‹ L'expression dans les beaux-artsChapitre 1 sur 68 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ces études mont d'autant plus intéressé, que depuis longtemps je nie préoccupais aussi des moyens d'asseoir la critique des arts sur quelque fondement rationnel qui en bannît autant que possible l'arbitraire. Je ni en wulais de subir aveuglément mes impressions et de ne rien faire pour établir mes préférences sur des principes, pour motiver les appréciations de mon goût par les jugements de ma raison. Les livres auxquels j'avais demandé des lumières sur l'esthétique ne m'avaient pas fourni celles que j'y cherchais. Dans les uns, le Beau, contemplé en soi, objet transcendant d'un concept absolu, affectait un caractère trop métaphysique pour satisfaire mon besoin de précision; dans les autres, considéré au contraire dans ce qu'il a de relatif, de variable avec le génie et la culture des divers peuples, il échappait encore, comme un Protée, aux prises de mon entendement. Je renonçai donc à en poursuivre la définition directe et je résolus d'en observer la conception dans T âme de r artiste. J'espérai, en examinant de près comment la sensibilité et l'intelligence collaborent a ï œuvre d'art, en démontant Tinstrument qui crée le Beau, me renseigner sur la nature du Beau même. J'abordai donc l'esthétique par la psychologie. Aussi le vrai titre de cet essai serait-il : Psychologie de l'Artiste, si, au lieu de m'en tenir à l'examen des aptitudes spéciales de l'artiste, j'avais eu la constance d'en suivre r influence sur toutes ses facultés et ses passions.

L'aptitude à comprendre l'expression des formes et à la rendre est une des plus importantes en lui. Je me suis particulièrement attaché à en étudier le jeu, à en apprécier la valeur. Cet ouvrage est donc surtout une théorie de l'expression dans les beaux-arts, et il emprunte ainsi son titre à sa

Page 1