce souverain ne l'aimait-il pas et cherchait-il par tous les moyens à sa disposition à éloigner un voisin aussi incommode. Mais que faire contre un marabout aux ordres duquel Allah lui-même obéissait?

Cependant Aïssa n'était qu'un homme, et, comme tous les hommes, il vint à mourir. L'empereur le laissa enterrer avec la plus grande pompe dans la mosquée d'El-Hameria, construite par le marabout lui-même, et où il repose encore aujourd'hui; mais, la cérémoniedes funérailles terminée, leprince voulut profiter de la réunion des disciples pour en finir d'un seul coup avec leurs menées et leurs agitations. A cet effet, il avait fait creuser en terre une immense fosse, qu'il remplit de serpents, de vipères, de scorpions, d'aliinents empoisonnés, de bêtes féroces, de barres de fer rouge, de lames et de pointes de fer tranchantes, en un mot de tout ce qu'il jugea de plus propre à faire périr tous ceux qui seraient jetés dans cet arsenal de tous les maléfices du diable. Ismaél se flattait que, mort le chef de la confrérie, morte devait être aussi la puissance surnaturelle dont il avait donné jusque-là tant de témoignages éclatants.

A la nouvelle de l'épreuve que l'empereur leur réservait, les disciples eux. mêmes doutèrent de leur pouvoir et s'empressèrent de prendre la fuite dans toutes les directions. Mais, avant qu'ils fussent dispersés, une femme, du nom de Khamsia, . — qui avait été la très-humble servante du marabout défunt, — les harangua pour leur reprocher leur manque de foi et les entraîner à affronter de nouveau les machinations sataniques de Mouley-lsmaêl. «Jene suis qu'une femme leur dit-tUe en lerminant, et je vais vous donner l'exemple. »

A peine dit, Khamsia jette un regard de dédain sur la présomptueuse cour du sultan, et s'élance, échevelée et presque nue, dans la fosse qui devait, d'après les vœux de son souverain, lui servir de tombeau.

D'une main, elle a saisi le serpent réputé le plus venimeux, lui croque la tête et l'avale sans sourciller; de l'autre, elle s'est emparée d'un morceau de viande couvert de poison et le tait disparaître dans son estomac en un clin d'oeil.

A la vue de ce miracle nouveau, les Aïssaoua viennent entourer Khamsia : l'un éteint, en les léchant de sa langue, le feu des

l'ers rougis à blanc; un autre danse à pieds nus sur les lames des sabres et sur les pointes des poign'ards; un troisième se précipite sur un yatagan; tousse ruent sur les hêtes féroces, les animaux venimeux et les déchirent à belles dents; enfin, au bout de quelquesinstants,il ne reste, de tous les éléments de mort accumulés par l'empereur Mouley- Ismaél, que des Aïssaoua bien portants faisant cortège à dame Khamsia et prêts à affronter mille morts pour afffiimer leur foi.

Ce n'est pas dans un pays comme le nôtre, où personne ne croit plus aux miracles, que des jongleurs africains parviendront à convaincre, même les plus crédules, que, grâce à l'intervention du prophète Mohammed, ils soient doués d'une puissance surnaturelle; cependant, il est incontestable qu'ils croquent des scorpions ; qu'ils lèchent avec leur langue des lames de fer rougies à blanc ; qu'ils mordent dans des raquettes épineuses de cactus; il est incontestable encore que, dans les dorJeba ou saturnales de leurs fêles en Algérie, on a vu des troupes d'Aïssaoua se ruer comme des bêles affamées sur un mouton vivant, couvert de sa toison et le dévorer en entier, moins les os, comme pourraient le faire des hyènes ou des chacals, en mangeant laine, peau, chair, graisse, intestins avec tout ce qu'ils contiennent.

Comme toutes les personnes qui, en Algérie, ont eu l'occasion d'assister à la célébration des, fêtes des Aïssaoua, j'ai été profondément humilié de voir des hommes, mes semblables, faire de si grands efforts pour se rapprocher le plus possible de la brute , mais, en ma qualité de médecin observateur, j'ai voulu me rendre compte de ce qui se passait sous mes yeux.

D'abord, j'ai constaté que les soi-disant serpents venimeux, mis en scène sous le nom de Icfaa (vipères) n'étaient que d'innocentes couleuvres très-engourdies. Je demandai aux charmeurs pourquoi ils n'allaient pas exercer leur puissance magique dans les contrées du Sahara, infestées de cérastes ou vipires cornues; ils me répondirent, en véritables jongleurs, que Sidi-Aïssa ne les avait institués que pour les pays peuplés de vrais croyants, et non pour les déserts habités par des schismatiques. C'est le schisme, à ce qu'il paraît, qui produit le venin des vipères.

J'examinai ensuite les scorpions et je pus m'assurer, par l'expérience, m anima vili, qu'ils avaient perdu leur venin. Les manger était donc innocent.

Ainsi, le pouvoir de neutraliser les poisons animaux était donc réduit à zéro.

Les poisons végétaux, sem, que les Aïssacua prétendent absorber impunément, sont aussi inolfensifs que leur couleuvres. Je leur offris, pour me convaincre de leur puissance contre ces poisons, de choisir moi-même de véritables plantes vénéneuses; ils me répondirent, comme pour les cérastes du Sahara, que

Sidi-Aïssa ne leur avait assuré l'innocuité que pour les poisons contenus dans la fosse de Mouley-lsmaêl, c'est à dire seulement pour ceux fournis par les plantes du territoire de Mekinez, dont la flore n'a encore été explorée par aucun botaniste européen, et qui ne le sera pas de longtemps, après les dangers que M. Balança vient de courir dans l'Atlas.

Leur pouvoir sur les animaux féroces est à peu près de même nature. Le lion, le roi des animaux, a le privilège d'être préféré pour les démonstrations en public. Souvent, dans les villes algériennes et sur les marchés arabes, on voit des indigènes promener un lion, au son du tambour, entre deux rangs de bannières aux armes de Sidi-Aïssa. Le cortège est toujours composé de manière à appeler l'attention ; mais le lion, le héros de la parade, n'est qu'une rosse qui lient à peine sur ses quatre pattes, qui veut toujours se coucher pour dormir et qu'on assomme à grands coups de bâton et grand renfort d'injures pour le faire marcher, bien lentement, bien lourdement. Pauvre roi des forêts : Quantum mutalus ab illo !

Reste le fer et le feu.

Je vais expliquer le miracle.

On pourra se convaincre au théâtre chinois et dans les baraques de nos saltimbanques de foires qu'il n'est pas nécessaire d'être membre de la célèbre confrérie des Aïssaoua pour avaler des sabres ou se passer des yatagans à travers le corps; le procédé en usage est le même dans tous les cas : une illusion.

Pour le feu, c'est autre chose. On sent la chaleur des plaques rouges et l'odorat ne tarde pas à avertir le spectateur qu'un parfum de chair ou de corne brûlées s'est répandu dans la salle. Uy a donc brûlure, mais brûlure sans douleur.

Ordinairement c'est, ou la langue, ou la plante des pieds, qui est soumise à cette épreuve.

La langue, qu'on me pardonne ces détails, est un corps charnu muni d'une membrane muqueuse et de papilles très-peu sensibles, et qui peuvent devenir presque insensibles par l'habitude de certaines pratiques. La langue de l'âne n'est jamais blessée par les piquants du chardon, et celle du chameau affronte les épines les plus ligneuses. De même, la langue des Aïssaoua s'habitue à lécher impunément des plaques de fer rouge.

Chacun sait que, pour bien ferrer un cheval, on applique le fer à chaud, afin que la corne prenne bien l'empreinte du fer. Il y a brûlure, mais comme la corne est insensible, le cheval ne témoigne aucune douleur. C'est parce que les Aïssaoua ont des cornes â la plante des pieds, comme les chevaux, qu'ils peuvent marcher sans souffrance sur des plaques de fer chauffées jusqu'à l'incandescence.

Je prévois que ma théorie des cornes humaines ne sera pas acceptée sans discussion. Rien n'est plus commun cependant que

corne aux pieds, en Algérie du moins, chez ux des indigènesqui, de leur vie, n'ont porlé icune chaussure. Mais, pour attester le bien ndé de mon affirmation, je dirai que, pluleurs fois, j'ai été appelé, comme chirurgien, à '.traire des pieds de malheureux Arabes, des aques de corne pesant jusqu'à 50 grammes empêchant complètement la marche. Ces alheureux encornés comme le cheval et mme l'âne, auraient très-bien pu, avant )pération, marcher sur un plancher de tôle ugie à blanc.

Cependant, je dois le dire comme atténuajn de ce qui précède, les Aïssaoua n'ajrdent jamais leurs miraculeux exercices .ns s'y être préparés par une sorte d'ahu- Bsement et d'hébélement qui les fait ressemer plus à des animaux qu'à, des hommes, jand ils se soumettent aux épreuves réelles ai leur confèrent le titre de frère en Sidil'ssa.

Voici en quoi consistecette préparation.

Pendant des heures entières, dans une lie étroite et sans air, les frères, après ■oir invoqué l'esprit de Sidi-Aïssa, se ran- !nt en deux catégories: ceux qui doivent [traîner et ceux qui doivent être enaînés.

Les premiers, armés de cymbales en fer de tambours, rangés en cercle et accrou- -8 autour du foyer de la représentation, marient la mesure et le rhythme de l'entraîneent, en même temps qu'ils provoquent par urs cris l'exaltation des entraînés.

Les seconds, les héros de la fête, debout i milieu de l'assemblée, tournent sur euxlêmes, en marquant chaque cadence par ae inflexion du tronc sur les membres inféeurs et en proférant, du fond de leur poiine, — en vue d'imiter les hurlements :s bêtes fauves — le nom d'Allah, Allah, lah.

Bientôt entraînants et entraînés sont courts de sueur ; pour la provoquer, on ajoute iction de l'encens brûlé sur des braseros. I Bientôt encore, on ne respire plus, toutes i poitrines sont haletantes, la soif dévore 3 assistants; le moment approche où Mmme va devenir une machine inconiente, obéissant à l'ordre du tambour et de ivoix,

[Déjà quelques-uns des entraînés raleniisent leurs mouvements; les entraîneurs prépitent la mesure de la musique infernale, autres s'affaissent à bout de forces, les yeux ■irs de la tête, la voix impuissante à prorer le plus petit Allait; on les soutient et i les oblige à marquer machinalement la esure.

1 Enfin, les uns tombent, on les relève; les litres tiennent encore sur leurs jambes, parce Von les maintient, pour ainsi dire, dans la Msitionve''ticale, mais ils sont dans l'imposibllité de faire un mouvement volontaire, iors les tambours et les cymbales redouœnt leur tintamarre infernal et les voix des

entraîneurs s'en mêlent, en criant à tue-tête, mais toujours en cadence:

Oui, ce sont des Aïssaoua!

Oui, ce sont bien des Aïssaoua!

De vrais, de très- vrais Aïssaoua!

Alors on présente aux entraînés des lames de fer rouges, des scorpions, des raquettes de caclas, ils les avalent; on leur apporte des moutons en laine, en chair et en os, et ils les dévorent. Ivres de soif, de mouvement, de sons, de sons surtout, ils ne savent pas ce qu'ils font, ils ne sentent rien.

Ceux-là seuls qui ont monté à l'assaut ou ont chargé à la baïonntte, entraînés par le bruit de centaines de tambours battant le pas de charge, comprendront l'effet que deux heures de cymbales en fer et de tambours, unis aux hurlements des uns et des autres, peuvent produire sur le cer7eau de malheureux qui, en outre, y joignent l'action de la danse tournoyante, avec flexion du corps sur les jambes à chaque mouvement.

On est déjà fou et à moitié enragé rien que d'assister immobile à un pareil spectacle.

Nos mœurs ne permettaient pas de donner sur le théâtre international une représentation complète d'une dordeba d' Aïssaoua. On ne sert donc aux visiteurs de l'Exposition universelle qu'une pièce revue, corrigée et amendée déjà en Algérie pour êire acceptable par des spectateurs européens, et encore atténuée à Paris par l'introduction de danseuses mauresques.

Nous regrettons pour les indigènes de l'Algérie, et surtout pour leurs confréries religieuses, qu'elles n'aient pas à olTrir à l'admiration de l'Europe des originalités un peu plus nobles, plus humaines et pl'.'s dignes de la sympathie que nous leur témoignons; mais nous sommes très-heureux de voir que la France va enfin être éclairée sur l'état vrai de la civilisation des indigènes de l'Algérie.

Les artistes algériens du théâtre international ne sont pas que des jongleurs, comme on en voit en tout pays et appartenant à un'e classe hors cadre dans une société. Non. Les Aïssaoua sont les membres d'une confrérie r(hgieuse, organisée, hiérarchisée, possédant des mosquées, ayant des lieux de réunion, et comptant des affiliés, des frères, dans chaque ville, dans les grandes tribus. Abunodisce omnes.

Docteur A. Warnier.

L'Exposition du Ministère des Travaux publics.

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