INDE ET JAPON
Pai 'sis, qui se sont, dans ce cas, montrés plus entreprenants que leurs concitoyens hindous ou anglais. Ces Parsis, descendants des anciens Perses, forment dans l’Inde une petite communauté des plus intéressantes. Ils ont dans leurs mains les plus grandes entreprises, banques, chemins de fer, usines, et, comme on le voit, ne dédaignent même pas le petit commerce, ce en quoi ils rappellent nos Juifs d’Europe, avec lesquels ils ont, du reste, plus d’un point de ressemblance.
Nous ne devons pas oublier de mentionner aussi que lesSinghalais nous ont envoyé leurs thés et leurs cafés, qui sont la grande richesse de Ceylan.
Mais si l’Inde est représentée d’une façon médiocre au point de vue industriel, elle nous offre à l’Exposition deux reconstitutions architecturales d’un très haut intérêt.
11 faut placer au premier rang la maison hindoue qui fait partie de l’Histoire de l’habitation édifiée par Charles Garnier sur la rive de la Seine. Par ses hautes proportions, la simplicité élégante de ses lignes, l’originalité de ses ornements, celte maison a vivement excité la curiosité et, ajoutons-le, la critique. C’est la première fois, en effet, qu’on essaye de reconstituer une habitation hindoue d’une époque antérieure à notre ère, et l’on conçoit que cetté tentative, qui est une révélation, n’ait pas laissé de surprendre ceux qui ne connaissent dans l’antiquité asiatique que l’Assyrie et la Perse. Cependant la maison hindoue a été copiée presque textuellement sur un document de l’époque, document que j’ai eu moi-même la bonne fortune de fournir à notre éminent architecte. C’est sur un des bas-reliefs du tope de Sanchi, dont j’avais pris une photographie en 1867, que Garnier a trouvé cette maison; les ornementations qu’il y a ajoutées sont tirées d’autres monuments de l’Inde antérieurs à notre ère. Un seul point est douteux : c’est que la maison ait été, à cette époque reculée, construite en pierre; elle était plus probablement en bois et briques, la pierre, jusque vers les deuxième et troisième siècles de notre ère, n’ayant été employée dans l’Inde que pour les palais et les temples.
Quant au Palais indien, dont nous avons déjà parlé en visitant la rue du Caire, il présente une très intéressante juxtaposition des styles employés dans l’Inde dans les dix premiers siècles de notre ère. On y remarquera la belle coupole du centre, qui est une copie d’un temple brahmanique d’Adjmir, transformé en mosquée. Les autres parties de l’édifice sont empruntées à des monuments d’Ahmedabad et d’Anhilvara Patan.
De l’Empire chinois nous ne dirons rien ou peu de chose, le Fils du Ciel ayant cru devoir suivre l’exemple donné par les vieilles monarchies d’Europe et ayant refusé de participer à l’Exposilion. La Chine n’était donc représentée que par un modeste pavillon faisant suite au Palais indien et où quelques Chinois authentiques mais habituellement domiciliés à Paris vendaient des objets de pacotille dignes tout au plus de nos bazars.
Le Japon de son côté n’a pris qu’une part très modique à l’Exposition. 11 ne nous a pas renvoyé ces admirables collections d’objets d’art qui avaient fait l’émerveillement des artistes en 1878. Le gouvernement a-t-il craint de les exposer de nouveau aux dangers d’un grand voyage? A-t-il voulu se joindre aux protestations des adversaires du Centenaire de 1789? Nous l’ignorons. Toutefois les industriels japonais nous ont apporté quelques porcelaines et des cloisonnés qui montrent que ces arts n’ont pas périclité au pays du Soleil Levant.