‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 90 sur 134 · I. Les Colonies françaises (1 grav.), par M- Jules Duval · texte numérisé non relu

I. Les Colonies françaises (1 grav.), par M- Jules Duval

— II. Les petits Meubles ■• M. Tahan (1 grav.\ par M. Prosper Poitevin. — III. Beaux-Arts : M. Calderon (1 grav.), par M. Alfred Assollant. — IV. Gustave Moreau : Orphée (\ grav.), par M. Léon Scribe. — V. Les Bronzes (2 grav.), par M. Gustave Naquet. — VI. La Hue d'Angleterre (\ grav.), par M. Prosper Poitevin.

— VII. Vitraux (1 grav.), par M. Paul Bellet.— VIÎI. L'Annexe amuricaine (2 grav.), par M. Malespine. — IX. La Fontaine de la Dhmjs (1 grav.}, par M. Fr. Ducuing, — X. Les Fusils de Chasse (i grav.}, par M. H. de la Blanchcre. — Liste de Médailles.

— 12 gravures.

Les Colonies françaises.

Adossées à l'Algérie sur toute !a longueur d'un rayon secteur, les colonies françaises ont dû, pour se conformer au programme, confondre leurs richesses en une feule expoposition, malgré les grandes différences qui les distinguent. La personnalité de chacune se trouve ainsi un [eu trop effacée ; mais ave^' quelques rcL^herches on parvient à s'y reconnaître.

A coraniciicer par l'Amérique du Noril, Saint-Pierre et iMiquelon,deux tristes et froids îlots, racliètent leur petite étendue par l'ac livite de leurs habitants, auxquels viennent te joindre de nombreux marins de France, quand les glaces commencent à se fondre, au réveil du printemps. Là, toute l'existence c'est la pêche, c'est la morue! Les goélettes qui mettent à la voile pour Terre-Neuve, munies de leurs agrès, de leurs ligr.es, de leurs équipages, se voient ici, représentées en miniature, mais fidèlement; encadréesdans desfiletsqui se déploient en transparents rideaux el élégantes portières. A la chair du poisson que consomme le peuple des deux mondes, l'industrie pharmaceutique a depuis quelques années ajouté l'huile de l'oie de morue, brune ou clarifiée, qui est rapidement devenue, à Saint- Pierre, comme à Terre-Neuve, l'objet d'un important commerce. Des bocaux de toute forme la montrent sous toutes les nuances.

Dans la mer tropicale des Antilles, la Martinique el la Guadeloupe soutiennent avec courage l'honneur du travail français en face des îles voisines et rivales où flottent les pavillons anglais, espagnols, danois. A l'une et il l'autre le sucre a valu une médaille d'or, accordée à M.M. GuioUet et Qiienesson, pour la .Martinique, au marquis de Rancougne pour la Guadeloupe. La séparation en deux industries distinctes, de la culture de la plante saccharilèreet de la fabrication du sucre, opérée dans plut ieurs usines de nos Antil le?, prépare une révolution économique et sociale. Dès à présent les centres de fabrication perfectionnée, où trônent les appareils de la maison Cail, obtiennent du premier jet des sucres en poudre d'une éclatante blancheur, qui peuvent entrer dans la consommation sans passer par la raffinerie.

Déchus de leur antique vogue par les ravages des ouragans, par les caprices de la mode et surtout par l'invasion de la canne, les cafés, les tabacs, les colons, les cacaos, étaient depuis quelque temps fort délaissés. Avertis par le spectacle des vicissitudes qui atteignent leur rivale, ils reprennent courage et aspirent à partager ses profits et ses honneurs. Dans les boutiques du promenoir circulaire, le public a pu goûter les conserves, les confitures, les légumes, les fruits de ces

pays privilégiés ; et les noms de MM. Guesde, Thébault - Noilct , de la Martinique, de Mme Toutoute, de la (iuadeloupe, ont acquis auprès des gourmets une vraie popularité.

Toujours en Amérique, mais sur le continent, la Guyaîie brille surtout par S3S bois aux belles dimensions, admirables degrains, de nuance, en variétés assorties suivant Ifs besoins, depuis l'ébénisterie de luxe jusqu'aux traverses de chemin de fer, jusqu'aux constructions de la marine. On remarque ausfi les sables aurifères de l'Approuague, dont on voit de jolies pépites, les roucous aux tons d'un rouge éclatant, les cotons, les cacaos, les girolles. L'herbier de M. Sagot fait cnt'cvoir une flore des plus riches.

De Cayenne, en franchissant r.'V'Iantique, nous abordonsau Sénégal. Pendant plusieurs siècles, le Sénégal a vécu sur le commerce des gommes qui découlent de l'é orce des acacias gercés par le brûlant /iennfl(/«H. Triées et classées, elles forment des assortiments qui en relèvent la valeur et en marquent les emplois. On leur associe, depuis plusieurs années, l'arachide, une graine très-oléagineusc, recherchée pour la tannerie.

En fait de nouveautés, il faut remarquer la fafetonne, aigrette soytuse de l'asclcpias gigantesque, remarquable par sou brillant et sa légèreté, qui s'allie parfaitement avec la soie, la laine et lecoton, et prend très-bien la teinture. Le colon, indigène dans le pays, ainsi que l'indigolier, a vu multiplier des essais, jusqu'à ce jour, mcdioL-rcment réussis : à leurs cotés les p'umes o'anlruche annoncent le voisinage du désert, et les bijoux travaillés ii Saint-Louis, non sans art, parles orfèvres noirs, révèlent les minesd'or du Bambouk, mieux connues qu'exploilées.

Parmi nos établissements de la Côte d'ur, le Gabon se signab par ses gommes copalcs, ses plantes médicinales, ses huiles, ses bo s de teinture etde construction, dont le commerce croissant, en grande partie personnifié dans la maison Régis, de Marseille, remplace les odieuses cargaisons d'esclaves que la barbarie des traitants qualifie, par uneinsullautc métaphore, de bois d'cbène. Les collections d'hisloire nalurelle de M. Touchard ont été distinguées par une médaille d'argent.

Dans les eaux de l'Océan indien, resplendit, comme une oasis florissante de verdure, l'île de la Réunion, autrefois (et encore aujourd'hui, dans le langage courant) nommée l'île Bourbon, sœur jumelle de cette autre Ile-de- France, chantéeparBernardin de Saint-Pierre, méconnaissable sous le nom de Mauriliiis. Ici comme aux Antilles, la culture et la fabrication du sucre sont l'industrie dominante, presque exclusive; source malheureusement trop intermittente de la fortune, de l'honneur, de tous les plaisirs que peut donner la colonie et de ceux dont l'Europe disi)Ose. Mais, malgré la maladie qui, depuis plusieurs années, sévit sur la canne, les colons, loin dedéserter la lutte, ont rivalisé d'ardeur. L'établissement

de Savannah a obtenu une médaille d'or, que lui disputaient de nombreux rivaux, parmi lesquels M. Anicet Orré a emporte une médaille d'argent. La même distinction a récompensé IM. Alphonse Fi'appier pour ses fécules de patate et ses cafés, ces cafés do Bourbon, longtemps si renommés pour la pureté de leur origine qui remonte aux provenances de Muka même, etqui, après avoir été trop longtemps délaissés pour la canne, reprennent faveur dans les cultures des planleurs. Ils y fleurissent à côté de la vanille, du cacao, du coton, du tabac, des fruits oléa. gineux, des vivres de toute sorte qui se partagent les rôles secondaires.

Comme entons les pays aimés du soleil où abondent avec le sucre, les liqueurs suaves et les fruits exquis, la Réunion fait un grand commerce de conserves , parmi lesquelles celles de M. Eugène Lacaze, qui se présentaient en échantillons très-variés, ont été récompensées par une médaille de bronze. A la Réunion, la culture des sciences, des arts, dos lettres occupe ou distrait les rares loisirs laissés à la pensée par l'activité des affaires. Les photographies de M. Azema, l'Album de M. Roussin, les roUections naturalogiques de MM. Lautz et de Cardemon ont été justement remarquées par le jury ou par les curieux.

Plus près delagrande île de Madagascarla France orientale du dix-septième siècle — Sainte-Marie, Nossi-Bé, Mayotte, prolongent, à l'ombre de notre drapeau, jusqu'au voisinage de l'Afrique orientale, notre commerce colonial, représenté par des écailles, descires, dos riz, des huiles, des bois, auprès desquels des sucres attestent le travail de l'homme civilisé venant compléter celui'dc la nature. Le nom de M. Lambert qui se remarque sur plusieurs échantillons, s'il est celui du duc d'Emyrne, rappelle l'énergie des luttes et des espérances.

Sur le continent asiatique, l'Inde françaiso a de plus antiques et imposantes traditions à conEerver. Ici, le sucre s'efface pour faire place à d'autres produits du sol et du climat, du travail agricole et de l'industrie manufacturière. Nous sommes dans les domaines de l'indigo, du riz, des graines oléagineuses, des toiles peintes, dites ijuinces, parce qu'elles sont destinées aux habitants de la Guinée et du Sénégal, où elles servent de vêtement et de moncaie. Les noms de MM. Perrotet et J. Lépine, honorés d'une médaille d'argent, rappellent de laborieuses et savantes recherches, entreprises au profit de la sériciculture, de l'acclimatation, de la botanique, de l'art jjharmaceutique.

Dans la colonie naissante de la Cochinchine, la race annamite se ressent du positivisme chinois; la folle du logis rêve peu de divinités; la main aime mieux s'appliquer à des œuvres plus utiles; elle guide le faufile dans les rizières; elle tisse la soie, le coton, le china-grass pour les vêtements de la famille; elle conduit les barques à travers le

méandre des canaux et des rivières qui baignent la contrée; elle prépare le poisson à desséclier; elle cisèle l'or et l'argent pour bijoux, fouille et incruste de nacre les meubles pour vendre au dehors ou orner la maison. A CES travaux des indigènes l'esprit européen vient apporter ses procédés et ses conseils ; il recueille avec curiosité les débris des antiques civilisations qui ont, à des âges inconnus, régné sur le pajs; dans la vitrine des arts libéraux se voient des peintures, des sculptures, des vestiges d'architecture qui font un singulier contraste avec l'art sans caractère de l'état actuel.

En pleine Océanie, le pavillon fiançais flotte sur la Nouvelle-Calédonie, sur Taïti et ses dépendances. Dans la première de ces colonies l'agriculture n'a pris possession de quelques parties du sol que depuis peu d'années; ses elTorti sont attestés par des cales et des laines. Le commerce des produits naturels est représenté par des huiles, des vins, par les tripangs, ou biches de mer, limaces des eaux salées, qui sont pour les Chinois blasés un metj délicieux. La science, qui est l'avantgarde de la colonisation, a la plus large part dans les apports de la Nouvelle-Calédonie ; ce sont les amples et beaux herbiers de M. Vieillard, honorés d'une médaille d'or, les colleclections d'histoire naturelle de MiM. Faucher, Deplanehe, Mévus, Garnier, dont la réunion révèle les plus précieuses ressources, sous le climat lep'us sain du monde.

■ Un peu plus avancée, parce que la date de son occupation est de dix ans plus ancienne, l'île de Tahiti se prévaut, — et elle a bien raison — des cotons de la compagnie Suarez, et de l'arrow-root de M. Bonnet, sans oublier ses huîtres perlières, et sej nacres, et ses tripangs et ses huiles de coco : autant d'appels au commerce de l'Asie et à l'industrie de l'Europe.

Placées pour la plupart dans les zones qu'échauffe et illumine un ardent soleil, les colonies françaisesprésontenlausimple coup d'œil une variété étincelante de couleurs qui se reflète sur toute l'Exposition. Bien vite le visiteur reconnaît qu'il est dans le pays des oiseauxmouches et des colibris, des fleurs éblouissantes et parfumées ; et il est assuré de découvrir partout la fantaisie, originale jusqu'à la bizarrerie, à côté des œuvres sérieusement utiles. Dans ce genre rien ne dépasse les fleurs de JlVl. Malidor et Desmoulins, composées non avec de ternes pétales de papier ou de mousseline, mais avec les plumes des oiseaux des tropiques, toutes diaprées de topaze et d'or, de saphir et de rubis. On n'imagine rien de plus vif et de plus élégamment joli.

Jules Duval.

Les petits Meubles.

La petite ébénisterie est le dernier mot de la tabletterie; elle ne peut aller plus loin sans envahir le domaine des Fourdinois, des Roudillon et des Sauvrezy; et nous croyons que ceux qui l'ont amenée au point de développement où elle est parvenue aujourd'hui sont beaucoup trop habiles et beaucoup trop sages pour s'engager dans une lutte d'où elle ne pourrait sortir qu'à son dam.

La noble et sainte chose quele progrès! A l'ouvrier l'artisan succède, et peu à peu les artisans se font artistes; l'art qui aujourd'hui crée des chefs-d'œuvre et des merveilles a commcLicépardes ébauches informes et grossières, produits des premiers tâtonnements d'un travail sans méthode, d'une industrie loutu personnelle qui n'était ni dirigée par l'expérience, ni éclairée par les procédés qui constituent les habitudes et les traditions du métier.

Le premier pas dans la voie du progrès est le plus dilficile à faire; mais dès qu'on est en marche et que l'élan une fois donné est pris, on ne s'arrête plus , il faut avancer, avancer toujours.

Quelle distance il y a entre la tabletterie autrefois renfermée dans la confection des menus objets de corne, d'os et d'ivoire, qui ne livrait à la consommation que des arlicles usuels et de fabrication courante, et l'induttrie des Tahan, des Sormani, des Moreau et des Leuchars! Autrefois les tabletiers abandonnaient à des spécialistes,- — ivoiriers, sculpteurs, graveurs, apprêteurs de laque et peintres, — l'exécution détentes les pièces de luxe ; aujourd'hui tout s'exécute sous leur direction ; les artistes ne sont plus que les traducteurs intelligents et habiles d'une idée conçue par un autre, et leur travail consiste uniquement à donner un corps et une réalité à des créations dont ils ne connaissent que les côtés dont la mise en relief leur est confiée.

Dieu nous garde d'enlever aux artistes la part d'honneur qui leur revient dans les chefs-d'œuvre de la tabletterie moderne, et d'en attribuer tout le mérite aux grands industriels dont ils sont les indispensables coopérateurs ; loin de nous une pareille intention; mais la grande harmonie qui règne dans toutes les parties de ces coffres à bijoux, de ces petits meubles coquets, de ces œuvres aux détails infinis, prouve que les artistes qui ont concouru à leur exécution n'ont pas suivi leur fantaisie propre, mais qu'ils ont obéi à une direction qui a donné à l'cnsenihlc cette variété de bon goût qui en constitue le caractère et le principal mérite.

Al. Talian,à qui nous devons de nombreux chefs-d'œuvre de tabletterie et qui est un des maîtres dans cette industrie de luxe, s'est

trouvé peu à peu à la gêne dans les limites où sa fabrication était enfermée : homme d'imagination et de goût, il se lassa de faire et de refaire des coffrets, des nécessaires de voyage, des caves à liqueur, des boîtes à cigares, des boîtes à jeux, à gants et des objets d'étagères, et se mit à dessiner et à faire exécuter ces charmants petits meubles qui sont devenus les compléments indispensables du salon et du boudoir.

Rien de plus merveilleux que les pièces dont son exposition se compose; ce sont autant de chefs-d'œ^uvre du goût le plus exquis et le plus pur qui semblent être l'extrême limite et le dernier mot de l'art.

Il y a là un petit guéridon en émail qui est une vraie merveille de coquetterie et de fantaisie élégante; un meuble Louis XVI en noyer, porte-cigares luxueux, offert par souscription à M. le baron lleeclseren ; ce meuble très-riche de fines sculptures, porte sur son panneau principal un paysage en marqueterie naturelle, remarquable travail de Wolker, un artiste très-éminent que par malheur nous avons perdu ; l'intérieur de ce meuble, portepipes et tiroirs destinés à recevoir le tabac, est du fini le plus merveilleux ; près delàeét une corbeille de mariage en ébène incrusté d'ivoire gravé; un bureau de femme en bois de rose avec garniture de bronze doré et médaillons peints par Fossev.

Ces petits meubles révèlent toute l'habileté de composition, le goût exquis et l'imagination inépuisable de M. Tahan auquel le jury a justement accordé Punique médaille d'or qui ait été donnéeà la petite ébénisterie.

Mais la pièce lapins remarquable, un vrai bijou, de celte exposition si riche et si coquette, est le bureau à cylindre en bois de marronnier et violette que représente notre 'gravure: ce meuble Louis XVI, dont le cylindre est quairillé de filets verts, nous semble le dernier effort de la petite ébénisterie. Il est impossible, en effet, de donner à un meuble une forme p"us gracieuse et plus légère, de le parer d'ornements plus fins et plus habilement distribués et de mettre une plus heureuse harmonie dans les détails et dans l'ensemble.

Nous croyons qu'on ne peut mieux faire, concevoir et réaliser une œuvre plus remarquable et plus parfaite; mais avec M. Tahan, on n'est &ûr de rien.

Piujsi'ER Poitevin.

Calderon.

(peinture anglaise,)

Tr'cs-hauU' cl Ires-puissanle..,. Approchez, princes et cardinaux, grands seigneurs et nobles dames, courbez-vous; et vous, troui-

pettes, sonnez; et toi, peuple, prosterne ton front dans la poussière.... Voici l'Infante!

C'est la fille aînée du roi don Philippe, troisième du nom, roi de Caslille et de Léon, roi d'Aragon, de Majorque et Minorque, comte de Barcelone, prince des Asturies, roi de l'oriugal et des Indes orientales, maître souverain du CLip lie Bonne- Espérance , de Calicut et de Zanzibar, des îles Philippines et de Tanger, roi de Njples, de Sicile et de Jérusalem, duc de Jlilan, comte de Roussillon et de Cerdagne, empereur du Mexique, du Texas et des Flurides, de Cuba, de la Jamaïque, de Porlo-Iiico et de la moitié de Saint-Domingue, propriétaire de Guatemala, du Tamaulipa et de Chibuahua, du Nicaragua, du Honduras etduCosta-Kica, parties de l'océan Pacifique et del'ccéan Allaniique, dont les clefs sont à Panama, seigneur et maître du Pérou, du Chili, de Buenos- Ajres et du Brésil, qui ferme à qui bon lui semble les embouchures de l'Orénoque, des Amazones et du Rio de la Plata, — don Philippe enfin, le plus illustre représentant de Dieu sur la terre après le vicaire de Jésus- Clii'ist.

Cette ilUisli'e Infante est sa fille, — sa fille aînée sans doute, la fameuse Anne d'Autriche. Je la reconnais. Elle a treize ans à peine, un peu moins peut-être, mais elle est déjà belle, grasse et potelée, pleine de santé, de force et de désirs , comme une reine et

comme une enfant. Elle a les mains jointes et s'avance vers la chapelle, déjà suivie d'un nombreux et brillant cortège. Derrière elle

MEUBLE DZ M. TAHAN. — Dessin de M. ThioUet.

marcbentàpas comptés les ducs et les princes de l'Église. Le respect la précède et l'étiquette la suit.

Si ce n'était l'absence du fiancé, je croirais qu'on la marie. Et, encore, le fiancé lui-même sera si peu nécessaire! Vous le connaissez.

C'est ce triste Louis Xlll, fils d'une grosse Italienne mal famée, qu'on soupçonne d'avoir trempé dans l'assassinat d'Henri IV.

La mère est une vieille femme odieuse, sans esprit, sans beauté, sans grâce, hargneuse, ingrate et lâche, toujours esclave de ses domestiques, ennemie de son mari et de ses enfants.

D'une telle mère que pouvaitil naître, malgré le mélange du sang français d'Henri IV? Un fils morose et triste, sans gaieté, sans esprit, sans audace, esclave de ses ministres comme sa mère le fut deConcini, mais du moins sachant les choisir, et puisque la nature l'avait destiné à obéir, ne voulant pour maître qu'un Richelieu.

Triste mari que celui-là, qui est à peine un homme ! Mais personne ne lésait encore. Il est si jeune ! A peine l'âge de sa future femme ! Il commence à élever des oiseaux avec Lujnes, son futur connétable, un joli garçon bien fait, insinuant et doux qui saura pousser sa fortune, et jeter par terre le Concini.

Louis XIII n'a fait encore tuer personne, ni l'Italien Concini, amant de sa mère, ni Chalais, ni Montmorency, ni son ami Cinq- Mars, ni les ennemis de son grand cardinal Richelieu. Enfin il est roi de France et fils aîné d'Henri IV; c'est quelque chose.

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iiiiiilfnl.ï

BEAUX-ARTS D'ANGLETERRK. — LA TRES-HAUTK, HOBIS. El PUISSAiNÏË GRACE, tableau de M. Calderon.

L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1867 ILLUSTRÉEr

D'ailleurs, l'Infante vaudra-t-ellemieux?

Elle est née du sang d'Autriche et d'Espagne ; triste recommandation. Son père, Philippe III, est un mannequin couronné, dont la monarchie marche encore, poussée

par l'élan vigoureux de la grande Isahelle, et de Charlcs-Ouint, mais déjà essoufflée et ruinée par Philippe II, son grand-père. Ce Philippe II est l'âme la plus Bomhre et la plus étroite du seizième siècle. Il n'a brillé

qu'un instant, le jour de Lépante, quand sa flotte, unie à celles de Venise et du pape, détruisit la flotte turque et rassura la chrétienté. Tout le reste de son règne n'est rempli que de noires intrigues et de sang

ORPHEE, tableau de M. Uustavo Horeau.

versé sur les champs de bataille et sur les échafauds.

Ce roi dénaturé a fait tuer son fds. Un brave soldat, Egmont, lui gagnait des batailles; il lui fait couper la tête. Un autre, le duc d'Albe, lui a donné le royaume de Por-

tugal; il meurt disgracié. Son frère naturel, don Juan, a vaincu les Turcs; il le fait empoisonner. Son secrétaire, Antonio Perez, a ses secrets; il le poursuit et veut le faire tuer. Dans toute l'Europe, c'est au meurtre et à l'incendie qu'on reconnaît le passage de ses

armées. L'ingratitude est le moindre de ses vices.

Un peu de sang allemand, lymphatique et doux, adoucit l'âcrelé du sang d'Espagne dans les veines de l'Infante. Elle est blanche, fraîche et rose avec de belles mains qui an-

noncent la mollesse et la sensualité. Qu'elle grandissej qu'elle se développe, et nous la verrons briller à la cour de France^ écouler le beau Buokingham, sourire au brave Montmorency, encourager BcUegarde. Rien n'est trop c^aud ni trop froid pour cette grosse femme sans cervelle quicroitêtrela plus belle du monde, et que ses amies encouragent à faire C':nt sottises.

Qu'elle rende grâce au ciel nui lui accorde bien tard le bonheur d'être mère. Si son fils était névingt ans ])lus tût, Richelieu aurait l'ait mettre la reine au couvent. Mais quoi I Le trône a besoin d'un héritier. Gaston d'Orléans n'a que des filles et lamaison de Bourbon va s'éteindre. Richelieu ferme les yeux et prend patience.

Et quel heureux destin l'attend! Débarrassée de son mari et de l'effrayant cardinal, elle sera régente et maîtresse à son tour, ou du moins elle pourra choisir son maître. Le voici déjà qui s'avance, souriant, gracieux, rampant, rusé, souple comme la couleuvre. C'est le fils de PietroMazar ini dePalerme, le beau Guilio. Ses poches sont vides, povero! mais fiez-vous à lui du soin de les remplir. .Mettez-le seulement ii l'œuvre avec son ami Pasticelli, un autre coquin d'Outre-Monts, ces deux sangsues ne laisseront pas à la France une goutte de sang. •

Voilà l'avenir.

Voici le présent. Une belle petite princesse, bien fraîche, bien rose, bien innocente, bien pénétrée de son importance, élevée par les jésuites et croyant de bonne foi que le ciel, la terre et les quatre éléments n'ont pas d'autre mission que de faire sa volonté.

Derrière elle traîne sa queue portée par deux duchesses, Ossuna sais doute et îMedina-Sidonia. Après l'Infante elles tiendront la première place dans la cérémonie.

Leur grand'mère était peut-être la belle Chimène, la fille du comte de Gormaz et l'amante du Cid. Elle vivait dans son château inaccessible, perché sur le haut rocher de la sierra d'Espadan qui regarde vers Valence et la mer. C'est là que filant, cousant et tricotant avec ses chambrières, elle attendait le retour du Cid invaincu, si redouté des Maures.

C'est là que le roi don Alphonse envoyait ses ambassadeurs faire réparation au Cid et le prier d'oublier les anciennes injures et de combattre avec lui le terrible Yousouf, émir des Almohades.

Ce beau temps est passé. Le Cid est mort. Tous les héros sont morts ; les uns en Afrique en combattant Birberousse, d'autres en conquérant le Mexi(:[ue ou le Pérou avec Fernand Cortez et Pizarre; d'autres en Italie avec don .4ntonio de Leyva et Gonzalve de Cordoue.

Les vieux barons, flers et indomptables, ont fait place à une génération nouvelle, polie, soumise et basse. Le Cid, Cortez et Pizarre sont remplacés par de beaux gentils-

hommes vêtus de soie et de velours, qui n'ont rien conquis, si ce n'est peut-être à coups de quadruples le cœur d'une jolie fille de Madrid ou de Tolède, ou à coups de compliments et de dragées celui des nobles dames.

Et si d'avenUire on s'enqin"te Qui m'a valu cette conquête, C'est l'allure de mon cheval, Un compliment sur sa mantille El la drapée à la vanille Par un beau jour de carnaval.

Ces vers d'Alfred de Musset ne sont-ils pas justement faits pour ce beau cavalier, qui fait de si belles révérences et (si l'on en juge par sa physionomie souriante) des compliments si gracieux aux dames du groupe qui suit l'Infante. A coup sijr c'est don iMalhias de Silva, à moins que ce ne soit don César de Moncayo.

Mais enfin c'est la place d'un courtisan de suivre les infantes et de dire des douceurs aux dames. En revanche, que font là ces deux cardinaux en robe rouge qui font partie du cortège ? A leur âge ! n'ont-ils pas de honte! A moins que l'un d'eux ne soit le cardinal duc de Lerme, premier ministre, et, en effet, c'est le rôle d'un premier ministre et d'un prince de l'Église de marcher gravement derrière l'Infante pendant que la monarchie se gouverne toute seule.

Et pliîtà Dieu que tous les premiers ministres étant ainsi occupés, les affaires humaines eussent la permission de s'arranger sans le secours de leur génie et de leurs profondes combinaisons pofrtiques ! Ce ne sont pas les bourgeois, ni les ouvriers, ni les paysans qui mettent le feu aux villes et ravagent les campagnes; ceux-là, par tous pays, ne demandent qu'à vivre libres et à travailler en paix.

Quant à ces Seigneurs qui baissent la fête avec respect sur le passage de l'Infante, il est clair qu'ils doivent appartenirà la magistrature ou au sénat, et tenir le premier rang à l'assemblée des Cortès. Leur gravité me plaît, relevée comme elle l'est d'ailleurs par les faces bouffies des joueurs de clarinette qui soufflent dans leurs instruments pour célébrer le grand, le glorieux, l'immortel passage de l'Infante dans la galerie du Palais. Ces braves musiciens, honnêtes, consciencieux et célébrant par des fanfares celui qui les fait désaltérer à l'office, ressemblent trait pour trait, aux démocrates allemands de M. de Bismark. Ceux-ci, je vous en réponds, ne feront jamais de barricades. Il vaut bien mieux boire de la bière, manger des saucisses et embrasser derrière la porte la grosse Gretchen, quoiqu'elle sente un peu le graillon .

Alfued Assollant.

Gustave Moreau,

M. Moreau, élève de M. Picot, exposa à plusieurs reprises, notamment en 1855 et en 1858, de vastes compositions très-mouvementées, danslamanière d'EugèneDelacroix.

Mais ses œuvres ne furent bien remarquées qu'à partir du Salon de 1864, où il exposa VOEdipe, après huit années d'abstention.

^Celte toile remarquable appartient au prince Napoléon.) En 18tin, Jason et Médée, et l'Allégorie siir lamnrt, en 1 8()6, la /Hor( d'Orphée et celle de Diomhle n'ajoutèrent rien à sa réputation .

La meilleure production de M. Moreau, VOEdipe et le Sphin.v^ dénote bien le caractère de son auteur. C'est un peintre énigmalique, peu intelligible, même pour ses admirateurs les plus fervents. Que signifie ce mât de Cocagne, chargé de bibelots multicolores, qui se dresse derrière Jason et Médée? Quel est le sens de Ci3tte étrange allégorie sur la mort de Chassériaut, qui figure à l'Exposition Universelle ?

L'intention de M. Moreau, dans cette dernière composition, nous est révélée par une inscription microscopique, dans le coin à gauche. Elle ne dit pas grand'chosc, mais c'est assez pour permettre de donner un sens à ce rébus d'un nouveau genre.

Chassériau lut d'abord élève de Ingres, et comme tel adepte de la ligne; M. Moreau débuta naturellement dans la même voie au sortir de l'atelier de M. Picot, peintre ultraclassique. Puis Chassériau, transfuge du camp iiigriste, fut se ranger sous la bannière, alors romantique, d'Eugène Delacroix, exemple fidèlement suivi par M. Moreau. Toutefois dans les années qui précédèrent sa mort prématurée, l'élève de Ingres semble se repentir de ses audaces et viser à rentrer dans le giron de l'orthodoxie. C'est de cette époque que datent plusieurs dessins, dont les formes grêles, à force d'élégance, et le style mixte sont empruntés simultanément aux Mantegna, Costa, Botticelli et Signorelli'. M. Moreau suivit l'exemple de son ami et adopta la même manière.

Renonçant à une préoccupation, peut-être excessive, de la couleur, il s'est cru destiné à réaliser cette sorte de rénovation de l'art, remontant à sa source, que rêvait son précur-

1. Ttiéodore Giiassériau, né à Samana (Amérique espagnole), en 1819, de parents français, fut étève de Ingres. Ses œuvres les plus connues sont le Tepidarium (musée du Luxembourg) et la chapelle de Sainte-IVlarie l'Égyptienne, à Saiut-Merry. Il mourut vers la fin de 1856, alors que sa carrière artistique s'annonçait sous les plus brillants auspices.

2. Andréa Mantegua était à l'apogée de son talent en H88 (École vénitienne), Lorenzo Costa en 1509 (École ferraraise), Sandro Botticelli en 1490 (École florentine), et Luca Signorelli, même temps et même école.

n'ur au momciitoi'i la nidi't était verni le frapper.

Grâce à ces renseignements, l'allégorie sur la morts'explique assez facilement. Le jeune homme qui se couronne de fleurs jaunâtres (peut-être d'immortelles), devient le symbole de M. Moreau ; la même idée se rattache à l'oiseau bleu, à sa droite, sorte de Phénix renaissant de ses cendres ; tandis que le petit génie, au premier plan à gauche, rallume le flambeau du grand art. Il ne manque qu'une banderole avec la légende semper redivivus.

Malgré l'intérêt en quelque sorte individuel qui s'attache à VAllé(joric, nous lui préférons la Mort (rOrplu'c, bien que la jeune fille ressemble à une madone ombrienne, et la tête d'Orphée à celle d'un martyr décapité, ou plutôt précisément pour celle raison; il s'exhale de cette toile un parfum de mysticisme qui plaît toujours, même de seconde main. Mais pourquoi joindre à ces chairs d'un jaune d'ambre toulde convention, particulièrement aux maitres primitifs, des draperies et un paysage d'une intensité de coloris toute moderne?

Il y avait sans doute du bon dans la réforme tentée parM. Moreau. Dans toute société en décadence artistique, il existe une minorité qui cherche à réagir dans le sens de la simplicité primitive; c'est à celle-là que son œuvre s'adressait. Si VOEdipe ne semble pas avoir fait école en ce sens qu'on n'en retrouve aucune trace dans les œuvres des débutants, il n'en est pas moins incontestable que deux peintres déjà arrivés, M. Baudry dans sa Diane (Salon de 1865) et M. Lévy dans le faire de certains accessoires, ont manifestement subi son influence. C'est là un fait qui assigne une importance réelle à l'apparition de VOEdipe, et les futurs historiens de la peinture, en France, au dix-neuvième siècle, en tiendront assurément compte. Le manque de sincérité, ou, si on veut, de personnalité, c'est là le défaut capital de la manière de comprendre l'art adoptée par M. Moreau.

Il ne peut ignorer de bonne foi, comme les maîtres du quinzième siècle, que Jason ou OEdipe n'avaient rien de commun avec les saints Jean, et les autres anachorètes auxquels il fait jouer leur rôle. Sa répugnance à se conformer textuellement aux types traditionnels que l'antiquité nous a transmis, n'a rien que de fort naturel. Maintenant que l'art n'est plus une sorte d'écriture destinée à rendre sensible un dogme plus ou moins abstrait aux yeux des masses ignorantes, l'asservissement à un type immuable est funeste : témoin l'école de David.

Mais c'est là précisémentl'écueil de M. Moreau, et, faux pour faux, je préfère celui qui ne choque pas l'archéologie. Lanature vivante, dont l'imitation reste quand même un des premiers objets que l'art doit chercher, ne peut apparaître à M. Moreau que par ricochet, voilée par une première interprétation, celle

des Florentins du quinzième siècle, dont il se l'approche.

Il est clair qu'il ne peut se procurer des modèles vivants dans un milieu analogue à celui des individus qui posaient pour Boticelli et ses émules. M. Moreau en est donc réduit, ou à se passer absolument de la nature, ou la reproduire obstinément différente de ce qu'il la voit. Alors il en advient de sa peinture, à peu près comme de celle qu'on montrait u:i jour à Micliel-Ange en lui demandant son avis : « C'est bien fait, dit-il, mais je me demande comment celte peinture se comportera au jour du jugement dernier, quand tous les corps ressai-iront leurs membres. 11 ne restera rien sur celte toi!e. »

C'estbien regrettable pourun artiste comme M. Moreau, qui, dit-on, n'a d'autre mobile que l'amour de l'art et de la gloire.

Sms doute ce n'est pas là un talent vulgaire, mais il émane d'un principe faux, et c'est une grave erreur que de prétendre retrouver en 18CT, la naïveté des maîtres de 1 167.

Li:oN Scribe.

Industrie du bronze. — Imitations.

De toutes les industries parisiennes, celle du bronze est peut-être la plus considérable et c'est à coup sûr une des plus intéressantes. Elle occupe de nombreux ouvriers, met en mouvementdes capitaux énormes et donne lieu à des exportations dans tous les pays, pour un chiffre important. Ce n'est pas ici la place de descendre dans les détails decette statistique, malgré tout l'intérêt qu'elle peut offrir, et il nous suffira de la signaler à l'attenlion de nos lecteurs.

L'industrie du bronze confine à la métallurgie d'un côté et à l'orfèvrerie de l'autre. Elle emprunte à l'une ses procédés de foute, ses matières premières, principalement le cuivre et le zinc, et elle dispute à l'autre le gotit artistique, le choix des sujets, le ciseau du sculpteur, le marteau du modeleur, la recherche de l'ornemaniste et l'application en grand des éclatantes couleurs de l'émail.

Avant d'aller à l'Exposition admirer les chefs-d'œuvre de cette industrie, nous avons voulu visiter un des principaux établissements d'où plusieurs et des plus remarquables sont sortis. C'est rue de Lancry que sont situés les ateliers de la maison Barbedienne qui occupe près de cinq cents ouvriers, dont quelques-uns sont de véritables artistes. Cependant les artistes créateurs ne figurent naturellement pas dans ce personnel. Des sculpteurs célèbres, des dessinateurs habiles, des peintres, des ciseleurs élaborent dans leurs propres ateliers, les

œuvres qui doivent recevoir chez M. Barbedienne une exécution pai faite. Cette exécution nécessite encore des travaux très-compli. qués et très-délicats.

A côté des œuvres magistrales, des statues, des groupes, des sujets compliqués, on exécute chez M. Barbedienne mille objets dont le prix est aceessib'e aux fortunes modestes et qui concourent à l'ornement des intérieurs.

Ainsi, des pendules, des coupes, des garde-feu, des candélabres, des flambeaux, des accessoires de bureau, d'un dessin trèspur, d'ungoûl irréprochable, Eorlentdeces ateliers et font nue lieuriuse concurrence aux lourds produits de la bimbeloterie et de la quiucalFerie.

Au point de vue spécialement artistique, ce qui nous a le plus frappé chez M. Barbedienne, c'est la production de ces fameux émaux cloisonnés pour lesquels les Chinois se sont fait une si grande renommée. Nous avons vu presqueentièrementachevé un grand vjso étrusque auquel divers ouvriers travaillent depuis deux ans et demi. Il a fallu faire d'abord le moule de ce vase dont le dessin, si simple qu'il paraisse, a coûté quelque peine à l'artiste. On a ensuite coulé le bronze dans le moule, puis sur ce bronze on a, soit à l'aide du marteau, soit avec le ciseau, tracé les capricieux dessins destinés à recevoir l'émail. Enfin, dans les cloisons de ce dessin compliqué, on a versé les couleurs à base minérale qui doivent acquérir, au four, l'éclat et le poli de la porcelaine. Chaque nuance exige une cuisson sep;rée. Il faut donc faire passer par le feu ce vase autant de foi i que le dessin comportede couleurs différentes. Maischaque fois qu'il entre dans le four et qu'il en soit, l'objel peut s'altértr. Quelquefois le feu sera trop violent, d'autres fois il sera trop faible, tantôt les lois de dilatation et de réfraction, agissant différemment sur le bronze et sur l'émail, feront éclater ou écailler celui-ci, tantôt un courant d'air froid produira le même effet. Plus la pièce à exécuter est grande, plus les dangers sont nombreux, plus le risque à courir est important. Mais grâce à la bonoe disposition des lieux, grâce à un outillage excellent, grâce à la surveillanceinceasante du maître et à l'intelligence dévouée des ouvriers, ces difficultés sont surmontées, et elles sont presque sûrement évitées lorsqu'il s'agit de pièces ordinaires.

Maintenant que nous savonsun peu au prix de quels soins, de quel travail et de quelles dépenses les belles pièces de bronze et les beaux émaux peuvent être fabriqués, voyons un peu à quels résultats les exposants français sont arrivés. Et d'abord, puisque nous venons des ateliers de M. Barbedienne, arrêtons-nous devant les œuvres qui en sont sorties.

Voici deux femmes style Renaissance en bronze, dont l'une est due au ciseau de M. Falguiérc, l'autre à ^]. Paul Dubois, comme nos

BRONZES DE M. BARBEDIENNE. — Dessin de M. Bocouri.

lecteurs peuvent en juger par eux-mêmes. Ce dessin est très-pur et les lignes en sont harmonieuses. L'exécution ne laisse rien à désirer. Posées sur des socles de marbre et portant un candélabre, elles forment une belle paire de torchères et semblent destinées à orner un palais. Elles ont en effet été achetées par l'Empereur.

Nous avons retrouvé un beau groupe représentant l'épisode de Petus et d'Aria tiré de l'histoire romaine. Nous l'avions vu à Londres en 1862, mais depuis celte époque le bronze a pris une nuance, une patine qui rappelle les plus belles pièces de la Renaissance.

Des glaces dont la monture en bronze est un chef-d'œuvre, des lustres, des statues, quelques objets d'un usage plus bourgeois, par exemple une ravissante garniture de cheminée, des flambeaux, des coupes arrêtent à chaque instanll'attention. Les pièces capitales de l'exposition do M. Barbcdienne sont une belle coupe et un coffret recouverts d'émaux cloisonnés, d'une merveilleuse harmonie de tons, d'une grande richesse de couleurs, sortis sans aucun défaut des nombreuses préparations qu'ils ont dti subir.

11 faut citer encore quelques pièces de haute orfèvrerie , des coupes en argent massif artistement ciselées et e fin un coffret de bronze rehaussé d'ornements d'or et d'argent qui est certainement l'œuvre la plus remarquable de celte magnifique exposition.

Assurément si M. Barbedienne par ses précédants succès n'avait pas été hors de concours, ses concurrents auraient eu beaucoup de peine à lui disputer le premierprix. Nous allons cependant noter tout à l'heure des œuvres recommandables sorties d'autres ateliers, mais comme ensemble de travaux, comme diversité, comme perfection dans chaque branche de son industrie, M. Barbedienne marche assurément au premier rang.

L'exposition de M. Denière est très-remarquable. Il faut noter surtout un groupe en cuivre fondu et ciselé représentant r.4mour qui se confie à l'Amitié. L'auteur, M. Carrié, a trouvé dans la maison Denière un habile exécuteur de sa conception.

Arrêtons-nous encore devant cette pendule qui supporte un joli buste de femme personnifiant l'automne avec deux enfants vendangeurs pour achever la garniture de cheminée. La tête de femme est de M. Carrié et les enfants sont dus au ciseau de M. Moreau.

Parmi les autres exposants nous avons à mentionner M. LeroUe dont les beaux produits en bronze couleur cuivre, les uns en style Renaissance, les autres en style Louis XVI sont des plus recommandables.

M. Gustave Levy a exécuté une figure de grandeur naturelle .due au sculpteur Pollet

et représentant la nuit. C'est un très-beau travail.

MVI. Raingo frères ont divers objets trèsremarquables. 11 en estdemêmedeM.M. Julei Graux, Auguste Lemaire, Blot et Drunard, Charpentier, etc.

En somme l'ensemble de ces expositions diverses établit la supériorité de l'industrie toute parisienne des fabricants de bronze sur leurs compétiteurs étrangers.

llyacependant quelques belles pièces dans 1 exposition prussienne et autrichienne, mais elles sont fort loin de pouvoir rivaliser avec les produits français.

Pour que cette revue de l'industrie du bronze fût comp'ète, il nous faudrait la suivre dans toutes les applications qu'on en fait dans d'autres industries, et notamment dans la fabrication des meubles, des lampes, et pour la monture des porcelaines. Il nous faudrait aussi parcourir ces belles galeries de l'Histoire du travail où tant de bronzes curieux et magnifiques sont exposés, depuis l'époque gallo-romaine jusqu'à nos jour,-'.

Mais l'espace qui nous est accordé ne nous permet pas de donner à notre travail un pareil développement.

Tout au plus pouvons-nous signaler comme digne d'attention et d'encouragementdes imitations de bronze assez bien exécutées et qui, sans pouvoir aspirer à remplacer ce beau et sérieux métai, consolent les petites bourses de son ahser.ce, en mettant à leur portée des sujets gracieux et des copies des grands artistes.

On a également obtenu des résultats satisfaisants par un alliage de cuivre et d'aluminium. Mais, pour les œuvres d'art, ce composé ne saurait lutter avec le bronze, et pour les objets d'un usage journalier, on lui préfère toujours le métal argenté par le procédé électro-magnétique de la maison Christofle. En sommel'industrie du bronzea été, comme on le voit, largement et dignement représentée à l'Exposition dans toutes ses manifestations si multiples et si variées.

Gdstave Naquet.

La Rue d'Angleterre.

La rue d'Angleterre, une des plus larges et des plus belles du Palais, décrit à peu près un quart de cercle : par une de ses extrémités, elle confine au Parc, et par l'autre, à la Galerie des Beaux-.-irls.

Si vaste qu'elle soit cependant, celte rue n'ist qu'une très-minime partie de l'espace qu'occupent à l'intérieur les innombrables

spécimens exposés par l'industrie de la Grande-Bretagne; mais elle est entre toutes les sections du Palais concédées à l'Angleterre, la plus remarquable par la magnificence, l'éclat, la richesse et la variété de ses produits.

Pour y arriver, en sortant du Parc, ou traverse la Galerie du travail et l'on passe devant une magnifique tour à chariot cl une machine à mortaiser, deux chefs-d'œuvre, qui ont mérité une médaille d'or à MM, Shepherd. Hille et Cie, de Londres.

L'ingénieuse machine à peigner la laine, donlM, Jamei Fcrrabée est l'inventeur, est en mouvement, arrêtons-nous et regardonsla fonctionner; en un quart d'heure nous la verrons faire plus de besogne que dix ouvriers armés des plus larges cardes n'en pourraient abattre pendant une longue journés de travail.

A l'entrée de la rue d'Angleterre, àgauclie, on a installé les beaux produits métallurgiques de M. Johnson Matthey, de Londres: dans celte magnifique exposition, les objets qui attirent plus particulièrement et plus vivement l'attention, sont des chaudières en platine, fabriquées d'une seule pièce au moyen d'une soudure autogène.

Le jury, pour constater le mérite de cet éminent métallurgiste, lui a accordé deux médailles d'or; une pour ses procédés spéciaux dans le traitement des métaux précieux, une autre pour le traitement du platine. Une médaille d'argent.lui a été en outre départie, pour ses produits chimiques et pharmacèuliques.

Si nous trouvions le nom de M. Johnson Matthey parmi ceux des exposants qui se croient en droit de se plaindre des décisions dujury, nous l'avouons, rien ne pourrait égaler notre surprise.

Nous voici arrivés devant les draps et les lissusdes différentes contrées manufacturières de la Grandc-Brclague, Tous ces produits, sans exccjition, sont remarquables par leur éclat et leur belle apparence.

Les lissusmélangés de MM, Aspinal frères ; les draps pour paletots et les tissus de laine de M, Hai'greave; les beaux tissus de poil de chèvre, d'alpaga cl de cachemire, pour manteaux, de MM. J. Walkerpère et fils sont des produits fabriqués avec soin et qui méritent la médaille d'argent qui leur a été décernée ; nous ne doutons pas, toutefois, que dans la travée cjui confine à la rue que nous parcourons, l'.'ingleterre n'ait exposé des tissus de laine peignée et de laine cardée d'une exécution et d'une qualité supérieures; mais ils sont hors de notre portée et échappent à notre appréciation.

Nous signalerons cependant les magnifiques tissus de M. J. Alkroyd, d'Halifax,, ceux de Bradford, et les belles draperies du sud de l'Ecosse et de l'ouest de l'Angleterre; nous les avons admirées dans une de nos libres promenades, à travers le Palais, et

nous avons appris avec un véritable plaisir qu'une médaille d'or en a justement (.onslalé le mérite et sanctionné la supériorité, au point de vue de la fabrication.

Dans une espèce de carrefour formé par une solution de continuité delà rue d'Angleterre, coupée par deux voies latérales, on a établi une étagère à huit pans dont la conslruction est fout à fait originale : cbaque pan a deux faces opposées d'un mètre de hauteur et de cinquante centimètres de largeur; toutes sont divisées enrayons égaux sur lesquels sont rangées les œuvres de tous les grands écrivains, poètes, philosophes et historiens de l'.'Vngleterre. Sous ces seize vitrines hermétiquement fermées, ce n'est pas, bien entendu, une exhibition de belles éditions de Londres ou d'Edimbourg qu'on a voulu faire, mais une exposition complète de toutes les espèces de reliures.

Nous avons vu souvent autour de cette étagère bon nombre de braves gens qui devaient être du métier; à leur façon de regarder, il était facile de les distinguer des simples curieux. Si l'Angleterre n'eût pas chaque dimanche recouvert d'une toile épaisse tous ces beaux spécimens d'une industrie où elle excelle, nul doute qu'une foule de nos bons ouvriers ne s'y fussent rendus en pèlerinage.

Cette vitrine à huit pans, sur laquelle on a placé un fort beau buste de Shakespeare en bronze doré, produit au -milieu de la rue un effet assez pittoresque.

Tout près de là, les riches dentelles de M. Jacoby de Nottingham et les mngniPiques tulles brochés de MM. Heymann et .\lexander se font via-à-vis.

Nottingham n'est pas déchue de sa réputation ; elle a pour sa fabrique de tulles obtenu la médaille d'or, etMM. Heymannet Alexander, qui peuvent revendiquer une part de cette distinction, ont personnellement reçu la médaille d'argent.

Nous voilà en pleine cristallerie ; à gauche brillent, scintillent et miroitent les magnifiques produits de MM. Powell et fils, à droite ceux de M. Dobson de Londres. Contentonsnous d'admirer ces deux expositions splendides qui ont mérité la médaille d'argent à chacun de ces notables industriels ; et mettons-nous, s'il se peut, au pointdevue anglais pour n'avoir pas à relever ce qu'un grand nombre des principales pièces exposées par ces fabricants peuvent avoir de lourd dans la forme, de peu harmonieux dans l'ensemble et d'imparfait ou de heurté dans les détails.

En face d'un troisième fabricant de cristaux, M. James Green de Dublin, qui a, lui aussi, exposé de remarquables produits, se trouvent les trois plus riches vitrines de l'orfèvrerie anglaise, celles de .M. Elkinglon, de MM. Hunt et Roskell, et celle de M. Hancock,

Trois médailles d'or leur ont été accordées;

et la beauté et la perfection des riches produits qu'ils ont exposés méritaient à chacun d'eux cette haute distinction.

Certes, on ne saurait trop admirer le magnifique bouclier en argent repoussé où M. Elkington a fait retracer par un artiste, que nous soupçonnons d'être Français, les plus remarquables épisodes du beau poëme de Milton : il y a tout un monde de personnages dans ce cadre resserré. Et quelle merveilleuse composition! La pensée, le sentiment, la poésie, tout ce qui révèle le grand artiste est là. On ne pouvait traduire Milton avec plus d'éloquence, de mouvement et de chaleur.

A eùlé, dans la même vitrine, est exposé un vase d'argent massif, qui a été acheté par l'Empereur. Il est d'une forme très-belle et très-pure; et l'artiste qui l'a exécuté pourrait très-bien aussi être un compatriote. Qu'on ne suppose pas que nous émettions cette opinion pour diminuer le mérite de M. Elkington; non, la première qualité du chef d'une importante industrie, c'est non-seulement de savoir diriger ses ouvriers, mais de savoir choisir ses coopératcurs; et nous ne voyons rien que de très-heureux dans la franche association des riches industriels anglais avec ceux de nos artistes que le trop plein de Paris a forcés de s'expatrier pour travailler et pour vivre.

L'exposition de MM. llunt et Hoskell est particulièrement remarquable par l'importance, la richesse et la belle exécution de tous les objets d'art sortis de leurs ateliers.

Leurs deux vases, argent et vermeil, leur bouclier Outram, leur groupe de cerfs, leur vase et leurs deux groupes en argent oxydé, leur couverture de missel en platine repoussé, sont autant de chefs-d'œuvre.

Mais ce qui attire les regards de la foule et ce qui excite le plus vivement l'admiration de nos plus grandes dames, c'est, il faut bien le dire, la magnifique collection de diamants, d'émeraudes, de saphirs et de perles, détachée de l'écrin tout royal de la comtesse de Dudiey.

Les produits de M. Hancock, placés à côté de ceux de M. EIkington, semblent en être la suite et le complément; et bien loin d'en souffrir, ils empruntent un nouveau relief de ce redoutable voisinage.

L'élégance et la belle exécution des modèles que cet industriel a livrés àl'appréciatiou des innombrables visiteurs qui se sont succédé au Champ de Mars, devaient infailliblement attirer l'attention des juges les plus compétents; nous comprenons donc que l'Empereur se soit arrêté là plusieurs .fois, que l'embarras du choix l'y ait ramené, et qu'il ait enfin accordé la préférence à deux splendides candélabres qui n'ont pu être exécutés que dans la prévision qu'il leur serait accordé une place d'honneur dans un royal domaine.

A quelques pas de là, M. Leuchars a exposé les plus beaux et les plus riches spé-

cimens de sa iTiaro(]uinerie. Nous reviendrons, dans un article spécial, sur ces produits qui se distinguent par les mérites d'une exécution toute nationale.

Les cheminées en marbre d'imitation, de -M. Fergusson, méritent d'être signalées: leur foyer en fer poli a le magique éclat des beaux calorifères établis dans les salons de la riche bourgeoisie du Nord : mais le prix fixé par le constructeur en exagère à nos yeux la valeur et en diminue considérablement le mérite. Il faut être trois fois millionnaire pour se chauffer à un pareil foyer.

Dans deux carrés ménagés à droite et à gauche de la rue que nous parcourons, on a réuni toutes les publications périodiques qui ont circulé en 1 86(1 dans les trois royaumes. Elles excèdent de beaucoup en nombre celles qui ont étépuliliées en France dans la même période ; mais nous doutons qu'elles aient eu une action aussi puissante sur les esprits en Angleterre et à l'étranger, que nos modestes carrés de papier en ont eu partout où ils ont pénétré.

Cette exhibition, sans utililéaucune, nous semble trahir d'une façon tout-à fait maladroite, la vanité que nos aimables voisins mettent dans tout ce qui émane d'eux et porte leur marque de fabrique.

A l'extrémité de la rue d'Angleterre, la société biblique de Londres a établi une étagère à douze compartiments mobiles, où elle a classé de très-beaux exemplaires de la traduction de la Bible en cent soir.anle-Ireize langues. Pour un philologue et un chrétien cette exposition l'emporte en beauté et surtout en utilité morale sur toutes les autres, et si le premier applaudit de l'esprit aux efforts des lettrés anglais, qui ont multiplié ainsi la parole de Dieu, l'autre applaudit du cœur aux travaux accomplis par les missionnaires auxquels rien n'a coûté et ne coûte encore pour la répandre et la propager.

Nous ne croyons pas qu'on puisse trouver parmi ceux qui colportent l'Évangile et le distribuent par fragments au Champ de Mars, un seul des apôtres qui, au péril de leur vie, l'ont enseigné aux peuplades sauvages. Si nous nous sommes moqué des uns, nous nous inclinons avec respect devant les autres.

Prosper Poitevin.

Les Vitraux symboliques

DE MADAME CÉLINE DOMlNIKOWSKA.

L'Exposition universelle aurait dû contenir une section de plus, dans laquelle auraient été groupés certains travaux difficiles à clas-

ser, parce qu'ils sortent de tous les genres connus ou définis. Dans cette section spéciale les œuvres de patience, certaines curiosités de main-d'œuvre, certaines exceptions intéressantes du travail humain auraient trouvé leur place naturelle, et je suis sûr que cette nouvelle section aurait excité autant de curiosité que de sympathie.

J'y aurais vu figurer avec plaisir un grand tableau de M. Pedro Nin y Gonzalùs, citoyen de Vénézuela , tahleau fait tout entier à la plume; les marqueteries de marbre de jM. le baron Ti'iqueti, un travail de patience en bois découpé, exposé dans la grande Galerie des machines, enfin les vitraux symboliques de Mme Céline Dominikowska.

Que sont eu elTet ces vitraux? à quelle classe peuvent-ils appartenir? à quel genre ? A aucun.

Mme Céline Dominikowska n'est elle-même ni artiste, dans le sens restreint du mot , ni sulpteur, ni peintre, ni graveur; toutefois, son œuvre mérite d'attirer les regards du public et j'aurais voulu la voir à sa place dans une partie spéciale de l'Exposition,

Mme Dominikowtka, Polonaite d'origine, habite une conirée montagneuse dans la Gallicie autrichienne; c'est pour occuper de longues heures de solitude qu'elle a consacré près de deux années au travail ingénieux que représente notre gravure; la scie et le burin ont été ses seuls outils, et ce n'est que grâce au temps , grfiee aux soins les plus minutieux , à la patience la plus persistante qu'elle est parvenue enfin à terminer ce chefd'œuvre de fine ciselure.

La pensée qui a conduit la main deMoie Do-

minikowska n'est pas moins recommandable que l'ouvrage lui-même. L'artiste s'est inspirée de la vie de Jésus-Cbrist pour caractériser les principaux peuples de l'Europe, et certainement elle a choisi dans les textes

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