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Statue de la Liberté. — 47. Pont de GrenelU. — 48. Paner

besoins des restaurants, des cafés, etc., et à desservir également les fontaines Wallace disséminées dans le parc. Des abonnements au compteur à prix réduits ont été consentis à tous les exposants qui en ont fait la demande. L'eau de source est livrée à 20 centimes le mètre cube, et comme la Ville ne peut disposer que d'un volume réduit, surtout en été, elle est, nous le

SERVICE HYDRAULIQUE

répétons, uniquement destinée à la consommation. L'eau de rivière à haute pression, celle de la Seine prise à Ivrv et montée a Villejuif, est vendue seulement 10 centimes pour tous les autres usages.

r-ui^<- «le la Tour Eiffel, coie do Urenello.

d«* fnvalerie. — 43. Avenu»* de Suffren. — 44. firenellf »-t J/iv«M. — 45. l'oint du Jour, — le de l'atay. — 49. Chemin de fer de l'Evpo»ition. — 50. Altteull.

En somme, il entre au Champ-de-Mars de l'eau de Seine à basse et à haute pression prise sur la berge, h Javel ou à Ivrv, et de l'eau de la Vanne prise à Montre lige.

On pourra se faire une idée de la différence de qualité <1»' ces différentes eaux en entrant dans le pavillon de la Ville, où se trouve une exposition spéciale du

Digitize

service des eaux et de l'assainissement de Paris. M. Bechmann y a installé trois grands bacs disposés cote à cote. Les eaux de Seine des deux premiers bacs sont troubles, les eaux du troisième bac rempli d'eau de la Vanne sont beaucoup plus tranparentes et limpides. On sait que Ton accuse les eaux de la Seine d'être le véhicule ordinaire de la fièvre typhoïde. Un croit avoir noté, en effet, certaines coïncidences entre

Fio. 241». — Usiue <l Ivrv.

Dessin il après !«• modèle eip"t«4 au Pavillon de la Ville «le Pari».

la distribution passagère de l'eau de Seine, dans des quartiers ordinairement desservis par les eaux de source, et l'accroissement des cas de fièvre typhoïde dans ces mêmes quartiers. C'est une opinion vraisemblable. Il était donc indispensable de ne livrer au Champ-de-Mars que de l'eau à l'abri de tout soupçon. C'est pourquoi on y a introduit les eaux de la Vanne pour les usages alimentaires, et c'est pourquoi aussi l'administration ne livre exclusivement que cette eau pour les besoins de la consommation.

Le réseau entier de l'Exposition aura nécessité la

SERVICE HYDRAULIQUE

pose de 20,000 mètres de conduits en fonte.de plus de 400 bouches d'arrosage et d'incendie, .HO postes spéciaux d'incendie, 10 fontaines Wallace, etc.

La partie de toute cette installation hydraulique qui frappe le plus le public est, sans contredit, celle qui parle aux yeux, c'est-à-dire les grandes pièces d'eau duChamp-de-Mars, et particulièrement la fontaine Formigé et Coutan avec sa rivière de 10 mètres de longueur, son bassin octogonal et ses gerbes d'eau. Les jets d'eau, nous l'avons dit, sont alimentés par la distribution d'eau de Seine à haute pression venant de Villejuif. Mais les bassins, la vasque inférieure, la rivière, s'emplissent en outre avec de l'eau qui a une tout autre origine assez peu connue des curieux. Tout cet énorme volume d'eau est celui qu'a déjà débité la grande cascade du Trocadéro. Une canalisation souterraine composée d'une conduite maîtresse de 60 centimètres de diamètre avec deux branchements parallèles de 50 centimètres, réunit lesbassins de la fontaine à la vasque inférieure de la cascade, de telle sorte que c'est l'eau que l'on a déjà vue tomber au Trocadéro que de nouveau on voit bouillonner autour de la fontaine, et retomber encore pour parvenir à la rivière et au bassin octogonal. Au fond, c'est une canalisation à deux chutes d'eau rendue possible par la différence de niveau existant entre le Trocadéro et le terre-plein du Champ-de-Mars.

Celte eau est de l'eau de Seine primitivement refoulée par la pompe de Chaillot jusqu'aux réservoirs de Passy. Des réservoirs elle s'en va à la cascade du Trocadéro et du Trocadéro au Champ-de-Mars pour retourner à la Seine : c'est un rimiit continu.

En 1878, ou avait déjà utilisé l'eau de la cascade du Trocadéro eu l'amenant à travers le pont d'Iéna jusqu'aux chaudières réparties autour du palais. Cette fois, on l'a conduite aux bassins de la fontaine centrale, qui reçoit ainsi à la fois l'eau de la Seine prise à Ivry pour les gerbes et les jets et l'eau de la Seine puisée au pont de l'Aima pour les bassins.

On a concentré sur la fontaine monumentale toutes les ressources de l'art moderne de l'hydraulicien : on a multiplié les jeux. Le soir, les gerbes et les jets sont illuminés électriquement et produisent ces effets de lumière féerique qui font l'admiration de la foule. 11 est évident que ce feu d'artifice d'un nouveau genre -constitue l'une des plus grandes attractions de l'Exposition. Ce spectacle a accaparé rapidement toute la faveur du public.

On trouvera dans le chapitre suivant quelques détails sur les fontaines lumineuses.

Les fontaines. — La fontaine monumentale. — Les petites gerbes.

— Débit par heure. — Les fontaines dans le jour. — Pendant la soirée. — Les premières fontaines lumineuses. — Expérience de Coiladon. — Phénomène de la réflexion totale. — Les jets lumineux en France et en Angleterre. — Installation du Champde-Mars. — La grande gerbe. — Les dessous. — Crypte et souterrains. — La lumière dans le sous-sol. — Les réflecteurs, les régulateurs électriques. — Les verres colorés. — La manœuvre.

— Leviers et transmissions de mouvements. — Illuminations.

o U s ceux qui ont été au Champ-de-Mars le soir ont été frappés de la vogue extraordinaire qu'ont acquise les fontaines lumineuses. Les fontaines jouent tous les soirs et leur succès ne s'épuise pas. Le spectacle que présentent les abords de la fontaine monumentale estvraimentcurieux.il Ta été surtout aux mois de juin et de juillet. Dés six heures, aux beaux jours, on voyait le public se disputer les chaises ; il s'entassait sur six, sept, huit rangées de chaises près des bassins, autour de la vasque supérieure. Plus loin, sur le terre-plein delà tour Kiflel, dès cinq heures, les visiteurs choisissaient leurs places ;delà on domine un peu les bassins disposés dans la partie la plus basse du Champ-do-

:m CAUSERIES SCIENTIFIQUES.

Mars. On se pressait ainsi entre» des rangées très serrées de chaises et de curieux. D'autres montaient à l'étage de la tour pour mieux voir le coup d'œil d'ensemble. Tout le promenoir qui regarde les jardins était envahi. Les escaliers tournants servaient aussi

d'observatoires, le public s'y entassait par grappes. Les jours de fête, les dimanches et 1rs lundis, le spectacle devenait incomparable ; les spectateurs en faisaient tons les frais. La foule était énorme ; on comptait les curieux par dizaines de mille; les allées étaient mures de monde, les terrasses des palais envahies. On aurait dit d'une arène immense aux gradins bondés de spectateurs. (Tétait inimaginable. On attendait l'heure

avec impatience et, quand la première fusée liquide retombait en gerbe d'or, c'étaient partout des applaudissements frénétiques, des cris d'admiration.

Cette illumination est, en effet, magique et bien faite pour exciter l'étonnement de la foule. Nous n'étions pas habitués à ces jeux de lumière et à ces rapides changements de couleurs. Rien de merveilleux comme ces jets étincelants aux teintes si vives et à la fois si douces, comme cette pluie continue de diamants, de perles, de saphirs et d'émeraudes ! Ces nappes d'eau ruisselantes de feu, ces gerbes d'argent, ces étincelles, ces paillettes, toute cette eau comme enflammée, bouillonnant, jaillissant, retombant avec des scintillations éblouissantes, toute cette orgie de lumière séduit les regards. On se croirait dans le pays des fées.

Et il s'en est fallu cependant de bien peu que l'on ne nous donnât pas ce spectacle singulièrement original. Il n'entrait pas d'abord dans le programme général de l'Exposition ; à l'origine, on n'était pas hxé sur le point de savoir si l'on ouvrirait l'enceinte pendant la soirée ; on avait simplement projeté de faire quatre pièces d'eau, une grande avec fontaine au centre, trois autres plus petites, de forme allongée, avec jets analogues à ceux des Champs-Élysées. Mais, quand le syndicat des électriciens se fut constitué, quand on eut résolu d'éclairer les jardins, le soir, on pensa aussitôt à établir autour du parc une fontaine lumineuse du genre de celles qui avaient été construites aux expositions anglaises de Londres en 1884, de Manchester en 1887 et de Glascow en 1888. Seulement le cadre étant autrement vaste, il fallait arriver à tout grandir, et par conséquent se livrer à de nouvelles études.

CAUSEKIKS SCIENTIFIQUES.

M. Bechmann, ingénieur en chef de9 eaux de Paris, èt M. Formigé, architecte de nos promenades, se rendirent à Glascow pour examiner la question. A leur retour, la direction des travaux, sur leur avis, modifia le projet primitif. On abandonna l'idée de faire quatre petites fontaines et l'on décida d'établir une grande pièce d'eau unique. La fontaine monumentale de M. Formigé, décorée des sculptures de M. Goutan, serait placée au milieu d'une grande vasque, et, dans un bassin creusé en contre-bas, on reproduirait la gerbe lumineuse de Glascow. Tel a été le plan d'exécution.

Le dessin général de la grande pièce d'eau centrale a été confié à M. Formigé pour la partie architecturale et, pour les effets d'eau et de lumière, à M. Bechmann; il rappelle un peu celui de la cascade de Saint-Cloud. En haut, sur le terre-plein entouré d'eau, la fontaine Formigé et Cou tan ; l'eau s'échappe de la vasque et tombe dans un large bassin auquel fait suite un second bassin allongé, terminé lui-même par un troisième bassin de forme octogonale placé au croisement de l'axe longitudinal du Champ-de-Mars et de l'axe des dômes des palais des Beaux- Arts et des Arts libéraux.

La fontaine monumentale en plâtre représente le Génie de la France voyageant sur le vaisseau du Progrès et renversant à droite et à gauche la Routine et l'Ignorance; à la proue, le Coq gaulois chante le succès de l'Exposition ; à la poupe, la République dirige le gouvernail. A quelques mètres en avant, au commencement du bassin allongé, sur un roc isolé au milieu des roseaux, la Seine est personnifiée par une ligure de femme assise et tenant à la main un large aviron.

LES FONTAINES LUMINEUSES. :j.ït

L'eau tombe de la fontaine d'abord dans une large

vasque, puis vient se jeter en une cascade de 10 mitres do largeur dans le bassin inférieur en comniuni-

cation avec le bassin allongé qui a 30 mètres de longueur, et' de ce bassin, passe dans le dernier bassin octogonal.

Dans la vasque supérieure de la fontaine, l'eau s'échappe du monument par 4 cornes d'abondance, 4 dauphins et 6 urnes, soit en tout 14 jets paraboliques ol *2 jets verticaux disposas de chaque côté du vaisseau.

Sur les bord s du bassin rectangulaire, on a distribué.

Kl G. ?ô:t. ~ Fontaines lumineuses. (Coupe et Mail.)

et de chaque enté, 7 gerbes de forme variée, au total M gerbes, dont H situées dans le premier bassin qui fait suite a la fontaine. Chacune de ces gerbes se coinpose de 17 jets do petite dimension qui entourent un jet principal; les jets brisés par la résistance de l'air retombent en poussière deau. Quelques-unes ont la forme d'une fleur dont o jets en lame mince et recourbée figurent la corolle, tandis qu'un sixième jet s'échappe verticalement de la partie centrale. Tous les appareils ont été construits à l'atelier cen-

tral des machines élévatoires de la Ville, sous la direction de M. l'inspecteur Meker.

Enfin, au milieu du bassin octogonal extrême, on a installé la grande gerbe composée d'un double jet central et entourée de 2 couronnes concentriques, l'intérieure de 6 jets, l'extérieure de 10 jets; les jeux sont multiples et Ton peut faire varier leur puissance et leur hauteur.

Au total, toute cette pièce d'eau a nécessité l'installation de 48 elTets d'eau distincts, 35 jets verticaux, I i jets paraboliques, près de 300 ajutages débitant au moins 350 litres par seconde, soit 1,100 mètres cubes à l'heure. L'eau des gerbes des jets vient, comme nous l'avons dit antérieurement, du réservoir de Villejuif (de la cote 89 mètres). On dépense par soir environ 1,200 mètres cubes. A Glascow, M. Galloway, pour économiser l'eau, se servait de pompes utilisant toujours la même eau. Mais ici, il était, au contraire, plus économique de renoncer aux appareils coûteux de M. Galloway et de faire venir l'eau de la Seine sous pression.

Voilà pour la fontaine et les jets d eau, que l'on peut voir en fonction à peu près tout l'après-midi, mais à débit réduit. Les eaux jouent tous les jours au Trocadéro et au Champ-de-Mars. On réserve le grand jeu complet pour les soirs et les jours de fête. Maintenant, passons aux effets lumineux.

La première idée des fontaines lumineuses remonte à 1741 ; elle appartient à un éminent ingénieur suisse, M. Colladon. Le premier, il fit sortir d'un vase plein d'eau un jet admirablement éclairé. L'expérience de Colladon est facile à comprendre.

On prend un réservoir carré en tôle assez élevé ; si l'on perce un trou vers la base de la paroi verticale, Teau s'échappe naturellement en jet parabolique par cette ouverture. En face do ce trou, dans la paroi opposée du réservoir, encastrons solidement un verre grossissant, une lentille, .et plaçons derrière la lentille une lampe ; la lumière de la lampe est eoneontrée par le verre et le faisceau lumineux tombe sur l'ouverture par laquelle s'échappe le liquide. Les rayons

lumineux pénètrent dans leau et s'y réfléchissent ; au lieu de s'en aller en droite ligne par l'ouverture, ils rebondissent sur la surface courbe du liquide, se réfléchissent de proche en proche en suivant la courbure du jet ; ils subissent, comme disent les physiciens, la réflexion totale.

Aussi l'eau absorbe toute la lumière, qui ne dévie ni à droite ni à gauche, et le jet apparaît étincelant.

On peut répéter l'expérience de Collation sous une autre forme encore plus simple : il suffit de disposer sous un jet d'eau vertical et tout près de l'ajutage une lame de verre protégeant une lampe et un réflecteur installé dans un petit puisard ménagé sous la vasque du jet d'eau. Les rayons lumineux illumineront le jet et subiront la réflexion totale.

11 va de soi que si l'on dispose entre la lampe et le réflecteur un verre coloré, le jet sortira lui-même coloré. Tout le monde sait bien que derrière un vitrage rouge tous les objets apparaîtront en rouge; s'il est

F». *54.— Expérience de Colladon. Illumination «l'un j©t parabolique.

LKS FONTAINES LL'MINKUSKS.

bleu, en bleu, rte. De même ici la lumière passant par un verre rouge, bleu, vert, le jet deviendra rouge, bleu, vert,

Tel est le principe. La gerbe liquide absorbe toute la lumière qui s'y enferme comme dans une gaine et qui ne s'éparpille qu'avec les gouttelettes liquides. C'est ce mariage si intime de la lumière et de l'eau qui produit ces effets merveilleux, ce véritable enchantement des yeux (1).

L'appareil de Colladon n'était guère qu'un appareil de laboratoire. On s'en servit en remplaçant la lampe par un régulateur électrique Serrin dans divers théâtres. C'est ainsi qu'on illumina la fontaine qui coule sur la scène de l'Opéra dans le 2° acte de Faust et la cascade de' Cendrillon, au Chatelet, etc.

En 1861, un Fiançais, M. Delaporte, prit un brevet pour fontaines lumineuses. Il installa au milieu du grand bassin des Tuileries une véritable fontaine lumineuse; le jet sortait étincelant, puis bleu, puis rouge. L'eau prenait successivement les teintes des couleurs nationales, au grand plaisir de la foule. Le 29 octobre 1864, nous nous rappelons fort bien avoir vu au Conservatoire des arts et métiers, pendant une soirée donnée par le général Morin, fonctionner pendant des heures la fontaine lumineuse de M. Delaporte. En 188 4, à Londres, M. le colonel Bolton remit à la mode les fontaines lumineuses. Depuis, M. Gallo-

(!) Kepler a découverl le premier le phénomène de la réflexion totale. Bouguer pensait que toute la lumière n'était pas absorbée. AragO a prouvé que la réflexion totale était si complète qu'il n'y avait dans ce cas aucune perte. Toute la lumière reste dans le liquide.

way a donné une forme industrielle au premier dispositif ; il a rendu sa fontaine mobile et il a pu la transporter successivement aux expositions de Glasco\v,de Manchester, de Barcelone. La grande gerbe du bassin octogonal est illuminée par le procédé Galloway. Les appareils employés sont ceux qui ont déjà servi en Angleterre et en Espagne.

Les autres jets, les jets paraboliques de la fontaine, les gerbes du bassin allongé ont été établis par le service des eaux. Toute cette dernière installation est due à M. Bechmann et à l'inspecteur du service, M. Richard. Il a fallu, de ce côté, résoudre un problème assez délicat. Les jets paraboliques qui sortent des dauphins, des cornes d'abondance de la fontaine, sont d'un gros volume et d'une grande amplitude. Le système Colladon se montra tout à fait impuissant pour éclairer ces jets aux dimensions inusitées jusqu'ici.

M. Bechmann, avec le concours de MM. Richard et Meker, a dû rechercher un dispositif nouveau; il est parvenu, après de longues recherches et à l'aide d'un artifice ingénieux, à illuminer des jets paraboliques ayant jusqu'à 22 centimètres de diamètre et im,$Q de longueur. Avec une grande niasse d'eau s'échappant sous haute pression, la lumière, même la lumière électrique, éclairait mal le jet ; elle se diffusait rapidement dans l'eau et l'éclat lumineux était insuffisant. M. Bechmann eut l'idée de remplacer le gros jet d'eau plein par un gros jet d'eau creux. Économie d'eau d'abord, mais surtout diminution d'absorption de la lumière par la 'masse liquide, et, conséquemment, illumination satisfaisante. L'idée était bonne, elle a réussi. Mais comment produire un jet d'eau creux ?

Tout bonnement en faisant sortir l'eau non plus par un trou, mais par une rainure circulaire : l'eau s'échappe en lame sur le pourtour de l'ajutage, emprisonnant seulement de l'air au milieu de cette gaine liquide. 11 fallait, en outre, que la lumière pût pénétrer au milieu de ce cylindre d'eau creux pour y subir la réflexion totale. Aussi a-t-on dû combiner un ajutage spécial.

Imaginons donc deux grands entonnoirs métalliques, l'un étant un peu plus grand que l'autre. Mettons le plus petit dans le plus grand; il restera un espace libre entre les deux entonnoirs; on obtient ainsi un récipient a doubles parois, V::;:.- ouvert en haut et en bas. - " L'eau sous pression, introduite latéralement entre les Flo m ^ulage ,nin jct

deUX parois, S'échappera paralinli.imvfSyHt^mi'Bcehmaun.)

par l'ouverture annulaire

inférieure: elle sortira en lame dont l'épaisseur dépendra de la distance que l'on aura laissée entre les deux parois ; on aura donc un jet creux. De plus, l'ouverture de ce grand entonnoir à doubles parois est libre; l'œil traverse le récipient d'outre en outre et peut aperce- * cevoir le milieu plein d'air du jet d'eau. La lumière le traversera de même. Il suffit par suite, pour illuminer le jet creux, de placer derrière l'ouverture des récipients à doubles parois un puissant foyer lumineux. Les rayons subiront, à travers la lame d'eau annulaire, la réflexion totale et tout le jet sera illuminé.

M. Bechmann a constaté que l'on pouvait réduire l'épaisseur de la lame d'eau qui constitue tout ce jet

creux jusqu'à 2 ou 3 millimètres d'épaisseur. 11 est remarquable qu'avec cette mince couche d'eau la réflexion de la lumière puisse se faire totalement. Le jet seul est éclairé et sort lumineux des cornes d'abondance et des urnes. M. Bechmann a trouvé aussi qu'il était préférable, pour l'effet à obtenir, de faire non pas circulaire, mais elliptique l'ouverture annulaire de sortie de l'eau. C'est cette disposition qui a partout été appliquée aux jets paraboliques, et qu'il a fallu, non sans peine, plier aux exigences des ornements décoratifs et installer le mieux possible à la base des cornes d'abondance, des dauphins, etc. La place faisait défaut dans les attributs de l'œuvre de M. Cou tan pour placer les foyers lumineux, les verres de couleur, etc. : d'ailleurs, la chaleur du foyer aurait brûlé le plâtre ou fondu le plomb qui entre dans la construction de la fontaine; on a du renoncer à l'éclairage direct ; comme nous le verrons dans un instant, on a du renvover à distance, à l'aide d'un miroir incliné a io degrés, la lumière du foyer dans la partie intérieure de l'ajutage.

Depuis longtemps, nous l'avons dit, on a remplacé, pour éclairer les jets, la lampe de Colladon par des foyers électriques. On a réuni sur ce point du Champde-Mars assez de lumière pour éclairer tout un quartier, une intensité lumineuse de plus de 35,000 carcels, soitde 240,000 bougies! 30 régulateurs à arc de 40 ampères pour toute la partie française, 17 régulateurs à arc de 60 ampères pour la partie anglaise. Or. un régulateur à arc de t»0 ampères équivaut environ à \ ,000 carcels, et un régulateur à arc de iO ampères à ^00 carcels. La force motrice absorbée par cet éclairage s'élève à 250 chevaux-vapeur.

Le courant électrique est envoyé par tics fils conducteurs d'une des stations du syndicat des électriciens installé dans la cour qui sépare la galerie des Machines du palais des Industries diverses. Quand la fontaine fonctionne et est illuminée, elle dépense donc non seulement 350 litres à la seconde, mais encore ces 250 chevaux ! Et toute cette lumière est emmagasinée, absorbée par l'eau î

Le public ne peut se douter extérieurement de Ténorme quantité de lumière ainsi produite; les foyers sont dissimulés; on ne voit rien au dehors. Tout est machiné comme dans un théâtre sous la grande pièce d'eau et tout fonctionne très régulièrement au commandement d'un seul chef d'équipe.

Il est indispensable maintenant que nous visitions les dessous, pour bien nous rendre compte de l'installation générale.

Derrière la fontaine, côté du grand dôme, se trouve, masqué par une trappe, un petit escalier. Descendons les marches. Nous voilà en quelques instants dans une vaste chambre souterraine d'où partent deux galeries latérales qui courent sous la fontaine et sous le bassin rectangulaire en suivant exactement la ligne jalonnée par les ajutages des jets. Sous le bassin octogonal, partie anglaise, il existe, de même, une chambre circulaire indépendante de la première. On y pénètre par une autre porte et par un couloir souterrain. Examinons d'abord l'installation française. Eu avançant dans l'une des galeries souterraines, on voit de place en place s'ouvrir dans le toit comme une cheminée aboutissant à une dalle en verre de 60 centimètres de longueur. Au-dessus du toit, c'est l'eau; nous sommes

340 CAUSERIES

bien sous le plafond des bassins.

Chaque cheminée marque l'emplacement d'un jet. La dalle qui la ferme est placée un peu au-dessus du niveau normal de l'eau ; elle le dépasse de quelques centimètres,et le tuyau courbé qui amène l'eau du jet débouche exactement en son milieu. Au dehors, le spectateur verrait par la dalle la lumière du souterrain, si l'on ne prenait soin de tout cacher en l'entourant au moyen d'une touffe de roseaux en fonte, analogues à ceux dont on se sert dans les fontaines de nos promenades parisiennes pour dissimuler l'extrémité des ajutages. Du bord des bassins, le regard est arrêté par ces obstacles, et on ne peut apercevoir la dalle révélatrice.

C'est, en effet, sous cette dalle que l'on dispose le foyer lumineux.

Les régulateurs à are sont installés au bas de chaque cheminée sur un petit bâti «le fonte.

Contrairement à ce qui s'était toujours fait en Angleterre,

MM. Sautter et Lemonnier ont adopté des lampes à charbons, qui présentent sur les lampes à charbons

Ljjluj

Fie». 257 . — Coupe pfitaér&lr <lcs Koutainos lumincMi&rs.

horizontaux le grand avantage de se régler automatiquement. Seulement l'arc, étant vertical, envoie toute

Pm,?S& — llluininaiiuii de* Gerbe*,

Système Sfiuttor-L^inoniiier.

Fit»«î50.— Illuminât ion <los G ci-Im>.

Système GaUowajr.

son intensité lumineuse dans le sens horizonal; il faut donc dans cette disposition relever verticalement le

faisceau lumineux, On place latéralement devant la lampe un réflecteur sphérique en verre argenté et symétriquement du côté opposé un miroir plan incliné ;\ 45 degrés. Le faisceau lumineux est projeté par le réflecteur sur le miroir qui le renvoie verticalement à travers la dalle sur le jet d'eau, où il subit la réflexion totale. Il n'y a pas de perte sensible de lumière dans

cet éclairage indi- •lirect ; le svstème est très commode pour la manœuvre «•t ne nécessite pas de surveillance.

Sous la fontaine même, pour l'illumination des jets paraboliques , on aurait pu adopter aussi ce système.

Le syndicat des électriciens , auquel incombentles charges de l'éclairage, a préféré le système anglais, soit un régulateur à charbons horizontaux, réglable a la main, qui lui a paru plus économique. Le régulateur est placé au pied de la cheminée qui aboutit au conduit horizontal de la corne d'abondance et un réflecteur disposé au-dessous du foyer projette verticalement la lumière sur un miroir à 45 degrés installé au sommet, dans l'angle formé par la cheminée et le conduit horizontal. Le miroir renvoie la lumière horizontalement sur le jet parabolique.

Di

Dans la chambre souterraine circulaire du bassin octogonal, partie anglaise, il y a sous chaque jet aussi une dalle, et les dalles sont ici très rapprochées, puisque les jets sont très voisins pour produire L'effet d une grande gerbe. Chaque dalle est directement éclairée par un foyer électrique à charbons horizon-

Kig. 201. — Chambre soutenaiuo de la Fontaine lumineuse.

Manœuvre d«*s l«-vier» de commando, pour changer la couleur des jets par l'intermédiaire de glaces coloréet.

taux, qui projette verticalement et directement sa lumière sur chaque jet. Le miroir devient inutile, puisque l'arc étant horizontal rayonne toute sa lumière dans le sens vertical. Le réflecteur disposé au-dessous du foyer est en étain, de forme parabolique, avec une échancrure à la base pour laisser tomber les cendres des charbons. Ici il faut régler le rapprochement des charbons à la main. C'est un inconvénient. Mais il n'y a plus de miroir accessoire ; l'illumination est directe.

C'est un avantage. Il est vrai que l'on doit perdre sans doute un peu de lumière par l'échancrure pratiquée dans le réflecteur d'étain pour se débarrasser dçs cendres; par compensation, les régulateurs à main coûtent trois ou quatre fois moins cher que les régulateurs automatiques. Chaque système a du bon. Toute l'installation électrique, en ce qui concerne le syndicat des électriciens, a été dirigée par M. David Napoli.

Les effets de coloration sont obtenus, comme toujours, par l'interposition de grandes plaques teintées entre le foyer et le jet. Dans chaque poste, c'est-àdire au bas de chaque cheminée, quatre montants verticaux forment châssis supportant cinq plaques superposées. Chaque plaque repose par un cadre sur des galets et peut se mouvoir sur des rails sans le moindie effort. On peut les faire avancer de manière à les interposer exactement sur le trajet du faisceau lumineux. Les couleurs choisies sont les mêmes dans chaque poste : rouge, bjeu, vert, or et blanc; avec ces teintes, en déplaçant en tout ou en partie les plaques de verre, on obtient une infinité de combinaisons.

Le changement des plaques s'effectue a distance, mécaniquement et simultanément. Tous les verres de môme couleur sont reliés entre eux par un câble qui court sous la voûte, maintenu par de9 poulies et va aboutir à un levier. Cette disposition rappelle les transmissions de mouvement adoptées sur les chemins de fer pour actionner à distance les signaux. Il suffit d'incliner le levier pour que toutes les plaques de même teinte roulent sur leurs rails et viennent se placer sur le trajet du faisceau de lumière. Eu ramenant le levier dans sa position première, on éloigne

de môme les plaques dont il commande le déplacement En arrivant dans la chambre souterraine, sous la fontaine, on voit disposés côte à côte les leviers

de manœuvre.

Un seul homme suffit pour opérer le déplacement

des plaques. .

Chaque levier ^ porte son numéro d'ordre, et le manipulateur a sous les yeux un tableau sur lequel viennent s'ins-

crire les ordres transmis. Le tableau indique, par exemple, n° i ; aussitôt on fait basculer le levier n° 4, et tous les verres

rOUgeS COlo- Fui. 202. — intérieur du Kiosque «l'observation.

1 evien d« commando et boutons rleeiriques

rent en rouge p'our n.gU,r la hauteur dos jets et télégraphier

la lumière ; de les ehangomeuts <lo teiute.

même pour le

levier des verres bleus, jaunes, etc. Chaque série a son levier et son câble de transmission. C'est tout simple.

Dans la chambre circulaire de la partie anglaise, on retrouve le même dispositif, indépendant du premier ; mêmes leviers de commande, même transmis-

sion de mouvement, et encore un homme d'équipe pour assurer la manœuvre.

Enfin, dans un kiosque vitré situé près du bassin octogonal se tient un chef d'équipe à environ 3m,50 au-dessous du sol. C'est le machiniste, le machiniste anglais qui a fait fonctionner déjà les fontaines Galloway en Angleterre. Il domine la pièce d'eau et peut varier à son gré toutes les combinaisons. Il a devant lui dans le kiosque une série de leviers, une rangée de boutons électriques. Au moyen des leviers qui actionnent des tringles, il commande l'ouverture des robinets d'introduction de l'eau dans la grande gerbe et peut augmenter ou réduire la puissance des jets; au moyen des boutons, sur lesquels il lui suffit d'appuyer, il transmet électriquement des ordres à la fois à la partie française et à la partie anglaise, de façon que partout les hommes puissent agir sur les mômes leviers. C'est ainsi que se produisent simultanément les changements et les variations de teinte dans toutes les gerbes de la pièce d'eau. La direction est unique et, sous les deux cryptes, tout obéit au doigt et à l'œil. Les changements se font à vue et instantanément.

Il peut peindre les gerbes de toutes les teintes; il dispose d'une véritable palette. On s'est demandé cependant comment il pouvait obliger les jets de la grande gerbe à varier de teinte depuis la base jusqu'au sommet. Il faut se rappeler que la gerbe est composée de deux couronnes de jets concentriques. Chaque jet étant indépendant et éclairé par un verre spécial, il va de soi que l'on peut teinter comme on le désire les jets de la couronne extérieure et ceux de la couronne intérieure, faire l'extérieur rouge, le centre vert, par

exemple: il est tout aussi facile de donner une teinte spéciale à chacun des jets, et d alterner les couleurs.

Fu». '2tV.\. — |.«*s lointaines lumineuses.

Un peut littéralement peindre l'eau par ce dispositif de toutes les teintes possibles, et grouper les teintes dans

:i!S CAUSERIES SCIENTIFIQUES.

un ensemble harmonieux. La hauteur dillérente à laquelle s élève chaque jet joue son rôle dans ce véritable art de peindre les jets d'eau. Il est clair qu'en faisant varier les hauteurs, on met mieux en relief certaines couleurs au détriment des autres. 11 est bon de produire des contrastes agréables à l'oul.

Telle est dans son ensemble l'installation des fontaines au (mamp-de-Mars. On ne pouvait mieux réussir; il eût été dommage de nous priver d'un spectacle d'une beauté indescriptible. Il est à souhaiter que Ton nous conserve à Paris les fontaines lumineuses. En province, on fait dans cette voie de la décentralisation. La ville de Tours, qui est éclairée a la lumière électrique, possède déjà des fontaines lumineuses.

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