LA CÉRAMIQUE
Louis XV créa une manufacture de porcelaine à Vincennes en 1740. Les travaux des céramistes intéressèrent Mme de Pompadour; elle s’occupa de la manufacture et lui fit donner le nom de Manufacture royale de la porcelaine de France. Les porcelaines de Vincennes furent alors marquées au chiffre du roi. Trois ans plus tard, on transféra la manufacture de Vincennes à Sèvres.
Sèvres reçoit de l’État un budget annuel de 624 450 francs. Les œuvres exécutées sont destinées à orner les édifices et les palais nationaux, à figurer dans les collections de l’État, ou à être données par le gouvernement en cadeaux à des souverains étrangers. La manufacture peut disposer de certaines pièces; elle les vend aux particuliers et verse le produit de la vente au Trésor.
L’exposition particulière de Sèvres comprend quatre cent quarante numéros contenus dans une salle à gauche du Dôme central. Sous le Dôme central même, plusieurs grands vases de Sèvres sont placés entre des colonnes ou sur des socles : vases de porcelaine tendre nouvelle et de grosse porcelaine sous couverte. Parmi ces derniers, Jules Dalou a signé une sorte de grand cachepot, qui a attiré tout particulièrement notre attention : des amours et des fleurs courent autour; cela tient autant de la sculpture que de la céramique.
Une magnifique tapisserie des Gobelins sépare les deux baies
qui donnent accès à la salle réservée à la manufacture de Sèvres. Dans toutes les autres classes de l’Exposition on a fait d’énormes frais d’ornementation; ici, point de velours ni de peluche : de vilaines housses vert noirâtre couvrent les gradins appuyés au mur; leur simplicité sert de repoussoir à la richesse artistique des vases et des groupes en biscuit.
Au milieu de la salle est une table chargée d’assiettes, de plats, etc. ; la place d’honneur est occupée par le prix de Sèvres de 1882 : Flore, une jardinière sans couverture de M. Joseph Chéret.
Çàet là, des vitrines renfermant mille petits objets délicats : drageoirs, bonbonnières, buires, aiguières, petits vases, coupes, etc., tout cela orné de miniatures, de dorures délicates et légères, de personnages en relief. A remarquer, dans la vitrine des céladons, quatre grandes coupes vert jaunâtre, avec des émaux d’une transparence ravissante. Adroite des céladons, sur un gradin, le buste en biscuit de M. Carnot; à 'gauche, sur un autre gradin, la Loi. Puis des vases et des groupes en biscuit, tous si jolis que nous serions fort embarrassé, si nous étions mis en demeure de faire un choix. Parmi les vases, il en est un orné de petits personnages qui se cramponnent aux rebords et soutiennent des (leurs; au milieu du vase sont des médaillons bleu très pâle sur lesquels se détachent des personnages allégoriques d’une exiguïté et d’une finesse curieuse. Plus loin, nous remarquons un vase en biscuit aussi avec des personnages sur fond mauve, et un autre vase encore avec des émaux sur fond vert bleuté.
Le prix de Sèvres de 1883, une torchère en biscuit: deux femmes, vêtues à l’antique, la tète ceinte d’un ruban à peine rosé, portent chacune une sorte de corne d’abondance bleue et or, une corne branchue d’où sortent des candélabres artistement tordus : cette torchère est signée Carricr-Bcllcuse.
Puis encore la fontaine en biscuit de porcelaine tendre nouvelle, fontaine de 5 m. 54 de hauteur sur 1 m. 90 de largeur : deux paons magnifiques s’y reposent.
Disons en passant quelques mots sur la porcelaine tendre nou-
LA CERAMIQUE.
Vase de Sèvres.
chef des travaux chimiques, ont repris et terminé dignement la tâche que le savant s’était donnée : ils ont découvert la porcelaine tendre nouvelle. Cette porcelaine se cuit à la température des porcelaines dures; elle peut recevoir des couvertes de grand feu (1800 degrés environ) et des décorations, fonds ou émaux, de demi grand feu. Sa couverte, plus épaisse et plus transparente que celle de la porcelaine dure, ne peut être rayée par une pointe d’acier.
velle. Depuis longtemps la manufacture de Sèvres cherchait un procédé pour la fabrication d’une porcelaine ayant les qualités de transparence et de résistance à l’acier, de la porcelaine chinoise. Il y a quelques années, M. Salvetat, chimiste de la manufacture, avait obtenu une porcelaine supérieure due à la formule empirique des Chinois ; il comptait l’améliorer encore, mais la maladie arrêta ses travaux. M. Lauth, directeur de Sèvres, et M. Yogt,
Nous avons vu des vases de toutes teintes en porcelaine tendre nouvelle, unis ou décorés; parmi ces derniers nous citerons les n05 579, 581, 588...; mais il faudrait les citer tous.
Nous avons gardé pour la fin la partie la plus intéressante et la plus admirable de l’exposition de Sèvres: les flambés. Il va là des urnes et des vases de toutes formes, de toutes tailles et de toutes teintes, depuis le fameux « rouge-haricot ou rouge-cœur de bœuf » jusqu’au bleu noirâtre le plus foncé; les uns presque unis, les autres rayés, semblant léchés par les flammes, ce qui leur a valu, du reste, leur nom de flammés ou flambés. Un petit vase placé dans une vitrine a une sorte de collerette blanche, frangée de couleurs fondues et cernées comme par des taches d’huile; d’autres, à pans coupés, sont décorés de légères et sobres dorures au col.
MM. Malagutti et Savetat, chimistes de Sèvres, avaient appris par l’analyse, il y a plusieurs années, que la coloration des flambés était due au cuivre, et feu le commandant Caron, chef du laboratoire du dépôt central d’artillerie et amateur de céramique, découvrit ce procédé pour obtenir le rouge-haricot : « Les vases destinés à cette peinture sont simplement cuits en dégourdi (1200 degrés); ensuite, on les trempe dans un émail dans lequel l’oxyde de cuivre entre comme matière colorante : on laisse sécher; puis, dans un fourneau à réverbère, on fait rougir un creuset au fond duquel est un lit de sable; quand le feu arrive au blanc; on introduit le vase dans le creuset, on couvre; enfin, au moyen d’un soufflet, comme le font les Chinois, ou par la projection du gaz oxhydrique* on active la chaleur pendant cinq ou six minutes etj’on atteint la température de cuisson de la porcelaine (1800 degrés); alors on retire subitement le creuset et on le laisse refroidir. Elus le feu est actif, plus le rouge obtenu est éclatant; si le feu est mené lentement, comme dans les fours de porcelainiers, on n’obtient que des tons bruns et même verts, faits d’un feu oxydant. Les effets de flammes s’obtiennent avec des silicates de cobalt, de cuivre ou de manganèse, posés pardessus l’émail et cuits en même temps que lui. »
D’après l’application de ce procédé, nous vîmes à l’Exposition