‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 7 sur 134 · I.'KXPOSITIDN INiVEHSEM.E IIE 18(i7 I l.l.USTREli · texte numérisé non relu

I.'KXPOSITIDN INiVEHSEM.E IIE 18(i7 I l.l.USTREli

taient à l'horizon îles l'eux plus intenses, et les lentilles furent abandonnées.

Les auteurs ineonnus de cette tentative avortée avaient marché au hasard. Fresnel aperçut du premier coup où j^isait la dilTiculté. Il vit que des phares lenticulaires ne deviendraient supérieurs aux phares à réflecteurs qu'en aucinientant considérablement l'intensité de la flamme éclairante, qu'en donnant aux lentilles d'énormes dimensions qui qui semblaient dépasser tout ce qu'on- pouvait attendre d'une fabrication ordinaire. Il reconnut encore que ces lentilles dcraient avoir un foyer très-court; qu'en les exécutant suivant les formes habituelles, elles auraient nue grande épaisseur et pou de diaphanéité, que leur poids serait considérable, qu'il fati^^uerait beaucoup les rouages destinés à faire tourner tout le système, et qu'il en amènerait promptement la destruction.

Fresnel tourna toutes ces difficultés en remplaçant les lentilles ordinaires par les lenlilles â échelons; etvu l'impossiliililé de fabriquer d'épaisses masses de verres exemptes de défauts, il imagina de composer ces lentilles de petiiea pièces distinctes. Les lentilles^ à échelons avaient été proposées dans un tout autre but par lîuffon, et Condorcet avait émis l'idée de les fabriquer par pièces détachées. Ces précédents ne diminuent point le mérite de Fresnel, qui les ignorait, mais ils intéressent la gloire de la France.

Rappelons aussi que la machine à coudre est une invention française. L'inventeur ett B. l'himonnier ainé, tùlleur à Amplepuis, département du Rhône. 11 y avait bien eu avant lui quelques essais ; ils remontent même à 1804, mais des essais informes dépourvus de tout caractère pratique. C'est le 17 avril 18'jO que Thimonnier prit son premier brevet relatif à la couture mécanique. Sa machine formait un point de chaînette. Elle cousait avec un seul fil, l'aiguille était à crochet et fonctionnait verticalement. En s'abaissantelle perforait l'étoffe et allait saisir le fil au-dessous de celle-ci pour le ramener en dessus. Un point arrière se formait ii l'envers et un point de chaînette à l'endroit, comme dans la broderie au crochet. L'inventeur apporta plus tard diverses modifications à sa machine; il y a de lui des brevets aux dates suivantes: 1845, 10 juin, application du système de point de broderie au crochet à la mécanique, et par suite à la couture; 18'i5, 'il juillet, machine perfectionnée dite métier à coudre au point de chaînette; 1848, 5 août, Thimonnier et Mangi, machines a coudre et à broder, Un atelier lut organisé peu après la prise du premier brevet; c'était quelque part rue de Sèvres. Mais les mécaniques n'étaient pas alors en odeur de sainteté auprès des travailleurs. Ceux-ci s'attroupèrent et brisèrent les couseuses : Thimonnier, menacé, n'eut que le temps de s'enfuir par une fenêtre. 11 n'a tiré aucun profit de son invention ; que l'honneur du moins lui en reste I

Ses enfants ou ses petits-enfants rencontrés il y a peu d'années dans un état voisin de la misère, éveillèrent alors la sollicitude de la société d'encouragement.

Rappelons enfin, car il faut se borner, que l'organe auquel la locomotive doit sa puissance et sa vitesse, que la chaudière tubulaire •est également une invention française; l'invention de notre illustre compatriote, M. Seguin aîné, neveu des Montgo'-fier. U venait d'inventer les ponte en fil de fer et de construire le premier pont de ce genre qu'on eût vu en France et ailleurs, .celui deTournon, sur le Rhône, lequel avait coûté trois fois moins que n'eiît coûté un pont en pierre. Il était en train d'organiser sur le Rhône le premier service de bateaux à vapeur qui' ait sillonné les eaux de ce fleuve. C'est alors qu'il imagina de se servir d'une cbaudicre tubulaire. ^'erB le même temps, ayant obtenu la concession du chemin de fer de Saint-Étienne à Lyon, qui est le plus ancien de ceux que la France possède, il fit usage de ses chaudières sur cette voie alors unique. Cela se passait en 1827; il prit un brevet Tannée suivante, et ce n'est que plus d'un an et demi après (octobre 1829) que l'Angleterre fit de pareilles chaudières. Elles parurent alors au concours de locomotives sur le chemin de Liverpool à .^lanchester.

C'est de l'iiistoire de France ([ue nous faisons, il nous sera donc permis d'insister et d'invoquer le témoignage d'Arago, qui s'exprimait en ces termes le 9 mai 1838 à la tribune de la chambre des députés.

« La machinelocomotive, c'est la chaudière, — disait-il; — elle n'existe pas dans ce petit mécanisme qu'.admirent les personnes peu instruites, elle est dans le moyen prompt, efficace, d'engendrer la vapeur dont la machine a besoin pour marcher. Eh bien, c'est l'œuvre d'un ingénieur civil français, de M. Seguin, les Anglais ne peuvent le contester. Un brevet d'invention bien caractérisé, publié en France, avait devancé la machine de Stephenson. »

Mais où nous avons le dessous avec les Anglais, c'est quand sur le seuil de leur exposition de machines ils dressent cette pyramide quadrangulaire de 3", 05 de côté à la base et de 13"', 54 d'élévation, qu'on aperçoit dans notre dessin, et qui a été dressée par les soins, des commissaires de la colonie de Victoria. Cette pyramide représente le volume d'or extrait de cette colonie durant une période de quinze années (de 18,51 à 1866); la quantité du métal précieux ainsi figurée est de 36 514 361 onces ayant une valeur totale de 3 651 436100 francs. Nous n'avons rien à mettre en regard de cela, mais nous ne nous y arrêterons pas davantage, le sujet ayant été trube avec beaucoup d intérêt par M. de la Blanchère dans le n° 29 de VE.rposi- Lion Ulmirép.

En avant, de cette triomphante ;)yramide, (en avant pour qui pénètre dan; a galerie

par la porte principale) est une brave grue à vapeur de la force de six tonnes qui se van'e à bon droit d'avoir été employée du 5 févr.ier de cette année au \" avril suivant, jour de l'inauguration du Palais, au déchargement des colis des machines destinées à la section anglaise de l'Exposition, travail qui fut accompli sans le plus petit accident et que la même grue se promet de recommencer quand sera venu le moment de cet immense déménagement.

Sur un des côtés du même monument, nous avons un très-joli modèle des belles et puissantes dragues à vapeur construites par MM. Thomas Wingate et Cie. Les dimensions, non du modèle, mais de la drague sont en mesures anglaises; longueur 158 pieds; laideur 39 pieds; profondeur 1 1 pieHs 6 pouc-s. La force est de 50 chevaux. Elle extrait 1000 tonnes par heure d'une profondeur de 50 pieds.

De l'autre côté de la pyramide sont les pompes renommées de Merryweather et fils, bientôt suivies de la chaîne pompe Bastier auxquelles succèdent les pompes centrifuges d'Owens et Cie, celles de Wiliiamsons frères, celles de Gwynne, etc., etc.; trois lignes d'f( aetera; car, en Angleterre comme en France, le perfectionnement des pompes ne cesse pas de former l'objectif des chercheur.^. Rien ne paraîtra plus simple si l'on considère le rôle immense que l'eau joue dans notre existence, et la nécesçité où nous sommes presque toujours, pour la faire servir à nos desseine, de l'élever au-dessus du niveau où elle se présente à nous. Un technologiste distingué disait qu'il n'y a guère d'homme familitr avec l'invention, qui n'ait ten é, au moins une fois en sa vie, de dpter ses contemporains d'une lampe, supérieure par quelque côté, à toutes les lampes communes; on peut dire, avec la même vérité, qu'il n'est pas d'inventeur qui n'ait caressé le rêve d'une pompe sans défauts. D'ailleurs, nulle annonce n'a, plus que celle de l'invention d'une pompe, le don de mettre en éveil l'attention d'une multitude d'intéressés. Celui-ci. en effet, est en ({uête d'une pompe domestique non sujette à de fréquents dérangements ; celui-là, d'une pompe à incendie unissant à un débit considérable une grande force éléïatoire, l'agriculture songe à ses irrigations; l'ingénieur des mines et l'entrepreneur des travaux réclament pour les épuisements; les édiles voudraient quelques machine opérant avec économie une abondante distribution d'eau; il faudrait au marin une pompe capable, selon les circonstances, de piéserver son navire de l'un ou de l'autre de ces deux fléaux : le feu et l'eau. Mais, la liste des besoins à satisfaire est interminable. Aussi, des pompes plus ou moins nouvelles, et surtout plus ou moins pratiques, figurentelleo à toutes les expositions. L'Exposition de 18li7 ne manque pas à cette règle, et la section anglaise ne l'observe pas moins exacte-

I, 'EXPOSITION UNIVERSELLE DE ISIw ILLUSTRÉE.

Tient que toutes les autres sections. Les rompes à incendie de Merryweather, déjà fcitées plus haut, ont obtenu le premier grand prix. Les unes sont à vapeur, les autres à main. Dans les premières, en moins de sept minutes la vapeur est portée à une pression jsuffitante et les personnes les moins exercées peuvent en prendre la direction. Les constructeurs en ont placé pour le compte du gouvernement anglais dans tous les docks du Rojaunie-Uni. Dans une expérience faite au Cliamp de Mars, l'une d'elle, très-grande, et nommée V Empereur, a porté à mètres un jet d'eau de Ati millimètres de diamètre.

On te rappelle le succès qu'obtint, à la première de nos expositions universelles, la pompe centrifuge d'.4ppold. Les pompes centrifuges se recommandent par une grande simplicité d'organes simplement agencés; elles occupent peu de place, peuvent se monter partout, reçoivent l'impulsion d'un moteur sans l'intervention de liielles ni d'aucunes sortes de tiges, et soulèvent enfin des volumes de liquide qu'aucune autre pompe ne saurait mouvoir avec la même facilité. C'est ce dont on se convainc rien qu'à la vue du château d'eau qu'entretient la pompe de Gvvynne; la véritable cascade, contre les éclaboussures de laquelle une cloison vitrée protège les promeneurs, attire tous les regards. Celte pompe a aujourd hui le même succès qu'a ou naguères celle d'Appold.

Elle a obtenu une médaille d'argent. C'est la -plus haute récompense qui ait été décernée aux mécaniques exposées dans cett* classe.

Trois machines à vapeur assurent le libre fonctionnement des machines à Bler; une quatrième actionne les scieries et les machines hydrauliques. Sur la lisièi'e du chemin est

mne machine (jalleway, remarquable parson

lincompurable lourdeur. Tout près de là on voit un beau moteur de 35 chevaux établi par IVIM. Hick, Margrave et Cie, le cylindre se

(prolonge, forme enveloppe et guide dans sa concavité la glissoire du piston. Le tiroir ordi-

inaire est remplacé par de petits tiroirs curvilignes tourni.nt seulement d'un quart de révolution, .'^insi se produisent l'introduction et la sortie delà \apeur aux extrémités mêmes

Idu cylindre; l'admission a lieu à pleine ouverture.

Jusqu'ici on s'était peu préoccupé en An- :glelerre d'économiser le combustible. Nos voisins arrivent aujourd'hui à des idées plus îsaines. Une machine exposée par M. Porter, iet qui est peut-être la chose la plus originale Ide l'exposition anglaise, répond à cette préoccupation nouvelle. C'est une machine à vapeur à grande vitesse et à condensation. Elle ■es(de la force nominale de 50 chevaux, mais :elle peut fournir au frein 100 chevaux avec I une pression de 5 atmosphères et une détente lau cinquième. Elle accocnplit ses 200 tours à l la minute. Le condensateur est isolé et placé dderrièrc le cylindre. Jusqu'ici on n'a pas

construit en France de machines rapides à condensation. Mais l'espace nous manque et il nous faut nous en tenir là pour aujourd'hui.

Victor Meun'ier.

Exposition collective du département du Nord. Agriculture.

Parmi les départements qui élèvent incessamment le niveau de notre richesse agricole et industrielle, le Nord tend, depuis quelques années, à se placer en première ligne. Si Lyon nous envoie de belles soieries, le 15ordelais et la Bourgogne d'excellents vins, la Seine-Inférieure et les Ardennes des tissus, le Nord nous donne de la houille, de l'alcool, du sucre, de la mélasse, des plantes oléagineuses, fourragères et potagères, des toiles, des tissus, du froment. L'agriculture marche de pair avec l'industrie, et la production, l'élevage du bétail, devenus depuis quelques années l'objet de la préoccupation des agronomes du Nord, promettent uns richesse de plus à ce sol déjà si fécond.

Les agronomes du Nord ont voulu donner à l'exposition de leurs produits un caractère d'ensemble qui fît bien ressortir les résultats de leurs efforts et de leurs travaux. Ils se sont réunis pour élever dans le Parc, an coin de l'avenue de Saxe, derrière le glacier espagnol, un vaste bâtiment auquel la Somme et plusieurs autres départements ont ajouté des annexes.

C'est là que les visiteurs vont admirer les remarquables échantillons exposes par SHL Desprez, Lepeuple - Lecoutïel, Simon-Legrand, Porquet-Lefèvre, etc.

L'organisation et l'agencement ont été dirigés avec une intelligence dont il faut louer les commissaires. Chaque nature de produit occupe une place spéciale où l'on peut comparer les échantillons de chaque exposant. Cette disposition a le très-grand avantage de permettre aux visiteurs de suivre sur chaque espèce les progrès de la culture et de contrôler les décisions du jury. Narrive-l-il pas souvent, en effet, qu'un industriel récompensé expoEC dans la même vitrine des produits de nature différente ? Auquel de ces produits le jury a-t-il accordé une récompense '?

Ainsi, dans le compartiment réservé aux céréales, les propriétaires qui s'occupent de cette culture ont apporté chacun ses échantillons. Ainsi, pour les sucres, les alcools, les plantes fourragères, etc., etc.

Le produit de l'agriculture du Nord qui présente aujourd'hui le plus d'intérêt; et qui récompense déjà par d'importants bénèlices les agronomes assez convaincus pour livrer

de vastes terrains à cette culture, c'est la betterave.

On sait quels motifs graves plaidaient en faveur de la création d'un sucre indigène. La betterave que les défenseurs du sucre de canne déclaraient si pauvre en saccharine et d'une culture si coûteuse, demandait seulement quelques soins, un peu d'engrais. Elle a triomphé aujourd'hui de toutes les résistances. Loin d'appauvrir le terrain, elle l'enrichit, et sous un climat froid, sans lesecours de l'ardent soleil des colonies, elle produit un sucre qui soutient pai faitement la comparaison avec les produits de la Martinique et de Bourbon.

Ainsi, M. Desprez, de Cappelle, arrondissement de Lille, qui a obtenu une médaille d'or pour ses beaux produits, a soumis à l'analyse chimique douze échantillons provenantde betteraves qu'il a exposées dans des bocaux. C'est M. VioUette, professeur de chimie à la Faculté des sciences de Lille, qui a dirigé les opérations, en a constaté le^ résultats et leur a donné l'autorité de sa signature. Je ne citerai que trois chiffres, un maximum, un minimum et une moyenne.

Une betterave pesant gr. donne 13.9 7)> de yuere.

— — ISOO— — 10 7„ —

On voit ainsi que, bien que d'un poids plus faible, l'échantillon n° I donne une proportion plus forte, cequi ferait présumer que, au-dessus d'un certain poids, la betterave n'acquiert qu'une faible quantité de saccharine, qui n'est plus en proportion avec la quantité de pulpe.

Les betteraves auxquelles ont été pris les morceaux soumis à l'analyse de M. VioUette sont exposées dans une solution de sel marin et d'alun qui les conserve, et permet aux hommes compétents de contrôier les résultats donnés par l'habile chimiste de Lille.

Les 30 espèces, dont M. Desprez expose les graines, donnent des résultats qui ne diffèrent qu'en apparence- Ainsi, tandis qu'un hectare rapportera de 30 à 35000 kilogrammes de betteraves, un autre, planté d'une autre espèce, pourra en produire jusqu'à 1 00 000 kilogrammes. Mais où la balance se rétablit, c'est dans la production du sucre. En effet, tandis que la betterave qui ne donne que 35 000 kilogrammes par hectare produit 13 pour 100 de sucie, la grosse betterave (1 00 000 kilogrammes par hectare), ne fournit que de 6 à 8 pour 1 00. L'hectare se trouve donc, quelle que soit l'espèce de semis, rapporter une moyenne égale.

Quant aux semailles, elles sont, queUe que soit l'espèce, niais suivant la nature du terrain ou les fumures, de 1 5 à 20 kilogrammes par hectare.

Dans les premiers temps de la culture, les betteraves étaient exclusivement employées à la fabrication du sucre. IMais, depuis de savantes recherches , couronnées de succès ,

l'emploi de cette plante s'est étendu. Des calculs officiels constatent que le seul arrondinsement de Valcnciennes a produit, de 1 8G l à 186G, 151 096070 kilogrammes de mélasse, de 1853 à 1866, 953 52^0 hectolitres d'alcooi. Les sucreries ont consommé pendant cette période près de 6 milliards de kilogrammes de betteraves, c'est-à-dire un tiers en plus de sa production, car les immenses plantations de cet arrondissement qui, autrefois, envoyaient tous leurs produits aux sucreries, en envoient aujourd'hui ime part considérable aux distilleries d'alcool, et les grandes usines, les raffineries iloivent recevoir les betteraves des arrondissements voisins pour occuper leur immense matériel. Néanmoins et malgré ce motif de ralentissement dans l'industrie sucrière, l'arrondissement de Valeneiennes a exporté, dans ces huit dernièrea années, près de 17 millions de kilogrammes de sucre brut.

Ses usines sont au nombre de 64 qui occupent eu hiver, pendant la morte taison, TOOOlinmmes, 2750 femmes et 2670enfants des deux sexes, qui reçoivent pour ces 120 jours 3250 000 Ir. Si l'on ajoute à ce chidiv

Appareils pliotogiMphiques. — .lumelle.

une somme de 800000 fr. payés pour les binages et les récoltes, on atteint un chiffre de plus de ^ millions desalaires dus uniquement a la manutention de la betterave.

Là ne se bornent pas les avantages de cette planle. La pulpe contient des principes nutritifs en quantité considérable. 700 grammes de pulpe équivalent à deux kilogrammes de foin, et on a calculé qu'en raison de ce que mangeait un bœuf par jour, l'arrondissement de Valcnciennes pourrait nourrir 400000 bœufs pendant quatre mois.

« L'élevage du bétail, — disait M. de For- « cade La Roquette, ministre du commerce, Il le 18 avril 1867, au concours de Poissy, ,( — s'enrichit de ces découvertes, et trouve « des éléments nouveauxd'alimentation dans « les résidus de végétaux sortis des laborai< toires. »

Enfin, la betterave produit elle-même un

engrais puissant. Cet engrais se compose de ce qu'on appelle les écumes de défécation. Ce sont les résidus mêlés de terre, de débris, de chaux, etc., mais qui sont très-riches en azote. En effet, M. Le Docte, de Bruxelles, constate

APPAREILS PHOTOGllAPillQlliS LIE MM. GEYMET ET ALKEH.

Jumelle montée sur pied.

que, malgré les deux tiers d'azote entraînés dans la fabrication, les résidus en conservent une quantité considérable qu'onn'évaluepas à moins de 3 millions dekilogrammes paran.

La betterave rend donc à la terre dans de larges proportions les sucs nourriciers qu'elle lui a empruntés. Cette découverte est d'autant plus précieuse que la betterave demande un terrain léger, meuble, profond, riche en humus. Elle a besoin d'engrais, mais elle se trouve mal du fumier animal, et elle préfère le fumage végétal que donnent ses résidus.

Pour en finir avec la betterave, j'ajouterai que les sucreries de l'arrondissement de \aleneiennes, produisent anuuellemeiU en moyenne :

Sucre 6 261 000 liilog.

Mélasse.. . , 1 621 700 — Pulpe 24 990 000 —

qu'elles occupent de nombreuses machines à vapeur, de forces diverses, et s'élevant ensemble à près de mille chevaux; enfin qu'en dix ans elles ont payé comme contribution à l'entretien des routes, 80 000 francs, tandis que toutes les autres industries ne payaient ensemble que 90 000 francs.

La betterave occupe donc une place importante dans l'agriculture du Nord, ei il fst juste de nommer les agronomes et industriels

qui contribuent le plus activement au développement de la richesse agricole du département. Ce sont MM. Desprez, à Cappelle, qui a reçu une médaille d'or; Lepeuple-Lecouffet, à Bersée; Simon-Legrand (médaille de bronze), maire et agronome, à Auchy; Delloye-Lefèvre, à Iwuy, qui a obtenu une médaille d'argent pour ses remarquables échantillons de sucre.

Citons enfin M. Kuhlmann, fabricant de produits chimiques et qui expose du noir animal pour la décoloration du sucre.

J'ai beaucoup insisté sur la culture et l'emploi de la betterave, parce que le Nord a dans cette plante une source féconde de travail et de richesse pour sa nombreuse population; il ne faut cependant pas en conclure que les céréales, les plantes oléagineuses, fourragères, légumineuses, etc., soient l'objet d'une préoccupation moins vive, de la part des agriculteurs.

La culture du froment seul occupe une portion considérable du département duNord et le quart de l'arrondissement de Valcnciennes. Si je reviens souvent sur cet arrondissement, c'est que les autres sont plus indus-

triels, celui-ci est plus spécialcmentagricole. Sa production est plus considérable. Ainsi, en 1866, la moyenne de production du froment, par hectare, était, pour le département du Nord, de 22 hectolitres, 66; elle était de 27 hectolitres pour l'arrondissement de Valcnciennes.

Les blés de toute nature sont représentés à l'Exposition, blé blanc Hunter, de Saint-Venant, BaiUeul, d'Aire, velouté, Hikling, Marchai, Lord Ducy, Reine Victoria, Calcutta, Bambecque, de Flandres, blé bleu, blanc de géant, blé roux, que sais-je encore? Les principaux exposants sont, en tête, M. Porquet, à Bourbourg; puis MM. Lecomte, àEstaires, Risbourg, à Bouohain, Delmazure, à Annappes.

Les plantes textiles sont exposées par M. Dalle, à Bourbecqucs, qui a reçu une médaille d'or pour une collection remarquable

lîXPOSlTION UNIVERSELLE DE 1807 ILLUSTRÉE.

de lins; M. Porquet-Lelèvre, qui expose des lins teilles, préparés pour ù\ , filasse, ele.; M. Dantu, à Sicene, lui de mars, lin de mai, à lleurs bleues; M. Maseart, à Férin.

MM. Marchand frères, fabricants d'huile à' LJunkerque, se reconumanderit par une belle collection de plantes oléagineuses, colza, œillette, pavot, sésame, navette, noir d'arachide, etc.

C'est encore M. Porquet, de Bourbourg, qui expose les plus beaux échanûllona de plantes potagères, fèves, haricots, lentdlea^ pommes de terre (dont il donna quinze variétés), et les plantes fourragères lea mieux venues: les hommes compétents remarquent s'es graines de lupin, de luzerne, de trèEe.

Le houblon et Forga, qui sont la vigne du Nord, occupent un territoire assez vaste daQS ce département. Le houblon est présenté par M. Cœvaet-Schoduvn de Lille, et M. Bourel, de Steenwoode; l'orge, par M. Bigo-Tilloy, d« Lille; enfiïjle produit de ces deux matières premières, la bière, a sa place aussi dans cettfi exposition. M. Dornemann, brasseur à Luoslès-Lille, expose un charniaut tonnelet, dont j'admire la forme, mais sur le contenu duquel il m'est impossible d'avoir aucune opinion, n'ayant pas été admis à le déguster. M. Uornemann fabrique de la bière de Bavière, ce que l'on vend à Paris sous le nom de bock-bier. Voilà une bonne grosse infidélité aux traditions de la brasserie du Nord, il n'y a guère de rapprochement à faire, en effet, entre la forte bière de Munich et la bière légère, gazeuse et mousseuse de Douai et de ■Valenciennes.

Le tabac se cultive sur une étendue d'une dizaine d'hectares, environ; il rapporte, en moyenne, de :2'iOO à'iOOO francs par hectare. Douze cultivateurs se sont réunis pour exposer ensemble leurs produits, et c'eht entre ces deux chiffres que varie la production annuelle de l'hectare pour chacun de ces propriétaires.

Lea engrais le plus communémeat employés dans le département, du Nord, sont: le noir animal, le sang (doffl on se sert dans les rallineries lea fumiers animaux, les tourtes de colza, en lin et surtout, tes détritus de betteraves, tous engrais indigènes et qui permettent de ne pas avoir recours au guano et autres agents exotiques.

L'élève des bestiaux suit les progrès de l'agriculture. Le nombre des taureaux, bœufs, vaches, génisses, bouviUons, veaux, etc., était, en 1S0(i, pour lo seul arrondissemeut de Valenciennes, de 27001) têtes, celui des moutons et béliers, de 23 000 ; celui des chevaux, de 12 500, etc.

On a remarqué que, depuis 18313, le nombre des chevaux était resté presque stationnaire,mais que celui des bœufs, vaches, etc.; croissait, tandis que celui des moutons diminuait. Cette diminution s'explique par la disparition des terrains vagues, qui dans un temps peu éloigné, seront tous mis en culture.

Il me reste à parler de la houille, qui constitue une production assez importante. De 1855 à I8(i(i, les dix concessions de l'arrondissement de Valenciennes (Anzin, Fresnes, Douchy, etc. ,) ont donné à elles seules cent millions de quintaux métriques de houille. Sur cette somme considérable, un douzième est absorbé par la l'abrication du sucre qui n'exige pas moins de trois quintaux et demi par sac, ce qui donne, pour Valenciennes, une consommation annuelle de 1300 000 quintaux.

Cette courte revue de l'agriculture du Nord suffira peut-être à montrer, par le chilïre des salaires, des consommations et des productions, combien il est important pour un État de proléger cette source de la richesse publique, combien aussi les bons esprits doivent être attentifs aux plaintes de l'agriculture, et chercher dans une sage économie des forces actives de nos campagnes, — l'argentet les bras, l'impôt et le recrutement, — un remède à un état de soulîrance que je n'ai même pas voulu indiquer dans cet article, mais sur lequel de graves discussions ont naguère éciaii^ l'opinion publique.

Victor Cosse.

Le Pavillon-abri des chaudières anglaises.

LA MOSQUÉE d'aHMED-ABAD.

On a dit et répété sur tous les tons que les Anglais étaient totalement dépourvus de goût. Nos voisins se sont piqués au vif et ont marché dans la voie du progrès artistique avec des bottes de sept lieues, il n y a pas vingt ans, ils étaient nos élèves, ils sont aujourd'hui nos émules. On pourrait presque répéter, en parlant d'eux, la phrase historique : « A force de les vaincre, nous leur avons appris à nous battre, » Il y a cependant des exceptions, et en Angleterre comiue ailleurs, même plus qu'ailleurs, le gouvernement a été de beaucoup distancé par les particuliers.

Aous voyons des merveilles de grâce et de goût parmi les objets exposés au Champ de Mars dans la section britannique, tandis que plusieurs des installations de la commission officielle du Royaume-Uni t'ont véritablement tache au milieu de tous les chefs-d œuvre accumulés à l'Exposition.

Le phare électrique, par exemple, trèsremarquable au point de vue scientilique et technique, est, comme édifice, le plus hideux échafaudage qu'il soit possible d'imaginer.

Tout à côté, le bâiimeot qui abrite les chaudières de la tection anglaise, moins laid

assurément, est encore plus baroque. Une inscription en français quelconque apprend que cet édifice « a été inspiré par la mosquée de Syud-Oosman, à Abmédabad, élevée vers 1458. » Est-il possible d'accoupler deux choses aussi dissemblables que le contenant et le contenu? le temple de l'époque des Afghans-Lodis et les engins mécaniques du temps de Victoria 1" et de Napoléon 111? Emprunter au pays du soleil le style d'nn de ses édifices sacr- s pour préserver de la pLuie des chaudières anglaises!.,. Mais ce n'était point assez de cet anachronisme énorme, et l'architecte a cru devoir encore enjoliver de petits Amours à la Boucher la base des colonnes torses en terre cuite qui supportent les cinq coupoles hindoues. Ces colonnes forment une double colonnade entourant tout l'édiiice, et précédée d'un petit péristyle sur chacune des hces de ce carré aride comme une figure de géométrie.

Quant aux coupoles qui boursoullent symélriquement la toiture aplatie, elles ont tout 1 air d'être couvertes en toile blanche, et cela doniTe à. l'ensemble l'air misérable d'un décor de tl^éâtre forain. Au centre de cbaciine deces cinq grandes casquettes dejockeys (les coupoles), se dresse une flèche dorée qui pourrait également avoir soutenu les rideaux d'une chambre d'auberge ou les bannières d'un village pavoisé en l'bonneur du 1 5 août.

Ce ne sont là que des critiques de détail, mais on peut reprocher à l'ensemble de la construction d'être beaucoup trop écrasé, trop bas relativement à !a longueur des côtés, et cela estd'autanl moins excusable que, après avoir ainsi rabaissé le toit, comme on n'avait plus la hauteur nécessaire, il a fallu enfouir en sous-sol les chaudières dans une excavation dont on a exagéré la profondeur.

Cette disposition présente un inconvénient grave sur lequel nous osons attirer l'attention de la Commission impériale. Les soutes à charbon, pour être au niveau des foyers, ont été creusées sous le sentier qui conduit à la susdite mosquée, et, pour l'entrée de la houille, on a ménagé au beau milieu du chemin des orifices donnant accès dans ces caves. Il y a bien des trappes pour fermer ces trous, mais, par la négligence des chauffeurs , ils restent constamiiient ouverts et béants, et ces ouvertures constituent d'abominables pièges où il est miraculeux que quelque passant ne se soit pas encore cassé bras et jambes.

Dans l'intérêt de la sécurité publique, un sergent de ville devrait être chargé de veiller à ce que les trappes soient tenues fermées; et si cela se pouvait, le mieux serait de les cadiuasser. De- cette façon, elles ne seraient ouvertes qu'à bon escient, et les oublis seraient prévenus.

Que les Anglais se ctinsolent d'avoir construit l'affreuse tour du phare et la mosquée ridicule, en soni^eant qu'ils ont eu la gloire de créer les premiers un genre d'architecture en rapport avec le génie moderne, lorsqu'ils

EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1867 ILLUSTliÉlî

nt élevé la douane de Liverpool et, quelques nnées plus tard, le palais de Sydenham.

D'ailleurs les chaudières qu'abrite le faux dilice oriental sont dignes du grand peuple nanufacturier. Sans parler de deux généraeurs àcylindres verticaux, on remarque prin- ;ipa!emj!>t les trois chaudières à'double foyer ntérieur choisies par le gouvernement brianniquepour donner la force à toutes les nachines anglaises.

Transporlons-nous dans la grande galerie : es volants grondent, les courroies silllent, es engrenages grincent; les ouvriers guident es machines, qui aceoniplisLenl les travaux es plus variés, les plus délicats comme les dIus rudes; la foule admire. Quelle est l'origine de tout ce mouvement, la source de :ette vie '! où se trouve le cœur de ce grand organisme? 11 est là, en dehors du Palais, dans le petit bâtiment qui lait le sujet de cet article.

I.à, dans les fournaises, la flamme do la houille cède son calorique, c'est à-dire sa force, à la vapeur, une puissance de 1 50 chevaux dans ce cas particulier; le fluide se précipite dans des canaux qui le conduisent aux huit machines motrices de la section anglaise.

La force de la vapeur est transmise par l'intermédiaire de pistons, de bielles, et de courroies, d'abord à l'arbre de couche auquel l'empruntent ensuite les machines-- ou-, tils, et elle leur donne lu puissance nécessaire pour exécuter;, sous les yeux du: pubhc> les dnnombrables ouvrages où les macliines, :guidees par l'iatelligcnce humaine, rempla^ cent les bra^dg^. ouvriers.

Charles lioisSAY.

Au 1"jui-ll6t nous avons pu annoncera inos lecteurs que plusieurs de nos collalioraiteurs avaient été promus dans l'ordre de la L°gion d'honneur à des grades élevés. Nous somni' S assez heureux pour enregistrer, le 1 5 août, d'après le Monileurj les nominations Ide M. Edmond About, au grade d'officier, de \M. le doctiur Caiîe, au grade d oUicier, et de IM. Simonin, au grade de chevalier. Nous ifélicitons nos collaborateurs d'une distinction iqu'ils méritaient à tant de titres.

J. LiUBEST-LiPl'.

CHRONIQUE

i 21 anùl.

Y aura-t-il un jury de révision pour les récompenses? Tout bien pesé, on a décidé que non.

Qu'un exposant ait obtenu une récompense par suite d'une faveur ou d'une erreur, il y aurait plus d'inconvénient à la lui reprendre

qu'il n'a eu de bénéfice à l'avoir obtenue. L'opinion pubhque, qui remporte toujours la dernière victoire, suivant une heureuse ex ■ pression impériale, fait prompte et bonne justice des prix immérités, en désertant le négociant ou l'industriel récompensés sans motif, et en allant vers le travail honnête qui n'a pas eu la recompense dont il était digne. La publicité vengerejse prend sous sa sauvegarde le mérite méconnu.

Mais si l'on amnistie l'erreGr ou la faveur, faut-il amnistier la fraude? Et la fraude ne donne-t-elle pas un motif suffisant au jugement de réîision? — Prenons un exemple : Tel exposant affiche ou déclare au jury des prix qui ne sont pas sincères, auxquels il s'engage à livrer avant le jugement et auxquels il refuse de livrer après. Le jury trompé décerne une récompense : car la qualité d'une chose dépend presque toujours du prix où on la vend, à moins que ce ne soit une œuvre d'art, dont la perfection est indépendante du prix qu'un en demande.

^lais ce qui n est pas toujours nécessairement vrai en lait de choses d'art, est inévitablement exact en fait de choses industrielles. Si vous produisez mieu.\ à égaillé de prix, c est vous qui méritez la, récompense.

Seulement, il a pu arriver ceci : c'est qu'un exposant a pu donner au jury des prix exacts; qui pourtant ne sont pas sincères.

C'itte question vaut encore la peine d'être traitée, dans une publioalion relative a, l'Exposition : disons seulement que nous craignons, en la traitant, d'être plus instructif qu'intéressant. Essuyons quand même.

Donc, voici diis, produits bien fabriqués et de bonne qualité.. Le fsbricant afficha ou dénonce au jury des- priït inférieuls à tout ce qu'on a vu jusqu'ici pour les produits similaires. La récompense est de rigueur. L'exposant vous a donné des prix exacts de fabiication ; mais il ne vous a pas dit qu'il s'étail interdit auprès de sen iniermédiaires de venta de livrer au public au pnx exact de fabrication. Le prix exact n'est donc pas vraiment le prix sincère.

Tel châle, bien fabriqué et relativement joli, est affiché à 20 fr. ; mais j'apprends qu'il ne peut être livré à la consommation qu'à 40 francs, et que le marchand lui-même s'est interdit de le vendre directement au-dessous de ce prix. Le taux sincère est donc 40 fr. el non 20 fr. Je pourrais trouver ce châle digne de récompense à 20 fr., prix afliché d'exposition, et n'en tenir aucun compte au prix de iO fr. Si je tiens compte du premier élément d'appréciation, c'est-à-dire du prix de fabrication seulement, je donne la récompense: si j ajoute le second élément d'appréciation, c'est-à-dire le prix courant du comuierce, je la refuse.

Pourquoi? Parce qu'un obj-t d'usage courant, qui est surtaxé de 100 pour 100 par les iniermédiaires â la vente, n'cSt pas dans de bonnes conditions de vulgarisation. S'il

y a une si forte oppression de l'intermédiaire sur le fabricant, c'est que l'objet, malgré son bas prix, doit être inférieur par quelques côtés.

Que j'apprenne, au contraire, que ce même châle, dont le prix afliché m'a séduit, n'est surtaxé à la vente que de 10 ou 15 pour 100: alors je me dis que l'écoulement de ce produit est tellement facile que les intermédiaires qui le 'vendent ont pu se contenter d'une remise modérée. Le fabricant qui expose a rendu, dans ce cas, à la consommation publique un service réel, auquel je ne peux refuser une récompense.

Il y a peu de fabricants qui vendent directement eux-mêmes leurs produits au public; on né peut donc avec eux tenir compte que des prix fixés par leurs intermédiaires. Les fabricants de papiers peints, par exemple, ne tiennent pas boutique. Peu m'importe ce que leur coûle le papier qu'ils fabriquent: à quoi me revient, à moi public, le papier que je ne puis recevoir que de mains tierces! — Voilà le prix sincère.

Et la preuve que le prix d'intermédiaire est le prix sincère, c'est que moi, fabricant de papier peint, si je veux ouvrir boutique à côté de mes intermédiaires, il faut que je m'engage vis-à-vis d'eux à ne pas déduire de mon prix de revient la remise que je leur fais.

Ainsi, je vends ï Exposition iUa&lrée 50 centimes la livraison. Cruyez-vous qu'elle me coule ce prix-là? Elle me coûte beaucoup plus ou beaucoup moine, suivant le nombre d'exemplaires que je tire; il l«iut donc que je tienne compte de cet élément d'estimation pour trouver mon prix de revient; eU je fais une remise aux libraires qui me pnopagent, en raisonids' la quantité que j'espère vendre. Si je vends moins que je n'ai prévu, jeperds; si je vends plus, je gagne. Avec la remise que je leur fais*, mes ■ntermédiaires peuvent vendre- lài livjiaison au-dessous de 50 centimes^; moi seul, je ne le puis pas. Voilà pourquoi je suis tenu, d'afficher mes prix, non pas mes prix de revient, mais les prix de vente, les seuls sincères.

Il est possible que le fabricant de châles, auquel j'ai fait allusion comme exemple, ait pu faire descendre à 20 fr. le prix de revient d'un châle qui se vend ^0 fr., à cause de la quantité qu'il en écoule par suite de la forte remise qu'il fait aux intermédiaires. Mais cette forte remise est-elle étrangère à l'évaluation qu'il doit faire de ses prix de revient? Je ne le pense pas. Voila pourquoi le prix sincère est pour lui 40 fr.,et non pas les 20 fr. qu'il affiche à tort.

Et voilà, si vous le voulez bien, comment il se fait qu'il "'y ^"''^ P^s de jury de révision.

Il n'y aura pas non plus, paraît-il, de banquet d'exposants. Le difficile n'est pas, croyez-le, de réunir trois ou quaire mille exposants pour fêter n'importe quoi, fût-ce leur gloire. Le difficile, au contraire, serait de n'en pas réunir un plus grand nombre, si le banquet était possible. Mais qui peut

se mettre à la tête de cette entreprise, et surtout en prendre la responsabilité?

Il y aurait bien un moyen : c'est que les présidents et les secrétaires de classe convoquassent les exposants de leur catégorie. Mais vous ne savez pas à quel point certains exposants, la grande majorité, naturellement, tiennent rigueur au jury. Il faut donc renoncer à cette intervention.

.l'ai rencontré un certain nombre d'exposants considérables, qui ont une grande notoriété et beaucoup d'influence. A la demande que je leur ai faite s'ils étaient du banquet.

tous m'ont fait la même réponse: «Je ne sais pas même qui est à la tête I »

Il faut donc attendre que l'Empereur soit revenu de Salzbourg, et peut-être de Berlin, pour reparler du banquet.

Les fêtes d'août ont amené un grand nombre de visiteurs à Paris, quoiqu'elles s'annonçassent moins brillantes que les précédentes années ; ce qui m'autorise à dire que l'Exposition a amené à Paris un grand nombre de visiteurs aux fêtes du 1 5 août.

La seule réflexion que nous ayons à faire, c'est qu'aucun accident, aucun, n'a signalé

cette énorme avalancbe de population. Dans les autres pays, on se bouscule dans les foules : ici, on se range. Nous sommes donc encore policés, quoi qu'on en ail dit?

Nous sommes altérés aussi : ce qui se débite de boissons dans ces temps caniculaires, c'est inimaginable. On ferait tourner le plus gros moulin de la Brie avec les robinets de bière qui s'ouvrent, au Champ de Mars seulement. C'est le diable de désaltérer cent mille visiteurs, dont la boisson ne fait que redoubler la soif. Tonnez, moralistes, contre la galerie des aliments à divers états de prépa-

B.tTIMENT-ABlll

ration, ou, pour parler plus vulgairement, contre le promenoir extérieur. Vous auriez en ce moment une population d'enragés, si les buvettes n'existaient pas.

Pour ceux qui n'aiment pas les brasseries, le Cbamp de Mars a l'eau de la Dhuis : et Dieu sait si la fontaine de la porte La Bourdonnaye a des chalands ! C'est surtout pour les visiteurs du mois d'août que les fontaines sont autant d'oasis. Le paysan français, notre hôte actuel, est sobre et économe. Ce jugement que nous hasardons sur l'électeur souverain, n'est pas un reproche, non 1 II n'y a de travail utile qu'avec la sobriété et l'économie! et le travail utile est, à notre avis, le

POUR CHAUDIÈRES (MOSQUÉE D'AHMED-ABAD). — Dessin

seul outil de la moralisation, si nous pouvons employer une expression matérielle pour qualifier une chose divine.

Savez-vous que la fontaine La Bourdonnaye est le résidu d'un grand projet avorté? M. le préfet de la Seine avait imaginé de figurer par une difi'érence de limpidité, les bienfaits dont les Parisiens lui étaient redevables. Trois bassins, l'un rempli avec l'eau du canal de l'Oureq, l'autre avec l'eau de la Seine, le troisième avec l'eau de la Dhuis, devaient être creusés parallèlement au Champ de Mars.

La même inscription devait être gravée au fond de chacun de ces bassins. Dans le bassin de Teau du canal de l'Oureq, l'inscription

aurait apparu indistinctement; à peine lisible, dans le bassin de l'eau de la Seine, et tout à fait distincte dans le bassin de l'eau de la Dhuis. On aurait eu ainsi les difîérences de limpidité, à l'état démonstratif, des eaux de Paris.

Mais le projet a manqué, soit que M. le

préfet de la Seine n'ait pas voulu payer les frais de l'expérience, soit qu'on ait hésité à frapper trop vivement l'œil du Parisien.

Il faut donc se contenter de s'abreuver à l'eau de la Dhuis, qui a bien encore un goût de parvenue, mais qui est fort limpide et très-fraiche.

Fa. DucLift'G.

Adminislration, rue de Richelieu, i Ofi. — KEKÏU, éditeur, galerie du Palais .Bo:.^a3.

OH S'ABOMïïE par l'envoi d'un mandat de poste a l'ordre de m. L. GDEYMARD, ADMIMISTRATEUa.

Imprimeha générale de Ch. Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paria.

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REDACTEUR EN CHEF

M. F. UlîClIlIViS,

Membre du Jury internalionai.

COMITE DE RÉDACTION

MM. Armand Dumahesq, Ernest DRéolle, Moheno-Benhiqdez, Léon PLÉE, Ang. VlTD, membres do Jury inlerii.ilional.

26 Août 1867.

Les Chc':auj- russes 1 gravure), par M. Louis Knaiiit.

— II. La Lectrice (1 gravure), par M. Ocl Lacroix. — lil.Lt! Train-poste a7iglais{\ gravure), par M. P. BeUet.

— IV. Les Arabes au Théâtre international [k gravures), par M le D'' Warnier. — V. Le Génie civil et les Travaux publics ^1 gravure), par M. Ch. lioissay.

— YI. La maison des aliénés (1 gravure), par M. Jules Buval. — VII. Les \'in'i d'Autriche (2 gravures), par W. J. Valserres. — Vlll. Les Châles Cheuvreux- Auljertot 'l gravure), par M. Prosper Poitevin. — IX, Cliruîiiquc, par M. Fr. Duculug.

Les Chevaux russes à l'Exposition.

Deux fois par semaine, le mardi et le vendredi, vers trois heures de re/pi't-e, comme dirait un huissier, le monde élégant se presse devant les annexes de l'exposition russe. On pourrait reconnaître dans cette réunion d'élite les individualités les plus marquantes dans le monde du sport et du turl'.

'Test qu'au jour et à l'heure (|ue nous venons d'indiquer, les officiers du haras impérial l'ont sortir et trotter les beaux chevaux russes dont la réputation était depuis longtemps déjà parvenue jusqu'à nous, et dont la présence ajoute un nouvel attrait à notre Exposition cosmopolite.

Les chevaux russes sont en quelque sorte plus anciens que leurs maîtres. On sait quand les Russes sont venus en Russie; on ne pourrait dire quand leurs chevaux y parurent pour la première fois. Les prédécesseurs des Russes, les Scythes et les Sarmates, étaient célèbres dans l'anliquité comme d'inti'épides cavaliers. C'est sous la forme d'un cheval que les Scjthea adoraient le Soleil, leur dieu. Le cheval est le sujet préféré d'une foule de légendes slaves. Les hordes tartares en pénétrant sur le sol russe y amenèrent avec elles une énorme quantité de chevaux qui modifièrent la race indigène, et multiplièrent singulièrement ses variétés.

L'impôt établi sur la vente des chevaux était un des plus importants revenus de la couronne ; les fonctions de grand écuyer étaient les premières charges de la cour.

Toutefois, ce ne fut qu'après la réunion des grands-duchés sous un seul sceptre que I tzar Ivan III établit le premier haras ayant pour but d'améliorer les races chevalines du pays. Ce i nous donne la date de 150.0. La célébrité de ces haras est due à un étalon d'une grande beauté dont le roi de Suède Sten Snorr avait fait présent au tzar. Mais l'organisation régulière ne fut donnée aux haras russes que sous le règne d'Alexis, père de Pierre le Grand. Ce prince fit acheter des étalons en Asie, — c'était l'introduction du pur sang en Russie ; — il fit également chercher dans l'Eihonie et la Livonie des chevaux d'une race particulière, désignée sous le nom de kleppers.

Pierre le Grand, qui touchait à toutes choses, réforma les chevaux comme les hommes. Il fit acheter des juments et des étalons en Prusse et enSilésie, et il créa d'importants établissements équestres dans les gouvernements de Kazan, d'Azotf et de Kieff. Les courses furent établies en rase campagne en 1722. Sous le règne de l'impératrice Anne, de nouvelles et importantes acquisitions furent faites à l'étranger, et on procéda en même temps à une complète réorganisa-

lion des jumenteries et des haras. Mais le grand améliorateur de la race chevaline en Russie, ce fut le comte Orloff-Tchesmensky ; le comte Orloff rechercha partout des productions typiques, en Orient, en Angleterre, en Danemark, en Hollande, dans le Mecklenbourg, en Espagne et en Normandie. Par des épreuves continuelles, par une vigilance incessante dans le choix des reproducteurs, cet amateur éminent est arrivé à créer une espèce de chevaux d'une spécialité brillante et d'un mérite incontesté, dont nous avons vu les spécimens au Champ de Mars avec un intérêt tout particulier. De génération en génération, cette race est allée s'améliorant toujours, et elle est maintenant véritablement remarquable par la puissance de ses m.oyens, par la rapidité de son train, par la justesse et la correction de ses mouvements.

Au commencement de ce siècle, les haras russes étaient placés sous l'administration du directeur des écuries de la cour, et les jumenteries, confiées aune administration particulière, appartenaient aux régiments qui possédaient aussi des terres destinées à leur entretien.

En 1843, de nouveaux règlements vinrent changer et modifier profondément tout cela. L'administration des haras forma 24 dépôts de chacun 60 étalons, pris dans les haras impériaux et faisant gratuitement la monte chez les particuliers. Le comte Orloff, en créant i>on haras avait expressément défendu qu'on vendît jamais ses étalons: ils devaient rester sur ses terres; c'était un monopole, et ce monopole avait pour premier résultat de s'opposer à l'amélioration générale de l'espèce par un de ses moyens les plus énergiques et les plus sûrs. L'État fit un sacrifice; il acheta le haras du comte Orloff, tout entier, et le mit dans la circulation. A partir de ce moment, on peut dire qu'il y eut une réforme radicale, et une incontestable amélioration dans l'élève du cheval russe.

Mais si le trotteur Orloff est en quelque sorte le cheval régulier, et, pour ainsi parler, classique de la Russie, il s'en faut de beaucoup qu'il soit le seul, et il y a encore une foule de chevaux russes dont il est juste de tenir compte, si l'on veut apprécier sainement la richesse chevaline de la Russie.

Les plus célèbres parmi ces chevaux, que j'appellerai volontiers les chevaux irréguliers, sont incontestablement les chevaux cosaques, qui peuvent eux-mêmes se subdiviser en une foule d'espèces. Ces chevaux qui paissent en troupeaux innombrables dans l'immense solitude des steppes , sont tous d'origine asiatique, et ils conservent ^un type particulier, qui permet de les reconnaître au premier coupd'œil. Ils sont généralement petits; leur tête est sèche, maigre et carrée: les naseaux sont bien ouverts, et l'œil plein de feu ; la jambe est maigre et nerveuse : ce sont ces chevaux qui fournis-

sent son contingent le plus précieux à lu remonte de la cavalerie légère.

Les haras de la couronne, ces producteurs officiels du cheval russe, sont situés dans les deux gouvernements de Woronége et de Harkoff; ils comptent environ 3000 têtes, et leur dépôt 1000 étalons.

L'exposition des chevaux russes, qui a si justement excité l'admiration des amateurs, a été organisée avec le plus grand soin par le général Grinwald , qui , après avoir comniandéun régimentde chevaliers-gardes, a été placé par l'empereur à la tête de ses haras. L'honorable général n'a rien négligé pour donner à cette partie de l'Exposition de son riche pays tout l'éclat et toute la solennité possibles. Il y a singulièrement réussi, et il nous présente les types les plus beaux et les plus variés de toutes les régions de la Russie, depuis les chevaux voisins du pôle nord et de la Sibérie chinoise, jusqu'aux chevaux de la Russie méridionale, élevés sur les bords de la mer Noire.

L'administration supérieure des haras russes est représentée à l'Exposition universelle par le général Moerder, directeur depuis huit ans des haras de la Khrénovaya, homme de cheval distingué, gentleman accompli, et dont les visiteurs de l'Exposition n'ont pu qu'admirer la bonne grâce, l'inépuisable obligeance et la courtoisie parfaite.

il. de Kopteff a étéadjointà M. deMoerder pour le seconder. M. Basile de Kopteff est un des sportmen les plus distingués de toute la Russie; administrateur intelligent de la race Orloff, il n'en sait pas moins reconnaître la supériorité du sang anglais, et il tient son pays au courant, par des publications intelligentes et consciencieuses, de tout ce qui peut intéresser le monde du sport. M. de Kopteff possède un fort beau haras, lequel ne compte pas moins de 1 50 chevaux de tête, appartenant aux plus belles races de tous les pays.

Enfin, le personnel équestre de l'Exposition russe comprend encore un homme fort distingué, M. Léon de Séniavine, capitaine de cavalerie, attaché à l'administration des haras, possédant lui-même de magnifiques trotteurs, qui lui ont rapporté près de cent cinquante prix dans l'espace de quelques années. Le service vétérinaire est confié à une spécialité éminenle, M. Igniatief.

Les connaisseurs admirent particulièrement trois chevaux de selle, de la race pure Orloff-Tchesmensky, Franle, Faken et Fasan; Bivouac, sorti de la jumenterie de Stréletsk, composée presque absolument de producteurs d'origine orientale; Iscander-Pacha, au prince Romain Damions Sanghousko, qui élève principalement des chevaux de pur sang arabe, Bédouin, magnifique étalon noir, à la poitrine profonde, au garrot puissant, dont les performances incomparables ont valu à son maître trente prix en cinq ans. Bédouin appartient à M. Bodvin.

Jv passe sur quelques chevaux de Irait,

diverses races étrangères, et j'arrive à ditnrenls types de clievaux russes:

I nsska, étalon bai-brun, de r-àœBilimigiœ. nsi nommé de la rivière du même nom, arisaiit des prairies fertiles, extrêmement fa- )raliles à l'élève du cheval, qui bientôt aelici t sur ses bords, la taille et la force;

! I appartenant à la race finlandaise, qui iii'nil à toute la Russie d'excellents trot-

I ii/ixikass, sorti de la jumenteric de Torlel, propriété de la noblesse de Livonie, et nsacrée particulièrement à cette race des eppcrs dont nous parlions tout à l'heure, ttc race existe de temps immémorial sur l'île li.si'l. On la croit d'origine orientale, et elle ^arilé de sa souche première, l'élégance des ■mes et la beauté de la tête; I n cheval jmoude, particulièrement apte X travaux agricoles et recommandable par force et sa docilité ;

huiifeika, étalon café au lait, apparlenantà race d'Owa, petit mais vigoureux, rapide ns ses actions, nature douce, caractère do-

La Lectrice.

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