Scène palpitante. — Sujet palpitant
Résister à une injonction, à une influence. Humeur récalcitrante.
Cœur dur. — Tète dure. — Mot dur.
Solidité de caractère, de style, d'esprit. Volonté ferme. — Fermeté de caractère, de
style, d"esprit.
Rigidité de mœurs.
Rigueur de raisonnement. — Rigueur d'un châtiment.
Caractère mou — Mollesse des mœurs.
Cœur tendre. — Tendresse
Esprit souple. — Caractère souple, — Souplesse dans les relations.
Inflexible. — Esprit réfléchi. — Fléchir quelqu'un. — Caractère flexible.
Parole onctueuse.
Apreté de caractère. — Volonté âpre. — Style
Urouure. - Cœur droit. — Jugemtnt droit
Biaiser. — Chercher un biais.
Rondeur de caractère. — Rond en affaires.
— Mener rondement une affaire. — Circonspection. — Arrondir une période.
Carré en affaires. — Agir, dire carrément. Douleur morale aiguë.
Pointe d'esprit. — Esprit pointu. — Une pointe de... (pour un peu de...).
Trait acéré. — Parole acérée.
Une saillie (trait d'esprit). — Un trait saillant (au moral).
Platitude de la pensée, du style. — Caractère plat. — Pied plat. — S'aplatir.
Agir tout uniment (sans apprêts ni manière).
— Un caractère uni.
Vastes pensées. — Vastes conceptions.
Vues étendues — Étendue d'esprit.
Avoir le cœur gros. Gros chagrin. — En
gros (pour l'ensemble).
Esprit fin. — Mot fin. — Finesse de goût. Atténuer.
Pleins pouvoirs. — Plénitude de vie. —
Pleine satisfaction.
Discours creux. — Creuser un sujet.
Paroles vides.
Rapprochement (par comparaison), — Approximation.
Rapports lointains entre deux choses.
THÉORIE GÉNÉRALE DE L'EXPRESSION 8i
raient sans désignation directe. Il a fallu que, des circonstances favorables plaçant les deux interlocuteurs dans des conditions morales identiques, il y eût création simultanée du signe verbal, et ce signe fut naturellement emprunté à la nomenclature déjà faite des objets physiques et des perceptions qui s'y rapportent. Mais cet emprunt n'était possible qu'à la condition qu'il y eût un rapport, quelque chose de commun, entre les perceptions sensibles et les états moraux. Il en résulte que dans toute langue formée on trouve une analyse spontanée des éléments communs aux états moraux et aux sensations qui composent les perceptions révélatrices du monde physique extérieur. Cette analyse est extrêmement approfondie et intime, grâce au grand nombre de tâtonnements et d'épreuves auxquels a été soumise la comparaison des états moraux avec les perceptions sensibles. Nous trouvons dans notre langue une qualification des états moraux identique à celle des perceptions sensibles. Pour mettre en pleine évidence cette identité et permettre au lecteur d'en tirer immédiatement les conséquences utiles à notre sujet, nous avons dressé un tableau synoptique des qualificatifs communs aux perceptions sensibles et aux états moraux. Nous avons borné nos recherches aux qualificatifs, mais nous aurions pu les étendre aux substantifs, aux verbes, et nous aurions obtenu des résultats aussi probants.
Voici comment ce tableau est disposé. Il se divise en dix colonnes verticales. La première contient la Hste des qualificatifs qui sont le plus usuellement attachés aux IV. 6
perceptions sensibles de toutes sortes désignées en tête des huit colonnes suivantes; la dernière contient les mêmes qualificatifs appliqués aux états moraux. Parmi ces derniers, il y en a quelques-uns, tels que humble, récalcitrant, poignant, émouvant^ qui, après avoir été empruntés aux perceptions sensibles, comme leurs racines en témoignent, sont demeurés attachés exclusivement aux états moraux : ils sont en petit nombre. Dans ces listes, nous n'avons pas mentionné les épithètes purement métaphoriques familières aux poètes seuls, quand le choix n'en a pas été contrôlé par le génie populaire. Mais les poètes n'en ont pas moins été très probablement les premiers créateurs du vocabulaire moral. C'est leur aptitude à comparer les états moraux aux phénomènes du monde physique qui a sans doute facilité les premières désignations de ces états et par suite leurs dénominations. Dans une comparaison poétique, l'esprit est sollicité à saisir ce qu'il y a de commun entre le physique et le moral, à abstraire ce commun caractère, pour l'envisager à l'exclusion de tout le reste. Les poètes opèrent donc l'abstraction par la comparaison, et leurs abstractions sont parfois très profondes et très subtiles. Ils ont par essence le génie du rapprochement; seuls ils démêlent entre des objets d'ordres différents les caractères comparables que nul n'y discernait. Qui n'analyse pas ne compare pas, et qui ne compare pas n'est pas poète.
Dans notre tableau, les qualificatifs dont la liste occupe la première colonne verticale se sont naturellement divisés en deux grandes catégories, à savoir :
THÉORIE
1° ceux qui sont applicables en totalité aux perceptions du toucher et en partie à d'autres perceptions sensibles ; 2° ceux qui sont applicables seulement à d'autres perceptions sensibles que celles du toucher. La première de ces deux catégories se subdivise elle-même en six groupes de qualificatifs; ces groupes réunissent : i° les qualificatifs qui expriment des caractères affectifs généraux; 2° ceux qui expriment l'intensité; 7^° ceux qui expriment tous les modes de ^extension; 4° ceux qui expriment les modes de la figure; 5° ceux qui expriment la résistance et ses dérivés; 6° enfin, ceux qui expriment le mouvement et l'action. Les qualificatifs de la seconde catégorie sont groupés selon les perceptions sensibles auxquelles ils se rapportent, et chacun d'eux convient rarement à plusieurs espèces de perceptions sensibles.
En face de chaque qualificatif de la liste composant la première colonne verticale se trouvent rangées horizontalement des astérisques; ces astérisques correspondent aux diverses espèces de perceptions sensibles (classées horizontalement en haut du tableau), auxquelles ce qualificatif est appHcable. On peut ainsi se rendre compte, d'un coup d'œil, de l'application plus ou moins étendue d'un même qualificatif aux diverses espèces de perceptions sensibles.
Relevons dans ce tableau les indications qui nous sont tournies par la commune expérience.
Les caractères affectifs appartiennent à toutes les perceptions sensibles et*à toutes les afiiections morales; les unes et les autres sont dites agréables ou désagréables, bien que
dans le langage plus précis de la psychologie ces deux mots s'appliquent spécialement aux sensations, et les mots joie et peine aux états moraux ; mais les mots plaisir et douleur s'appliquent avec une égale propriété au moral et au physique. Les caractères affectifs sont par excellence expressifs, comme étant communs aux sensations et aux états moraux, et ils le sont d'une manière non seulement générale, mais encore spéciale, car la manière dont nous affecte chaque sentiment trouve son expression dans celle dont nous affecte quelque sensation correspondante. Si l'on parcourt, en effet, la Hste entière des qualificatifs, on remarque que presque tous désignent un mode agréable ou désagréable des diverses perceptions sensibles (violent, profond, aigu, doux, pénétrant, suave, amer, pur, ardent, froid, etc.), mode auquel correspond un mode identique, applicable aux affections morales (Sentiment violent, profond, aigu, doux, etc.)
Notons que c'est de tous les sens celui du toucher qui fournit le plus de caractères affectifs appHcables aux états moraux. Notre tableau en mentionne une cinquantaine, tandis que pour tous les autres sens réunis il n'en signale qu'une vingtaine (et notons que la Hste des qualificatifs appHcables à ces sens est plus complète dans notre tableau que celle des qualificatifs applicables au toucher).
Les épithètes amer, aigre, fade, par exemple, ne conviennent qu'aux saveurs et aux odeurs ; blanc, noir, pâle, }erne, aux couleurs ; brûlant, tiède, glacé, aux perceptions (Iq tQmpèi'9.tmQ; juste, faux, criard, aux perceptions des sons et des couleurs; affamé, assouvi, altéré, aux besoins.
THÉORIE
GÉNÉRALE DE
Ces qualificatifs sont applicables à des états moraux, de même que certaines épithètes, telles que crû, pur, mûr, qui conviennent à des perceptions complexes et ne relèvent pas d'une espèce déterminée de sensations.
Vintensité est un caractère quantitatif qui, avec tous ses modes, est commun aux perceptions sensibles et aux affections morales; on conçoit en effet du plus ou du moins^ différents degrés, dans les unes et dans les autres; l'intensité à ce titre est donc expressive. (Les mots fort, violent, intense, puissant, etc., par exemple, se disent des sentiments comme des sensations.) L'intensité appartient à toutes les espèces de perceptions sensibles; notre tableau nous montre que les qualificatifs /cr^, /^î/^/^, intense, conviennent à toutes, comme à celles de la résistance. Si le mot fort n est pas appliqué aux couleurs, si l'on dit un rouge vif ou intense, au lieu de rouge fort, c'est que de toutes les sensations la couleur est celle dont l'intensité rappelle le moins le mode d'action du toucher; on dit une odeur forte, parce qu'elle semble vous prendre au nez; une saveur/w/^^ parce qu'elle vous prend à la gorge; un bruit fort, parce qu'il résonne en ébranlant le tympan d'une façon tactile ; mais on ne dit pas une couleur forte, parce que son intensité n'a pas d'apparence tactile.
Ainsi, Vintensité est commune à toutes les perceptions sensibles; de sorte que toutes, à quelque degré, sont par là expressives de l'intensité des affections morales.
La résistance et ses dérivés. — Les modes de la résistance opposée par les objets extérieurs à la force musculaire qui réagit contre eux sont très expressifs, car l'activité mo-
raie (volonté, intelligence, amour,) rencontre aussi dans ses objets propres des obstacles et des résistances. C'est pourquoi les mots dur, doux, firme j tendra, etc., qualifient aussi bien des états moraux que des perceptions sensibles.
Le mouvement. — Les qualificatifs du mouvement sont les plus expressifs de tous. Il y a entre les divers mouvements physiques et les passions des caractères communs si fi-appants qu'on dit : « les mouvements de Vdme ». Le mot émotion a la même racine que le mot mouvement. Les épithètes vif, attachant, entraînant, choquant, saisissant, pénétrant, piquant, déchirant, etc.. ont été toutes tirées de verbes désignant des actions physiques. Le caractère commun au mouvement et à l'émotion, à la force et à la faculté, c'est l'activité, laquelle n'implique pas nécessairement déplacement, mais a pour essence une succession d'états soit physiques, soit moraux.
Uextension. — Bien que les afi"ections morales n'aient pas de dimensions- dans l'espace, elles se développent toutefois plus ou moins selon une extension qui a quelque trait commun avec l'étendue, comme l'attestent les nombreux qualificatifs de ce genre commun aux sensations et aux états moraux. (Esprit large, profond, sentiment bas, élevé, cœur haut, etc.)
La figure. — Il semble, à première vue, q^ue les lignes et les reliefs ne puissent rien avoir de commun avec les affections morales, et cependant, en réalité, rien n'est plus expressif que le visage, et nous voyons sur notre tableau que plusieurs modes de la figure (droit, aigu, acéré, sail-