OBSERVATION IV
(Auffret, Congrès de Chirurgie, 1892)
Eglantine 19 ans. C’est une forte jeune fille blonde, d’une santé parfaite (elle ne se rappelle pas avoir été malade) d’une intelligence ouverte, très active et très entendue dans un commerce où elle seconde sa mère. Ses parents se portent bien ; les ancêtres sont morts âgés; elle a deux frères bien portants ; un troisième est mort à l'âge de trois ans d’une bronchite. On affirme qu'il n'y a aucune infirmité urogénitale dans la famille. Cette jeune fille au contraire perd ses urines depuis son premier âge. Sa mère n’y a point attaché
d'importance tout d’abord, croyant à une mauvaise habitude assez commune dans le bas-âge. Vers ses trois ans elle consulta un médecin qui traita l’enfant par des cautérisations (?). Un second qui a été pendant de longues années le médecin de la famille introduisit des sondes, prescrivit des douches, des bains, de la noix vomique. Mais il ne semble pas qu'ils se soient rendu, ni l’un ni l’autre, un compte exact de la nature de l'infirmité. Quelle est donc la cause de cette incontinence ?
Eglantine perd ses urines dans toutes les positions : couchée, assise, dans la station verticale et dans la marche ; mais elle les perd plus sur le dos, que debout, plus en marchant que dans l’immobilité verticale.
Les positions qu'elle recherche le plus volontiers, parce que ce sont celles dans lesquelles elle perd le moins, sont le décubitus latéral gauche, sa posture favorite quand elle s'endort, et la station assise les jambes croisées ; puis dans l’ordre du moins au plus: la station verticale le décubitus dorsal, la marche. Somme toute elle perd plus d’urine le jour que la nuit.
Il ressort évidemment de ce que nous venons de dire qu’elle les retient dans une certaine mesure. Malgré un écoulement incessant elle urine dans un vase quatre à cinq fois dans la journée et émet chaque fois un demi-quart de verre. Après avoir accompli la miction pendant laquelle elle vide complètement sa vessie, il y a un temps de repos plus ou moins long (une demi-heure à une heure,) pendant lequel elle ne perd rien, puis l’écoulement involontaire recommence, puis enfin le besoin redevient impérieux, elle doit le satisfaire à tout prix sous peine de s’inonder complètement. Elle ne se réveille jamais la nuit, pendant laquelle elle dort, au dire de sa mère « comme un rocher ». Mais aussitôt réveillée, c'est un besoin intolérable que ramène la conscience d'elle-même ; elle émet alors un quart de verre, le double de ce qu’elle rend dans les moments de la journée.
Quand elle commande l'émission, elle le fait en jet non en
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bavant.On prévoit qu’en chantant, en sautant, en toussant surtout elle se mouille davantage.Davantageaussiquand elle a bu de la bière, du cidre, du thé, liquides dont elle s’abstient généralement.
Elle n’éprouve, du reste aucune douleur, aucune gêne, que celle d’être mouillée. Elle se tient avec la plus grande propreté à laquelle sa mère très attentive l’a habituée ; elle use de parfums pour combattre une odeur d’urines qui n'a, après tout, rien d’ammoniacal.
Nous avons fait essayer lesurines, elles n’ont aucun caractère particulier.
Elles ne sont pas irritantes ; car sauf une légère rougeur un peu sombre de la face interne des cuisses, il n'y a ni démangeaisons, ni plaques d’eczémas, ni iütertrigo.
A un examen superficiel de la région génito-urinaire, la malformation saute aux yeux ; iln’y a ni mont de Vénus niclitoris. La moitié supérieure des grandes et des petites lèvres fait défaut il x'y a pas de tubercule urinaire, le méat a la forme d’une fente ; on dirait une petite bouche. On aperçoit une légère saillie de muqueuse rosée. Il y a ‘enfin un prolapsus utérin.
Voyons en détail chacune des parties :
Méat, Région vestibulaire, Clitoris. Le méat affleure la ligne inférieure du pubis. Point de tubercule urinaire mais une fente horizontale de 0,01, légèrement sinueuse, ayant la forme d’une bouche dont la lèvre inférieure déborde légèrement et fait la moue, pas assez, cependant pour ne pas laisser voir un peu de muqueuse rosée.
Pas de trace de clitoris, mais une surface lisse, glabre, triangulaire à base supérieure, large vestibule sans mont de Vénus.
Canai de l’Urèthre. L'examen du canal de l’urèthre offrait un grand intérêt. En déprimant légèrement la lèvre inférieure du méat, le doigt pénètre sans effort et après un court trajet, dans la vessie qui paraît être normale et de dimensions ordinaires.
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La fente uréthrale étant un peu en retrait de lasymphyse, dès que le doigt l’a franchie, il en sent la face inférieure qui n'est point disjointe, et n’en est séparé que par une couche extrêmement mince qui se continue sans interruption avec la muqueuse du col. Il n’y a point de procidence, ni à vrai dire, de saillie de la muqueuse vésicale, donc pas dl’exstrophie, la vessie étant normale. Cependant on aperçoit au-dessous de la lèvre supérieure une portion de muqueuse rosée exulcérée, comme un bourgeon extrêmement sensible, L'épiderme vestibulaire, immédiatement au-dessus de la lèvre supérieure, se plisse avant de devenir lisse.
Nous répétons avec intention que le doigt introduit dans le méat, la pulpe tournée vers la syrmphyse, ne sent qu’une toile mince au lieu de la paroi généralement si épaisse du canal de l’uréthre, paroi qui a conservé ses qualités normales en bas et sur Les côtés.
Vulve. La difformité la plus apparente est celle qui intéresse la vulve. Les grandes lèvres, comme une parenthèse, forment deux replis de 0,09 de haut, écartés de 0,015 environ quand les jambes sont rapprochées mais de plusieurs centimètres quand les jambes s’écartent car leurs extrémités supérieures, au lieu de se rejoindre de partout se portent franchement en dehors et laissent entre elles une surface plane, demi infundibuliforme, sans trace de clitoris. Et en effet, les petites lèvres qui mesurent à peu près 0,025 de hauteur sont à l’état de replis flottants, d’auricules encadrant la fente uréthrale et l’orifice vaginal.
Par l'orifice ovale de l’hymen, très dilaté, non détruit, sort fréquemment l'utérus qui fait saillie sur une longueur de 0,06 à 0,07 environ, et qui, du reste se réduit aisément. La chute utérine n’apparaît que lorsque la malade a marché pendant quelques heures. Jamais dans la matinée, toujours entre midi et deux heures ; mais elle se réduit aisément dans le décubitus dorsal.
En résumé, les points les plus importants sont : absence de paroi supérieure de l’uréthre, affaiblissement sinon absence
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du sphnicter vésical en haut ; absence du muscle ischio-clitoridien et affaiblissement au moins de la portion supérieure du constricteur du vagin ; atrophie du bulbe.