LES SONS
Les sons ont tous un caractère commun qui en fait un genre de sensations distinct. Dans ce genre, il y a difîe-
rentes espèces de sons définies par le timbre : les sons rendus par le violon sont à cet égard d'une autre espèce que les sons rendus par la flûte. Dans toutes les espèces de sons, Vacuité ou hauteur crée une même série de variétés qui constitue la gamme. Enfin chaque son est susceptible d'une intensité plus ou moins grande.
L'intensité d'une sensation quelconque apparaît comme un caractère quantitatif de cette sensation, tous ses autres caractères demeurant constants d'ailleurs.
La qualité agréable ou désagréable se rencontre évidemment dans le son ; mais il est incontestable qu'une infinité de sons nous deviennent indifférents : ainsi quand nous nous attachons uniquement au sens des paroles, nous entendons la voix sans plaisir ni douleur; l'habitude rend également indifférents les bruits ordinaires de notre voisinage. Une perception indifférente n'est pas une perception inconsciente, mais celle dont l'élément agréable ou désagréable a seul disparu.
Il résulte pour l'oreille qui perçoit simultanément certains sons un plaisir tout spécial, à la condition que leurs nombres respectifs de vibrations soient dans des rapports déterminés. Les sons forment ainsi des accords.
En outre, les sons se composent dans la durée par la mémoire avec des particularités remarquables.
Pour faire bien comprendre comment, en général, des sensations peuvent se coordonner dans la durée par la mémoire, nous rappellerons certaines propriétés de cette fonction. On peut se sowvQmr simultanément, dans le présent, de faits qui se sont produits successivement dans le
passé ; il y a des souvenirs simultanés de faits successifs. Ainsi dans la mémoire, les sensations à l'état de souvenirs peuvent coexister en gardant r ordre et la vitesse de leur succession. Par exemple, plusieurs notes composant une phrase musicale ont été successivement données par un chanteur ; mais c'est simultanément que les souvenirs de ces notes sont perçus, car il n'y aurait évidemment pas mélodie si l'auditeur ne se rappelait pas en même temps toutes les notes passées qui la composent avec la note présente. Il résulte de cette coexistence des souvenirs des sensations une comparaison, de sorte que les rapports des sensations entre elles sont spontanément perçus. Ainsi chaque sensation devient relative à celles qui la précèdent et à celles qui suivent, et tous ses caractères en sont affectés. Toutes les sensations dont on peut se souvenir sont par cela seul capables de se composer dans la durée par la mémoire, mais elles le sont plus ou moins selon qu'elles sont plus ou moins riches en propriétés ; les sons, par exemple, qui peuvent différer entre eux par l'intensité, la hauteur, le timbre, fournissent plus de rapports à la comparaison dans la durée par la mémoire que les sensations de pure résistance, par exemple, qui ne peuvent différer entre elles que par l'intensité.
Les notes d'une mélodie, en tant que souvenirs, coexistent donc en gardant l'ordre et la vitesse de leur succession; leur composé dans la mémoire est en cela comparable à un dessin dont les points coexistent à la suite les uns des autres; c'est ce qui permet aux compositeurs
THÉORIE
GÉNÉRALE
d'appliquer le mot dessin à la musique ; il y a, disent-ils, dans telle composition de jolis dessins d'orchestre. Ainsi les sons composent dans la mémoire un système, et sans s'y confondre, ils sont perçus dans des rapports d'intensité, dans des rapports d'acuité dont la succession ascendante est la gamme, et dans des rapports de temps accusés par la mesure et par le rythme^ et il résulte de cette composition des sons une volupté spéciale qui est le charme de la mélodie, charme distinct du plaisir propre à chaque note séparément perçue.
La science des mélodies combinées et des accords des sons a pris, sous le nom d'harmonie, un développement et une profondeur considérables et sert de fondement à l'art musical.