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CHAPITRE XI

DÉFINITIONS EXACTES DE l'eXPRESSION OBJECTIVE ET DE l'expression SUBJECTIVE.

OU S sommes à présent en état de définir avec plus d'exactitude l'expression objective.

L'expression objective d'un être pour un homme, c'est la révélation de cet être à cet homme par sympathie créée entre leurs intérieurs respectifs au moyen de l'extérieur du premier impressionnant les sens du second.

Nous pouvons rendre cet énoncé moins barbare, en remarquant que l'impression de l'extérieur sur les sens détermine les sensations, lesquelles se coordonnent et se composent dans la perception qui en fait des images. Ces images, en grande majorité visuelles et tactiles, constituent ce qu'on appelle la forme.

Disons donc que l'expression d'un être pour un homme est la révélation du premier au second par la sympathie au moyen de la forme.

THÉORIE GÉNÉRALE DE L'EXPRESSION I2t

Cette expression objective est la plus révélatrice de toutes, quand l'être exprimé à l'homme est son semblable; l'expression des objets devient de moins en moins révélatrice pour l'homme à mesure que leur intérieur diffère davantage du sien propre ; plus la différence entre les deux intérieurs est grande, plus la tendance sympathique est tôt réprimée par la conscience éveillée.

Nous pouvons maintenant définir la démarcation entre l'expression objective et l'expression subjective. L'expression est objective tant que la forme détermine dans l'homme une sympathie qui lui révèle hors de lui un intérieur existant; elle est subjective quand la forme détermine une sympathie à laquelle ne correspond hors de lui aucun intérieur existant ; dans ce cas, l'homme ému par la forme, n'a d'abord, avant tout examen, aucune raison de lui refuser un intérieur correspondant et analogue au sien propre, car elle produit sur lui les mêmes effets sympathiques que si elle en exprimait un ; il supplée spontanément à ce qui manque au phénomène, il suppose cet intérieur à la forme. Tel est le principe de l'anthropomorphisme, auquel tous les hommes sont naturellement portés à soumettre la nature entière. C'est la source principale de la poésie. Il ne faut donc pas s'étonner si la poésie répugne à la science positive ; celle-ci commence où celle-là finit, c'est-à-dire lorsque la forme, considérée indépendamment de sa vertu sympathique, et dépouillée, par suite, de toute expression objective ou subjective, réelle ou imaginaire, ne constitue plus qu'un système de rapports au service de l'entendement.

En résumé, toutes les formes, dans la nature, ont plus ou moins la propriété d'émouvoir l'homme par sympathie et par conséquent d'être expressives pour lui, mais leur expression est tantôt objective et réelle, tantôt subjective et, dans ce cas, imaginaire, quand on lui attribue un objet extérieur qui n'existe pas. L'expression subjective, c'est-à-dire celle à laquelle ne correspond pas un intérieur dans un être existant hors de nous, nous révèle du moins notre propre intérieur, et en cela elle n'est point erronée, pourvu que nous résistions aux entraînements de l'anthropomorphisme.

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